Pour cette troisième demi-journée de réflexion, les associations de solidarité internationale et de solidarité locale se sont réunies afin d’échanger avec les trois intervenants sur les possibilités de partenariats qui existent entre les associations étudiantes et les grandes ONG d’utilité publique.

ANIMATEURS :
– Marie-Jeanne Charrier, ancienne présidente de l’association Phénix et administratrice d’Animafac,
– Augustin Westphal, président d’Animafac et délégué général d’Etudiants et développement.

INTERVENANTS :
– Seynabou Dia, Directrice générale adjointe du Secours Populaire Français
– Caroline Soubie, Chargée de la jeunesse au sein de la Croix-Rouge française
– Philippe Gardent, délégué pour les Yvelines du Secours Catholique

Les intervenants ont débuté leur intervention par la présentation de leur association en mettant en lumière la place occupée par la jeunesse.

Présentation des associations et possibilités d’action des jeunes

1) Croix Rouge :

30% des 50 000 bénévoles de la Croix Rouge ont moins de 30 ans et les jeunes interviennent dans plusieurs domaines d’action. Les adolescents et les jeunes adultes sont aussi considérés comme un public prioritaire car ils sont souvent les premiers confrontés aux questions de société. Ils ont donc, grâce à une approche directe de cette société dont ils maîtrisent parfaitement les rouages, la possibilité d’insuffler d’autres manières de faire et d’impulser de nouveaux programmes en accord avec les besoins réels de notre monde.

Les jeunes peuvent apporter leur collaboration lors d’opérations ponctuelles comme le projet « pochette solidaire », (destinées aux SDF avec un kit hygiène et un annuaire des adresses utiles, distribuées par la population aux plus démunis) au sein duquel la Croix-Rouge a établi l’année dernière un partenariat avec 10 associations étudiantes qui leur ont proposé des points de vente, ou encore lors des collectes pour la banque alimentaire.
Des formations AFPS (attestation de formation aux premiers secours) sont également proposées aux jeunes. La Croix-Rouge œuvre aussi dans l’accompagnement de projets de jeunes : ils ont dernièrement soutenu une association étudiante qui souhaitait organiser une conférence sur la médecine humanitaire.
Enfin, les jeunes peuvent officier comme bénévoles dans l’action sociale ou le secourisme.
La Croix-Rouge met un point d’honneur à répondre aux demandes et à créer des partenariats avec les associations étudiantes qui en font la demande.

 

Est-il possible de partir à l’international avec la Croix-Rouge ?
Cela peut arriver mais uniquement pour répondre à des attentes, la Croix Rouge ne se positionne jamais en tant que demandeur pour des missions à l’étranger.

 

Les actions à l’international sont-elles pérennes ?
Oui (dans la lutte contre le SIDA par exemple), bien qu’il arrive à la Croix-Rouge d’intervenir en urgence face aux catastrophes. La Croix-Rouge possède des délégations dans chaque pays qui sont sur le terrain en permanence.

 

Vérifiez-vous les motivations avant d’engager des jeunes sur des actions en France comme à l’étranger ?
Bien sûr, mais les jeunes sont, en général, considérés comme volatiles et il est difficile de les fidéliser. Ce n’est évidemment pas par manque de motivation mais plutôt à cause de l’impossibilité pour eux de s’engager sur le long terme, surtout pour les étudiants qui sont amenés, d’une année sur l’autre, à changer d’école ou à partir en stage. Pour l’international, la Croix-Rouge préfère envoyer des professionnels avec de l’expérience.

2) Secours Populaire

Le Secours Populaire a été fondé par les communistes pendant la Résistance. Depuis, ils ont coupé les ponts avec le parti. C’est une association de solidarité généraliste tournée vers la famille qui a fait le choix d’agir sur les conséquences plus que sur les causes des inégalités sociales : choix discutable mais fait en connaissance de cause. Le Secours Populaire s’occupe essentiellement de l’aide d’urgence : colis alimentaires, vêtements, aide aux vacances… Mais refuse toute forme d’assistanat en demandant toujours une participation symbolique pour chaque aide.

S’engager au Secours Populaire peut permettre aux jeunes d’acquérir une première expérience de la solidarité. Les jeunes semblent avoir peur des institutions importantes et le Secours Populaire s’efforce de désamorcer cette angoisse. L’association souhaite aussi inciter les jeunes à agir là où ils sont, dans un travail de solidarité de proximité : 80% des demandes de bénévolat concernent en effet l’international. Mais la solidarité ne s’exporte pas, elle doit aussi répondre aux besoins locaux. Les jeunes peuvent agir dans différents domaines : soutien scolaire, encadrement de séjours, participation à la « journée des oubliés des vacances », réveillons, arbres de Noël ou encore solidarité intergénérationnelle. Le Secours Populaire a besoin des jeunes pour pérenniser l’action mais il semble difficile des les impliquer dans la conception des projets, dans un travail administratif ou encore de les faire venir aux réunions de réflexion.

Le Secours Populaire travaille aussi sur la précarité des étudiants : de plus en plus d’étudiants sont demandeurs d’aides (surtout les étudiants étrangers) mais les réponses doivent être différentes de celles faites aux familles. C’est là que le Secours Populaire a besoin des associations étudiantes, pour les aider à trouver des solutions adaptées à leur statut et à leurs besoins.
L’association a aussi un réel besoin de soutien dans la réflexion sur les projets ainsi que pour tenir des permanences d’accueil.

 

3) Secours Catholique

Le Secours Catholique mène des actions en France et à l’international auprès des plus démunis, sans distinction de race, de classe, de religion, de sexe ou d’origine. Depuis 12 ans, ses membres ont conscience de l’importance de mettre en place des programmes spécifiques pour les jeunes. Dans les Yvelines par exemple, ils organisent, trois fois par semaine avec l’association étudiante Humanitude, des maraudes dans les gares auprès des SDF de Versailles au cours desquelles ils apportent des boissons chaudes et surtout engagent le dialogue.
Pour agir avec le Secours Catholique, les jeunes ont deux possibilités d’action :
– intégrer un club CARITAS (CARITAS est une confédération de 200 organisations catholiques oeuvrant dans la solidarité) au sein desquels des jeunes (entre 18 et 30 ans) préparent tout au long de l’année un projet de développement (ici ou là-bas), assistent à des formations et bénéficient des conseils et du soutien de professionnels
– devenir relais pour la campagne « les kilomètres soleil » qui sensibilise les jeunes de 7 à 11 ans à la solidarité.
Le Secours Catholique reste toujours à l’écoute des propositions et des envies des jeunes qui peuvent aussi intervenir dans l’accompagnement scolaire, auprès des détenus, participer aux collectes,…

Question/réponses

Quelles démarches effectuer pour travailler avec vous ?
Pour toutes les associations, il suffit simplement de contacter le siège ou la délégation locale de votre ville ou de votre région.

 

Quelle est la couverture géographique des activités du Secours Populaire ?
Le Secours Populaire travaille dans 60 pays à travers 154 programmes d’urgence et de développement.

Depuis quelque temps, la Croix-Rouge s’implique dans des actions de développement : quelle motivation a été à l’origine de cette réorientation ?
La Croix-Rouge œuvre sur le long terme depuis longtemps, on en parle simplement un peu plus depuis la catastrophe du Tsunami qui a relancé l’intérêt de la population. Quant aux motivations, la Croix-Rouge s’investit dès qu’il y a une demande des comités ou des associations locales.

 

Notre association de solidarité internationale a été victime d’un abus de confiance de la part de l’un de nos partenaires : Comment éviter le détournement de nos actions ?
Secours Catholique : Il faut impérativement avoir un partenaire de confiance là-bas qui contrôle les opérations en permanence
Secours Populaire : Nous travaillons toujours avec des professionnels.

 

Deux millions de personnes sont inscrites aux Restos du Cœur alors que seulement 1 million en ont réellement besoin, comment peut-on éviter de tels abus ?
Secours Populaire : Nous nous basons sur un audit au cas par cas ainsi que sur l’appréciation des services sociaux avant de délivrer une aide.

 

La neutralité politique me pose problème car elle ne permet pas la critique des pouvoirs en place : n’est-ce pas une manière de favoriser le désengagement de l’État ?
Secours Catholique : Très bonne question car c’est un aspect important de notre action. Il est nécessaire d’agir aussi sur les causes et de toujours rester vigilant face à la responsabilité des pouvoirs publics. Toutes nos actions sont basées sur des constats et nous prenons soin de les porter devant les personnes concernées, en dénonçant mais aussi en apportant des propositions. Nous menons aussi des actions de plaidoyer à l’international.
Secours Populaire : Nous sommes moins virulents qu’avant sur la dénonciation, c’est un choix car l’étiquette de « communistes » nous a longtemps desservis. La neutralité que nous revendiquons aujourd’hui nous empêche d’être trop offensifs. Cependant, nous apportons sur la scène politique des témoignages sous forme de recueils grâce auxquels nous faisons entendre la voix des plus démunis.
Secours Catholique : Nous éditons également un journal : « Paroles des sans-voix ».

 

Vous parlez beaucoup de « professionnalisation » : quelles qualifications recherchez-vous exactement ?
Secours Populaire : Nous recherchons surtout du personnel administratif au siège pour la gestion et l’évaluation des programmes. Pour l’étranger, nous avons énormément de demandes pour très peu de postes. Par exemple, nous avons eu une ouverture de poste en Afrique il y a quelques temps et avons reçu plus de 280 CV. Nous accueillons aussi beaucoup de stagiaires en France.

 

Si les associations étudiantes s’adressent peu aux associations instituées c’est souvent parce que nous ne trouvons pas chez nos aînés quelque chose qui nous convienne et que l’on puisse maîtriser dans son ensemble. Nous désirons véritablement être écoutés et devenir parties prenantes des projets. Pour quoi y a t’il si peu de possibilités de « conception » de projets pour les jeunes ?
Secours catholique : Nous avons mis en place le concept de « Jeunes Solidaires » afin de leur proposer de bâtir quelque chose par eux-mêmes.

 

Question des intervenants aux associations étudiantes : Pourquoi avez-vous peur de contacter les grosses associations ?
Le calendrier universitaire est très rapide et ne nous permet pas d’avoir un engagement important et durable. De plus, le bureau se renouvelle souvent très vite et les ONG devront s’adapter à un changement régulier d’interlocuteur. Enfin, nous ne savons pas exactement qui est habilité à faire quoi : nous sommes surtout à la recherche d’un appui administratif.

 

Y a-t-il des possibilités d’effectuer une mission de volontariat au sein de vos associations ?
Secours populaire : Il n’y a pas de volontaires au Secours Populaire, uniquement des bénévoles.
Croix-Rouge : C’est possible, nous privilégions le volontariat donnant-donnant. Le volontaire donne de son temps, la Croix-Rouge se doit de lui donner en retour des compétences et de favoriser son insertion professionnelle.
Secours Catholique : Nous engageons des volontaires avec les programmes « Jeunes Solidaires ».

 

Qu’est-ce qui freine les grosses associations pour engager des jeunes ?
Secours Populaire : La nouveauté fait toujours peur mais il faut bien changer les méthodes pour les adapter au présent. Il est cependant nécessaire de sensibiliser les anciens qui font souvent de la « résistance au changement ».
Croix-Rouge : Nous proposons aussi la méthode du tutorat qui permet aux générations de se rencontrer et de travailler ensemble.

 

Des demandes de collaboration spontanées entre Animafac et les intervenants associatifs présents ont émergé à la fin de l’atelier. Des possibilités d’organisation de manifestations ou de festivals, la mise en place de formations ont été évoquées. Il existe un vrai problème d’adéquation du calendrier entre les ONG et les associations étudiantes : peut-être les ONG peuvent-elles prévenir Animafac dès septembre des dates de leurs programmes pour que les associations étudiantes puissent se caler dessus si elles le désirent ? Elles souhaitent aussi qu’Animafac devienne un vrai relais, un médiateur entre elles et les associations étudiantes pour élaborer des partenariats et réfléchir ensemble sur les actions à mener.

 

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