Cet article fait partie du compte-rendu de la rencontre « Accompagnement à la scolarité » , qui s’est déroulée les 8 et 9 décembre 2007 à l’université Paris 5.


Comment travailler avec les établissements scolaires ? Quels types de partenariats envisager ? A qui s’adresser ? Comment fonctionne-t-il ?

 

Intervenants :
– Arnaud Thiercelin est responsable du secteur éducation pour la Ligue de l’enseignement.
– Jean-Baptiste est responsable de l’antenne départementale du Val d’Oise pour les services aux associatifs.


Comment instaurer un partenariat avec un collège ?

 

L’association Contrepied indique que l’asso a signé un accord avec le principal du collège, et qu’elle participe aux conseils de classe.
Arnaud Tiercelin explique que le collège est organisé de manière éclatée : plusieurs enseignants, diverses professions… Le partenariat peut se faire avec le principal ou le CPE. Le CESC (Conseil d’Education à la Santé & la Citoyenneté) a également pour but d’élaborer des projets avec des partenaires (mairies, associations locales etc.), et de parler des financements.

 

Le contexte actuel des collèges est plutôt au refermement sur eux-mêmes, donc ce conseil ne fonctionne pas toujours bien. Il est donc indispensable de trouver des alliés.

 

Pour l’association Université Handicap, c’est plutôt l’inverse qui se produit : elle est sollicitée par les écoles et les collèges. Arnaud Tiercelin souligne que cette thématique est porteuse car l’école ne sait pas faire (notamment parce qu’il y a de moins en moins d’infirmières scolaires). Or, en ce qui concerne le soutien scolaire, il s’agit du même terrain que les enseignants. Les mairies, par le biais des Contrats Locaux d’Accompagnement à La Scolarité (CLAS), ont des contrats avec les établissements scolaires : la commune peut être un allié.

Quels contacts faut-il entretenir avec les enseignants ?

 

Contrepied est née suite à l’idée d’un enseignant, mais c’est aujourd’hui une association étudiante. Plusieurs collèges ont refusé le partenariat, mais le collège Vercors a accepté.
Les intervenants soulignent qu’il faut une certaine légitimité pour entrer dans l’école. Avoir un enseignant dans son Conseil d’Administration peut constituer cette « légitimité ».
Les enseignants ne sont pas toujours favorables à un partenariat avec une asso. Pourtant, il faut avoir conscience que l’asso ne se limite pas à la réussite scolaire de l’enfant : la motivation, l’environnement… sont des facteurs qui jouent aussi. Or les enseignants ne s’en occupent pas toujours, et ne sont pas toujours convaincus de l’intérêt des actions socio-culturelles.
La Charte d’Accompagnement à la Scolarité nationale, négociée avec le ministère, indique qu’il faut travailler au delà de l’aide aux devoirs, à travers des projets culturels, l’orientation… Elle sert de « label » pour convaincre les établissements et les communes.

La question des subventions

 

Pour les associations de Lille et Villeurbanne, les universités de Lille 1 et Lyon accordent des subventions. De même en ce qui concerne l’IEP à Grenoble. Dans le cadre du partenariat qui peut exister entre une commune et un collège, le collège peut être amené à utiliser des bâtiments municipaux : il est intéressant de repérer l’agent de mairie qui s’en occupe. Certaines communes travailllent sur la vie étudiante. A Lille, il y a un bon rapport avec Villeneuve d’Ascq. En revanche, cela peut être plus difficile quand l’association agit sur d’autres communes que celle de l’université.

La question des locaux

 

Les interlocuteurs doivent être les mairies et les bailleurs sociaux, qui sont obligés de réserver des mètres carrés sociaux. Il faut s’adresser au service du logement ou de l’urbanisme. Plutôt que le fonctionnement de l’asso, c’est sa légitimité qui jouera vis-à-vis des collectivités. Il faut donc être clair sur son mode de fonctionnement : par exemple, préciser si le choix des élèves est fait par l’asso ou le collège. Il faut prouver qu’on ne fait pas « un truc entre copains ». Il faut rassurer la mairie par rapport au financement, montrer que c’est du service public. Les associations communautaires ont plus de mal à se faire financer.


L’université peut-elle être partenaire ?

 

Les enseignants donneront sans conteste davantage de légititmité à votre projet. Ils peuvent en outre donner un avis favorable, et éventuellement aider à développer votre projet.


La prise en compte globale de l’enfant

 

Plusieurs villes disposent d’un Programme de Réussite Educative, il faut donc rencontrer le coordinateur de la mairie, qui peut éventuellement prendre le relais.
L’association peut bénéficier d’une subvention si elle intervient auprès d’enfants entrant dans le cadre du PRE.

Comment se traduit de manière concrète un partenariat ?

 

Les partenariats peuvent prendre différentes formes. Ce peut être par exemple la participation au conseil de classe, l’accompagnement des parents aux réunions parents/profs…
Il faut avoir une réflexion commune avec les enseignants, traiter avec le CESC, et voir localement comment ça se passe. Dans un collège standard, 10 à 20% des profs pourront être intéressés par le projet : il faut les repérer, notamment en regardant le projet d’établissement.
Concernant le CESC, on y entre uniquement sur invitation du principal. Il faut donc commencer par lui. Les intervenants précisent néanmoins que les chefs d’établissement sont souvent très sollicités, et qu’il est recommandé d’être accompagné par un « allié » pour le rencontrer.


A-t-on des comptes à rendre si on s’inscrit dans un Programme de Réussite Educative ou un projet d’établissement ?

 

Cela dépend du projet défini avec l’établissement au départ. Des objectifs sont fixés pour l’enfant (exemple : un trimestre pour augmenter sa moyenne en maths). Il faut faire des bilans réguliers avec l’enseignant. Le projet et son évaluation doivent être validés dès le départ par le principal.
Il existe également des demi-journées banalisées pour les enseignants, pour travailler sur le CESC, les partenariats etc. On peut s’y faire inviter par le principal.

Le contact avec le principal / le dispositif d’accompagnement éducatif

 

Le mieux est de privilégier le contact avec lui à la fin de l’année scolaire, pour qu’il pense à l’association à la pré-rentrée. C’est un moment crucial. Il faut donc monter le projet en mars pour le faire démarrer en septembre. Il est nécessaire d’anticiper l’année scolaire.
Arnaud Tiercelin évoque le projet d’accompagnement éducatif de Xavier Darcos (les orphelins de 16h30). Il s’agit d’un accompagnement des enfants de 16h30 à 18h30 d’abord dans les collèges de ZEP, puis tous les collèges, puis à terme le primaire et les lycées. Ce dispositif prévoit de l’aide aux devoirs, du sport, de la pratique artistique et culturelle. Les enseignants seront payés. Dans un premier temps, ça peut entrer en concurrence avec le travail des associations. Mais les enseignants ne sont pas forcément les mieux placés pour faire ce travail. Comme c’est basé sur le volontariat de l’enfant, celui-ci n’a pas forcément envie de rester avec le même enseignant en fin de journée. L’association peut discuter avec l’établissement à ce sujet, avec les enseignants, et proposer par exemple d’écrire une pièce de théâtre avec le prof de français.

 

Des financements pour les assos sont prévus à cet effet. AT indique que les chefs d’établissement mettent en place ce projet depuis seulement cette année, et qu’il s’agit donc d’une année de transition. L’intégration à ce type de dispositif peut augmenter la responsabilité de l’association, notamment pour les sorties (plan vigipirates etc.). Il faut toutefois rester prudent sur le rôle de l’association dans ce dispositif : il faut certes fournir une prestation, mais montrer aussi qu’on peut être une force de proposition, ne pas se laisser enfermer dans le rôle de prestataire. Au niveau de la prise de décision, l’association n’est pas forcément écoutée dès le début, il faut batailler un peu. Au bout de 2 ou 3 ans, l’asso montre enfin qu’elle est capable de plus.

Le soutien des mairies

 

Le programme des subventions pour les associations est au mois de décembre. Il faut veiller à se montrer, être présents. Pour Ketty, il peut être bénéfique de se coordonner entre associations sur le même terrain, avoir le même discours, trouver des alliés, des réseaux (pour bénéficier de formations, de contacts…). Il faut être ambitieux pour les enfants.

Le cas particulier du foyer de demandeurs d’asile

 

Un problème vient du fait que le soutien scolaire se fait au foyer. Les intervenants conseillent de se renseigner sur le propriétaire du foyer, et de voir avec le bailleur social s ‘il y a une extension possible. Il y a nécessité d’insister sur l’insertion sociale, via par exemple des rencontres avec des jeunes Français, qu’il y ait un temps sur la commune.
Exemple : des cyberbases mises en place par certaines communes, et avec lesquelles il est possible de réserver un créneau horaire. Pour ces enfants en particulier, il faut élargir le spectre d’activités, et il est possible de le faire à moindre frais. Il faut donc interpeller les élus sur les dispositifs d’intégration de ces jeunes.

 

L’accompagnement scolaire peut prendre une vraie dimension citoyenne, bien au-delà de l’aide aux devoirs. Ca motive aussi les bénévoles. Un projet doit vivre, évoluer, ne pas s’essouffler.

Est-ce que des systèmes de tutorat, mis en place par des associations, existent au collège ? (aide des collégiens par d’autres collégiens)

 

Ce sont plutôt les établissements qui les mettent en place. C’est ce qui s’appelle l’éducation vicariante. C’est valorisant pour les enfants, ça fait valoir leurs diverses compétences. L’objectif est de ré-investir sur l’école, faire des ponts entre les matières. C’est la mise en situation de réussite de l’enfant qui compte.

 

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