Tous les ans, la Semaine de l’équilibre alimentaire installe ses conseils nutritionnels dans plus de 90 Resto U de France. L’occasion de faire le point sur les habitudes alimentaires des étudiant et de se demander ce que contiennent réellement nos assiettes alors qu’obésité, scandales alimentaires et malbouffe font la Une de l’actualité. Mauvaises habitudes ou responsabilité de ceux qui nous nourrissent ? Nous tenterons de répondre à ces questions avec un tour d’horizon des méthodes de production des industries agroalimentaires. Nous ferons également le point sur cette nouvelle invention qui fait si peur : les OGM. Nous verrons enfin, à travers l’exemple du RU de Lorient et des conseils de cuisine radiophonique des Habitants de Stains, comment les associations étudiantes se mobilisent pour mieux manger.

 

 

 

 

 


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Alors que les scandales alimentaires ponctuent notre actualité, les industries agroalimentaires sont de plus en plus montrées du doigt. En cause, des méthodes de production et de stockage qui mettent en péril la santé humaine.

C’est l’histoire d’un steak qui ne noircit pas à l’air libre, d’une tomate à la circonférence parfaite qui ne pourrit jamais, d’un poulet qui atteint la taille adulte en sept semaines quand la nature en prévoit normalement 21. Ces « tours de magie » de l’industrie agroalimentaire auraient de quoi faire rêver si, dans le même temps, vache folle, grippe aviaire, salmonellose, listériose, huîtres tueuses et autres scandales alimentaires ne venaient nourrir notre actualité. En France, 270 000 personnes par an sont victimes d’infections liées à ce qu’ils avalent. Un chiffre qui fait sourire les Américains : dans le pays du hamburger, ce sont 200 000 personnes qui sont atteintes… par jour !

Qu’y a-t-il de si terrible dans nos assiettes pour qu’elles nous conduisent tout droit aux urgences quand ce n’est pas à la morgue ? La liste est longue : pesticide, toxines, bactéries, gaz, staphylocoques, organismes modifiés… Autant de substances néfastes, voire mortelles pour l’Homme, dont journalistes, chercheurs et ONG environnementales attribuent de plus en plus volontiers la présence aux méthodes de production des industries agroalimentaires.

Depuis une trentaine d’années, les géants de l’alimentation sont parvenus à faire baisser considérablement le coût de la nourriture industrielle : viandes à très bas prix et plats préparés sont aujourd’hui près de deux fois moins chers que des produits frais achetés sur le marché. Pas de philanthropie dans cette chute des prix, selon William Reymond qui recense, dans son livre Toxic, les « secrets de fabrication » d’un poulet ou d’un steak haché sous cellophane. Premières économies : l’alimentation du bétail et de la volaille. Plus question d’emmener les animaux brouter les verts pâturages ou goûter aux cultures fourragères : protéines animales et maïs en culture extensive constituent le régime de base des ruminants. Ces mêmes protéines animales qui transmirent le virus de la vache folle à plusieurs troupeaux à travers l’Europe… Avant d’attaquer le cerveau humain. Abondamment traité aux pesticides, le maïs laisse quant à lui des résidus toxiques décelables dans les graisses animales que nous mangeons.

L’élevage des volailles n’est guère plus reluisant. Confinées dans des poulaillers industriels, gavées d’hormones pour atteindre un poids suffisant en un temps records, « à l’âge de six semaines, 90 % des poulets, dindes et dindons élevés de cette manière sont écrasés par leur poids » commente William Reymond. Pour protéger leur « investissement » et éviter que les bêtes ne décèdent, les producteurs leurs administrent des doses d’antibiotiques de cheval. Conséquence selon l’auteur : « le recours massif et constant aux antibiotiques dans l’élevage industriel rend peu à peu la batterie de remèdes à notre disposition inefficaces contre les bactéries véhiculées par les animaux. Si, pour l’instant, les effets les plus visibles se limitent à une recrudescence de gastro-entérites, la perspective d’un scénario semblable à celui de la grippe aviaire est possible. »

Conditionnement toxique.

En cause également, le conditionnement de cette viande bon marché. Afin de permettre à un steak ou une cuisse de poulet de rester plus longtemps sur les étals des supermarchés, les industries agroalimentaires utilisent plusieurs procédés « révolutionnaires » : une irradiation, tout d’abord, censée éliminer les bactéries, un gazage, ensuite, supposé allonger l’espérance de vie de la viande. Des techniques qui posent quelques menus problèmes de santé. Selon la Commission de recherche et d’information indépendante sur la radioactivité (CRIIRAD), l’irradiation transforme l’aliment, détruisant son ADN et pulvérisant ses tissus. Plusieurs travaux montrent par ailleurs qu’irradier des lipides provoque la formation de cyclobutanones, une molécule cancérigène. Enfin et surtout, le gazage modifie totalement notre faculté à reconnaître une viande comestible d’une viande avariée. Comment savoir que votre steak est périmé si ni sa couleur, ni son odeur, ni son goût ne vous permettent de le supposer ? Un seul moyen permet de le deviner : votre état de santé a posteriori.

Verts pâturages ?

Décidés à devenir végétariens ? Ne relâcher pas pour autant votre vigilance : le royaume des fruits et légumes a lui aussi quelque chose de pourri… Même si rien ne permet de le voir sur nos étals. Comme la viande et le poulet, les verdures sous cellophane « bénéficient » d’un léger gazage afin de conserver leur parfaite allure. Une parfaite allure qui n’est que très rarement obtenue de manière naturelle. Interviewé dans le documentaire We feed the world, le très critique directeur du grainetier Pioneer en Roumanie met ainsi en avance le rôle des semences hybrides dans la circonférence irréprochable des aubergines produites. Conséquence selon lui : non seulement ces aubergines perdent tout intérêt gustatif et nutritif mais elles rendent également les paysans dépendant des semenciers, ces variétés de plantes ne produisant pas de graines d’une année sur l’autre.

Certains producteurs vont même plus loin pour embellir l’aspect de leurs fruits et légumes. William Reymond relate ainsi une visite chez un maraîchers n’hésitant pas à faire des piqûres de colorant à ses tomates vertes pour les faire rougir. Argument de l’intéressé : on utilisait déjà ces techniques sous l’Egypte antique. Certes, mais peut-on supposer que les colorants y étaient alors moins toxiques ?

Le principal danger des verdures réside cependant moins dans ces divers colorants que dans les traces de pesticides qui parsèment leur peau et pénètrent, parfois, dans leur chair. Troisième utilisateur mondial d’herbicides et fongicides, la France n’a, sur ce terrain, rien à envier à ses voisins d’outre-Atlantique.

Face aux dangers de l’alimentation industrielle, des voies parallèles s’organisent : agriculture et élevage bio, association de consommateurs se rapprochant des petits producteurs (AMAP)… Mais ces solutions restent peu accessibles aux petits budgets pour qui produits frais et de proximité restent toujours bien plus chers que les pré-cuisinés. La solution est sans doute à chercher dans une meilleure information. Des études montrent en effet que les ménages pauvres parvenant à se nourrir sainement sont généralement les plus éduqués à la nutrition, ceux qui ont le loisir et le goût de la cuisine. Et si manger devenait un luxe… de temps. Celui de choisir nos aliments, de nous renseigner sur leur provenance, celui de savoir ce qu’il y a dans nos assiettes.

En savoir plus :

Livres
-  William Reymond, Toxic. Ed. Flammarion, coll. Enquête. 2006.
-  Jean-Claude Jaillette, Les dossiers noirs de la malbouffe. Ed. Albin Michel. 2000
-  Jean-Michel Cohen et Patrick Serog, Savoir Manger, le guide des aliments 2006-2007. Ed. Flammarion. 2006

Films
-  We feed the world de Erwin Wagenhofer
-  Notre pain quotidien de King Vidor. Sortie le 14 mars.

 

Alors que la présence d’OGM dans nos assiettes est aujourd’hui légale, les interrogations sur ces espèces mutantes sont toujours d’actualité. Pour tenter d’y répondre, nous avons fait le point sur les éléments de réponse disponibles.

Si j’en mange, je meurs ?

À l’heure actuelle, rien ne permet de dire que les OGM présentent un danger vital… Mais rien ne permet non plus d’affirmer le contraire. Vous voilà bien avancé ! Pour prouver l’innocuité des OGM, les firmes produisant ces organismes déclarent, études à l’appui, que leurs produits testés sur des animaux, n’auraient eu strictement aucune conséquence. Ils se prévalent également de l’exemple américain où la présence d’OGM dans la nourriture est autorisé depuis cinq ans, et où aucun décès liés aux OGM n’a été jusqu’à présent constaté.
Une étude réalisée par Monsanto, star des firmes productrices OGM, et rendue publique par Greenpeace Allemagne tendrait néanmoins à prouver que contrairement à ce qu’a toujours clamé l’entreprise, une expérience prouvant le danger des OGM existe bel et bien. Menée sur des rats, ladite expérience aurait en effet montré que les rongeurs consommant régulièrement des aliments génétiquement modifiés auraient subis des mutations organiques. Des résultats qui peuvent difficilement être interprétés puisque l’étude a été très opportunément suspendue. Un documentaire, réalisé pour l’émission 90 minutes de Canal + et révélant l’histoire de ces recherches et l’accueil que lui a réservé le gouvernement français fait aujourd’hui un tabac sur le net.
Selon l’Alliance pour la planète, la bonne santé des Américains ne peut pas non plus être retenue comme argument. Les Etats-Unis ne disposent, en effet, d’aucune traçabilité des OGM, rendant ainsi impossible toute relation de cause à conséquence entre l’ingérence d’aliments génétiquement modifiés et de quelconques affections.

Est-ce que les OGM peuvent éviter la faim dans le monde ?

A les écouter, les firmes productrices d’OGM auraient la solution miracle à toutes les tares de l’humanité : moissons miraculeuses pour éviter la fin dans le monde, médicaments cure-tout contre la pandémie de Sida, solution aux problèmes de pollution et de gaz à effet de serre face à la catastrophe environnementale. Un vrai challenge de Miss Monde ! Mais qu’en est-il vraiment de la faim dans le monde ? Commençons, tout d’abord, par rappeler que selon une étude menée par la prix Nobel d’économie Amatyra Sen et reconnue par l’ONU, les problèmes de malnutrition dans les pays du Tiers-Monde ne sont presque jamais dus à des problèmes de production, mais à des problèmes d’inégale distribution. Ajoutons que, de toute façon, rien ne montre aujourd’hui que les champs d’OGM soient plus productifs que ceux cultivés de manière naturelle. Constatons, enfin, que contrairement à des semences naturelles, celles issues d’OGM ne produisent pas de graines une fois la première récolte poussée, de sorte que les paysans des pays du tiers-monde sont obligés de racheter chaque année des graines aux semenciers à des prix très élevés.

Est-ce qu’il ne vaut pas mieux manger des aliments OGM plutôt que des aliments traités aux pesticides ?

Malheureusement, l’un n’exclu pas l’autre. Plusieurs études montrent même que les pays cultivant des OGM auraient plus recours aux pesticides que les autres. L’un des arguments de vente des firmes OGM consistait en effet à produire des plantes résistantes aux pesticides, de sorte que les agriculteurs qui les cultivent peuvent, en toute insouciance, pulvériser une dose massive d’herbicide sur leurs plantations avec la certitude que celui-ci annihilera toutes les pousses indésirables sans porter atteinte à la récolte. Mieux, certaines plantes OGM sont conçues pour produire elles-mêmes des pesticides…

Puis-je être sûr de ne pas manger d’OGM ?

En France, les règles concernant la traçabilité des OGM ou des dérivés d’OGM sont très strictes. Toute présence d’organismes génétiquement modifiés, aussi infime soit-elle, doit impérativement être mentionnée sur l’étiquette de l’aliment.
Néanmoins, et c’est là l’un des principaux cheval de battaille des ONG environnementales, les OGM cultivés en plein champs disséminent dans tous les champs avoisinants. De sorte que si l’on continue de les tester à l’air libre, les paysans voisins n’auront, eux, plus le choix de cultiver ou non des OGM. Les associations vertes ne s’opposent pas aux expérimentations sur les OGM mais demandent à ce qu’elles soient effectuées sous couvert afin de ne pas empiéter sur la liberté de chacun à choisir son mode de production… et de consommation.

 

 

 

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