ANIMATRICE : Marie-Jeanne Charrier, ancienne présidente de l’association Phénix et administratrice d’Animafac.

INTERVENANT : Laurent Seux, responsable du secours catholique de Paris nord-ouest

La problématique est la suivante : Qu’est ce que la solidarité locale ? Pourquoi s’engager ? Quelles sont les motivations ?

 

Qu’est ce que la solidarité locale ?
Nous parlons de solidarité locale, mais il est nécessaire d’avoir une vision globale ; et d’avoir une idée des écarts de richesses, de niveaux de vie qui existent :
– Le patrimoine des 23 personnes les plus riches au monde est égal aux revenus cumulés des 2,3 milliards les plus pauvres.
– Un milliard de personnes n’ont pas accès à l’eau, 2 milliards n’ont pas accès à l’électricité.
– 20% de la population mondiale consomme 60% de l’énergie totale.
– En France, le nombre des RMIstes est passé de 500 000 à 1 200 000 entre 1990 et 2005.
– 6 millions de français vivent aujourd’hui des minima sociaux.
– Suivant les critères, il y a 1 à 2 millions d’enfants pauvres en France.

Nous parlons de  » misère  » et non de pauvreté : la pauvreté peut être voulue (certains religieux), la misère est subie. Elle est plurielle : matérielle, psychologique… Avant d’agir pour la solidarité, il faut déjà lutter contre la misère, contre les misères.

 » Le vrai secours aux misérables, c’est l’abolition de la misère.  » Victor Hugo
 » Là où des hommes sont condamnés à vivre dans la misère, les droits de l’homme sont violés. S’unir pour les faire respecter est un devoir sacré.  » Joseph Wresinski, ATD quart monde.
La loi du 29 juillet 1998 d’orientation relative à la lutte contre les exclusions est en accord avec l’esprit de ces deux citations : elle nous dit que  » la lutte contre les exclusions est un impératif national fondé sur le respect de l’égale dignité de tous les êtres humains et une priorité de l’ensemble des politiques publiques de la nation. « . La réalité semble différente. Les associations luttant contre la misère, œuvrant pour la solidarité doivent prendre conscience de cet écart et surtout de la dimension politique importante qu’il y a derrière leurs actions.
On entend souvent le  » Agir localement, pensez globalement « , essayons également le  » Agir localement, pensez politiquement  » : Il est nécessaire de comprendre ce qui fait bouger les politiques afin de pouvoir s’en servir et également de se structurer pour agir politiquement. Les militants associatifs peuvent devenir de très bons acteurs politiques qui peuvent faire évoluer la société autrement.

 

Comment lutte-on contre les misères ?

 » Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots.  » Martin Luther King
 » Chaque homme est une chance pour l’humanité  » Joseph Wresinski, ATD quart monde.
Il est intéressant de se poser quelques questions : de quelle manière est-ce que je regarde l’autre ? Comment est ce que je me considère par rapport à lui ?
Au secours catholique, par exemple, les personnes  » qui souffrent « ,  » qui sont dans la misère  » sont au cœur des systèmes de réflexion, d’action. Il est important de travailler avec les personnes auxquelles on vient en  » aide « , de réfléchir avec elles. Ainsi, il est possible de partir des besoins, des demandes des personnes pour bâtir les projets associatifs. Ceci permet de différencier les réels besoins qu’ont les personnes et l’interprétation que nous (acteurs associatifs) pouvons en faire.
De plus, l’intégration de ces personnes dans le dispositif permet de les valoriser, qu’elles se sentent moteurs de leur vie, moteurs dans une action collective.

 

Questions débattues :

Pourquoi la misère grandit-elle alors que les actions augmentent ?
L’erreur qui est faite est que l’on traite les problèmes au moment où ils arrivent. On fait de l’urgence. On a une vision sur le court terme, sans réflexion globale. Le fonctionnement du système actuel est : erreur ‡ réparation, erreur ‡ réparation… C’est peut-être le système qui devrait être réparé, changé…

Les associations étudiantes sont elles légitimes dans la solidarité locale ?
C’est déjà une très bonne chose de se poser la question. En se la posant, on peut voir les faiblesses éventuelles et tenter d’y remédier.

Pourquoi est il si compliqué de travailler avec des structures non étudiantes ?
Il est parfois difficile, par exemple, de travailler avec les travailleurs sociaux. Ces derniers ont souvent un fonctionnement assez formel, pas toujours en accord avec les structurations des associations étudiantes.
Deux idées pour faciliter le travail en commun : mettre en avant la complémentarité qui peut exister ; faire une convention large et souple entre les différents partenaires afin qu’elle soit adaptable

La durée de vie des associations étudiantes n’est-elle pas un problème ?
Le turn-over dans les associations étudiantes est très important. C’est peut-être l’une des raisons qui expliquent que peu de structures  » formelles  » acceptent de travailler avec des associations étudiantes. Elles ont peur que le relais ne se fasse pas, que les projets s’arrêtent en fin d’année. Il est important, alors, de mettre en avant le projet et que, même, si les gens changent, le projet est toujours là.

 

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