Tout le monde s’accorde plus ou moins sur le fait qu’il faille faire quelque chose concernant l’orientation. Le haut commissaire à la Jeunesse a lancé une consultation sur ce thème : où en sont les discussions ? Quelles problématiques ? Quelles propositions ?

Intervenante :
-Luce de la Fédé Rennes 2, administratrice d’Animafac.

L’orientation fait partie des 5 axes de travail de la commission de concertation sur l’autonomie des jeunes lancée par Martin Hirsch.
En rapport avec ce sujet, quatre objectifs ont été identifiés par la commission :
1. réduire les sorties prématurées du système de formation initiale
2. améliorer la transition entre la formation et l’emploi
3. prévenir les ruptures
4. articuler les niveaux

Comment prévenir le décrochage scolaire ?
Parmi les objectifs identifiés par la commission figure la nécessité de faire en sorte qu’aucun jeune ne sorte du système sans diplôme. Il faut pour cela prévenir le phénomène du décrochage et approfondir le dispositif d’orientation active ainsi qu’organiser une coordination de l’orientation et de l’intégration.
Est notamment prévue la mise en place prochaine d’un dispositif d’orientation à destination de tous les lycéens. Ce dispositif prévoit, à la fin du lycée, une évaluation de chaque élève afin de dire ce pour quoi chacun est fait et ce pour quoi il n’est pas fait. Un tel dispositif serait censé permettre une limitation du décrochage à l’université en éloignant de certaines filières des personnes qui n’y seraient pas adaptées.
Ce projet n’est pas sans soulever un réel problème déontologique. N’est-il pas en effet indélicat de prétendre affirmer que quelqu’un n’est pas fait pour quelque chose ? Peut-on établir le profil de ce qu’une personne va être ?
Cependant, ceci tend déjà à se produire dans les CIO. Ne vaudrait-il pas mieux disposer alors d’un système bénéficiant d’un minimum d’encadrement sur cette question ? Faut-il faire de la première année à l’université une année généraliste ?
L’université est le seul lieu d’études supérieures sans sélection en France et est considérée par beaucoup comme un pis-aller : 70% des lycéens vont à l’université l’année qui suit leur bac, mais celle-ci n’est placée au premier rang des choix de poursuite d’études que par 27% d’entre eux.
Partant du constat qu’arrivent à l’université de nombreux jeunes encore indécis qui en ont fait leur choix par défaut ou une année de transition avant la préparation d’un concours, que faut-il faire pour rendre positive la première année à l’université ? Aux États-Unis, les premières années sont généralistes, la spécialisation ne se faisant que par la suite.
Faudrait-il repenser la première année à l’université pour en faire une année généraliste, de découverte des filières mais aussi des entreprises ? Mais cela ne serait-il pas seulement une manière de retarder le questionnement ?

Faut-il généraliser le tutorat à l’université ?
Pour prévenir l’échec en première année, le tutorat peut apporter des solutions, en permettant un accompagnement plus personnalisé. À Rennes-II un système existe, qui institutionnalise l’accompagnement d’étudiants en première année par des étudiants de la même discipline en quatrième année. À Bordeaux-II, a été mis en place un tutorat obligatoire, à destination des étudiants ayant eu une moyenne inférieure à 8 au premier semestre.
Pour encourager et rendre le tutorat plus efficace, il faudrait garantir une formation à chaque tuteur. Il faudrait aussi améliorer l’information : les associations de filière sont là  pour initier ce genre de démarches de soutien et l’université devrait permettre à tous les étudiants d’en prendre conscience, par exemple en permettant la distribution d’une plaquette présentant toutes les associations au moment de la rentrée. Ce principe du guide des associations existe à Rennes-II et il est efficace.
Cependant, une limite du tutorat pourrait résider dans le fait qu’il ne faut pas toujours forcer le passage en seconde année, dans la mesure où il vaut parfois mieux envisager une réorientation car la filière ne convient pas. Mais le tutorat peut permettre d’éviter d’avoir un trou dans son CV et surtout de redonner confiance lorsque l’on est dans une situation d’échec.

Comment rendre consciente l’orientation à la fin du lycée ?
Plutôt que de proposer une première année généraliste à l’université, sans doute faut-il envisager une meilleure information sur les formations et les métiers au lycée. Une piste possible de découverte du monde professionnel serait la proposition d’un stage au lycée, en remplacement de celui qui s’effectue actuellement en 3e. Ceci se fait déjà au sein des lycées agricoles, mais le lycée agricole représente un contexte précis ou un choix déterminé a déjà été fait. De fait, il semble difficile de proposer un stage à des lycéens : personne ne voudrait prendre de personnes aussi peu qualifiées. Le stage serait alors au mieux un stage d’observation, qui génèrerait plus de frustrations qu’autre chose. En outre, il ne permettrait de toutes façons pas de donner un panorama complet du monde
professionnel.
L’idée présente cependant l’intérêt d’offrir l’opportunité à un moment pour un lycéen d’avoir un autre horizon que celui du cadre scolaire. En ce sens, il apparaît plus intéressant de généraliser la tenue de journées d’information dans les lycées, où des étudiants viendraient pour présenter leur filière, les spécificités de celle-ci, mais aussi la manière dont s’effectue le travail au sein de celle-ci. À titre d’exemple, dans le cadre d’un dispositif réussite, l’INSA de Toulouse fait venir des étudiants dans des collèges de zones sensibles, pour présenter leur école mais aussi montrer qu’elle est accessible. L’AFEV propose également des rencontres de ce type. La généralisation de ce type de démarche ne saurait cependant faire l’économie d’une formation de qualité à destination des intervenants.
Dans le même ordre d’idée, une autre piste, complémentaire à la précédente, serait de proposer des journées de visite dans les universités, en plus des journées portes ouvertes habituelles, en demandant éventuellement un compte rendu de cette visite.
Toutes ces idées vont dans un sens où il est nécessaire de générer de l’envie du côté des étudiants qui très souvent, leur bac obtenu, n’ont pas d’idée précise de ce qu’ils veulent faire. Toutes les démarches proposées gagneraient ainsi à avoir lieu avant la formulation des voeux d’orientation.

Comment améliorer le système d’orientation ?
S’il y a consensus pour admettre qu’un des enjeux importants de l’orientation est de faire en sorte que celle-ci résulte d’un choix réfléchi et conscient, un certain nombre de constats qui en résultent s’imposent.
L’un des grands défauts dont souffre notre système d’orientation est qu?elle se fait toujours par le bas : un « bon élève » n’est jamais vraiment amené à se poser de questions où à faire des choix avant le master. Ceci a pour conséquence d’une part le fait que ces étudiants ne sont pas amenés à avoir une information et à connaître des métiers et d’autre part le fait que des élèves qui rencontrent des difficultés par rapport à l’environnement scolaire sont amenés à faire des choix plus ou moins imposés et à s’orienter vers des filières qui se retrouvent alors dévalorisées. Il faudrait donc faire en sorte que chaque filière et chaque parcours d’étude puissent être reconnus à leur juste valeur et casser notamment la mauvaise image qu’ont les CAP et les BEP. Une première initiative à prendre allant dans ce sens serait de remettre sur le même niveau d’égalité toutes les classes de 4e et de 3e.
Olivier Galland, dans une étude qu’il a menée sur les systèmes d’orientation en France, a relevé que tous les conseillers d’orientation ont suivi une formation en psychologie. Cela pourrait vouloir dire qu’avoir des questions sur son orientation est synonyme d’avoir un problème.

De fait, la consultation d’un conseiller d’orientation se fait presque toujours lorsque l’élève est en situation d’échec. Il serait bon de changer l’image des CIO, en en faisant des lieux où tous pourraient passer, ne serait-ce que pour prendre des informations, sans qu’il soit nécessaire de prendre un rendez-vous et de sécher un cours pour s’y rendre.

Concernant les conseillers d’orientation, leur profil « psychologue » est important, car leur travail doit s’accompagner d’explications. Néanmoins, il pourrait être intéressant de diversifier les provenances et les spécialités de ceux-ci, à condition de conserver son importance au rôle du psychologue. Il faudrait, pour améliorer leur travail, les encourager à se constituer des réseaux professionnels et à travailler à partir de ceux-ci plutôt que de se baser uniquement sur les fiches de l’ONISEP. Il faudrait également réfléchir à la manière de permettre une prise en charge « neutre », c’est-à-dire de la possibilité pour un conseiller d’orientation d’avoir un regard neuf sur l’élève qu’il rencontre, distinct de celui que portent sur lui les professeurs et les CPE, afin d’éviter tout a priori stigmatisant pour celui-ci.
Une autre évolution souhaitable serait également la prise de conscience du fait que désormais les parcours ne sont plus tracés en ligne droite, et qu’aujourd’hui, chacun sera amené à changer plusieurs fois de métiers, ce que l’on n’évoque jamais lorsque l’on parle des questions d’orientation. Il faut donc ainsi améliorer la connaissance – et la reconnaissance – de la diversité des formations, de l’existence de passerelles d’un parcours d’étude à un autre, mais aussi du fait que ce qu’on fait en dehors des études ouvre des horizons.
Au-delà des CIO, cette évolution suppose que l’on mette l’accent sur les compétences transversales mais aussi sur l’atout réel que représente l’université, qui est aussi un véritable apprentissage de l’autonomie. En ce sens, il faudrait encourager la mise en place d’outils pour valoriser ce que les étudiants apprennent en plus des contenus d’enseignement au cours de leurs études.

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