Convoités mais pas convaincus, les 18-25 ans sont encore nombreux à ne pas se reconnaître dans les hommes politiques qui prétendent les représenter. Les associations étudiantes se mobilisent pour les inciter à user de leur droit de vote afin de choisir ceux qui vont les diriger pendant cinq ans. Nous suivrons les initiatives de RIP, de Prométéhée Production, de Cactus et reviendrons sur la campagne « 2007, pas sans nous » d’Animafac.

 

Et aussi :

Voter c’est un pouvoir
http://www.1000visages.fr/films.html, le spot énergique des jeunes de l’association de Viry-Châtillon 1000 visages, qui trouvent que « les français noirs, jaunes, caramels ne teintent que trop rarement la pellicule ». « Fils de personne », à l’heure d’inciter au vote, ils veulent être un reflet des 1000 visages de la France d’aujourd’hui.

Blog 15-25 ans
http://presidentielle.lemouv.phosph…, le blog lancé par Emmanuel Davidenkoff, rédacteur en chef adjoint de Phosphore, fruit d’un partenariat avec Le Mouv’ et le Clemi. Son objectif : donner la parole aux 15-25 ans dans le cadre des élections 2007.

 

Tout voir

Comment les 18-25 ans votent-ils ? A quelques semaines des élections présidentielles, la question est sur toutes les lèvres. Et force est de constater que si les jeunes sont les premiers à s’engager dans la vie associative, ils gardent leurs distances avec les bureaux de vote et à la vie politique.

Un sur deux a déjà participé à une manifestation, mais un sur cinq s’abstient systématiquement. 90 % voudraient voir les immigrés régularisés mais ils ont été 17 % à voter Le Pen en 2002. 38 % adhèrent à une association mais ils ne sont que 8 % à se voir affiliés à un parti. « Ils » ce sont les 18-25 ans, un électeur sur huit en France, objet de toutes les craintes et convoitises. Craintes car leur comportement électoral hétéroclite et volatile les rend insondables : lors du référendum européen de 2004, près de 20 % avouaient s’être décidés le jour du vote. Convoitises car leur adhésion peut changer la donne : à ce même référendum, 58 % avaient voté « non » à la Constitution.

À droite comme à gauche, les grands partis tentent donc de s’attirer leurs faveurs. Mais sont-ils vraiment écoutés ? à peine plus de la moitié des 18-25 ans (54 %) prête attention à la campagne électorale en cours, et seuls 12 % déclarent s’y intéresser « beaucoup ». Les chiffres chutent de plus belle lorsqu’il s’agit de s’impliquer dans une logique militante. Regarder une émission politique d’accord, mais se déplacer pour assister à un meeting, il ne faut pas exagérer : 10 % seulement se sentent prêts à sauter le pas. C’est sur cette minortié ultra-engagée que Prométhée Production, association audiovisuelle, a enquêté lors des élections régionales de 2004. Elle nous parlera de ce portrait croisé entre militants des jeunesses UMP et socialistes.

Citoyens mais pas politiques

Majoritairement hostiles aux engagements politiques classiques, les 18-25 ans sont pourtant loin de manquer d’esprit civique. Plus de la moitié s’est déjà engagé… dans une association. C’est donc forte de sa capacité à capter l’attention de cette classe d’âge que la société civile s’est mobilisée pour redonner aux 18-25 ans l’envie d’exercer leur droit à choisir ceux qui les représenteront. Les assos étudiantes, bien placées pour motiver leurs pairs, ont relevé le défi avec trois objectifs : inciter les jeunes à se rendre aux urnes, les pousser à s’intéresser à la campagne et à ses enjeux, et surtout leur montrer que les propositions des candidats peuvent les concerner afin que leur sentiment d’incompréhension ne vienne pas alimenter un vote contestataire extrémiste.

Campagne d’inscription sur les listes

Flemme de s’inscrire dans les Mairies, impression que voter ne changera rien à leur quotidien, les 18-25 ans s’inscrivent en tout cas moins sur les listes électorales que leurs aînés. Certes, les nouvelles modalités d’inscription automatique pour ceux qui viennent d’atteindre leur majorité assurent à 80 % de cette classe d’âge une carte d’électeur. Mais ce système ne fonctionne pas dans tous les cas et, pour peu que la carte n’arrive pas à bon port, les principaux intéressés ne sont parfois même pas au courant. Jusqu’au 31 décembre, les initiatives se sont donc multipliées pour les convaincre d’aller s’inscrire sur les listes. Nous suivrons l’expérience de RIP à Fontenay-sous-Bois.

Reste ensuite à les convaincre de glisser un bulletin dans l’urne en avril prochain. Car si le taux d’inscrits n’a que faiblement fléchi ces dernières années, la participation, elle, a entamé un voyage en chute libre. En 1988, ils étaient 77 % à voter au premier tour de l’élection présidentielle. En 1995, ils ne sont plus que 73 %. En 2002, le taux passe à 64 %. à l’origine de leur manque d’enthousiasme, le sentiment d’être déconnectés des hommes politiques : 62 % pensent que la plupart sont corrompus, 72 % que ceux qui gouvernent ne se préoccupent pas des gens comme eux. Les 18-25 ans estiment déjà, pour 50 %, qu’élire un nouveau Président n’aura aucune influence sur leurs conditions de vie.

Objectif, donc, montrer à ces jeunes blasés par les politiques que la campagne peut les concerner et répondre à leurs préoccupations. Nous reviendrons sur « 2007, pas sans nous » une initiative lancée par Animafac pour inciter les grands partis à inscrire les revendications de la jeunesse au centre de leurs programmes.

Ludiques ou didactiques, les assos ont aussi cherché des moyens pour que les jeunes se penchent sur le contenu des programmes. 75 % des 18-25 ans avouent en effet ne pas suffisamment connaître les différences et points communs entre les candidats. Pas étonnant, dans ces conditions, que voter pour l’un ou l’autre ne leur paraisse pas primordial. à l’IEP de Toulouse, Cactus a donc décidé de convier les prétendants aux fonctions présidentielles à venir s’exprimer devant les jeunes du Sud-Ouest. Un cycle de conférence qui devrait permettre aux politiques d’exposer leurs propositions, mais surtout de montrer que, oui, ils s’intéressent à des « gens comme eux. »

 

Plus de cinq millions de Français en âge de voter ne seraient pas inscrits sur les listes électorales. Une réalité à laquelle s’attaque l’association RIP (Résister, insister, persister) à Fontenay-sous-Bois.

Durant trois samedis précédant le 31 décembre, l’association a organisé de 10 heures à 17 heures des stands d’inscription sur les listes électorales sur les marchés et les places de la ville, pour permettre à ceux qui n’ont pas le temps d’aller en mairie d’être néanmoins inscrits. Les habitants apportent leur pièce d’identité et justificatif de domicile, RIP se charge de les inscrire par procuration. « En lien avec la campagne « 2007 pas sans nous », à laquelle on participe, on a pensé qu’il était important de continuer la mobilisation citoyenne », explique Sébastien, en charge de l’action.

La Mairie, qui organise déjà une permanence le samedi matin, n’a pas vu cela d’un très bon œil. « Ce n’est pas à vous de le faire », émet-elle au départ. « Descendez dans les quartiers alors ! » rétorque RIP, qui obtient du coup le soutien municipal pour son action.

« Certains jeunes n’ont pas envie de se confronter aux bureaux de la mairie, dit Sébastien, par peur d’y être mal à l’aise, de ne pas se sentir écoutés. » Ceux-là même que vise RIP par son action : les personnes qui se rendent sur ses stands ont en moyenne 30 ans, « sont tout le temps en bas des immeubles, et n’ont pas de boulot. » L’emplacement stratégique choisi pour les stands, jamais très loin des lieux « où tout le monde squatte », permet de proposer sans imposer, et de faire venir du monde. « Ce n’est pas de l’assistanat, on ne fait pas les choses à leur place. À eux de voter. Et de voter pour qui ils veulent, ça ne nous regarde pas. »

L’accueil diffère de celui des administrations. « Bois un verre, assieds-toi, j’arrive. On discute de l’asso, du quartier… » raconte Sébastien. Les arguments qu’emploient les bénévoles de RIP pour convaincre de participer aux élections sont simples. « On a la chance d’être dans un pays où on a le droit de dire ce qu’on pense. Je dirais telle phrase dans tel pays, je ne pourrais pas rester dans la rue. » Des habitants les secondent d’ailleurs, raconte Sébastien : « des individus résidant en France depuis 20, 30 ans mais n’ayant pas le droit de vote parce qu’ils n’ont pas la nationalité restent avec nous sur les stands et disent aux jeunes « Moi si je pouvais je m’inscrirais, mais je ne peux même pas voter. Toi qui en as le droit, utilise-le. » »

Résultat sur les trois samedis : 19 personnes inscrites par procuration, 30 préfèrent confier l’attestation de procuration à un proche, et 15 iront directement s’inscrire en mairie. En comparaison, chaque samedi, la Mairie inscrit pour sa part une trentaine de personnes sur les listes. « On a donc tout de même gagné quelque chose », estime Sébastien.

Depuis le début de l’année, les inscriptions étant closes, l’association n’abandonne pas son action citoyenne. Au programme, une campagne d’incitation au vote : « On reprend des phrases choc de grands auteurs, de célébrités d’aujourd’hui, d’artistes, et on les placarde dans toutes la ville. Pour que chacun se dise que c’est important d’aller aux urnes. »

 

« La présence de Le Pen au second tour des Présidentielles de 2002, la très forte abstention des jeunes et la proportion de votes extrémistes dans leurs rangs, nous a bousculés. Nous voulions faire en sorte que les conditions qui ont conduit à ce désastre ne se reproduisent pas en 2007. Il s’agissait donc de réduire le fossé qui ne cesse de se creuser entre hommes politiques et jeunes, et d’interpeller les représentants des différents partis afin qu’ils fassent davantage de place aux jeunes dans le débat public, qu’ils prennent en compte leurs préoccupations et leurs attentes.

Nous avons proposé aux assos du réseau la campagne « 2007 pas sans nous ». La première phase consistait à amener les jeunes à exprimer leur ras-le-bol, à faire l’inventaire des situations qu’ils jugeaient inacceptables. Un premier groupe de responsables associatifs s’est réuni pour en mettre quelques-uns en mots « je ne veux plus mettre 10 ans à m’installer », « je ne veux plus avoir à choisir entre la bouffe et le chauffage »… Puis nous avons édité des autocollants vierges et mis en ligne un forum sur Internet pour que chacun puisse écrire son « je ne veux plus ». Nous en avons reçu plus de 5 000…

Dans un deuxième temps, nous avons voulu montrer que les jeunes étaient également force de proposition. Nous avons donc mis en place un jury citoyen : 24 jeunes de 17 à 30 ans, issus de tous horizons scolaires, professionnels et géographiques. Pendant trois week-ends, ce jury citoyen dont les membres n’étaient pas particulièrement militants, ni particulièrement informés, a reçu la visite d’experts qui leur ont parlé de thématiques touchant directement la jeunesse comme l’accès à l’autonomie, la démocratie, les identités et l’emploi. Le pari consistait à prouver que chacun, s’il est correctement formé et informé, est capable de formuler des propositions pertinentes. Ils ont appris, posé des questions, débattu entre eux et élaboré une centaine de propositions pour changer les choses. Nous avons invité des hommes politiques de tous bords à recevoir ce jury pour entendre ses propositions et, éventuellement, les inscrire dans leurs programmes. Leur démontrant, si c’était nécessaire, que les jeunes ont envie de participer à l’élaboration d’un projet de société plus juste et plus solidaire. »

Mélanie Gratacos
Déléguée générale d’Animafac

 

L’association audiovisuelle Prométhée production a suivi durant quatre mois les deux leaders des Jeunes UMP et du MJS lors de la campagne des Régionales, qui s’était terminée par la victoire de la gauche dans la majorité des régions, en mars 2004.

Au final, un documentaire décapant sur l’engagement des jeunes dans les deux partis majoritaires en France. Retour analytique du réalisateur, Julien Gittinger : « à la différence de la majorité des jeunes, il s’agit d’une population tout à fait convaincue que le vote est essentiel. Leur démarche est ceci dit assez classique : ils s’engagent dans un camp préexistant, et suivent leur aînés. Les sections jeunes sont des répliques du parti, les jeunes reproduisent les mêmes mouvances, les mêmes luttes internes… avec la même violence ! Il y a peu de place pour des propositions nouvelles. Les partis semblent engoncés dans un bagage idéologique hérité du XIXe siècle. Je comprends dès lors la défiance des jeunes en général vis-à-vis du vote car il n’y a pas de renouvellement. Les autres jeunes trouvent plus leur place et leur compte en s’engageant dans les associations, où ils agissent pour, et pas contre. »

Julien note une différence néanmoins vis-à-vis des aînés chez ces jeunes militants de parti : ils sont beaucoup plus à l’aise face à une caméra. Génération Star ac’ oblige ? Du coup, leurs comportements sont très différents selon que la caméra soit enclenchée ou non. « Par ailleurs, c’était après le 21 avril. Un certain sentiment de culpabilité régnait et, parmi beaucoup de militants qui se sont encartés, a prévalu la nécessité de redéfinir le clivage droite/gauche. »

Pour la prochaine campagne présidentielle en 2007, Julien, dont le projet associatif était de s’engager par l’audiovisuel auprès de luttes sociales et communautaires, a un nouveau documentaire dans les cartons : la place de l’écologie dans la campagne. Tout un programme. Qu’il réalisera s’il trouve les financements, lui qui cherche désormais à créer sa société audiovisuelle. « Si Hulot n’était pas intervenu, nous n’aurions eu aucun débat sur le sujet. L’écologie reste un thème mineur dans la campagne, j’ai beaucoup de mal à le comprendre alors qu’il s’agit du problème le plus grave en France et dans le monde. Nous les jeunes sommes les premiers concernés : le réchauffement climatique et la disparition des espèces introduiront des changements majeurs que notre génération des 20-30 ans prendra de plein fouet. Il faudrait qu’on s’y penche. »

Contacter Prométhée Productions : gittinger75@hotmail.com

 

Pourquoi organiser ce cycle de conférences avec les candidats à l’élection présidentielle ?

Cactus est une revue de presse : chaque mois, nous sélectionnons une vingtaine d’articles sur un sujet, puis nous organisons un débat avec les étudiants. à la veille d’élections majeures comme celles de 2007, ils nous a semblé impensable de ne pas organiser un événement autour de la campagne.


Comment s’organiseront ces conférences ?

Normalement, nous faisons débattre les étudiants entre eux. Là, ce sera un dialogue avec les candidats. Chaque conférence durera deux heures. L’invité aura vingt minutes pour présenter son programme et ses idées, le reste du temps sera consacré aux questions.

Qui sont les candidats invités ?

Tous ! Notre but est d’avoir un maximum de pluralité. Nous avons pris contact par courrier avec tous les candidats déclarés et une permanence téléphonique est mise en place pour les relancer. Des relations informelles avec les responsables de grands partis sont déjà établis, mais on préfère éviter les effets d’annonce avant d’être sûrs de leur participation.

Qui pourra assister à ces conférences ?

Elles sont ouvertes en priorité aux étudiants de l’IEP, mais dans la limite des 400 places disponibles, tous le monde peut venir. Cactus a signé la Charte sur l’égalité des chances. Nous travaillons avec des élèves de ZEP pour les aider à monter un projet un peu comme le notre. Ils sont évidemment invités à assister aux débats.

Que vont apporter vos conférences aux jeunes de la région ?

Elles vont d’abord leur permettre de mieux connaître le programme de chacun, ce qui n’est pas évident lorsqu’on regarde les débats télévisés. Ce sera de plus l’occasion, pour les étudiants, de les interroger sur les points qui les intéressent, sur les mesures à destination de la jeunesse. Et puis, plus largement, c’est important pour les Toulousains de voir que les politiques sont prêts à se déplacer dans le Sud-ouest, de sentir qu’ils s’intéressent à nous. En général, ils ne viennent que pour faire un tour à Airbus…

Les étudiants que vous côtoyez ont-ils l’intention d’aller voter ?

L’IEP est un microcosme où la politique occupe une grande place, les étudiants y sont donc très motivés pour aller voter. Cet enthousiasme est dû aussi à une crainte d’un  » 21 avril bis « . Il faut dire que Sciences-po Toulouse est très marqué à gauche…

Et vous n’avez pas peur que les débats dégénèrent si des personnalités d’extrême droite acceptent de répondre à votre invitation ?

On a prévenu les syndicats et associations de tous bords afin qu’ils contribuent à maintenir le calme, mais on espère bien que cela ne sera pas utile. Nous sommes des adultes responsables et respectueux de la pluralité et je pense que chacun sera d’accord pour dire que, par souci de neutralité, il est normal que chacun ait le droit de s’exprimer.


En savoir plus :
www.cactus.asso.fr

 

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