La Conférence des présidents d’Université a organisé un séminaire intitulé « Citoyenneté et Démocratie Etudiante » le 23 septembre 2005. Nadia Bellaoui, déléguée générale d’Animafac est intervenue dans le cadre de la table ronde Engagement étudiant

Pourquoi l’Université doit encourager la vie associative des étudiants ?

Parce que les associations sont des acteurs de la culture démocratique indispensables à un vivre ensemble harmonieux et à des espaces d’apprentissage du civisme. Les associations menées par des étudiants connaissent un vif succès parce que les étudiants y trouvent une réponse à l’envie d’agir dans des structures à taille humaine dont ils peuvent mesurer directement l’impact.

Il me semble utile de faire ici une petite digression autour de la démocratie. Elle repose bien selon nous sur 3 piliers essentiels : les partis, les syndicats et les associations. Quand je parle d’associations étudiantes, je pense aux associations à projets. Le syndicalisme étudiant et la représentation étudiante, voire l’engagement politique sont indispensables mais ne se situent pas sur les mêmes plans tandis que les problématiques qui les concernent ne sont pas exactement les mêmes.

Parce que les associations étudiantes sont d’utilité sociale. Elles prennent en charge des maux de la société telles les exclusions, les discriminations, elles œuvrent pour la diversité culturelle, etc. Même l’entraide entre étudiants ou la simple pratique culturelle collective ne doivent pas être considérées comme anecdotiques.

Parce que les campus ne sont pas les lieux les plus épanouissants. Malgré des progrès notables, les campus universitaires restent trop souvent tristes et froids. Ils n’offrent pas toujours des conditions qui permettraient de lutter contre le premier fléau qui touche les étudiants : le mal-être qui constitue entre autre un frein à la réussite universitaire. Or, la vie associative permet de socialiser les étudiants en les intégrant au sein d’un groupe rassemblé autour d’intérêts et de projets collectifs. Elle offre un environnement chaleureux et amical qui pourrait être aussi un espace pour de nouveaux rapports entre enseignants et étudiants, faisant revivre la fameuse mais plutôt mal en point « communauté universitaire ».

Parce que l’association est un autre lieu d’acquisition de compétences. L’expérience associative prépare à la vie professionnelle en permettant de développer savoir-faire et savoir-être, ce qui n’a pas échappé aux recruteurs. Véritables laboratoires d’expérimentation, les associations développent un esprit d’initiative que l’enseignement supérieur peine à insuffler.

Parce que les associations étudiantes peuvent être des acteurs du développement local. En décloisonnant les universités et en les ouvrant vers la ville, les associations leur évitent de devenir des Universités ghetto. Les festivals culturels, le rayonnement des Radios campus, l’intervention sociale des étudiants dans les centres sociaux ou les maisons de quartiers, leurs animations dans les salles de spectacles, les cinémas d’arts et d’essais, etc. sont autant d’occasions de mixer les publics et les territoires.

Au-delà, l’Université doit jouer son rôle de décodeur de la société en étudiant ce phénomène social tout à fait méconnu dans la tradition républicaine que sont les associations. L’association doit devenir un objet de recherche que les chercheurs doivent s’approprier.

Parce qu’une prise de position par l’institution en faveur de l’engagement a un impact certain sur les motivations des étudiants. Ailleurs en Europe, l’impact de la scolarisation sur le bénévolat est plus grande qu’en France : quand l’institution favorise la vie associative, elle se développe davantage ; quand elle la réprouve car elle représente à ses yeux un risque pour les résultats scolaires, les étudiants intègrent ce message et en arrivent à réfréner leur engagement.

Les risques de la reconnaissance des engagements

La reconnaissance des initiatives étudiantes peut entraîner une hiérarchie entre les engagements voire favoriser un modèle d’engagement unique. Il n’est pas inutile de préciser que toutes les formes d’engagement sont utiles.

Il ne faut pas se limiter aux associations qui animent le campus comme de nombreux dispositifs de financements des projets étudiants tels le FSDIE l’exigent encore, car les étudiants qui agissent hors du campus sont nombreux et souvent plus inventifs. Il serait dommage de les négliger.
Il ne faut pas se limiter de la même manière aux associations de filières ou aux grosses associations qui connaissent davantage les rouages administratifs et savent en tirer profit.

On parle souvent du danger de la secondarisation de l’Enseignement supérieur qui est une véritable tentation pour réduire le taux d’échec en première année de licence. Concernant les engagements étudiants, il faut de la même manière faire attention à ne pas passer du bénévolat aux travaux pratiques et d’infantiliser par là ces engagements.

Si les associations sont des lieux certains d’acquisition de compétences, elles ne doivent pas être instrumentalisées uniquement à cette fin parce qu’elles ne se limitent pas à des lieux de pré-professionnalisation.

Enfin, la Validation pédagogique suscite de nombreux débats autour du risque de « passagers clandestins ». Nous pensons qu’il s’agit d’un faux débat et que l’on peut faire confiance à la vie associative pour identifier les « parasites » et les écarter.


Comment reconnaître les engagements étudiants ?

Les Bureaux de la Vie Etudiante peuvent mettre en place une véritable mission d’accompagnement des projets associatifs. L’utilisation des locaux tels les amphis, les salles de cours, mais aussi les restaurants universitaires comme cela se fait déjà dans certains CROUS peut être facilité pour les activités associatives, y compris le week-end et en soirée, moment les plus propices !

La communication en direction des étudiants comme acteurs de l’université pourrait faire l’objet d’une plus grande attention : en créant un journal de l’université dans lequel les étudiants associatifs auraient une place, en proposant un annuaire des associations même s’il est simplement mis en ligne. Il s’agit aussi d’encourager les médias étudiants, d’organiser un système performant d’affichage respectueux de la pluralité des acteurs

Encourager la vie associative, c’est faciliter la préparation de leurs projets en prévoyant des locaux pour les associations. On peut être inventif, ne pas octroyer des locaux définitifs à des associations mais à de manière éphémère à des projets. Des locaux centraux peuvent être le moyen de faciliter les échanges et les rencontres entre associations. Les locaux de filières sont pour le moment disséminés alors que l’on voit bien comment les BDE dans les écoles sont au cœur d’une émulation intéressante.

Consulter les acteurs associatifs permet d’être au plus prêt de la réalité et des besoins des étudiants. Les associations d’accueil des étudiants étrangers (réseau Erasmus Student Network) pourraient travailler intelligemment avec les services internationaux, les associations d’étudiants handicapés avec les services concernés, les associations artistiques avec le service culturel. Bien que cela se fasse déjà de temps en temps de manière informelle, il faut tenter d’aller au-delà et d’instituer le dialogue, sans oublier de le faire savoir. Bien sûr, pas d’exclusive : élus étudiants mais aussi étudiants lambda sont concernés, comme pour les enquêtes publiques des collectivités locales (exemple de la négociation avec l’Etat du plan quadriennal).

La Validation Pédagogique des Engagements Etudiants

Le principe même de la VEA est la prise en compte de la pratique qui ne doit pas empêcher de proposer une offre pédagogique. L’université n’est en effet par là pour récompenser mais bien pour former. Cela tombe bien puisque les associatifs étudiants ont besoin de formations pour progresser dans leur pratique et leurs projets.

La valeur civique d’une association ne peut pas s’évaluer dans un cadre académique. On peut sensibiliser et former à la démocratie ; mais sa mise en œuvre dépend de l’assemblée générale. C’est pourquoi il nous semble plus juste de parler de l’évaluation d’une expérience associative plutôt que d’engagements étudiants. Il s’agit bien d’une expérience circonscrite dans le temps et non de la valeur d’un engagement bénévole.

Par ailleurs, il ne nous semble pas utile de rechercher particulièrement que l’engagement ait un rapport avec le cursus de l’étudiant. Le caractère transversal aux UFR des UE que nous avons examinées nous semble intéressant.

Qui est concerné :
Tous les bénévoles actifs qui ne se limitent pas à payer leur cotisation doivent pouvoir participer à ces dispositifs. Il serait dommage de limiter l’expérience aux seuls étudiants associatifs expérimentés.

En ce qui concerne les associations, toutes doivent pouvoir le faire à partir du moment où elles sont une convention qui permet l’évaluation du dispositif. Il n’est pas forcément utile d’avoir un fort encadrement. L’auto-formation entre pairs a aussi fait ses preuves. Bien sûr, nous ne sommes jamais à l’abri d’associations fantoches qui seront toutefoisne pourront toutefois décrédibiliser cependant pas le dispositif.

L’évaluation :
Le nombre de crédits généralement attribué lors de ces UE varie entre 2 à 6 ECTS, attribués le plus souvent pas plus d’une fois dans le diplôme. La possibilité de suivre une UE quel que soit le semestre offre une souplesse bienvenue qui respecte le rythme de l’association. En revanche, ne proposer une offre pédagogique que sur un semestre paraît suffisant, les étudiants appréciant le temps libéré. Limiter la validation à un seul semestre ne nous semble par contre pas très adapté au calendrier associatif dont les projets courent généralement sur l’année universitaire entière.

Il est important que l’évaluation ne soit pas une simple formalité, au risque de décrédibiliser l’UE. Les critères d’évaluation doivent être discutés, idéalement avec chaque association comme l’exemple de Clermont le montre bien. La VEA est alors une occasion de favoriser une véritable culture du partenariat entre les associations et l’Université. De nombreuses associations ont exprimé l’intérêt des oraux dans l’évaluation afin de dépasser le cadre souvent trop restrictif du rapport de quelques pages.

Communiquer :
En conclusion, la mise en place de la VEA offre une excellente occasion de tester ce fameux « dialogue civil » qu’on appelle de nos vœux, d’expérimenter une forme de démocratie participative. En effet, il faut discuter avec le plus grand nombre d’associations en amont des modalités de la mise en œuvre. Le travail que nous avons fait vise à donner des éléments pour ce dialogue : aux associations étudiantes surtout, éventuellement aux services concernés.

 

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