INTERVENANT : Romain Aparicio, délégué général d’IASTAR (Fédération des Radios Campus)
ANIMATEURS : Emmanuel Lemoine (Europa, Nantes) et Julie Hiet (Kuth, Nice)

 

PRÉSENTATION DES RADIOS CAMPUS

En introduction, Romain Aparicio précise qu’il parlera essentiellement des radios. À travers les questions des participants, la presse écrite pourra néanmoins être abordée. Il connaît par ailleurs assez bien les problématiques des Télés étudiantes, ayant suivi leur tentative de mise en réseau à travers l’ORTE, aujourd’hui en berne. Selon lui, l’une des raisons de l’échec de l’ORTE est que les télés qui ont souhaité se fédérer n’étaient pas assez homogènes dans leur programmation.

C’est pourquoi les Radios Campus ont souhaité se fixer des axes de programmation même si, au final, chaque radio reste libre de choisir sa grille. Les Radios Campus ont trois axes principaux de diffusion :
Les informations culturelles
Les informations concernant la jeunesse : les Radios Campus se voulant ouvertes sur la cité pour mériter leur place sur les ondes FM, ces informations sont néanmoins à mettre en perspective avec une actualité plus large.
Les créations de la jeune scène musicale afin de la promouvoir.

 

De nouvelles Radios Campus émergent sans cesse. Nice, qui restait l’un des seuls grands campus français sans Radio Campus, se dote actuellement d’un projet sur le campus de Sofia Antipolis. En moyenne, deux à trois radios sont créées chaque année. Certaines ont fermé car elles ne bénéficiaient que de fréquences temporaires : c’est notamment le cas de la radio de Montpellier. D’autres ont dû s’arrêter car elles étaient asphyxiées économiquement : c’est le cas des radios de la Rochelle et Limoges qui, en s’aventurant sur le terrain de grosses radios commerciales comme NRJ, ont perdu la bataille.

 

Selon Romain Aparicio, vouloir rivaliser avec les radios commerciales est un pari dangereux pour les Radios Campus. Non seulement car elles n’ont pas les compétences et les équipes professionnelles qui pourraient leur permettre de se battre sur un pied d’égalité. Mais elles risquent, en plus, d’y perdre leur identité.

 

La plupart des Radios Campus sont implantées dans les universités. IASTAR les incite néanmoins à en sortir, toujours dans un esprit d’ouverture sur la cité.

 

L’OBTENTION DES FRÉQUENCES


Il est très difficile d’obtenir une fréquence FM en tant que radio associative. Le CSA qui doit, en principe, être le garant de la diversité subit en effet d’importantes pressions de la part de grands groupes commerciaux.
NRJ s’est ainsi montré très belliqueux avec les radios campus, allant jusqu’à proposer 2 millions d’euros pour racheter les fréquences (Dijon) ou à infiltrer le CA des Radios Campus (Lyon).
Cette agressivité s’explique d’abord par la concurrence qu’exercent les Radios Campus : si NRJ reste la première radio écoutée par les jeunes, les Radios Campus arrivent en troisième position juste après France Info. De plus, NRJ s’est récemment mis en tête d’obtenir des fréquences locales, terrain jusque-là occupé par les Radios Campus.

 

Notons que les Radios Campus ne pourraient prétendre à des fréquences FM si elles se revendiquaient exclusivement « radios étudiantes » : les fréquences sont des biens publics qui doivent donc s’adresser à tous.

 

LE BUDGET DES RADIOS CAMPUS


IASTAR fonctionne avec un budget total de plus de 5 millions d’euros, ce qui représente environ 70 000 euros pour chaque radio. Cette moyenne ne reflète cependant pas exactement la réalité, car les radios qui démarrent ont des budgets bien moindres.

 

Chaque radio fonctionne avec une centaine de bénévoles. Mais dès lors que la radio bénéficie d’une fréquence FM (accordée pour 5 ans), il lui est impossible de ne fonctionner qu’avec du bénévolat : actuellement, pas une seule radio ne fonctionne sans salariés.
Les embauches se font le plus souvent sur des emplois aidés : emplois tremplins, mais aussi CAE et CIE qui permettent de voir une partie du salaire pris en charge par l’Etat. Le nouveau statut de volontariat associatif pourrait, à cet égard, représenter une opportunité pour les Radios Campus puisqu’il permet de rémunérer un bénévole à temps plein, sur une mission d’intérêt général, à hauteur de 650 euros par mois, 90 % étant pris en charge par l’Etat.

 

L’essentiel des financements des radios campus provient du Fonds de soutien à l’expression radiophonique. Ce fond est alimenté par des taxes sur les régies publicitaires de l’audiovisuel, puis redistribué aux radios associatives à condition qu’elles ne soient pas financées à plus de 20 % par la publicité. Ce système convient bien aux radios commerciales qui verraient d’un mauvais œil que les radios associatives viennent voler leurs budgets publicitaires.

 

Les télés associatives tentent aujourd’hui d’obtenir la création d’un fonds identique. Un projet que les Radios Campus n’encouragent pas, craignant de se voir dépossédées de leurs financements.

 

Pour obtenir des financements du Fonds de soutien, il suffit en principe de produire un dossier faisant le point sur les budgets des années précédentes. La première vague de financement est mécaniquement fixée en fonction de ces budgets. Pour les financements suivants, d’autres critères sont pris en compte, permettant d’obtenir des rallonges.

 

En marge des subventions accordées par le Fonds, IASTAR a tenté d’obtenir des financements auprès des ministères, du CNOUS, etc.

 

DÉBATS AVEC LA SALLE


Est-on plus indépendant lorsqu’on est financé avec des subventions publiques ou avec de la publicité ?


Julie Hiet, présidente de l’association Kulth éditant le journal l’Inkulth à Nice, témoigne avoir rencontré d’importants problèmes avec le service culturel de la Ville à la suite d’un dossier qui critiquait leur politique culturelle. Le chargé de publicité de l’Inkulth, qui travaillait à la Mairie de Nice, a même été renvoyé.
La publicité ne semble pas pour autant une solution satisfaisante : comment choisir des annonceurs en rapport avec la ligne éditoriale ? Comment ne pas noyer le lecteur avec des messages contradictoires entre le contenu éditorial et les publicités ? La solution adoptée pour l’instant par Kulth consiste à publier de la publicité « associative » : des encarts sont vendus à des prix modiques à des structures qui ne pourraient pas se payer de campagnes de communication dans la presse classique et correspondent à « l’esprit » du journal.

 

Les représentants d’Europa (Nantes), avouent assumer totalement la publicité après s’être longtemps posé la question. Même s’ils disposent de subventions de l’université et de la Mairie de Nantes, ils ont décidé de créer leur « régie publicitaire » afin de diversifier leurs sources de financements. Ces sources de revenus leur semblent moins contraignantes dans la mesure où ils n’ont pas leur mot à dire sur la ligne éditoriale du journal.

 

Romain Aparicio souligne une différence majeure entre presse écrite et radio : les auditeurs de cette dernière ne peuvent en effet pas tourner la page lorsqu’ils voient une pub et sont obligés de l’écouter. Ceci explique l’hostilité des médias radios à la publicité.
Romain Aparicio est néanmoins d’accord pour dire que les subventions publiques peuvent être contraignantes. Il cite notamment les pressions qui peuvent être exercées par des universités, siégeant au CA de Radios Campus, et voulant, par ce biais, imposer une ligne éditoriale. Il évoque également les pressions exercées par les syndicats étudiants qui, sous prétexte qu’ils ont leur mot à dire sur l’attribution des financements, veulent imposer leur loi aux Radios Campus. C’est cette confrontation qui a incité les Radios Campus à se constituer en réseau afin d’avoir plus de poids. C’est aussi pour cela qu’IASTAR a adhéré à Animafac : la mise en réseau des associations étudiantes organisée par Animafac a notamment permis d’obtenir la création du FSDIE, un fond exclusivement réservé aux associations étudiantes.
Romain Aparicio souligne, par ailleurs, que les radios disposent de moyens « légaux » pour résister aux pressions des universités. L’attribution d’une fréquence FM par le CSA implique que la programmation de la radio s’adresse au plus grand nombre : elle ne peut donc avoir pour vocation de faire la « com’ » de l’université. De plus les radios associatives sont soumises à des impératifs de programmation : 40 % de musique française…

 

La prestation de service

 

Emmanuel Lemoine (Europa) propose de se pencher sur la prestation de services qui peut également être une source de financement pour les médias étudiants. Europa a ainsi proposé à la Maison de l’Europe de Nantes de réaliser leur plan de communication pour une somme beaucoup moins importante que celle demandée par les précédents prestataires de services.

 

Certains dans la salle s’interrogent sur l’autorisation légale qu’ont des associations loi 1901 à proposer ainsi leurs services. Après discussion dans la salle, la conclusion est que les associations y seraient autorisées à condition qu’elles ne cassent pas les prix du marché.

 

Romain Aparicio rapporte qu’afin de diversifier leurs financements, les Radios Campus ont exploré de nombreuses pistes. La vente de programmes s’est avérée très compliquée à gérer en interne. Actuellement, les radio campus se sont donc tournées vers de la vente d’espaces, à condition qu’ils correspondent à la programmation des radio campus : RFI a, par exemple, pu ainsi diffuser un programme sur l’intégration des étrangers.
L’année dernière, IASTAR s’était également lancé dans l’organisation de concerts mais, même si cela a été un succès, cela s’est avéré trop prenant pour être réitéré les années suivantes. Romain Aparicio conseille aux médias étudiants présents de ne pas se tourner vers des prestations de services trop éloignées de leur activité principale car cela risquerait de les détourner de leur vocation première.

 

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