L’AUTEUR

 

Il était une fois des elfes, un magicien appelé Merlin et une forêt du nom de Brocéliande. Il était une fois un folklore qui parlait d’un monde peuplé d’étranges créatures et possédant mille et une richesses. Il était une fois une asso qui voulait que les gens se souviennent et qui organisait donc des manifestations et des fêtes pour rire et pour danser comme à Lothlorien. Cette asso rennaise s’appelle Kejadenn et j’en suis le vice-président. Rien ne me prédisposait donc à écrire des petites histoires sur le racisme en Bretagne, la région comptant plus d’elfes que d’immigrés au mètre carré. Même SOS Racisme avait fini par y fermer. Rien, sauf le projet « Regards de jeunes sur les discriminations » lancé par Animafac.
Laissant pour un temps mes fest noz, j’ai fini par m’y mettre sérieusement. J’ai rencontré des membres du MRAP 35 [1] qui m’ont ouvert les yeux sur pas mal de problèmes à Rennes : comme quoi ce n’est pas la densité de l’immigration qui fait qu’il y a plus ou moins de racisme, c’est plus profond que ca !
Là dessus, j’ai récupéré une étude sociologique d’Olivier Noel commandée par la Mission Locale Jeunes, je pensais les rencontrer à ce sujet. De plus, j’ai découvert une asso de jeunes nommée « Melting-Potes » dans le quartier de Villejean, qui met en place des pétitions pour recueillir les témoignages de personnes refoulées à l’entrée des discothèques. J’avais aussi l’idée de rencontrer le patron d’origine maghrébine d’une boulangerie qui viens d’ouvrir en centre-ville. Le résultat qui suit est moins ambitieux : des anecdotes, glanées au fil de ces rencontres. Courtes, mais révélatrices.

 

Racisme ordinaire

 

Par un bel après-midi ensoleillé de juillet, une voiture finit sa vie dans un parking souterrain, grillée telle une saucisse oubliée sur le barbecue. La scène se déroule dans le quartier de Villejean, un des plus populaires et des plus HLM-isés de Rennes. Aussitôt, la rumeur se propage : c’est les jeunes de la Dalle qui ont fait le coup ! La Dalle en question c’est la place centrale du quartier où se trouvent commerces, buraliste, boulangerie, bars et commisariat depuis peu. C’est là aussi que viennent se retrouver les jeunes du coin pour causer le bout de gras et passer le temps. Ces jeunes en question sont en général des fils ou petit-fils d’immigrés qui viennent des pays du Maghreb : ils sont basanés, alors ce ne peut être qu’eux les incendiaires ! Bientôt tout le quartier est au courant de l’affaire : pas besoin de lire Ouest-France pour connaître les histoires de quartier, il suffit d’y vivre ! Dans la soirée, on commence à y voir plus clair : l’arme du crime – des allumettes – a été retrouvée et les auteurs ont tout avoué… à leur parents ! Et oui, après une longue enquête de quelques heures, il est apparu que les jeunes délinquants sont plus jeunes qu’on ne le pensait et surtout, qu’ils ont la peau plus claire. Et oui, ce n’était juste qu’un vaste gang de gamins de 10-11 ans qui fricotait avec des dealeurs d’allumettes et qui, par jeu, ont voulu avoir leur fête de St Jean a eux. Et pan dans les dents à tous ces préjugés racistes qui circulent dans le quartier. Préjugés vite remplacés par d’autres : « Oui, alors les parents de nos jours sont vraiment démissionnaires. Ils ne s’occupent pas de leur enfants, ect… » C’est pas gagné…

 

Cette anecdocte m’a été racontée par une femme qui travaille à la Direction des Quartiers Nord-Ouest et qui habite à Villejean.


Gestion des stocks ou… Gestion des stocks ?

 

C’est l’histoire d’une jeune étudiante en pharmacie qui réussit brillamment ses études à l’Université de Rennes 1. Ne trouvant pas de travail – « Vous n’avez pas d’expérience mademoiselle » – elle se décide a chercher un stage. Après moultes recherches et quelques dizaines de refus, elle finit par trouver le fameux stage dans une grande pharmacie du centre-ville. « Quatre mois de stage, c’est déjà une bonne expérience, se dit-elle, même si ce n’est malheureusement pas rémunéré… » Au bout de deux mois, elle passe à la permanence du MRAP de Rennes pour évoquer son problème : depuis deux mois, on ne lui a permis que de faire la gestion des stocks à l’arrière boutique. Travail fastidieux et anti-formateur au possible, mais la patronne ne semble pas prête à lui proposer autre chose et elle pense à mettre un terme à son stage plus vite que prévu, voir même à attaquer en justice la patronne pour discrimination. Elle se ravisera finalement, préférant subir ce traitement de défaveur plutôt que de se griller auprès de toute la profession de Rennes. Ah oui, j’oubliai : sa peau est noire ébène.

Cette anecdote m’a été racontée par la présidente du MRAP 35.

Notes

[1] Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples

 

 

 

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