En ce début d’année 2006, la situation au Proche-Orient se caractérise une nouvelle fois par son imprévisibilité. En quelques semaines, le paysage politique israélien et palestinien a changé de manière surprenante, rendant toute prédiction sur l’avenir – et, en particulier, l’avenir de la paix – hasardeuse.

 

Ariel Sharon, Premier Ministre israélien, qui a mené cet été le désengagement de Gaza, a disparu soudainement de la scène politique. Il laisse derrière lui un nouveau parti, Kadima, qui incarne un courant centriste et soutient une solution unilatérale au conflit avec les Palestiniens : après le désengagement de l’armée israélienne de Gaza, signifiant le départ de plusieurs milliers de colons, Kadima propose de quitter d’autres territoires occupés en Cisjordanie, sans pour autant tenter de négocier ces retraits avec la partie palestinienne. Cette stratégie vise à garder sous contrôle israélien de grands blocs de colonie, comme Ariel, et de continuer la construction de la barrière de sécurité, en particulier autour de Jérusalem.
De son côté, le parti travailliste, qui a récemment élu à sa tête Amir Peretz, n’imagine une paix que sur la base d’avancées négociées avec un  » partenaire palestinien « , afin de construire ensemble un futur de réconciliation.

 

Quel dialogue ? Mais, aujourd’hui, la victoire du Hamas aux élections législatives palestiniennes entraîne un immense bouleversement sur la scène politique israélo-palestinienne. Ce mouvement islamiste et ultra-nationaliste, dont la branche armée est responsable de nombreux actes terroristes, n’a pas renoncé à la destruction de l’État d’Israël dans sa charte. Si le président Mahmoud Abbas représente toujours un partenaire pour la paix, quel dialogue peut être envisagé avec un gouvernement composé de membres du Hamas ?

 

Cette question est suspendue aux évolutions politiques des semaines à venir en Israël et en Palestine. Positionnement du Hamas et élections israéliennes en sont les deux éléments décisifs. Il n’est pas impossible que les électeurs israéliens, face à la radicalisation de l’opinion palestinienne et au chaos politique du moment, choisissent aux prochaines élections du mois de mars de voter pour le Likoud de Benyamin Netanyahou – un parti qui prône le Grand Israël. On peut à l’inverse penser que l’élection du Hamas va renforcer le sentiment, chez une majorité d’Israéliens, que la vision unilatérale de Kadima peut seule apporter  » paix et sécurité « .

 

Mais les questions demeurent : de quelle paix s’agirait-il ? Comment imaginer une paix sans résoudre les questions incontournables de Jérusalem, des réfugiés et des frontières définitives de l’État palestinien ?

 

Face à ces sombres perspectives, il faut pourtant espérer pour les peuples israélien et palestinien un avenir de paix et de liberté. Et notre tâche est de poursuivre à promouvoir, ici et là-bas, les idéaux de dialogue et de rapprochement, à travers une meilleure connaissance de l’autre. Dans ce sens, un petit texte d’Amos Oz, intitulé Comment guérir un fanatique (Gallimard) offre en remède à la maladie de la pensée extrémiste le sens de l’humour et la littérature, c’est-à-dire le « pouvoir d’imaginer l’autre «  – à lire sans modération.

 

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