Un étudiant sur deux se déclare anxieux, un sur quatre reconnaît avoir des problèmes de sommeil et 15 % consomment des psychotropes [1]. 16% consomment des calmants ou des stimulants, alors que seuls 2% voient un psychologue ou un psychiatre (LMDE 2002). 10 à 15% ont des pensées suicidaires (SMEREP 2002).

 

Le mal-être étudiant est un constat récurrent soulevé par toutes les études menées par les mutuelles étudiantes depuis plusieurs années [2]

Si les initiatives existent – telles que les différentes campagnes de prévention des mutuelles étudiantes – elles restent largement insuffisantes. Pour tenter d’enrayer cette tendance, les différents acteurs de la santé étudiante doivent agir. Sans prétention ni invective, nous proposons quelques pistes.

 

Un accès aux soins et à l’information imparfait. Les différentes études montrent que, malgré le travail accompli en ce sens par les mutuelles, les étudiants méconnaissent assez largement leurs droits en matière de santé ainsi que les structures où ils peuvent bénéficier de soins à des prix raisonnables et souvent sans avance de frais. (Par exemple, qui connaît parmi vous l’existence des BAPU et leurs fonctions ? [3]). De la même manière, un travail d’information sur les possibilités de couverture complémentaire (et notamment sur la CMU complémentaire) devrait être mené.

 

En outre, un problème de terminologie se pose puisque les Mutuelles étudiantes – qui assurent la couverture de base des étudiants – portent le nom d’une couverture complémentaire (= mutuelle). Cette remarque, qui prète à sourire, pourrait sembler anodine mais il s’avère que cette confusion lexicale contribue à ce que les étudiants soient insuffisament couverts par une complémentaire santé.

 

De surcroit, les étudiants ne bénéficient pas d’une couverture satisfaisante en termes de soins psychologiques. Il serait approprié d’encourager la prise en compte, dans la couverture de base, d’un forfait hospitalier psychiatrique afin qu’une personne ayant besoin d’un internement, d’un séjour à l’hôpital, ou dans une maison de repos, soit remboursée de ses frais [4] .

 

Les structures. Les services universitaires de médecine préventive et de promotion de la santé (SUMPPS), qui ont pour mission de “dépister les troubles de santé” [5] des étudiants, peinent à trouver les ressources suffisantes pour aider ces derniers au plus près. L’Etat a son rôle à jouer en adaptant les médecines préventives à ces enjeux.

 

Plus spécifiquement, les services de médecine préventive se doivent d’accorder une place plus importante à la santé mentale des étudiants. La question du “mal-être” étudiant est insuffisamment prise en compte par ces services. En moyenne nationale, on estime qu’il y a un psychologue équivalent temps plein pour 43 821 étudiants, en sachant que 58% des services ont un poste pour plus de 20 000 étudiants. Il s’agit bien sûr d’une moyenne : aussi certains services n’ont pas de psychologues, ou quelques vacations par mois ; très rares sont en tout cas ceux ayant un plein temps. On note également que la grande majorité des sites decentralisés n’ont pas de structure medicalisée.

 

Quant aux campagnes de prévention, elles ont rarement, voire jamais, pour thème la prévention du “mal-être”. Une redéfinition des missions des SUMPPS, telle que proposée par le rapport Lelu [6] (2004), mérite donc d’être encouragée. Le Docteur Bernard Lelu propose notamment de suivre une approche médico-psycho-sociale lors de l’examen medical obligatoire des premières années, ce qui permettrait de diagnostiquer plus tôt les problèmes psychologiques des étudiants.

 

Enfin, certaines structures vieillissantes ne répondent pas aux besoins somatiques et psychologiques des étudiants, elles devraient être réhabilitées et réorganisées. Il conviendrait pour cela d’effectuer un audit préliminaire dans chacune des structures concernées.

 

La prévention. La meilleure façon d’agir contre le mal-être étudiant est de le prévenir. Deux types de prévention doivent pouvoir être menés parallèlement : une prévention primaire agissant sur les causes, et une prévention secondaire agissant sur ses manifestations. Bien sûr, cette prévention est extrêmement délicate puisqu’elle nécessite tout d’abord de reconnaître les racines profondes du mal-être et d’avoir les moyens de les affronter.

 

Prenons pour exemple l’acte ultime du mal-être, le suicide. Nous savons que le suicide représente la seconde cause de mortalité parmi les jeunes âgés de 15 a 24 ans et la première cause chez les 25-34 ans, les garçons étant davantage touchés que les filles. Si nous n’avons aucune donnée concernant les étudiants, nous pouvons rationnellement supposer que notre public n’échappe pas à ce fléau. Ce cri de souffrance doit être perçu en lien avec certaines caractéristiques individuelles mais aussi en lien avec des phénomènes sociaux sur lesquels nous nous devons de nous interroger : pauvreté, isolement social, homophobie, environnement social perturbé, violences, etc. Nous ne pouvons lutter efficacement contre la souffrance des étudiants sans nous soucier de ces causes.

 

Ceci dit, la prévention secondaire est aussi essentielle, le mal-être actuel des étudiants étant bien réel. La nécessité de prévenir les conduites à risques des étudiants ne fait aucun doute. Les campagnes de prévention des Mutuelles étudiantes et des SUMPPS méritent donc d’etre développées et encouragées. Cependant, là encore, nous n’avons que trop peu de données précises. Il serait donc pertinent de dresser un tableau complet des addictions étudiantes afin d’y apporter des réponses adaptées. De la même façon, nous avons aujourd’hui peu d’informations sur la santé mentale des étudiants, il conviendrait donc de réaliser une étude a l’échelle nationale.

 

Conclusion : le temps d’agir. La santé des étudiants est globalement meilleure que la santé des jeunes du même âge, à une notable exception près : leur santé mentale. Des solutions existent, nous venons d’en proposer quelques-unes. Les deux rapports Lelu, commandés par l’Etat, en proposent aussi, mais sans volonté politique, sans pression des organisations étudiantes, ces problèmes resteront sans réponse. Face au mal-être étudiant, il est désormais temps d’agir.

 

Nous invitons les responsables politiques à appliquer les mesures proposées dans les rapports Lelu.

Notamment :

– La mise en place de lieux d’écoute et d’accueil doit se diversifier sur les sites universitaires et en particulier sur les lieux d’études non medicalisés.

– L’actuelle pauvreté du temps d’écoute et d’orientation psychologique dans le monde universitaire va à l’encontre de la demande ; le statut et les missions de psychologue clinicien sont à définir et dans l’immédiat, il faudrait au moins réunir les conditions nécessaires à l’exercice effectif de cette activité dans toutes les universités.

– La prévention des accidents en lien avec la consommation d’alcool ou de cannabis, des risques liés aux consommations de produits psychoactifs, des conduites à risques en matière de sexualité, du suicide et de la souffrance psychique, doit être développée. Il s’agit de renforcer une prévention précoce et pérenne, de développer des structures de proximité et des lieux d’accueil spécifiques. Ref : Lelu B., “Santé des étudiants”, rapport de mission adressé au ministre de l’Education Nationale, avril 2002.

 

Guillaume Desnoë est étudiant, auteur de Les limites de l’approche par programme en santé publique : l’exemple de la postvention ou prévention tertiaire du suicide. In : Agnès Batt-Moillo, Alain Jourdain. Le suicide et sa prévention. Ed. ENSP, Rennes, 2005

 

Notes

 

[1] Article Animafac “Quand le Spleen guette”

 

[2] En voici quelques exemples :

– LMDE, “Comment vivent et se soignent les étudiants ?”, enquêtes, mars 2002.

– Lelu B., “Santé des étudiants”, rapport de mission adressé au ministre de l’Education Nationale, avril 2002.

– SMEREP – ORS Ile de France, “Santé et recours aux soins des étudiants affiliés a la SMEREP”, enquête, sept. 2002.

 

[3] Les Bureaux d’Aide Psychologique Universitaires proposent gratuitement aux étudiants une aide psychologique, des consultations psychiatriques ou des psychothérapies.

 

[4] Même si les mutuelles étudiantes rappellent la nécessité d’une prévention auprès des jeunes, aucune d’entre elles n’assure la prise en charge d’une psychothérapie au-dela du remboursement de 15 séances par an.

 

[5] Décret no 88-520 du 3 mai 1988 modifie par le décret no 89-714 du 27 septembre 1989.

 

[6] Mission Dr Bernard Lelu, Direction de l’Enseignement Supérieur, 2004.

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