Le rapport de l’Observatoire de la vie étudiante, Les Engagements des étudiants. Formes collectives et organisées d’une identité étudiante, rédigé sous la direction de Thierry Côme et Robi Morder propose un état des savoirs sur le sujet des engagements étudiants. Partant de la question de leur spécificité, l’introduction du rapport souligne que peu d’analyses ont été consacrées à la question, le monde de la recherche ne s’étant penché dessus que récemment. En effet, la plupart du temps, les étudiants « sont constitués plutôt en « problème » dont la solution est rattachée à la famille, à la jeunesse, à l’éducation, à la culture » et dès lors qu’il s’agit d’aborder les mouvements étudiants, ceux-ci sont noyés dans les mouvements de jeunesse, sans considération de leur particularité ; « si des travaux et enquêtes ont été menés sur les jeunes et leurs « engagements » […] il arrive souvent que ne soit même pas évoqué l’aspect étudiant ». De plus, le plus souvent, on se préoccupe des mobilisations importantes (type lutte contre le CPE) pour se concentrer alors sur l’analyse d’un malaise sans interroger les motifs de l’engagement.

Si les mouvements étudiants peinent à émerger comme objet spécifique de recherche, cela peut être rattaché à plusieurs facteurs. En premier lieu, la difficulté à définir ce qu’est un étudiant, d’autant plus qu’au cours des dernières années, son profil a connu des évolutions importantes. « […] il n’existe pas de définition pouvant s’appliquer à l’ensemble des étudiants car l’étudiant en tant que catégorie homogène n’existe plus, si tant est qu’il ait existé », nous précise le rapport. L’autre difficulté à laquelle on se heurte est l’évolution de la notion d’engagement : de choix quasi irrévocable dont il était synonyme dans les années de l’existentialisme d’après-guerre, il est désormais marqué par une logique de réseau et la conduite d’actions plus fragmentées. Enfin, dernière difficulté, et non des moindres, les mouvements étudiants souffrent pour la plupart d’une véritable lacune en termes de conservation de leur mémoire. Problème auquel le Groupe d’études et de recherches sur les mouvements étudiants (GERME) et le réseau du Conservatoire des mémoires étudiantes tentent de remédier.

Se proposant de « connaître pour comprendre » et de « connaître pour reconnaître », ce rapport explore et présente les différentes formes de l’engagement étudiant, son contenu, et ses motivations avant de consacrer un chapitre à la question de leur reconnaissance.

Contrairement à une idée reçue, les étudiants ne sont pas dépolitisés : le pourcentage de ceux qui votent aux élections est élevé, au même titre que celui de ceux qui exercent une activité bénévole. Les élections internes aux établissements d’enseignement supérieur génèrent cependant peu d’intérêt. Un constat s’impose alors, qui est que « pour la majorité des étudiants, l’université n’est pas un lieu légitime d’exercice de la citoyenneté ». La faute en incombe pour partie au fait que « l’institution ne favorise pas la sociabilité étudiante », fait dommageable car « les groupements étudiants remplissent aussi une fonction d’intégration ». De fait, on remarque souvent au sein des petites filières des liens plus forts, une identité plus marquée dont découle un taux de participation plus important lors des élections étudiantes. Le constat est également valable pour les sections les plus professionnalisantes.  

Le chapitre sur le contenu des engagements révèle qu’au niveau des motifs de l’engagement, la démarche altruiste est complétée par deux autres dimensions structurantes. Une « dimension utilitaire » tout d’abord, « qui renvoie à la volonté de se former dans le cadre d’une activité associative », particulièrement présente dans les écoles ou elle « [constitue] quasiment un aspect de la formation reçue ». Une dimension « relationnelle » ensuite, dans la mesure où les associations permettent de rencontrer d’autres personnes et de « s’intégrer dans leur établissement ».

Par le passé, les engagements étudiants ont pu voir la dimension identitaire se coupler à une forme de repli sur soi. Dans l’entre-deux guerres notamment, les revendications portaient sur la clôture des filières afin d’éviter qu’elles ne perdent de leur valeur et se doublaient d’un discours de rejet de l’intégration de nouvelles classes sociales et des étrangers. Le ton change lors des décennies suivantes, où domine le discours de la démocratisation de l’enseignement supérieur. Discours qui perdure tout au long de la Ve République, mais sur un ton plus défensif, notamment par la lutte contre la « sélection ». La massification de l’enseignement supérieur va également avoir pour conséquence que l’on se préoccupe moins de l’accès à l’université que de la sortie des études et de l’insertion. Que ce soit lors de la lutte contre le CIP en 1993 ou contre le CPE en 2006, « les principales mobilisations nationales étudiantes ont ainsi été provoquées par des réformes du code du travail qui touchait principalement à l’accès à l’emploi ».

Les formes d’engagements des étudiants ne portent cependant pas exclusivement sur la défense de leurs intérêts, y compris d’ailleurs au sein des mouvements syndicaux, comme l’a démontré notamment le rôle de l’UNEF lors de la guerre d’Algérie. À côté des structures de défense des intérêts des étudiants et de celles à visée représentative (qui ne sont pas nécessairement les mêmes) existent de nombreuses associations dont l’objet est extra-universitaire. L’AFEV, le GENEPI et ANIMAFAC sont les principaux représentants de cette tendance. Enfin, on observe l’engagement d’étudiants dans des structures non-étudiantes.

Le dernier chapitre du rapport porte sur la question de la reconnaissance des engagements étudiants, particulièrement pertinente à la suite des réformes LMD et LRU. Le rapport distingue trois formes de reconnaissance : le soutien à la création d’initiatives ; la reconnaissance pédagogique ; la valorisation professionnelle. Un fossé existe entre les universités et les écoles, ces dernières intégrant la vie associative dans la dynamique de leur établissement, au point pour certaines de la rendre obligatoire pour l’obtention du diplôme. L’université a des politiques plus disparates en la matière, mais des initiatives existent : formations et octroi de crédits ECTS dans le cadre d’unités d’enseignement libres notamment. La question de la reconnaissance entraîne avec elle celle du risque de la dénaturation de l’engagement par son institutionnalisation.

Panorama exhaustif des différentes problématiques qui tournent autour de la question des engagements étudiants, le rapport Les Engagements étudiants. Formes collectives et organisées d’une identité étudiante offre de précieuses données chiffrées et historiques pour mieux appréhender la spécificité des engagements étudiants. Il ne se présente cependant que comme un « état des savoirs » et se veut un encouragement au renforcement de la recherche sur le sujet. Avis aux futurs étudiants de master et de doctorat !

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