Aujourd’hui près d’un étudiant sur deux fait partie d’une association. Est-ce pour autant que les associations sont reconnues comme de véritables actrices de la société ? Quel genre de relation entretiennent-elles avec les pouvoirs publics en dehors des financements ? Chantal Bruneau nous aide à répondre à ces interrogations.

Le mercredi 10 novembre, la Maison des Initiatives Étudiantes recevait Chantal Bruneau, conseillère technique au Conseil National de la Vie Associative (CNVA), pour une rencontre-débat avec des étudiants sur la reconnaissance de la vie associative.

100 ANS DE VIE ASSOCIATIVE : LES ÉVOLUTIONS

De 1901 aux années 50 : les balbutiements de la vie associative

Au moment de la création de la loi 1901, les associations regroupaient des personnes ayant un intérêt commun pour une activité ou des valeurs. L’association ne représentait pas un moyen de changer la société ou de faire participer les citoyens à la vie publique, contrairement à aujourd’hui. Lorsque la Seconde Guerre mondiale s’achève, la nécessité de reconstruire l’économie du pays et refonder ses valeurs, incite les citoyens à se regrouper en associations. De nombreux mouvements de jeunesse commencent à émerger. Ce sont les années 70 qui verront s’opérer un véritable tournant.

Le tournant des années 70 : l’association se définit

Le contexte socio-économique de l’époque a beaucoup favorisé le développement de l’association et de sa raison d’être. Au lendemain des trente glorieuses, l’urbanisation grandissante met les pouvoirs publics en face du problème du logement. Des villes nouvelles et des banlieues à l’écart des villes sont créees. Les pouvoirs publics certes répondent à la demande du logement mais ne construisent pas d’infrastructures pour y vivre. Ainsi des associations d’habitants de ces banlieues font leur apparition afin d’améliorer la qualité de vie. L’association se présente alors comme le moyen d’agir pour vivre mieux . Par son aptitude à proposer elle a pu être à l’origine de la création d’un ministère de l’environnement en 1976 ou de la Couverture Maladie Universelle (CMU).

Les années 90 : le grand boom des associations, agir et se faire reconnaître

Avoir une expérience au sein d’une association est devenu un atout pour les étudiants qui n’hésitent pas à la mettre en valeur dans leur cursus universitaire. Ainsi la France a emboîté le pas aux Anglo-saxons et aux Allemands en incluant dans le parcours universitaire des stages évalués. De plus, la réalité du monde du travail pousse de plus en plus les citoyens à chercher un statut de salarié au sein d’une association voire à se créer un emploi par ce biais. C’est le cas des entreprises culturelles qui choisissent la façon la plus simple de se développer, la création d’une association. Ainsi se pose la question de la motivation réelle des acteurs de la vie associative, qui voient dans leur activité un moyen de promotion personnelle plus que de promotion de l’intérêt général.

Quels statuts pour ceux qui font la vie associative en France ?

La question des statuts des acteurs de la vie associative fait également débat. Trois types de statuts existent, le salarié, le volontaire et le bénévole. Il n’existe pas d’ambiguïté entre le bénévole et le volontaire. Le volontaire choisit à un moment de sa vie de consacrer la majeure partie de son temps à un projet associatif qu’il aura défini avec l’association elle-même. Il reçoit pour cela des indemnités contrairement au bénévole qui n’y consacre qu’une partie de son temps. Il est plus que jamais nécessaire de poser des gardes fous afin que le volontariat ne se transforme pas en sous-emploi.

LES POUVOIRS PUBLICS ET LES ASSOCIATIONS

Années 70-80 : la définition des statuts

Au moment où la vie associative est à son tournant, les pouvoirs publics s’en préoccupent de plus en plus. Des rapports sont demandés, ainsi le rapport Delmont au milieu des années 70 insiste sur l’action des individus pour l’amélioration de leur qualité de vie. Dans les années 76-80 est posée la question de l’aide concrète aux associations. En 1976, René Lenoir, secrétaire d’État aux affaires sociales expose un rapport au Conseil des Ministres sur la vie associative. Cette initiative est sans doute une première. En 1980 l’opposition, représentée par André Henri, ministre du Temps Libre, propose une loi sur les mesures à prendre en faveur des associations. Lorsque les socialistes arrivent au pouvoir en 1981, un espoir est nourri pour voir ce projet de loi se concrétiser.


Une remise en question des objectifs des associations

Le travail autour du projet de loi a obligé les associations à avoir une position globale sur des thèmes divers. La loi n’a finalement pas vu le jour, le travail interministériel étant très laborieux et peu efficace dans ce cas précis. Le nombre des associations est difficile à évaluer, à l’époque on ne disposait pas d’outils statistiques pour mesurer leur importance. De plus en plus d’interrogations naissent à propos de leur utilité sociale. Ce qui signifie l’éventualité d’un tri. Les associations protestent et le ministre y répond maladroitement en deux temps. Pour lui, seules quelques dizaines de milliers doivent subsister et leur action doit être le prolongement de celle de l’Etat alors que les associations ont pour vocation de cerner leurs propres intérêts, échappant ainsi à la tutelle de l’Etat. A la suite de cette période de troubles, une série de mesures ponctuelles ont eu lieu comme la création du CNVA (Conseil National pour la Vie Associative).

Le CNVA

La création du CNVA en février 1983 répond à la nécessité pour les ministres d’avoir un interlocuteur unique. Le premier ministre Pierre Mauroy le qualifiait de « Parlement de la vie associative ». Il regroupe les associations nationales par secteur et il est composé de 66 représentants. Chaque ministère ayant des relations avec les associations propose des noms au premier ministre. Il fonctionne librement. Il doit faire preuve d’une transparence financière, ainsi il est beaucoup question de la rémunération de son président et de l’utilisation des subventions. Si le dialogue était actif entre le CNVA et les pouvoirs publics, la tendance s’inverse aujourd’hui. Le dialogue est de plus en plus jugé comme une perte de temps. En témoigne la réunion des états-généraux pour le débat sur la décentralisation où les associations n’ont presque pas été invitées. Malgré de grandes avancées en terme de reconnaissance par les pouvoirs publics, les associations peuvent encore être marginalisées au sein de la vie politique. Mais pas au sein de la vie publique.


Vous pouvez écouter une interview de Chantal Bruneau : Chantal Bruneau en mp3

 

 

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