En partenariat avec le Fasild, Animafac a publié « Regards de jeunes sur les discriminations », un état des lieux des discriminations dans 6 régions de France réalisé par de jeunes associatifs. Enquêtes, reportages, interviews, micro-trottoirs, chansons, films… chacun a choisi sa manière de raconter les réalités de terrains qu’il vit chaque jour à Strasbourg, Bordeaux, Paris, Toulouse, Lille ou Lyon. Tout au long de l’été, cet étude fera l’objet d’un « feuilleton » avec chaque semaine une région à l’honneur.

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L’AUTEUR

 

« Je suis en Master Recherche Droit des affaires. J’ai 28 ans et je suis le secrétaire général de l’association des Etudiants Nigériens Toulouse et Midi Pyrénées. Nous militons pour nos ressortissants dans cette ville afin d’avoir de meilleures conditions de vie (logement, accès à diverses choses conformément aux lois en vigueur), en France en général et à Toulouse en particulier. Je suis également membre de l’ordre de Malte à Toulouse. J’ai choisi le thème de ce reportage à cause de ma formation de juriste, je suis un fan de l’humanitaire et de tout ce qui concerne la diversité culturelle. »


LE REPORTAGE

Pendant des décennies, la France encourageait la venue d’immigrés travailleurs originaires d’Afrique noire, du Maghreb, des pays de l’Est etc… Cette période correspondait à une situation économique favorable. Mais de nos jours cette immigration dite  » subie  » est remise en cause par la loi Sarkozy devenue immigration  » choisie « . Désormais les familles d’immigrés admises à s’installer en France doivent pour mieux s’intégrer fournir plus d’efforts qu’auparavant : outre le respect de la République, de la laïcité, la signature d’un contrat d’accueil et d’intégration vise à permettre non seulement l’insertion dans la République mais aussi l’amélioration des conditions de vie des immigrés.

L’enquête s’est effectuée dans la ville de Toulouse, dans le quartier de Bellefontaine, surnommé aussi le  » quartier arabe « . La « ville rose » regorge en effet d’une forte communauté d’immigrés originaires du Maghreb, du Moyen-Orient (Liban, Jordanie, Syrie), de l’Espagne, des pays de l’Est… Cette installation de migrants est due entre autres à la présence d’importants secteurs industriels, et commerciaux (aéronautique, transports, commerces) porteurs d’emplois.

C’est dans une école du quartier que mon intervention s’est déroulée, un après-midi. Des cours de français pour adultes y sont donnés, à l’initiative de l’association SOS Racisme et en partenariat avec les collectivités locales. Les personnes intéressées par cette opportunité prennent leurs cours trois fois dans la semaine. Lors de mes entretiens, je constate qu’il s’agit en majorité des femmes adultes. Toutes et tous me répondent sans difficultés, et tous ont signé au préalable le contrat d’accueil et d’intégration.

Aicha, la quarantaine, arrivée en France voici deux ans passés, se montre motivée à plus d’un titre dans l’aboutissement de notre projet d’état des lieux des discriminations, selon elle novateur. Analphabète, elle est vite emballée par les cours de français, qu’elle connaît grâce aux conseils d’une copine qui réside dans l’hexagone depuis une vingtaine d’années. « En apprenant lors de ce cours je deviendrai autonome, je pourrai par exemple consulter mon gynécologue seule, ou lire mon livret de famille, les prix dans les Supermarchés, comprendre les conseil de l’assistante sociale etc… » Ainsi, la meilleure manière de vivre sur cette « terre étrangère » selon ses mots, c’est de venir aux cours. Amina, marocaine, Said, algérien en France depuis 15 ans, ou Pauline, ivoirienne mariée à un Français, me laissent entendre également que ce cours les aide à avancer de façon plus assurée dans leurs vies quotidiennes, et leur donne confiance en eux.

 

Les personnes présentes estiment pour plus de la moitié avoir été sensibilisées par des voisines ou un membre de la famille ayant immigré auparavant. Cela dénote l’importance de l’environnement familial dans l’implication de cette formation, même si leurs conjoints, souvent aussi analphabètes, sont parfois réticents eu égard à la charge qui incombe à ces femmes : les tâches ménagères, l’éducation des enfants.
En revanche, d’après les participants au cours, leurs enfants sont comblés par cette initiative, car ils espèrent voir leurs parents lire et écrire, à l’image de ceux de leurs camarades et collègues français. « Le début est relativement difficile, surtout la prononciation, l’orthographe. Mais avec la volonté et la détermination, ils arriveront un jour à atteindre leurs objectifs escomptés », expliquent-ils.

Amina est celle qui exprime de façon plus ouverte un sentiment de frustration vis-à-vis de la discrimination qui, selon elle, est ressentie surtout par ses enfants ou son entourage. Ainsi, son fils, malgré son bac +5, ne parvient pas être embauché, tandis que ses camarades de promotion « français blancs » le sont. « Quand bien même issu de la même formation, ce qui est contraire à la République ». En des termes très limpides, l’ensemble des participants s’accorde pour concevoir l’intégration comme la possibilité de s’adapter dans un milieu autre que celui d’origine, en respectant les lois et les règlements en vigueur.

 

En définitive, pour s’intégrer, les personnes issues de l’immigration doivent faire confiance à ces dispositifs de sociabilité et de cours linguistiques aujourd’hui reconnus et encouragés par le contrat d’intégration. C’est en effet ce qui leur permettra de vaincre l’ isolement, en devenant autonomes et sûres d’elles-mêmes dans leurs démarches vis-à-vis de l’administration Ainsi gagneront-elles également la confiance des citoyens français. Mais pour que ce projet aboutisse valablement, l’Etat doit encourager cette initiative à travers divers avantages, en faisant abstraction bien sûr des groupes ethniques ou religieux.

 

Contrat d’accueil et d’intégration : mieux le connaître

Voici quelques statistiques suite à une discussion que j’ai eue avec le directeur du centre chargé de mettre en place le contrat d’accueil et d’intégration sur Toulouse.

Le contrat d’accueil et d’intégration a pour objectif de contractualiser les engagements réciproques du nouvel arrivant et du pays d’accueil dans un contrat individuel d’accueil et d’intégration. Il dure un an et est renouvelable.

 

Auparavant expérimenté dans quelques régions de France, ce contrat sera désormais systématiquement proposé à tout nouvel arrivant bénéfiçiaire du dispositif d’accueil, homme ou femme, de manière individuelle. La signature est donc tout à fait personnelle. Le texte même du contrat mentionne le principe de l’égalité entre homme et femme, faite référence à l’autorité parentale conjointe et à la responsabilité partagée des parents. Il rappelle également l’égal accès à l’éducation pour les garçons et les filles, le caractère illégal des mariages forcés, ainsi que le respect prévu par la loi de l’intégrité physique et de la monogamie.

Les signataires sont jeunes puisque près de 80 % d’entre eux ont au plus 40 ans. La part de 65 ans et plus ne représente que 0,4 % du total. Les membres de familles mixtes sont majoritaires (60,2 %), les conjoints des Français représentent à eux seuls 49,4 % des signataires. Les réfugiés, apatrides et leurs familles représentent 11,4 %. Le titulaire d’une carte de séjour temporaire  » Vie privée et familiale  » à un autre titre que celui de conjoint ou famille de réfugiés ou apatrides représente près de 12,9% du public accueilli.

 

Selon les statistiques de l’OMI (Office des migrations internationales) pour l’année 2004, 30 % des signataires du contrat d’accueil se sont vus prescrire une formation linguistique. En conséquence 66,4 % des signataires du contrat se sont vu délivrer l’attestation ministérielle de compétence linguistique (MMCL). Ce sont ces 30 % des signataires dont la communication a été estimée difficile, très difficile ou impossible qui ont été orientés vers un prestataire du bilan de prescription et d’évaluation linguistique, chargé de repérer leur niveau linguistique et de leur prescrire une prestation adaptée de formation adaptée à leur besoin. Un engagement de suivi social spécialisé est pris à l’égard de 8 % des contractants dans le cadre de ce contrat.

 

En 2005 sur les 5 premiers mois, 23734 nouveaux contractants ont été signés. 91,8 % Des premiers arrivants reçus sur la plate-forme ont signé le contrat. Le taux de signat

 

Les conditions de vie des immigrés se sont considérablement améliorées : logements plus confortables, meilleurs parcours scolaires, mobilité sociale… Mais de nombreuses inégalités persistent et les immigrés demeurent une population très exposée au chômage et à la précarité.

 

La France accueille 4,5 millions d’immigrés. Le chiffre peut paraître important, pourtant, depuis 1975, leur part dans la population n’a pas bougé : ils représentent toujours 7,4 % des habitants de l’hexagone. La majorité des migrants s’est en effet installée dans les trois premiers quarts du XXe siècle, sur demande du gouvernement français, pour combler des besoins en main d’œuvre. Dans les années 1900, il fait appel à un pays pauvre : l’Italie. Les premières législations sur la nationalité, alliant droit du sang et droit du sol, montrent alors une volonté d’intégrer cette nouvelle composante dans la société. Deux vagues d’immigrations suivent, de 1920 à 1930 puis de 1959 à 1973, amenant des Espagnols, des Portugais et des Maghrébins.
Même si leur proportion diminue, les Européens restent aujourd’hui majoritaires (45 %). Les ressortissants d’Afrique suivent de près (39,3 %), avec un grand nombre d’Algériens et de Marocains. Enfin, les Asiatiques constituent 12,7 % de cette population immigrée avec, notamment, beaucoup de Turcs.
De nouvelles tendances de l’immigration sont visibles aujourd’hui. Tout d’abord l’arrivée de ressortissants de pays de plus en plus lointains et une baisse radicale des entrées de travailleurs au profit de re-groupements familiaux. Arrivés jeunes travailleurs, les immigrés d’hier ont vieil-li de sorte que cette population est aujourd’hui plus âgée que la moyenne des Français. On constate enfin une féminisation de cette population.
La répartition géographique des immigrés porte également les stigmates de cette histoire. Venus travailler, ils se sont installés dans les zones demandeuses d’emploi : ils sont deux fois plus nombreux que le reste de la population à vivre dans l’agglomération parisienne, habitent fréquemment les anciennes régions industrielles et sont plus volontiers présents dans les zones frontalières. à l’inverse, les flux migratoires ont délaissé la campagne.


Intégration

 

Un immigré sur trois a acquis la nationalité française. Ces naturalisations se sont accrues de 50 % entre 1995 et 2003. La part des immigrés étrangers a, elle, baissé de 4 %.
Les plus naturalisés sont, logiquement, les plus anciens. Espagnols et Italiens sont plus souvent Français par acquisition. Mais en 2003, les personnes acquérant la nationalité française étaient représentatifs des  » nouveaux mi-grants «  : 63,9 % originaires d’Afrique, 16,6 % d’Asie et seulement 14,5 % d’Europe.
C’est sans doute par le biais de leurs descendants que les immigrés ont le plus imprégné la société française. 5 % des moins de 66 ans ont un ou plusieurs parents immigrés. De nationalité et de langue française, leurs en-fants peinent pourtant plus que les autres dans leur parcours scolaire.

 

Scolarité

 

Les jeunes immigrés sont considérablement plus diplômés que leurs aînés. Alors que 42 % des immigrés n’ont aucun diplôme, cette proportion n’est que de 6 % chez les 15-29 ans. Un enfant entrant en 6e sur dix appartient à une famille immigrée. Dans 85 % des cas, ils sont nés en France.
Cependant, même ayant fréquenté la même école maternelle, les enfants d’immigrés restent plus exposés à l’échec scolaire. Un sur trois a redoublé l’école élémentaire, contre seulement un élève sur cinq dans les familles mixtes ou non-immigrées. Ces difficultés se retrouvent dans l’enseignement secondaire : moins d’un enfant d’immigré sur quatre a obtenu le bac sans redoubler, contre près du tiers dans le reste de la population. Enfin, ils sortent deux fois plus souvent du système éducatif sans qualification.
Cette exposition à l’échec scolaire s’explique par un environnement social défavorisé : les deux tiers des enfants d’immigrés viennent de familles ouvrières et ont des parents non diplômés. Ils sont plus souvent scolarisés en Zones d’éducation prioritaires (ZEP) : près d’un sur trois contre moins d’un sur dix quand les parents ne sont pas immigrés.
Lorsque les familles sont issues de la même catégorie socioprofessionnelle, la tendance s’inverse : les enfants d’immigrés obtiennent plus souvent le bac. Une étude de l’INSEE sur les projets d’avenir des enfants d’immigrés, montre qu’  » avoir des parents immigrés constitue, après l’origine sociale, le déterminant le plus fort du souhait de poursuivre des études supérieures. (…) Le surcroît d’ambition des jeunes d’origine maghrébine et asiatique atteint six points. « 
Leur ambition a pourtant des limites : ils sont deux fois moins nombreux à souhaiter intégrer une classe préparatoire aux grandes écoles et n’envisagent souvent pas de postuler dans des écoles payantes en raison des faibles revenus de la famille. L’intégration a aussi ses limites puisque, quelques soient les succès scolaires durement acquis, la barrière de l’accès à l’emploi reste plus ardue à franchir.


Emploi

 

Les immigrés sont aussi nombreux que le reste de la population à occuper ou chercher un emploi. 52 % des hommes sont ouvriers, ils occupent 42 % des postes non qualifiés. Les femmes, elles, sont sur-représentées dans les métiers de service direct aux particuliers. Les immigrés sont plus souvent artisans ou commerçants. Dans tous ces métiers, ils sont les plus exposés à la précarité, travaillant plus souvent à des emplois temporaires ou à temps partiel.
Cette position sociale s’explique en partie par le faible niveau d’études des immigrés, mais pas seulement : même au-delà de bac+3, les immigrés sont moins souvent cadres ou professions intermédiaires que les autres (53 % contre 64 %).


Chômage

 

En 2002, le taux de chômage des immigrés s’élevait à 16,4 %, le double de celui des non-immigrés. Cet écart ne s’explique pas seulement par la position sociale. Certes, les immigrés occupent plus souvent des emplois non-qualifiés, premiers touchés en période de crise. Mais à catégorie socioprofessionnelle égale, ils restent plus souvent sans emploi. Le faible niveau d’étude ne fournit pas non plus une réponse satisfaisante : 15,4 % des actifs immigrés ayant poursuivi leurs études sont sans emploi contre seulement 5,5 % des non-immigrés.
Les immigrés sont inégalement touchés par le chômage selon leur pays d’origine. Les minorités  » visibles «  arrivent en tête du peloton des chômeurs : Maghrébins, Noirs africains, Turcs… Plus d’un sur cinq n’a pas d’emploi. à l’inverse, les Espagnols, les Portugais ou les Italiens ont un taux de chômage parfois inférieur à celui des non-immigrés.

 

Logement

 

Faibles revenus, travail précaire, chômage… Les ménages immigrés ne peuvent fournir de gros efforts financiers pour leur logement. Conséquence logique, seuls 35 % sont propriétaires, contre 57 % des ménages non-immigrés. La majorité se retrouve donc locataire, à 32 % dans un logement du parc social. Là encore, les inégalités entre pays d’origine sont criantes : la moitié des familles maghrébines habitent un HLM, la moitié des familles européennes sont propriétaires.
Même si le confort des logements sociaux s’est amélioré et que tous les appartements sont aujourd’hui équipés du confort sanitaire minimum, les conditions de vie restent difficiles. à commencer par la taille des loge-ments : 28 % vivent en surpeuplement contre 5 % de la population restante. Les immigrés déclarent deux fois plus souvent avoir souffert du froid, de l’humidité et du bruit.
À l’inconfort relatif des logements s’ajoutent des lieux d’habitation pas toujours paradisiaques. Concentrés dans les agglomérations urbaines aux loyers élevés, les immigrés ont dû s’exiler vers les zones périphériques ou les centres-villes désertés. Ils constituent aujourd’hui 16,5 % de la population des Zones urbaines sensibles (ZUS). C’est plus de deux fois leur part globale dans la population.

 

Discriminées pour leurs origines, ces populations des  » quartiers  » subissent aussi les préjugés sociaux liés à leur lieu d’habitation,identifié comme explosif.

 

Faire notre état des lieux des discriminations ethniques et sociales. Une action nécessaire, enrichissante, urgente. Parce que les associations du réseau Animafac font état de la difficulté à trouver sa place sur le marché du travail lorsqu’on est jeune, même très diplômé, surtout lorsqu’on est immigré ou issu de l’immigration. Parce que le cri d’alarme lancé par les émeutes urbaines de novembre 2006 ont réveillé dans les associations du réseau des échos aux sonorités variées, depuis les associations de solidarités urbaines jusqu’aux associations d’accueil des étudiants étrangers, en passant par les engagés de la culture ou les médias étudiants.

 

Qu’on n’habite pas le bon quartier ou n’arbore pas les bonnes couleurs, les jeunes sont au premier chef touchés par les discriminations dans la sphère de l’emploi, dans leurs loisirs, leur accès au logement, le chemin qu’ils parcourent de leur domicile à leur université. Les associations étudiantes cherchent quant à elles à renouer le dialogue dans des espaces urbains fragmentés, à mettre de la vie autour des amphis et du sens dans des identités culturelles parfois tentées par le communautarisme et l’isolement. Leurs actions réinjectent de la diversité dans les normes de notre société, dès lors plus tolérante, moins encline à l’exclusion et à la peur de la différence. Elles montrent le visage d’une France multiple. Ecoutons-les.

 

Un immigré est une personne née étrangère à l’étranger et résidant en France. Les personnes nées françaises à l’étranger et vivant en France ne sont pas comptabilisées. À l’inverse, certains immigrés ont pu devenir Français. Les populations étrangère et immigrée ne se confondent pas totalement : un immigré n’est pas nécessairement étranger et réciproquement, certains étrangers sont nés en France. La qualité d’immigré est permanente : un individu continue à appartenir à la population immigrée même s’il devient français par acquisition. C’est le pays de naissance, et non la nationalité à la naissance, qui définit l’origine géographique d’un immigré.

 

Un choix dicté par le contexte.
Nous nous sommes concentrés sur les discriminations ethniques et sociales vécues par les jeunes (16-30 ans) : celles induites par l’origine réelle ou supposée, ou par le territoire/quartier d’habitation ; les jeunes étant en particulier marqués par le thème de l’accès à l’emploi. Pourquoi ce choix ? à cause d’un contexte qui nous interpelle, nous les associations étudiantes, sur tous les plans. Quelques indices parmi tant d’autres, et tout d’abord des chiffres. La Halde, en un an d’existence, a reçu 2 000 plaintes et en a traité 800. Parmi les 17 critères de discrimination prohibés par la loi et qu’il lui revient de traiter, celui sur l’origine a été le plus fréquemment évoqué (39,6 %). L’écrasante majorité (45 %) des réclamations correspond à une discrimination vécue dans la sphère de l’emploi.
Autre exemple : dans une étude menée pour l’Observatoire des discriminations en 2005, le sociologue Jean-François Amadieu a tenté d’établir un état des lieux des discriminations par le biais d’un testing à l’emploi de grande échelle. Des milliers de CV ont été envoyés dans différentes entreprises. Un homme blanc  » standard «  reçoit 75 % de réponses positives. à diplôme égal, les personnes au nom à consonance maghrébine sont la deuxième catégorie de candidat la plus discriminée avec 14 % seulement de réussite. Les habitants de quartiers  » difficiles «  subissent également les préjugés des employeurs avec 45 % de demandes d’entretiens. Racines, noms et physiques  » étrangers « , milieu social défavorisé, lieux d’habitation peu recommandables… Les jeunes issus de l’immigration et des zones sensibles rassemblent toutes les caractéristiques du parfait candidat à la discrimination.
Dernier indice enfin, les termes de l’appel, un parmi de nombreux autres lancés cette année contre la stigmatisation des jeunes, écrit par le média Ma cité va changer :  » Mot de passe pour la galère : C.N.P.T. Couleur, Nom, Prénom, Territoire. « 
Enfin, ce choix nous a été dicté par un contexte politique plus global qu’il nous faut aussi mentionner pour bien comprendre le cadre dans lequel s’insèrent les reportages.

– À l’échelle française, le choc du 21 avril 2002 et l’enjeu sécuritaire, qui semble s’inviter à la prochaine campagne présidentielle, sont prégnants. Déclarée grande cause nationale en 2006, la lutte contre les discriminations a fait l’objet d’un nombre important d’études, débouchant sur des propositions qui ont fait débat : CV anonyme, dispositifs dans l’enseignement supérieur ou dans les entreprises ; et sur une volonté politique : création d’un ministère de l’égalité des chances, ou de la Haute autorité de lutte contre les discriminations (Halde).

– Au niveau européen, l’embrasement des banlieues de novembre dernier avait gagné les frontières. Le vieillissement des populations induit un nouveau rapport démographique en défaveur des jeunes. La peur de l’entrée de la Turquie est révélatrice également, tout comme la relative fermeture des frontières à l’immigration.

– Au niveau mondial enfin, le choc induit par le 11 septembre 2001 dessine une nouvelle ligne des relations internationales, faisant entrer de nouveaux fronts dans l’imaginaire collectif : vis a vis du terrorisme, mais plus insidieusement vis-à-vis de la religion musulmane. Le 11 septembre pose la question même de l’intégration, du fait que les terroristes étaient Américains, jeunes, qualifiés et, en apparence, parfaitement intégrés.

 

Le parti-pris du Patchwork
L’idée est simple : dresser notre état des lieux des discriminations vécues par les jeunes dans les grandes villes de France par la réalisation d’enquêtes-reportages, faite par des associatifs étudiants. Le parti pris est qu’à Paris, Lyon, Bordeaux, Lille, Strasbourg, Toulouse, de jeunes associatifs partent à la découverte de leur ville sous l’angle des discriminations ou des initiatives de lutte contre les discriminations qui y ont lieu.
Leur expérience associative et de vie a donc toute son importance, à la différence de reportages classiques où l’auteur s’efface derrière son sujet. L’appel du terrain apporte d’ailleurs une fraîcheur qui manque aux articles de presse les plus professionnels. La forme également se veut originale : à côté d’un instantané géographique des caractéristiques d’immigration et d’inégalités sociales de leur région, partie  » étude «  de l’enquête, les participants ont mené des reportages de terrain. Cette deuxième partie constitue l’essentiel de l’approche vivante pour appréhender le phénomène des discriminations : révéler des actions, un ressenti, des problématiques spécifiques à chaque région. Poser des questions, confronter des points de vue, des imaginaires, et aussi revenir sur des dispositifs existants pour en évaluer la portée, une fois être allé voir concrètement sur place leur fonctionnement. _ Pour la partie étude, l’atlas-synthèse de l’immigration et des inégalités sociales, par région, est, quant à lui, plutôt conçu comme une légende aux reportages.

 

Des reportages et autant de questions
Les étudiants qui ont mené les reportages de cet état des lieux ne sont pour la plupart ni des journalistes, ni des sociologues rompus aux techniques de l’enquête. Leurs prises de position éclectiques posent néanmoins des questions centrales pour l’élaboration d’un état des lieux des discriminations aujourd’hui en France. Des questions qui entrent en résonance les unes avec les autres. _

 

– La première question est celle de l’emploi. En particulier celle du tenace plafond de verre auquel nombre de jeunes se heurte à l’heure des recherches de stage et de premier boulot. Tandis que le reportage de Camille à Lyon met en lumière le phénomène d’auto-censure et de désespoir des jeunes vis-à-vis de l’emploi dans les quartiers défavorisés, à Lille, Ange interroge le rôle de l’environnement familial et des éventuelles discriminations subies par les parents, dans cette auto-censure et dans le parcours des enfants issus de l’immigration. Le reportage de Pauline à Paris met sur le tapis la question des discriminations dans l’accès à l’emploi, et des moyens à la portée des employeurs pour lutter contre. Compter ses salariés faisant partie d’une minorité visible, au patronyme dérangeant ou habitant le mauvais quartier est l’expérience que tentent depuis peu les entreprises signataires de la charte de la diversité. Quitte à remettre en cause l’interdiction républicaine des statistiques ethniques. En couvrant le procès Adecco, Magali, à Paris pose quant à elle la question des conditions mêmes de travail de ces  » minorités. «  Elle montre la limite où ces mêmes fichiers contenant les caractéristiques physiques ou d’origine des salariés versent dans un dessein contraire à la diversité.

 

– L’égalité des chances et les moyens d’y parvenir a également interpellé nos associatifs. S’il milite pour l’égalité des chances dans l’enseignement supérieur, le reportage de Jérémie et de Samy à Lyon, pointe les dangers de la catégorisation stigmatisante, contre laquelle la République a toujours voulu se prémunir. Quelle alternative à la contradiction insoluble que se révèle être la discrimination positive ? Comment tenter de rétablir une égalité des chances républicaine, sans accentuer par le recensement que cette action ciblée suppose les préjugés et clivages réducteurs ? La Halde, que Mariam a visité à Paris, semble réconcilier la lutte contre les discriminations avec l’idéal républicain. En faisant peser une menace morale sur tous plutôt que de privilégier une partie des minorités identifiées comme discriminées, la Halde permet d’agir dès aujourd’hui sur les mentalités, sans passer par le pragmatisme de la discrimination positive. Par ses capacités d’action et sa rapidité, la Halde a pour mission d’obliger tout recruteur, bailleur ou patron de discothèque à se poser à tout instant la question  » suis-je en train de commettre un acte discriminatoire ? « 

 

– La question du territoire est diversement posée. Patrice à Bordeaux, rapporteur d’un colloque de chercheurs sociologues, fait état d’une université comme territoire d’ethnicités et de discriminations territoriales. Abdoul à Toulouse montre les méfaits de la catégorisation spatiale, quand le logement étudiant astreint à un environnement cloisonné. Tandis que Jérémie et Samy à Lyon dénoncent un déterminisme géographique dans l’enseignement.

 

– La police est un autre thème fort de cet état des lieux. Tandis que le reportage de Camille à Lyon donne la parole aux jeunes lassés des contrôles policiers réitérés, Alison à Lille et Adamou à Bordeaux montrent que ce corps de métier s’engage sur la voie de la diversité, grâce entre autres au dispositif des cadets de la République.

 

– Le questionnement du modèle républicain est présent dans nombre de reportages. Faut-il accepter que la France, toute républicaine qu’elle est, n’est pas incolore ?  » Plus le temps passera, plus il sera difficile de déterminer l’origine d’un individu en France. Il serait donc plus apaisant de reconnaître une fois pour toutes que la communauté nationale comporte des Français blancs, noirs, maghrébins, asiatiques « , dit Laurence Mehaignerie, coordinatrice du lancement de la Charte de la diversité pour l’Institut Montaigne. Avec une interview de Lililan Thuram en pourfendeur du racisme anti-Noir, le journal étudiant L’écornifleur à Lyon pose la question d’une France changeant de modèle, et se dirigeant vers une conception des minorités à la nord-américaine.

 

– L’image enfin se taille sa place dans les reportages, dernier corollaire de la question du regard des autres, des préjugés et des stéréotypes.  » Tout est une question d’image « , dit l’une des étudiantes interviewées à Strasbourg par Jihen et Adrien. Jérémie et Samy à Lyon appellent aussi à se méfier du merveilleux  » coup de comm’  » que peut représenter pour une entreprise ou une institution publique le filon de l’égalité des chances. Après les images pro-environnementales exploitées par les affiches publicitaires, de grandes marques exposent désormais de jeunes visages souriants aux origines métissées, révélant au grand jour cette richesse jusqu’à présent ignorée de la France. Un signe de changement, mais qu’ils ne prennent pas pour argent comptant.

 

– L’assignation identitaire, est dénoncée de façon véhémente par Nikodem à Paris, qui a spécialement composé dans le cadre de cet état des lieux une chanson de rap,  » Le regard des autres « , refusant des raccourcis tels que  » juif égal riche, musulman égal terroriste. «  Je suis de banlieue donc je brûle des voitures, je suis musulman donc je suis pour l’excision, etc. : Jihen à Strasbourg ou Camille à Lyon soulignent le rôle des médias et des rumeurs qui véhiculent les clichés vécus de façon très concrète et cruelle.

 

QUELQUES CHIFFRES…

 

– 19 % des actifs disent avoir été témoins d’un acte de discrimination à l’embauche lié aux origines.

 

– Au bout de trois ans de vie active, les jeunes français d’origine maghrébine titulaires d’un CAP ou d’un BEP ont une probabilité 1,6 fois plus forte d’être au chômage que leurs homologues d’origine française. Les enfants d’immigrés d’Afrique subsaharienne et d’Asie du Sud-Est sont également pénalisés, mais de façon plus variable.

 

– Après cinq ans sur le marché du travail, le chômage touche 20 % des jeunes Noirs et d’origine maghrébine, 13 % des Français dont au moins l’un des parents est né en Europe du Sud ou en Asie du Sud-Est et 10 % des Français d’origine.

 

– Selon une enquête menée par la JOC (Jeunesse ouvrière chrétienne) entre décembre 2005 et janvier 2006, auprès de 31 000 jeunes de 15 à 30 ans, 46 % des jeunes disent regretter leur orientation. 33 % des jeunes demandeurs d’emploi n’ont pas travaillé depuis leurs études. Presque un chômeur sur trois (29 %) a le sentiment d’être victime de discriminations.

Source : Respect Mag (mai 2006)

 

LES REVENUS DANS LES CITÉS

 

Si la situation est explosive dans les quartiers sensibles, c’est aussi que l’écart de niveau de vie est considérable avec le reste du pays. Le revenu moyen des ménages pour l’ensemble de la France est 50 % plus élevé que le revenu moyen de ceux qui habitent dans les zones urbaines sensibles, 2 370 euros contre 1 580 euros mensuels. Derrière les marques de vêtements des jeunes se cache une situation sociale dégradée du fait du manque d’emploi. Les cités sont marquées par la pauvreté de façon bien plus importante que sur le reste du territoire. Dans certaines d’entre elles, la part de bas revenus (inférieurs à 455 euros mensuels) dépasse 50 % et atteint parfois 60 %, comme à Marseille, Toulon ou Perpignan. Au total, 40 % des ménages disposent de bas revenus dans un cinquième des 656 zones étudiées par l’Observatoire des zones urbaines sensibles.

 

LE CHÔMAGE DANS LES QUARTIERS DITS « SENSIBLES »

 

Quel est l’effet du niveau de diplôme sur la probabilité d’être au chômage ? Et cet effet est-il le même dans les quartiers dits sensibles que dans le reste du territoire ? Première constatation, le diplôme protège en effet, et plus il est élevé, plus le taux de chômage s’abaisse, jusqu’à Bac+2 en tout cas. La différence entre les habitants des Zones urbaines sensibles (ZUS) et les autres reste cependant très significative. Pour tous les niveaux de formation allant du BEPC au Bac, les taux de chômage sont donc environ deux fois plus élevés dans ces zones qu’au niveau national. Seconde constatation, plus étonnante, la protection offerte par un niveau élevé de diplôme produit, dans les ZUS, des effets très différenciés selon le sexe.

 

CHÔMAGE : LE DIPLÔME PROTÈGE MOINS DANS LES QUARTIERS SENSIBLES

 

Avec un peu plus de 5,6 % de chômeurs, la France masculine des villes qui ne comprennent pas de Zones urbaines sensibles (ZUS) vit quasiment au plein emploi. La situation est toute différente dans ces  » ZUS «  (4,5 millions de personnes, 10 % de la population), surtout pour les jeunes et les femmes, pour qui le taux de chômage peut dépasser les 40 %. Ceci s’explique d’abord par l’effet de la ségrégation urbaine. Ces quartiers ont connu le départ massif des couches moyennes, ils concentrent les difficultés sociales et on y trouve des populations ayant plus de difficultés à obtenir un emploi (sur-représentation des catégories populaires, des immigrés, des jeunes et des personnes peu ou non diplômées notamment). Mais même si l’on prend en compte ces différents facteurs l’INSEE estime que le risque de chômage reste très supérieur dans les ZUS (+ 4,5 points pour les hommes, + 5,7 points pour les femmes). à l’ » effet quartier « , s’ajoute un  » effet origine «  : l’écart constaté est aussi une conséquence de la discrimination. Non seulement l’adresse portée sur le CV est stigmatisante, mais les employeurs et agences d’intérim opèrent aussi un tri plus ou moins explicite selon l’origine ethnique des postulants.

 

Source : Observatoire des inégalités

 

HISTOIRES D’IMMIGRATION

 

Peu nombreux et majoritairement européens, les immigrés d’Aquitaine connaissent une situation relativement protégée… Même s’ils restent les premiers candidats au chômage, surtout quand ils appartiennent à une minorité  » visible « .

 

Est-ce la conséquence de son peu glorieux passé de haut lieu de la traite des Noirs qui rebute les candidats à l’immigration ? Aujourd’hui, en tout cas, l’Aquitaine recense une proportion d’immigrés bien moins importante que dans le reste de la France. Plus : cette proportion n’a pas bougé d’un iota depuis 1968, ou alors pour diminuer.
Comme toutes les régions frontalières, l’Aquitaine a pourtant accueilli un flux de migrants venus des pays voisins du Sud, l’Espagne et le Portugal. Ces arrivées lui valent aujourd’hui une population immigrée à 63,5 % européenne, proportion qui n‘ atteint que 44 % dans le reste de la France. Ces immigrés connaissent des parcours de vie proches de ceux du reste de la population régionale : taux de chômage bas, logement individuels pour les trois quarts…
Sous-représentés par rapport à leur part réelle dans la population française, les Ma-ghrébins ont des conditions de vie beaucoup plus dures. La moitié des ménages originaires d’Afrique du Nord louent ainsi un HLM. Ceux de la région ont la particularité d’avoir été construits avant 1975 et d’être donc très vétustes.
Par ailleurs, si 22 % des immigrés sont actuellement chômeurs, d’importantes disparités existent entre nationalités, les plus touchés étant les migrants appartenant à des minorités  » visibles «  : 44 % de ces chômeurs immigrés sont originaires du Maghreb, contre seulement 15 % de Portugais. Peu représentés dans la populoation immigrée totale, les ressortissants d’Afrique noire représentent quant à eux 10 % de ces sans emplois.
Enfin, les étudiants immigrés connaissent un parcours scolaire plus chaotique : seuls 14 % des immigrés détiennent un diplôme universitaire contre 30 % dans le reste de la population. C’est cette inégalité des chances dans le système éducatif qu’a voulu analyser Patrice Correa, de l’association Africapac, à travers le compte rendu d’un colloque sur les universités françaises face à la discrimination.

 

INÉGALITÉS SOCIALES DANS LES ZONES PRIORITAIRES

 

– L’Aquitaine compte une centaine de quartiers  » prioritaires « . Ils regroupent 10 % de la population régionale.

– Sept agglomérations ont signé un contrat de ville : Bergerac, Périgeux, Bordeaux, Mont-de-Marsan, Agen, Bayonne et Pau. Bordeaux accueille la moitié de la population vivant en zone prioritaire.

– Dans ces quartiers, le chômage a reculé d’un peu plus de 20 % entre 2000 et 2004. C’est légèrement mieux que dans les agglomérations qui les accueillent.

– Six quartiers sur dix connaissent néanmoins une certaine forme de précarité avec un nombre élevé d’allocataires dépendants de la CAF et de personnes sans emploi. Bordeaux regroupe 60 % des quartiers les plus précaires.

– La commune de Bordeaux est parvenue à réduire sensiblement la précarité de nombreuses zones depuis 2000 grâce à des mesures sociales gouvernementales et communales. Adamou Rabani, de l’association des Nigériens de Bordeaux s’est penché sur le dispositif des cadets de la République dans la région.

– 16 quartiers en grande difficulté existent toujours à Bordeaux. Bacalan-Claveau, la Benauge, le Grand Caillou, les Alpilles Vincennes ou le Burck ont plus de 40 % d’allocataires à bas revenus. Un chômeur sur trois l’est depuis plus d’un an. Un tiers des demandeurs d’emploi a moins de 25 ans.

 

Nord-Pas-de-Calais


TC INSERTION

 

Cette association souhaite venir en aide aux étudiants immigrés en difficulté financière. Le but : leur apporter une aide matérielle mais aussi morale. Née dans le cadre d’un projet obligatoire, l’association joue aujourd’hui un rôle important de relais entre les diverses associations existantes et les individus de l’IUT.
Voir le reportage
Adresse : IUT DEP C, Rond Point de l’Europe. BP 557. 59 060 Roubaix Cedex 01.
Contact : Alison Tanghe, présidente de l’association

 

ASSOCIATION DES ÉTUDIANTS CONGOLAIS DE LILLE

 

Créée en novembre 2004, l’AECL a pour but de promouvoir la culture congolaise, d’accueillir les étudiants venus de ce pays et d’être un organe d’entraide. Il s’agit aussi de participer au développement de la République démocratique du Congo.
Voir le reportage
Adresse : Résidence America III, 125 rue d’Alsace. 59 000 Lille.
Contact : Ange Kongo Konde, président de l’association.

 

VIVE LES VACANCES !

 

L’association  » Vive Les Vacances ! «  est composée de 46 étudiants de l’EDHEC Lille qui agissent bénévolement tout au long de l’année. L’objectif de cette association, à vocation sociale, est d’essayer de changer le quotidien des enfants vivant dans les quartiers défavorisés de la métropole lilloise en leur offrant une semaine de vacances à Pâques. En 2005 ce sont plus de 120 enfants, âgés de 6 à 12 ans, qui sont partis en vacances.
Ces vacances sont organisées autour de différents objectifs :

– Faire découvrir aux enfants d’autres régions de France.

– Développer leur créativité à travers des activités sportives ou manuelles.

– Créer un cadre de vie chaleureux en mettant l’accent sur le respect de l’autre et la vie en collectivité. Désireux de suivre ces enfants sur toute l’année afin de garder un bon contact avec eux, l’association organise des sorties culturelles et sportives un mercredi par mois pendant l’année (zoo, musées, cinéma…). De plus, dans le cadre d’un partenariat avec le centre social Saint-Sauveur, les étudiants bénévoles font de l’accompagnement scolaire auprès des enfants du centre trois fois par semaine.
Adresse : 58 rue du Port. 59046 Lille. Tel : 03 20 15 48 35, vivelesvacances@netcourrier.com
Site : http://vacances.vlv.free.fr
Contact : Mathilde Chaussoy, présidente de l’association

 

Un tour de France des discriminations comme feuilleton de l’été ? Drôle d’idée… si actuelle. Fruit d’un projet mené tambour battant avec des associations du réseau Animafac dans 6 régions de France, nous vous proposons de découvrir chaque semaine les enquêtes-reportages que des jeunes ont mené dans leurs villes respectives. Place cette semaine au Rhône-Alpes avec un micro-trottoir, une interview de Lilian Thuram et une enquête de fond sur les discriminations dans l’éducation supérieure.


Autour d’interviews, d’enquêtes, d’analyses sur Lyon et sa banlieue, nous nous intéressons cette semaine à la discrimination dans l’éducation supérieure avec une enquête marathon de Rencontre à petits pas (Rapp). Camille Loret, du BDE de l’IEP de Lyon est, elle, allé écouter ce qu’avaient à dire les jeunes de la Duchère, quartier « sensible » de la banlieue lyonnaise. Enfin, l’Ecornifleur, journal de l’IEP, nous a autorisé à publier une interview de Lilian Thuram qui, outre ses exploits aux côtés des Bleus, est également une figure de proue de la lutte contre le racisme anti-Noir.

 

 

 

LES ZUS EN RHÔNE ALPES

– Les quartiers difficiles de la banlieue lyonnaise sont tristement célèbres pour avoir marqué les grandes étapes de la politique de la ville. En 1981, c’est le  » rodéo des Minguettes « , des affrontements mobiles entre forces de l’ordre et jeunes des quartiers, qui donne naissance à la politique de la ville. Dix ans plus tard, en 1990, les émeutes de Vaux-en-Velun, suite à la mort en moto d’un jeune handicapé, Thomas Claudio, poursuivi par la police, marquent la véritable prise de conscience d’un  » problème des banlieues « . C’est à cette époque que François Mitterrand et l’architecte Roland Castro commencent à évoquer la destruction des  » grands ensembles « . C’est chose faite 14 ans plus tard, dans le quartier de la Duchère, avec la destruction de la très emblématique barre des 200 : 324 logement répartis sur 17 étages sont détruits pour laisser place à des logements individuels  » à taille humaine « . En 2005, la rénovation du quartier continue avec la démolition de la barre des 1 000 (photos). C’est dans ce quartier de la Duchère que Camille Loret, du BDE de l’IEP de Lyon, est allée promener son micro, pour recueillir les impressions, coup de gueules et de blues des jeunes du quartier.

– La population des ZUS du Rhône-Alpes est majoritairement jeune : près d’un tiers des habitants a moins de 20 ans. 34 % des plus de 15 ans ne sont pas diplômés. Ce taux n’est que de 18,8 % dans la population régionale. L’association RAPP (Rencontre à petits pas), a mené l’enquête sur les procédures de discrimination positive censés permettre aux habitants de ces quartiers d’accéder plus facilement aux grandes écoles : procédés efficaces ou simples déclarations de bonnes intentions ?

– Le taux de chômage est deux fois plus élevé dans les ZUS que dans l’ensemble de la région : 24 % contre 11 %. Les sans emploi sont particulièrement nombreux chez les 15-24 ans : 37 % d’entre eux sont à la recherche d’un travail.

– 60 % des résidents en ZUS sont locataires d’un logement HLM. Ceux-ci représentent 60,8 % du parc immobilier.

– La population étrangère est sur-représentée dans les ZUS : 23,1 % des résidents de ces zones contre 6 % de la population sur l’ensemble de la région.

– Les bénéficiaires du RMI sont presque deux fois plus nombreux en ZUS : 17 % contre 9,8 % dans le reste de la population.

PORTRAIT DE L’IMMIGRATION EN RHÔNE-ALPES

 

Avec 8,4 % d’immigrés dans sa population totale, le Rhône-Alpes est la 6e région accueillant le plus de migrants. Elle se classe au-dessus de la moyenne nationale. Rien d’étonnant à cette sur-représentation : proche des frontières, berceau de deux grandes agglomérations urbaines, le Rhône-Alpes cumule tous les critères d’attraction pour les travailleurs étrangers. Cela se retrouve dans la répartition de cette population immigrée : celle-ci se concentre dans les arrondissements proches de la frontière suisse (Gex, Nantua, Saint-Julien-en-Genevois…) et les centres urbains de Lyon et Grenoble. 89 % des immigrés habitent dans une zone urbaine.
Comme la plupart des régions françaises, le Rhône-Alpes accueille deux immigrations : l’une, ancienne, composée essentiellement d’Européens du Sud ; l’autre, plus récente, ayant amené majoritairement des ressortissants d’Afrique du Nord. Cependant, alors que cette population maghrébine est, dans le reste de la France, plus volontiers marocaine, ce sont ici les Algériens qui sont les plus nombreux. Depuis quelques années, on constate enfin l’arrivée de nombreux Turcs, mais aussi de travailleurs européens des pays voisins, Allemagne, Angleterre ou Suisse.
Ces différentes populations immigrées connaissent des conditions de vie très différentes. Bien intégrés, les migrants anciens d’Europe du Sud, souvent artisans indépendants, commerçants ou ouvriers qualifiés, sont relativement épargnés par le chômage. Les nouveaux venus d’Europe, Allemands, Suisses ou Britanniques sont fortement représentés dans les professions intermédiaires et chez les cadres. Ils sont nettement moins concernés par le chômage et bénéficient de revenus plus élevés et de logements plus cossus que le reste de la population, Français de souche compris.
Les immigrés maghrébins, globalement peu qualifiés et plus souvent ouvriers, connaissent eux un taux de chômage presque deux fois plus élevés que le reste de la population. Plus leur lieu de résidence est marqué par l’inemploi, plus l’écart entre taux de chômage des Français de souche et des immigrés maghrébins est élevé : ce sont les premiers touchés en période de crise. Globalement plus nombreuses, les familles maghrébines sont, enfin, très souvent logées en HLM.

 

RENCONTRE À PETITS PAS

 

RAPP est une association de l’INSA Lyon jumelée avec des écoles des quartiers populaires. Elle contribue à rapprocher les étudiants et les associations de soutien scolaire notamment par le biais de l’aide à l’alphabétisation. RAPP fournit également des renseignements sur les actions du même type menées partout en France. Alors n’hésitez pas à les contacter car vos petits pas contribueront à en faire de plus grands.

Adresse : INSA MDE, Bâtiment Thélene. 20 avenue Einstein. 69 621 Villeurbanne. Tél : 04 72 43 61 22. e-mail : rappinsa@hotmail.com
Contact : jeremie.almosni@insa-lyon.fr

 

L’AIR DE RIEN

 

L’air de rien, c’est le journal. Fragments d’idées, l’association. Ces deux entités militent pour un engagement fort d’étudiants lyonnais autour des questions d’espace, de frontière, d’appartenance… de cultures.

Le journal.  » L’air de rien veut offrir une tribune et un lieu d’échange aux membres de l’association, mais également, et de façon ponctuelle, à des personnes extérieures. La liberté d’expression est au cœur de notre démarche. Dans les limites d’un socle assez large de valeurs partagées, le journal préfère ainsi privilégier la confrontation d’idées à une sélection stricte autour d’une ligne éditoriale figée. Les thèmes abordés sont le fruit de nos sensibilités politiques et littéraires (les sans-papiers, le monde des médias, l’échange culturel…). Ils répondent à des envies d’approfondissement et d’échange autour de sujets jugés trop peu visibles dans le flux médiatique quotidien. » Leur hors-série consacré aux sans-papiers représente 68 pages et un an et demi de travail.
Un autre numéro du journal s’articulait autour de l’idée de frontière. Un thème dans la continuité de celui des sans-papiers.  » Il existe aujourd’hui un problème humanitaire, d’urgence « , estime Tristan Ikor, membre de l’association.  » Mais la vraie solution durable au problème des sans-papiers se situe au niveau international. Cela renvoie aux questions de fond des frontières, de l’appartenance, de l’identité. « 

 

En projet. S’ils s’inquiètent des questions ontologiques internationales, les membres de l’association réagissent tout autant à leur environnement urbain. Ils se questionnent aujourd’hui sur une campagne anti-fraude lancée par les Transports en commun de Lyon (TCL), et l’omniprésence d’un message publicitaire sur les murs du métro… Pour prendre le contrepied d’un espace public qui leur semble parfois saturé d’une parole unique, l’initiative d’y distribuer une publication indépendante, en collaboration avec d’autres journaux étudiants, les enthousiasme.
Leur démarche contient une cohérence instinctive et humaine. Sur les murs des métros de Lyon ou à l’intérieur des frontières de notre planète, une question semble récurrente : de quel droit certains humains occupent plus l’espace que d’autres ? Ou plutôt, de quel droit empêche-t-on des humains d’exister sur un espace ?
Contact : Tristan Ikor

 

ALFEL

 

Les objectifs de cette association sont de développer les contacts entre étudiants libanais et français afin de renforcer les liens d’amitié, de promouvoir un échange culturel entre les ressortissants des deux pays et faciliter l’intégration des étudiants libanais dans la société française.
Adresse : La Doua, appt. 2204. 46 bd. du 11 novembre 1918. 69100 Villeurbanne. e-mail : alfelinfo@yahoo.fr
Contact : Lyad Karameh, président de l’association


SOS GRENOBLE

 

Rebaptisée Savoir Oser la Solidarité, l’ancienne Oeuvre sociale de Sup de Co Grenoble, a pour objectif l’aide au développement par l’éducation, l’aide humanitaire et sociale. La quasi-totalité de ces projets sont destinés aux enfants. SOS organise de nombreuses actions et manifestations locales, dans la ville de Grenoble et sa région, en partenariat avec les acteurs sociaux de la ville : intégration par l’humanitaire, Téléthon, soutien scolaire, don du sang, les Restos du coeur, Emmaüs, l’Arbre de Noël, Handineige…
Adresse : Grenoble Ecole de Management. 12 rue Pierre Semard. BP 127. 38 003 Grenoble. Tél : 04 76 70 05 24. sos@grenoble-em.com
Site : http://assoces.sos.com
Contact : Céline Duros. celineduros@yahoo.fr


CENTRE CULTUREL DE LA CITOYENNETÉ

 

Créé en décembre 2003 pour répondre aux questions d’identités et d’appartenance citoyenne auxquelles la société peine à répondre, le Centre culturel de la citoyenneté (CCC) doit son existence à la détermination de plusieurs étudiants grenoblois. Cette jeune structure a déjà produit un documentaire d’une vingtaine de minutes, Identités françaises. Distribués aux collèges et lycées, il balaye l’essentiel des problématiques de citoyenneté actuelles et permet aux professeurs d’initier avec leurs élèves un échange d’opinions sur le Vivre ensemble. L’accueil réservé à ce documentaire incite le CCC à envisager la production d’un 52 minutes pour la télé. à suivre…
Adresse : EVE. 701 avenue Centrale. 38 400 Saint Martin d’Hères. Tél : 06 78 55 86 83. Fax : 04 56 52 85 16 monaam.kraiem@ccc-france.org
Site : www.ccc-france.org
Contact : Saïd Hasnaoui


ÉTUDIANTS MUSULMANS DE FRANCE GRENOBLE

 

L’EMF de Grenoble se définit elle-même comme un syndicat socio-culturel ouvert à tous les étudiants présents sur le campus. L’EMF se veut être un lieu d’échanges où cohabitent en toute sérénité projets sociaux (aides financières, soutien scolaire et universitaire) et manifestations culturelles (séminaires, débats-conférences) qui permettent une réflexion sur le monde contemporain.
Adresse : Espace vie étudiante. 701 av centrale. 38 400 Saint martin d’Hères. emf_grenoble@yahoo.fr
Site : www.emf-grenoble.org
Contact : Ammar Rouibah, président de l’association

 

GÉNÉRATION CITOYENNETÉ

 

L’AGC est une association de sensibilisation des jeunes à la citoyenneté. Elle met en place différents ateliers à thèmes, faisant ainsi la promotion des principes fondamentaux de la démocratie, ceci pour répondre à la crise de l’engagement qui touche tout particulièrement les jeunes…
Adresse : 8 rue Marceau. 38000 Grenoble.
Site : http://siteuation.free.frhttp://sit…
Contact : Nicolas Bernard, président de l’association

 

KOLEXI

 

Kolexi (ou collectif expression initiative) est à l’initiative du projet  » Entre cour(s) et jardin(s) « . Il se fonde sur une nouvelle forme d’action culturelle et citoyenne. Il s’agit tout d’abord de créer une pièce de théâtre sur le thème des relations de voisinage. Celle-ci sera, ensuite, donnée en représentation exclusivement dans des espaces collectifs d’immeubles de l’agglomération grenobloise (cour, jardin, hall, parking…). Les représentations seront organisées à l’initiative des habitants de ces immeubles et pour un public de voisins. Les Grenoblois sont donc  » invités à inviter «  Kolexi à venir jouer en bas de chez eux et  » conviés à convier  » leurs voisins à cette représentation.
Adresse : 15 rue Georges Jacquet. 38 000. kolexi@hotmail.fr
Contact : Eline de Lorenzi ou Alice Manuel

 

Je me suis rendue à la Duchère un après-midi. Plusieurs métros à prendre, jusqu’au bout de la ligne, puis deux bus. On passe au dessus de l’autoroute, on roule une dizaine de minutes dans la chaleur, et on y est. En descendant à la station Centre Social La Sauvegarde, j’ai croisé un groupe de jeunes qui  » squattaient  » devant des barres d’immeubles. Après quelques hésitations :  » je suis pas capable d’aligner deux mots « , etc., ils ont finalement accepté de répondre à mes questions. Ils étaient quatre au départ, puis huit. J’ai surtout parlé avec six d’entre eux. Ils ont entre 17 et19 ans, l’un est peintre professionnel, les autres intérimaires ou en recherche d’emploi.

 

L’AUTEUR

CAMILLE LORET a 21 ans, elle est en première année à l’IEP de Lyon. Elle fait partie du BDE de l’IEP.
« Je souhaite travailler dans la politique culturelle à l’échelle de la ville. D’une part parce que la culture est un facteur d’épanouissement personnel, mais aussi parce qu’elle est à mes yeux un puissant vecteur d’intégration. »

 

LE MICRO-TROTTOIR
La première chose à laquelle ils pensent quand je leur demande s’ils sont discriminés et pourquoi, c’est l’emploi :  » personne nous embauche «  ou alors  » pour des boulots de manards ; on va dans des agences d’intérim, des missions locales, mais ça marche pas. «   » On est classés par catégorie, PR2, PR4. « 

 

Et le CV anonyme ?  » ça sert à rien, de toute façon après y a l’entretien, ils voient ta tête «  ; mais en même temps,  » j’ai encore jamais essayé. « 

 

Les contrôles de police : «  On est contrôlé cinq fois par jour, on est leurs clients, ils nous connaissent, ils nous appellent par nos prénoms ; et à chaque fois c’est violent. « 

 

 » Non franchement, la discrimination on la vit au quotidien. Les émeutes, ça a un peu changé les choses parce qu’on s’est enfin intéressé à nous… Mais vous vous rendez compte s’il faut qu’on brûle des voitures pour qu’on s’intéresse à nous ? Y a un problème là !  » La crise des banlieues, ça part de l’incident à Clichy-sous-bois ; c’était  » la goutte d’eau qui a fait déborder le vase  » ; d’ailleurs, lors d’un contrôle policier à l’époque, un agent a menacé un des jeunes ici présents de se  » tenir tranquille  » ou il lui arriverait  » la même chose qu’aux deux gamins. « 

 

Après un silence :  » On n’a pas choisi d’être ici ; à notre âge franchement, tu crois que ça nous amuse d’être là ? «  Je leur demande alors ce qu’ils souhaiteraient, eux :  » Ce que je voudrais ? Bah comme tout être humain, j’aimerais bien avoir les pieds dans l’eau moi. «  Certes, il y a bien une piscine à la Duchère, mais  » il faut être en maillot de bain pour rentrer… et nous on est pudiques. «   » Si j’avais le choix, me dit un autre, je serais footballeur professionnel ; mais comme on n’a jamais le choix bah… «  Il ajoute :  » En ce moment on essaye d’organiser un match de foot contre la police de la Sauvegarde ; mais ça veut pas se faire, ils veulent pas trop ; mais on va quand même continuer d’essayer. « 

 

Certains me précisent cependant :  » On a les pieds sur terre, tant qu’on a à gamel dans notre assiette  » ;  » les gens ils croient qu’on vit mal et tout, qu’on est des défavorisés, mais on vit super bien ! «  ;  » Qui c’est qui est habillé en Lacoste de bas en haut ? Bah c’est nous ! «   » Regarde, lui il est au chômage et tout, bah il est habillé pour une barre ! C’est parce qu’il a une sœur avocate, une sœur médecin et une autre infirmière. « 

 

Ce qui revient souvent :  » La France c’est le premier pays de racistes «  ;  » On va en Espagne, n’importe où ailleurs, ça va on trouve du boulot ; mais en France on est raciste. «  Et puis  » de gauche, de droite, c’est pareil ; on se fait refouler à bras ouverts. « 


Ce qu’on peut faire contre les discriminations ? La plupart disent  » Y a rien à faire, on a déjà tout essayé. «  Mais l’un d’entre eux conteste :  » faut que dans le gouvernement il y ait des jeunes de tous les milieux ; parce que là, personne nous représente.  »  » Y a des juges Noirs en France ? Y en a pas hein, faudrait faire comme les Etats-Unis, où y a des avocats Noirs, des juges Noirs… tout noir ! « 


La discrimination positive :  » les quotas là ? on met un Noir sur TF1 et tout ça ?  »  » Moi je pense que ça sert à rien , ça change rien, c’est de la connerie pour moi.  » Un des jeunes ajoute :  » les étrangers on les utilise à bon escient : dans l’athlétisme, dans le sport et tout ça… « ,  » C’est comme Zidane : Zidane il est devenu Français avec la Coupe du Monde. « 

 

Et les ZEP ? Là les avis sont partagés ; j’entend un  » Ah ouais c’est bien ça «  mais un autre m’explique que  » Non ça marche pas, parce que tous les lycées ont pas le même niveau ; moi j’ai changé, j’étais en ZEP et après je suis allé dans un autre lycée, et là c’était beaucoup mieux ça avait rien à voir. « 

 

Quand je leur demande s’ils souhaitent un jour quitter la France :  » J’suis Français moi ! Pourquoi je partirais ? «  Ses camarades rétorquent  » Ouais ça c’est ce que tu crois, t’es Français dans les papiers, mais pas dans la vie. « 


Et pour l’avenir ?  » Brûler des voitures  » me répond l’un d’entre eux,  » y a plus que ça à faire  » ; mais il rencontre la désapprobation des autres.

 

Faire le jeu de Le Pen ?  » Bah moi j’dis tant mieux si y passe ! Les Français d’abord ? Nous on est Français donc on reste, et puis il payerait un billet d’avion gratuit à nos parents… C’est sympa non ? « 

 

Le mot de la fin :  » Allez, la France pour la coupe du Monde ! Nous on est derrière la France que pour ça ! «  Et pour 2007 ? Plusieurs me répondent avec conviction que oui, ils iront voter :  » personnellement, je vais faire comme Jamel Debbouze et inciter tout le monde à aller voter  » ;  » Style Ségolène Royal ou François Hollande, c’est les seuls qui peuvent nous représenter. « 


EN CONCLUSION Les jeunes interrogés ont le sentiment d’être dans une situation désespérée :  » y’a rien à faire, on a déjà tout essayé « , ressort souvent quand on leur demande ce qu’on peut faire contre les discriminations. On dénote une désillusion et un scepticisme envers les dispositifs de discrimination positive tels que les ZEP. Et pourtant, les idées ne manquent pas : un gouvernement plus diversifié, un match de foot contre la police… Une envie et une grande capacité de dialogue. J’ai été accueillie avec chaleur, et eu le sentiment que mes interlocuteurs se réjouissaient qu’on s’intéresse à eux, même si j’ai entendu des  » de toute façon elle est étudiante, elle nous comprend pas « , ou encore  » mais franchement, tu penses que tu vas changer le monde en venant ici avec ton petit micro ?  » De manière générale, ces 30 minutes ont été un mélange d’erreurs quelquefois, de perspicacité souvent et de réflexions amusantes qui cachent pour certaines un profond pessimisme.

 

Nous dirigerions-nous vers un modèle à l’américaine ? Pragmatiques, nos voisins d’outre-Atlantique s’organisent en communautés, n’hésitant pas à classer leur population et la mesurer selon des critères ethniques. Ils pensent que la démocratie est avant tout le résultat d’un équilibre des pouvoirs entre différents groupes de pression, et se conçoivent en lobbys de minorités.

Le modèle républicain français, convaincu de l’universalisme de son citoyen, rejette toute tentative de statistique ou regroupement ethnique. Sous le règne de la méritocratie et de la laïcité, le citoyen ne doit pas avoir accès à l’espace public par des voies détournées ni même se concevoir selon son appartenance religieuse ou ethnique, quand il s’agit de la Cité.
Aujourd’hui pourtant, une demande semble pousser de toutes parts pour aménager ce modèle : discrimination positive dans l’enseignement supérieur, testing et, pourquoi pas, quotas ethniques dans les entreprises, chartes de la diversité à l’écran… La société civile même semble se structurer en communautés de défenses d’intérêts ethniques, à l’image du CRAN (Conseil représentatif des associations noires). Aperçu des enjeux avec Lilian Thuram, figure nationale du football engagé contre le racisme anti-Noir. Un envoyé spécial du journal étudiant de l’IEP de Lyon, L’écornifleur, est allée l’interroger à Turin.


L’AUTEUR

 

L’ÉCORNIFLEUR a été fondé en 1992 est le journal de Sciences-po Lyon, un ton, des idées, des images… L’interview qui suit a été réalisée par Lufutuabo Shikala et Sergio.
Adresse : 14 avenue Berthelot, 69 007 Lyon. Tél : 04 37 28 38 00. iep_ecornifleur@yahoo.fr
Site : http://ecornifleur-iep.univ-lyon2.fr
Contact : Mathieu Degas

 

L’INTERVIEW


Vous avez participé à la première conférence européenne sur le racisme anti-Noir qui s’est déroulée à Genève, organisée par le (CRAN). Pendant cette conférence l’accent a été mis sur la spécificité de cette forme de discrimination…

Je pense qu’on englobe trop souvent tous les racismes. Pour lutter efficacement contre ce fléau, il faut l’analyser et essayer de le détailler. Si on détaille le racisme anti-Noir, on se rend compte que tout commence au niveau historique. Et, en étudiant les origines de cette forme de racisme, on voit que tout commence par l’esclavage. Dès les origines, on a enfermé l’identité noire dans une équation qui dit que Noir égal esclave, donc Noir égal sous-homme. Et jusqu’à aujourd’hui, on n’a malheureusement jamais cassé ce mythe. C’est pour cette raison que, au lieu de parler de simple discrimination, il est plus exact d’évoquer la spécificité du racisme anti-Noir.

 

Quelles sont, selon vous, les actions à mener pour combattre cette forme de racisme ?

Comme les intervenants de la conférence nous l’ont montré, le racisme anti-Noir est donc d’abord lié à l’esclavage, et ensuite, au colonialisme. Je crois que pour combattre ce fléau, il faut savoir d’où il vient, analyser le sujet pour trouver la réponse. Je pense que la bonne réponse est dans la connaissance de l’Histoire, sans laquelle on ne peut pas progresser. Cette connaissance est fondamentale pour tous les Hommes et surtout pour la population noire qui est victime de cette image négative dans laquelle on l’a enfermée. étant donné le caractère intellectuel du racisme, intellectuel parce que construit par des penseurs et des hommes de lettres, j’ai la conviction que l’éducation scolaire est cruciale pour pouvoir mener une reflexion profonde sur la réalité du racisme anti-Noir. ce qu’il nous faut, c’est déconstruire cette image négative qui est encore fort présente dans l’inconscient occidental.


Que pensez-vous de la loi de février 2005 sur le rôle positif du colonialisme ?

Cette loi prouve qu’il y a beaucoup de travail à faire. Les gens ne font pas exprès, c’est un manque d’éducation, de connaissance. Parce que si vous essayez, en 2005, d’établir par une loi le rôle positif de la colonisation, c’est parce que vous prenez les gens pour des naïfs, pour ne pas dire autre chose, ou alors c’est bien plus grave. Le plus malheureux, c’est que dans les débats, les partisans de cette vision du colonialisme utilisaient toujours les mêmes arguments : les infrastructures, c’est-à-dire les routes, les hôpitaux, les ponts, et même les écoles. L’apport bénéfique d’une soi-disant civilisation. Alors que la colonisation a été d’une violence inouïe, indécente. Elle a acculturé les peuples. En réalité, les biens matériels étaient construits pour les colonisateurs : les hôpitaux pour les soigner, etc. L’école et la langue ont toujours représenté le meilleur moyen de contrôler un peuple de lui apprendre à se dénigrer, à s’oublier, voire à mépriser sa culture et sa mémoire. Ce débat a fait bondir toute la France, cela prouve qu’il y a des gens qui ne veulent pas revenir en arrière.

 

Que pouvez vous nous dire de cette accusation qui porte sur l’antisémitisme de Dieudonné. Existe-t-il un conflit entre mémoire juive et mémoire noire ?

Dieudonné, en voulant soulever la problématique de l’oubli de l’esclavage dans la mémoire collective en France a fait une bonne chose, mais il s’est trompé complètement en voulant mélanger ou opposer les deux mémoires. Je crois qu’on peut parler tranquillement de l’esclavage sans parler de la mémoire des juifs, même si historiquement la Shoah a été une sorte de réplique de l’esclavage, du moins dans sa justification. En effet, l’esclavage s’est basé sur la supériorité des Blancs sur les Noirs. On a voulu faire passer les Noirs pour des sauvages afin qu’il devienne normal qu’ils soient esclaves, qu’on les exploite. Et de même, dans l’idéologie d‘Hitler, les Juifs sont des sous-hommes. Donc quelque part, il y a un lien. Mais seulement à ce niveau là. Ensuite, les paroles de Dieudonné ont débouché sur des malentendus comme l’antisémitisme des Noirs. Quand vous étudiez l’Histoire, vous constatez que les Noirs n’ont jamais voulu exterminer les Juifs. Le système politique allemand n’était pas dirigé par des Noirs, l’inquisition en Espagne n’était pas non plus commanditée par des Noirs. Il est donc stupide de penser que les Noirs sont antisémites en se basant sur le discours de Dieudonné.

 

Aujourd’hui, une question se pose en France avec les incendies d’hôtels à Paris et les émeutes de novembre. On a vu que la population noire était toujours au cœur de ces problèmes. Est-ce qu’il y a un problème d’intégration en France ?

Je pense que le problème noir n’est pas qu’un problème français, c’est un problème global. L’identité noire se ressemble un peu partout dans le monde. En France, il ya eu des incendies et pas mal de Noirs, jeunes ou moins jeunes, sont morts. C’est vrai aussi que l’émotion suscitée n’a pas été à la hauteur de la gravité des faits. Les gens ne saisissent pas ce décalage. Le vrai problème en France, c’est que la population noire n’a jamais revendiqué les choses, et en ce moment justement, les gens revendiquent parce qu’il y a une génération de Noirs conscients de ce décalage, qu’il y a un problème lié à l’Histoire. C’est quelque chose de nouveau et les gens ne comprennent pas, il faut leur expliquer, car, quelque part, c’est normal qu’il ne le comprennent pas. Cette génération de jeunes noirs, c’est son boulot d’éduquer les autres, de les sensibiliser sur ce sujet, de leur faire comprendre que quelque chose ne va pas. Je suis persuadé que la majorité des gens ne sait pas ce que vivent les Noirs. Si on ne leur explique pas, les choses ne changeront pas. Depuis que le débat s’est enclenché, les gens commencent à comprendre et les choses bougent.

 

Que pensez-vous du projet de loi sur l’immigration de Sarkozy, qui prévoit un durcissement pour l’entrée et le séjour des immigrés ? Il y en a qui parlent de  » migration jetable « .

Quand on s’intéresse aux propositions de Monsieur Sarkozy, on constate qu’elles se raprochent beaucoup de celles du FN. Il veut faire croire que les problèmes en France, ce sont les étrangers qui les créent. Il est important de bien comprendre l’Histoire car elle est, selon la formule consacrée, un éternel recommencement. De tout temps, quand il y a eu des difficultés économique, on a ressorti la problématique de l’étranger et, comme les gens méconnaissent l’Histoire, ils se font prendre au piège. Si on regarde la réalité, les étrangers ne créent pas de problèmes, au contraire, sans eux, la France ne pourrait pas aller de l’avant. Certaines personnes ne sont pas conscientes de ça, pour eux, immigration égal seulement danger. Si chaque français connaissait sa propre histoire, il saurait que si la France a gagné la Première guerre mondiale, c’est aussi grâce aux armées coloniales. Durant la Seconde guerre mondiale, si le général De Gaulle a pu organiser la France libre, c’est en partant de l’Afrique. économiquement aussi, l’immigration a eu un rôle positif : il suffit de voir qui a reconstruit la France après la guerre. Comme toujours, c’est en jouant sur l’ignorance des populations qu’on les manipule.

 

Est-ce que vous pensez qu’il est possible qu’au deuxième tour des prochaines élections présidentielles, il y ait un candidat du FN comme en 2002 ?

Cela ne m’étonnerait pas, car depuis 2002, les choses se sont aggravées au sujet du racisme. Il suffit de regarder l’état actuel de la politique mondiale, avec ces conflits que l’on veut faire passer pour des guerres de religion. On mélange un peu tout, et on est tenté de se replier sur soi et de ne pas admettre que les Français ont des origines diverses. Quand on parle de certains d’entre eux, on oublie même parfois qu’ils sont Français. Les gens en arrivent à penser que ces personnes-là ne peuvent pas être positives pour leur culture. Alors, il est possible que le FN arrive au second tour. Surtout quand on voit que quelqu’un comme Nicolas Sarkozy essaye justement de récupérer les voix du FN et que ça ne semble pas faire peur aux gens. Si on accepte son discours, quelque part on devient moins tolérant, plus xénophobe, plus raciste. Cela signifie aussi qu’on est prêt à voir celui qui semble étranger comme vraiement différent.

 

Dans le domaine sportif, on voit qu’il y a le même genre de problèmes, notamment, les footballeurs noirs sont victimes d’insultes racistes dans certains stades européens…

Ce qui est très grave, et dont les sportifs noirs ne se rendent pas forcément compte, c’est que la majorité des problèmes du racisme qu’il y a dans le sport touche les Noirs. Je crois qu’on n’en est pas assez conscient. ça veut dire qu’il ya une montée du racisme anti-Noirs. En Espagne, en Italie, en France, – parce que ça se passe aussi à Bastia -ou dans les pays de l’Est, c’est toujours les Noirs qui en sont victimes.


Comment expliquez-vous le fait que les Noirs soient plus touchés par le racisme alors qu’ils sont une minorité, dans le sport comme dans la société ?

Justement, pour les Noirs, ce n’est pas une question de nombre, mais plutôt de visibilité. Dans une foule, s’il y a un Noir, c’est lui qu’on remarque. Pour les gens, les Noirs forment une population homogène, on dit :  » les Noirs sont comme ça, les Noirs font comme ça, les Noirs savent ou ne savent pas faire ça !  » C’est intéressant d’observer ce qui se passe quand ces gens veulent vexer les Noirs, ce qu’ils font comme gestes, comme bruits, et à quelle période de l’Histoire ils se réfèrent. Et bien, vous verrez, c’est toujours la même chose, c’est-à-dire l’utilisation de vieux clichés coloniaux et du temps de l’esclavage. Par exemple, pour quelle raison imitent-ils les singes ? Ils pourraient faire autre chose n’est-ce pas ? Ce n’est pas par hasard qu’ils agissent ainsi, cela fait partie du folklore esclavagiste et colonial.


À la fin de la conférence de Genève, les participants ont adopté la Déclaration dite de Genève, avec plusieurs revendications, notamment la demande de réparation aux pays responsables de l’esclavage et de la colonisation. Que pensez-vous de ce principe de réparation ?

C’est difficile, les réparations. Moi, je dis réparation pour le mal que l’on a fait à l’identité noire. Cela passe par l’obligation de déconstruire tout ce qui a été construit autour des Noirs, déconstruire pour reconstruire. Il est aberrant que, pour la majorité des gens, l’histoire des Noirs en Afrique commence avec l’esclavage et aboutisse à la colonisation. C’est grave que de jeunes noirs éduqués en Europe ne connaissent même pas leur histoire originelle. Le jeune européen apprend que les Noirs ont été esclaves, il est obligé d’avoir cette vision, pas systématiquement négative, mais inscrite en lui. Cela me fait penser à la phrase de Victor Hugo qui disait  » grâce à l’homme blanc, l’homme noir est devenu un homme.  » Dernièrement en France, pour les 150 ans de l’abolition de l’esclavage, ils ont voulu inscrire sur les banderoles :  » 1848, nous sommes devenus des Hommes « . Vous voyez, les gens ne comprennent pas ! Pour que ça avance, il faut que des personnes concernées, qui savent ce que c’est qu’être noir, puissent dire aux autres :  » Regardez, cela ne va pas ! « 


En ce qui concerne l’histoire des Noirs avant l’esclavage, un de vos fils s’appelle Chefren, expliquez-nous.

Chefren était un pharaon noir. Tout le monde dit,  » C’est extraordinaire ce qu’on fait les Egyptiens !  » Mais combien de gens savent qu’à la base, l’Egypte antique, ce sont des Noirs ? Combien de personnes savent qu’au Soudan, il y a de nombreuses pyramides ? L’idée, c’est que si on apprenait, avant de parler de l’esclavage, l’histoire de l’Afrique, et que les Noirs ont été à la base de la civilisation égyptienne, laquelle a déteint sur la grecque, berceau de la notre, cela aiderait les enfants noirs à se faire une idée plus valorisante de leurs origines. D’autre part cela montre bien que l’on apprend toujours des autres.


Cette année en Italie, il y a eu la publication du rapport d’un organisme gouvernemental qui lutte contre les discriminations, qui a fait le portrait type de la victime du racisme en Italie en 2005 : c’est un homme, âgé de 40 ans, qui habite en Italie depuis au moins dix ans, qui travaille… et qui est Noir.

Cela ne me surprend pas. Aucun travail n’a été entrepris pour mettre fin à cela. Ce phénomène se retrouve dans n’importe quel pays. Ce qui est plus grave, c’est qu’il y a des Noirs persuadés que le racisme anti-Noir n’existe pas ou très peu. Que ceux qui ne sont pas noirs disent  » Vous exagérez ! « , ça se comprend, car ils ne le vivent pas, mais il est plus inquiétant que des Noirs pensent que c’est de l’histoire ancienne. Pour que cet état de fait change, il faut y refléchir. Nous sommes en 2006 et c’est la première fois qu’il y a une reflexion autour du racisme anti-Noir. Cela prouve qu’il y a beaucoup de travail à faire. Moi, je compare un peu l’histoire avec celle de la communauté juive, comme elle a toujours été traumatisée et souffre-douleur en Europe, elle s’est organisée un peu partout pour combattre ça. Ils ont raison, car il faut le combattre, sinon ça ne disparaîtra jamais. Il faut toujours lutter contre le racisme de façon positive afin de faire avancer les hommes, tous les hommes. Quand, aux Etats-Unis, il y a eu le boycott des bus avec Rosa Parks qui a refusé de laisser sa place à un Blanc, quand les étudiants ont fait des sittings dans les restaurants parce qu’ils leurs étaient interdits, c’est l’humanité qui en est ressortie grandie, tous les hommes, noirs commes blancs.

 

LES AUTEURS

 

JÉRÉMIE ALMOSNI est étudiant à l’INSA. Il est président de Rapp.

« Ce projet m’a tout particulièrement intéressé et j’ai choisi la problématique de la discrimination à l’accés aux grandes écoles car je suis membre, depuis deux ans, du comité de pilotage de l’ouverture sociale de mon école. Je participe aux débats et polémiques qui entourent le sujet.De plus, venant d’un collège ZEP, ce rapport m’a permis d’expliquer la non réussite de mes anciens camarades de classe et donc, de mieux comprendre et agir sur le terrain en conséquences. »

SAMY LABEYRIE a 21 ans, il est étudiant à l’INSa et vice-président de Rapp.
« L’idée du rapport m’a plu car il s’insrivait dans le cadre d’un réseau étudiant : tous les auteurs de cette étude ont certainement tiré des enseignements de leurs enquêtes respectives. C’est, en tout cas, largement mon cas. Il est intéressant que tout cela soit mis en commun. Par ailleurs, j’espère que notre propre rapport est pertinent, et qu’il aura un impact, une utilité, auprès des destinataires attitrés. »

 

EDITO

 

Sous la tutelle du réseau associatif étudiant Animafac, nous avons décidé de participer au projet lancé, de participer à la rédaction d’un rapport national sur l’état des lieux des différentes formes de discriminations qui existent en France.
L’association Rencontre à Petit Pas, RAPP, est une association étudiante située sur le campus de la Doua, à Lyon. Elle est rattachée à l’Institut national des sciences appliquées (INSA) et compte plus de 50 membres. Notre activité est tournée vers l’enfance et l’adolescence par différents moyens d’actions.
Notre participation à ce projet devient dès lors un moyen de transcrire, le plus exactement possible, les enjeux encourus et les situations rencontrées. Notre intervention est à la fois éducative et militante. Elle s’inscrit dans l’envie de participer aux nouveaux souffles des banlieues, au renouveau, à l’envie de faire bouger les choses, à la solidarité qui marche… Et à grands pas.
Nous sommes essentiellement actifs au niveau du soutien scolaire et de la promotion de l’enseignement supérieur dans les lycées. De ce fait, il nous a semblé intéressant de nous pencher sur la question des discriminations à l’accès à l’enseignement supérieur et donc, aux diffèrents moyens mis en œuvre pour y remédier. Loin d’être exhaustive, notre étude dresse un bilan de ces actions et de leur pertinence vis-à-vis de la population étudiante.
Ce rapport nous a apporté beaucoup d’enseignements quant aux mesures engagées et proposées. Elle a conforté ou révolutionné nos sentiments sur la question. Parés pour mieux agir, dorénavant, sur cette question dans la banlieue lyonnaise, nous espérons relater au mieux la vérité du terrain, celle qui glace parfois le dos mais qui encourage aussi à poursuivre encore et encore le combat. Ce rapport n’aurait pu se faire sans la participation des différents acteurs rencontrés ou interrogés. Alors un grand merci à toutes ces personnes, quelles qu’elles soient, qui tentent de trouver des solutions à ce problème et se rallient à l’initiative étudiante soucieuses d’un problème majeur : celui des discriminations.
Bonne lecture

 

INTRODUCTION

 

Si les universités acceptent tous les bacheliers, les grandes écoles pratiquent un recrutement sélectif et limité. Ce recrutement se fait soit par concours, soit sur dossier complet. Cette sélection peut en laisser plus d’un perplexe : la mixité sociale observée dans le secondaire laisse place à une homogénéité sociale dans les grandes écoles. Les chiffres parlent d’eux mêmes…
Les employés et ouvriers constituent 60 % de la population alors que leurs enfants ne représentent que 3,4 % des étudiants en écoles de commerce et 6,1 % dans les écoles d’ingénieur. à l’inverse, 85 % des élèves de ces deux filières sont fils de cadres et professions intellectuelles supérieures. Ces mêmes enfants représentent 62 % des élèves de grandes écoles en général. Ces chiffres, issus des travaux de l’Institut Montaigne, illustrent bien la reproduction sociale des élites, conséquence inéluctable du mode de recrutement des grandes écoles. Accéder à une grande école relève de l’exploit pour un enfant de banlieue. La sélection des élites devient un véritable problème que l’état essaie de prendre en considération. à titre d’exemple, les paroles du Président de la République à l’occasion de la création de la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité des chances (HALDE) :  » Ce phénomène ne touche pas seulement les lycées classés en Zone d’éducation prioritaire : il entretient un processus de reproduction des élites dont un nombre croissant d’élèves se sent de plus en plus exclu. « 
D’une manière générale, il convient d’essayer de comprendre et d’expliquer cette homogénéité sociale des élites dans les grandes écoles. Si on se réfère aux propos tenus par le Haut conseil de l’évaluation de l’école,  » le système scolaire français non seulement ne corrige pas l’effet des inégalités sociales entre élèves, mais l’amplifie.  » Cette remarque appuie le rôle important que joue l’école dans la lutte contre les discriminations.
Déterminisme géographique.
Outre le déterminisme social, il existe bel et bien un déterminisme géographique. Il a pour principale conséquence de figer les étudiants dans un parcours type, empêchant la diversité. Les directeurs d’établissements sont aujourd’hui plus conscients de ces enjeux. Plusieurs écoles se sont donc lancées dans la lutte contre les discriminations. Nous souhaitons nous intéresser, grâce à divers témoignages, à ce phénomène et aux mesures prises dans la région lyonnaise.


SOMMAIRE


Première partie

– Expériences et luttes des établissements du Supérieur : l’exemple de l’INSA à Lyon
– Expériences et luttes des établissements du Supérieur : l’exemple de l’école de management de Lyon

 

Deuxième partie

– Accès à l’enseignement supérieur, les attentes du Secondaire : l’exemple du collège Lamartine
– Accès à l’enseignement supérieur, les attentes du Secondaire : l’exemple du lycée Doisneau

 

Troisème partie

– Parcours particuliers contre la discrimination : Khaled
– Parcours particuliers contre la discrimination : Abdel Khaled Souifi

Conclusion

 

Autour d’interviews, de verbatims, d’analyses sur Strasbourg et sa banlieue, nous nous attachons pour cette première semaine à la discrimination dans l’éducation supérieure avec l’enquête de l’association Et les gosses. Comment fait-on pour se sentir un quand on a une bi-culture ? Quels sont les ressorts de l’auto-censure dans l’éducation et dans l’accès au travail ? Jusqu’où peuvent aller les stéréotypes véhiculés sur la religion musulmane ?

 

LES ZUS EN RHÔNE ALPES

– Les quartiers difficiles de la banlieue lyonnaise sont tristement célèbres pour avoir marqué les grandes étapes de la politique de la ville. En 1981, c’est le  » rodéo des Minguettes « , des affrontements mobiles entre forces de l’ordre et jeunes des quartiers, qui donne naissance à la politique de la ville. Dix ans plus tard, en 1990, les émeutes de Vaux-en-Velun, suite à la mort en moto d’un jeune handicapé, Thomas Claudio, poursuivi par la police, marquent la véritable prise de conscience d’un  » problème des banlieues « . C’est à cette époque que François Mitterrand et l’architecte Roland Castro commencent à évoquer la destruction des  » grands ensembles « . C’est chose faite 14 ans plus tard, dans le quartier de la Duchère, avec la destruction de la très emblématique barre des 200 : 324 logement répartis sur 17 étages sont détruits pour laisser place à des logements individuels  » à taille humaine « . En 2005, la rénovation du quartier continue avec la démolition de la barre des 1 000 (photos). C’est dans ce quartier de la Duchère que Camille Loret, du BDE de l’IEP de Lyon, est allée promener son micro, pour recueillir les impressions, coup de gueules et de blues des jeunes du quartier.

– La population des ZUS du Rhône-Alpes est majoritairement jeune : près d’un tiers des habitants a moins de 20 ans. 34 % des plus de 15 ans ne sont pas diplômés. Ce taux n’est que de 18,8 % dans la population régionale. L’association RAPP (Rencontre à petits pas), a mené l’enquête sur les procédures de discrimination positive censés permettre aux habitants de ces quartiers d’accéder plus facilement aux grandes écoles : procédés efficaces ou simples déclarations de bonnes intentions ?

– Le taux de chômage est deux fois plus élevé dans les ZUS que dans l’ensemble de la région : 24 % contre 11 %. Les sans emploi sont particulièrement nombreux chez les 15-24 ans : 37 % d’entre eux sont à la recherche d’un travail.

– 60 % des résidents en ZUS sont locataires d’un logement HLM. Ceux-ci représentent 60,8 % du parc immobilier.

– La population étrangère est sur-représentée dans les ZUS : 23,1 % des résidents de ces zones contre 6 % de la population sur l’ensemble de la région.

– Les bénéficiaires du RMI sont presque deux fois plus nombreux en ZUS : 17 % contre 9,8 % dans le reste de la population.

PORTRAIT DE L’IMMIGRATION EN RHÔNE-ALPES

 

Avec 8,4 % d’immigrés dans sa population totale, le Rhône-Alpes est la 6e région accueillant le plus de migrants. Elle se classe au-dessus de la moyenne nationale. Rien d’étonnant à cette sur-représentation : proche des frontières, berceau de deux grandes agglomérations urbaines, le Rhône-Alpes cumule tous les critères d’attraction pour les travailleurs étrangers. Cela se retrouve dans la répartition de cette population immigrée : celle-ci se concentre dans les arrondissements proches de la frontière suisse (Gex, Nantua, Saint-Julien-en-Genevois…) et les centres urbains de Lyon et Grenoble. 89 % des immigrés habitent dans une zone urbaine.
Comme la plupart des régions françaises, le Rhône-Alpes accueille deux immigrations : l’une, ancienne, composée essentiellement d’Européens du Sud ; l’autre, plus récente, ayant amené majoritairement des ressortissants d’Afrique du Nord. Cependant, alors que cette population maghrébine est, dans le reste de la France, plus volontiers marocaine, ce sont ici les Algériens qui sont les plus nombreux. Depuis quelques années, on constate enfin l’arrivée de nombreux Turcs, mais aussi de travailleurs européens des pays voisins, Allemagne, Angleterre ou Suisse.
Ces différentes populations immigrées connaissent des conditions de vie très différentes. Bien intégrés, les migrants anciens d’Europe du Sud, souvent artisans indépendants, commerçants ou ouvriers qualifiés, sont relativement épargnés par le chômage. Les nouveaux venus d’Europe, Allemands, Suisses ou Britanniques sont fortement représentés dans les professions intermédiaires et chez les cadres. Ils sont nettement moins concernés par le chômage et bénéficient de revenus plus élevés et de logements plus cossus que le reste de la population, Français de souche compris.
Les immigrés maghrébins, globalement peu qualifiés et plus souvent ouvriers, connaissent eux un taux de chômage presque deux fois plus élevés que le reste de la population. Plus leur lieu de résidence est marqué par l’inemploi, plus l’écart entre taux de chômage des Français de souche et des immigrés maghrébins est élevé : ce sont les premiers touchés en période de crise. Globalement plus nombreuses, les familles maghrébines sont, enfin, très souvent logées en HLM.

 

RENCONTRE À PETITS PAS

 

RAPP est une association de l’INSA Lyon jumelée avec des écoles des quartiers populaires. Elle contribue à rapprocher les étudiants et les associations de soutien scolaire notamment par le biais de l’aide à l’alphabétisation. RAPP fournit également des renseignements sur les actions du même type menées partout en France. Alors n’hésitez pas à les contacter car vos petits pas contribueront à en faire de plus grands.

Adresse : INSA MDE, Bâtiment Thélene. 20 avenue Einstein. 69 621 Villeurbanne. Tél : 04 72 43 61 22. e-mail : rappinsa@hotmail.com
Contact : jeremie.almosni@insa-lyon.fr

 

L’AIR DE RIEN

 

L’air de rien, c’est le journal. Fragments d’idées, l’association. Ces deux entités militent pour un engagement fort d’étudiants lyonnais autour des questions d’espace, de frontière, d’appartenance… de cultures.

Le journal.  » L’air de rien veut offrir une tribune et un lieu d’échange aux membres de l’association, mais également, et de façon ponctuelle, à des personnes extérieures. La liberté d’expression est au cœur de notre démarche. Dans les limites d’un socle assez large de valeurs partagées, le journal préfère ainsi privilégier la confrontation d’idées à une sélection stricte autour d’une ligne éditoriale figée. Les thèmes abordés sont le fruit de nos sensibilités politiques et littéraires (les sans-papiers, le monde des médias, l’échange culturel…). Ils répondent à des envies d’approfondissement et d’échange autour de sujets jugés trop peu visibles dans le flux médiatique quotidien. » Leur hors-série consacré aux sans-papiers représente 68 pages et un an et demi de travail.
Un autre numéro du journal s’articulait autour de l’idée de frontière. Un thème dans la continuité de celui des sans-papiers.  » Il existe aujourd’hui un problème humanitaire, d’urgence « , estime Tristan Ikor, membre de l’association.  » Mais la vraie solution durable au problème des sans-papiers se situe au niveau international. Cela renvoie aux questions de fond des frontières, de l’appartenance, de l’identité. « 

 

En projet. S’ils s’inquiètent des questions ontologiques internationales, les membres de l’association réagissent tout autant à leur environnement urbain. Ils se questionnent aujourd’hui sur une campagne anti-fraude lancée par les Transports en commun de Lyon (TCL), et l’omniprésence d’un message publicitaire sur les murs du métro… Pour prendre le contrepied d’un espace public qui leur semble parfois saturé d’une parole unique, l’initiative d’y distribuer une publication indépendante, en collaboration avec d’autres journaux étudiants, les enthousiasme.
Leur démarche contient une cohérence instinctive et humaine. Sur les murs des métros de Lyon ou à l’intérieur des frontières de notre planète, une question semble récurrente : de quel droit certains humains occupent plus l’espace que d’autres ? Ou plutôt, de quel droit empêche-t-on des humains d’exister sur un espace ?
Contact : Tristan Ikor

 

ALFEL

 

Les objectifs de cette association sont de développer les contacts entre étudiants libanais et français afin de renforcer les liens d’amitié, de promouvoir un échange culturel entre les ressortissants des deux pays et faciliter l’intégration des étudiants libanais dans la société française.
Adresse : La Doua, appt. 2204. 46 bd. du 11 novembre 1918. 69100 Villeurbanne. e-mail : alfelinfo@yahoo.fr
Contact : Lyad Karameh, président de l’association


SOS GRENOBLE

 

Rebaptisée Savoir Oser la Solidarité, l’ancienne Oeuvre sociale de Sup de Co Grenoble, a pour objectif l’aide au développement par l’éducation, l’aide humanitaire et sociale. La quasi-totalité de ces projets sont destinés aux enfants. SOS organise de nombreuses actions et manifestations locales, dans la ville de Grenoble et sa région, en partenariat avec les acteurs sociaux de la ville : intégration par l’humanitaire, Téléthon, soutien scolaire, don du sang, les Restos du coeur, Emmaüs, l’Arbre de Noël, Handineige…
Adresse : Grenoble Ecole de Management. 12 rue Pierre Semard. BP 127. 38 003 Grenoble. Tél : 04 76 70 05 24. sos@grenoble-em.com
Site : http://assoces.sos.com
Contact : Céline Duros. celineduros@yahoo.fr


CENTRE CULTUREL DE LA CITOYENNETÉ

 

Créé en décembre 2003 pour répondre aux questions d’identités et d’appartenance citoyenne auxquelles la société peine à répondre, le Centre culturel de la citoyenneté (CCC) doit son existence à la détermination de plusieurs étudiants grenoblois. Cette jeune structure a déjà produit un documentaire d’une vingtaine de minutes, Identités françaises. Distribués aux collèges et lycées, il balaye l’essentiel des problématiques de citoyenneté actuelles et permet aux professeurs d’initier avec leurs élèves un échange d’opinions sur le Vivre ensemble. L’accueil réservé à ce documentaire incite le CCC à envisager la production d’un 52 minutes pour la télé. à suivre…
Adresse : EVE. 701 avenue Centrale. 38 400 Saint Martin d’Hères. Tél : 06 78 55 86 83. Fax : 04 56 52 85 16 monaam.kraiem@ccc-france.org
Site : www.ccc-france.org
Contact : Saïd Hasnaoui


ÉTUDIANTS MUSULMANS DE FRANCE GRENOBLE

 

L’EMF de Grenoble se définit elle-même comme un syndicat socio-culturel ouvert à tous les étudiants présents sur le campus. L’EMF se veut être un lieu d’échanges où cohabitent en toute sérénité projets sociaux (aides financières, soutien scolaire et universitaire) et manifestations culturelles (séminaires, débats-conférences) qui permettent une réflexion sur le monde contemporain.
Adresse : Espace vie étudiante. 701 av centrale. 38 400 Saint martin d’Hères. emf_grenoble@yahoo.fr
Site : www.emf-grenoble.org
Contact : Ammar Rouibah, président de l’association

 

GÉNÉRATION CITOYENNETÉ

 

L’AGC est une association de sensibilisation des jeunes à la citoyenneté. Elle met en place différents ateliers à thèmes, faisant ainsi la promotion des principes fondamentaux de la démocratie, ceci pour répondre à la crise de l’engagement qui touche tout particulièrement les jeunes…
Adresse : 8 rue Marceau. 38000 Grenoble.
Site : http://siteuation.free.frhttp://sit…
Contact : Nicolas Bernard, président de l’association

 

KOLEXI

 

Kolexi (ou collectif expression initiative) est à l’initiative du projet  » Entre cour(s) et jardin(s) « . Il se fonde sur une nouvelle forme d’action culturelle et citoyenne. Il s’agit tout d’abord de créer une pièce de théâtre sur le thème des relations de voisinage. Celle-ci sera, ensuite, donnée en représentation exclusivement dans des espaces collectifs d’immeubles de l’agglomération grenobloise (cour, jardin, hall, parking…). Les représentations seront organisées à l’initiative des habitants de ces immeubles et pour un public de voisins. Les Grenoblois sont donc  » invités à inviter «  Kolexi à venir jouer en bas de chez eux et  » conviés à convier  » leurs voisins à cette représentation.
Adresse : 15 rue Georges Jacquet. 38 000. kolexi@hotmail.fr
Contact : Eline de Lorenzi ou Alice Manuel

 

Je me suis rendue à la Duchère un après-midi. Plusieurs métros à prendre, jusqu’au bout de la ligne, puis deux bus. On passe au dessus de l’autoroute, on roule une dizaine de minutes dans la chaleur, et on y est. En descendant à la station Centre Social La Sauvegarde, j’ai croisé un groupe de jeunes qui  » squattaient  » devant des barres d’immeubles. Après quelques hésitations :  » je suis pas capable d’aligner deux mots « , etc., ils ont finalement accepté de répondre à mes questions. Ils étaient quatre au départ, puis huit. J’ai surtout parlé avec six d’entre eux. Ils ont entre 17 et19 ans, l’un est peintre professionnel, les autres intérimaires ou en recherche d’emploi.

 

L’AUTEUR

CAMILLE LORET a 21 ans, elle est en première année à l’IEP de Lyon. Elle fait partie du BDE de l’IEP.
« Je souhaite travailler dans la politique culturelle à l’échelle de la ville. D’une part parce que la culture est un facteur d’épanouissement personnel, mais aussi parce qu’elle est à mes yeux un puissant vecteur d’intégration. »

 

LE MICRO-TROTTOIR
La première chose à laquelle ils pensent quand je leur demande s’ils sont discriminés et pourquoi, c’est l’emploi :  » personne nous embauche «  ou alors  » pour des boulots de manards ; on va dans des agences d’intérim, des missions locales, mais ça marche pas. «   » On est classés par catégorie, PR2, PR4. « 

 

Et le CV anonyme ?  » ça sert à rien, de toute façon après y a l’entretien, ils voient ta tête «  ; mais en même temps,  » j’ai encore jamais essayé. « 

 

Les contrôles de police : «  On est contrôlé cinq fois par jour, on est leurs clients, ils nous connaissent, ils nous appellent par nos prénoms ; et à chaque fois c’est violent. « 

 

 » Non franchement, la discrimination on la vit au quotidien. Les émeutes, ça a un peu changé les choses parce qu’on s’est enfin intéressé à nous… Mais vous vous rendez compte s’il faut qu’on brûle des voitures pour qu’on s’intéresse à nous ? Y a un problème là !  » La crise des banlieues, ça part de l’incident à Clichy-sous-bois ; c’était  » la goutte d’eau qui a fait déborder le vase  » ; d’ailleurs, lors d’un contrôle policier à l’époque, un agent a menacé un des jeunes ici présents de se  » tenir tranquille  » ou il lui arriverait  » la même chose qu’aux deux gamins. « 

 

Après un silence :  » On n’a pas choisi d’être ici ; à notre âge franchement, tu crois que ça nous amuse d’être là ? «  Je leur demande alors ce qu’ils souhaiteraient, eux :  » Ce que je voudrais ? Bah comme tout être humain, j’aimerais bien avoir les pieds dans l’eau moi. «  Certes, il y a bien une piscine à la Duchère, mais  » il faut être en maillot de bain pour rentrer… et nous on est pudiques. «   » Si j’avais le choix, me dit un autre, je serais footballeur professionnel ; mais comme on n’a jamais le choix bah… «  Il ajoute :  » En ce moment on essaye d’organiser un match de foot contre la police de la Sauvegarde ; mais ça veut pas se faire, ils veulent pas trop ; mais on va quand même continuer d’essayer. « 

 

Certains me précisent cependant :  » On a les pieds sur terre, tant qu’on a à gamel dans notre assiette  » ;  » les gens ils croient qu’on vit mal et tout, qu’on est des défavorisés, mais on vit super bien ! «  ;  » Qui c’est qui est habillé en Lacoste de bas en haut ? Bah c’est nous ! «   » Regarde, lui il est au chômage et tout, bah il est habillé pour une barre ! C’est parce qu’il a une sœur avocate, une sœur médecin et une autre infirmière. « 

 

Ce qui revient souvent :  » La France c’est le premier pays de racistes «  ;  » On va en Espagne, n’importe où ailleurs, ça va on trouve du boulot ; mais en France on est raciste. «  Et puis  » de gauche, de droite, c’est pareil ; on se fait refouler à bras ouverts. « 


Ce qu’on peut faire contre les discriminations ? La plupart disent  » Y a rien à faire, on a déjà tout essayé. «  Mais l’un d’entre eux conteste :  » faut que dans le gouvernement il y ait des jeunes de tous les milieux ; parce que là, personne nous représente.  »  » Y a des juges Noirs en France ? Y en a pas hein, faudrait faire comme les Etats-Unis, où y a des avocats Noirs, des juges Noirs… tout noir ! « 


La discrimination positive :  » les quotas là ? on met un Noir sur TF1 et tout ça ?  »  » Moi je pense que ça sert à rien , ça change rien, c’est de la connerie pour moi.  » Un des jeunes ajoute :  » les étrangers on les utilise à bon escient : dans l’athlétisme, dans le sport et tout ça… « ,  » C’est comme Zidane : Zidane il est devenu Français avec la Coupe du Monde. « 

 

Et les ZEP ? Là les avis sont partagés ; j’entend un  » Ah ouais c’est bien ça «  mais un autre m’explique que  » Non ça marche pas, parce que tous les lycées ont pas le même niveau ; moi j’ai changé, j’étais en ZEP et après je suis allé dans un autre lycée, et là c’était beaucoup mieux ça avait rien à voir. « 

 

Quand je leur demande s’ils souhaitent un jour quitter la France :  » J’suis Français moi ! Pourquoi je partirais ? «  Ses camarades rétorquent  » Ouais ça c’est ce que tu crois, t’es Français dans les papiers, mais pas dans la vie. « 


Et pour l’avenir ?  » Brûler des voitures  » me répond l’un d’entre eux,  » y a plus que ça à faire  » ; mais il rencontre la désapprobation des autres.

 

Faire le jeu de Le Pen ?  » Bah moi j’dis tant mieux si y passe ! Les Français d’abord ? Nous on est Français donc on reste, et puis il payerait un billet d’avion gratuit à nos parents… C’est sympa non ? « 

 

Le mot de la fin :  » Allez, la France pour la coupe du Monde ! Nous on est derrière la France que pour ça ! «  Et pour 2007 ? Plusieurs me répondent avec conviction que oui, ils iront voter :  » personnellement, je vais faire comme Jamel Debbouze et inciter tout le monde à aller voter  » ;  » Style Ségolène Royal ou François Hollande, c’est les seuls qui peuvent nous représenter. « 


EN CONCLUSION Les jeunes interrogés ont le sentiment d’être dans une situation désespérée :  » y’a rien à faire, on a déjà tout essayé « , ressort souvent quand on leur demande ce qu’on peut faire contre les discriminations. On dénote une désillusion et un scepticisme envers les dispositifs de discrimination positive tels que les ZEP. Et pourtant, les idées ne manquent pas : un gouvernement plus diversifié, un match de foot contre la police… Une envie et une grande capacité de dialogue. J’ai été accueillie avec chaleur, et eu le sentiment que mes interlocuteurs se réjouissaient qu’on s’intéresse à eux, même si j’ai entendu des  » de toute façon elle est étudiante, elle nous comprend pas « , ou encore  » mais franchement, tu penses que tu vas changer le monde en venant ici avec ton petit micro ?  » De manière générale, ces 30 minutes ont été un mélange d’erreurs quelquefois, de perspicacité souvent et de réflexions amusantes qui cachent pour certaines un profond pessimisme.

 

Nous dirigerions-nous vers un modèle à l’américaine ? Pragmatiques, nos voisins d’outre-Atlantique s’organisent en communautés, n’hésitant pas à classer leur population et la mesurer selon des critères ethniques. Ils pensent que la démocratie est avant tout le résultat d’un équilibre des pouvoirs entre différents groupes de pression, et se conçoivent en lobbys de minorités.

Le modèle républicain français, convaincu de l’universalisme de son citoyen, rejette toute tentative de statistique ou regroupement ethnique. Sous le règne de la méritocratie et de la laïcité, le citoyen ne doit pas avoir accès à l’espace public par des voies détournées ni même se concevoir selon son appartenance religieuse ou ethnique, quand il s’agit de la Cité.
Aujourd’hui pourtant, une demande semble pousser de toutes parts pour aménager ce modèle : discrimination positive dans l’enseignement supérieur, testing et, pourquoi pas, quotas ethniques dans les entreprises, chartes de la diversité à l’écran… La société civile même semble se structurer en communautés de défenses d’intérêts ethniques, à l’image du CRAN (Conseil représentatif des associations noires). Aperçu des enjeux avec Lilian Thuram, figure nationale du football engagé contre le racisme anti-Noir. Un envoyé spécial du journal étudiant de l’IEP de Lyon, L’écornifleur, est allée l’interroger à Turin.


L’AUTEUR

 

L’ÉCORNIFLEUR a été fondé en 1992 est le journal de Sciences-po Lyon, un ton, des idées, des images… L’interview qui suit a été réalisée par Lufutuabo Shikala et Sergio.
Adresse : 14 avenue Berthelot, 69 007 Lyon. Tél : 04 37 28 38 00. iep_ecornifleur@yahoo.fr
Site : http://ecornifleur-iep.univ-lyon2.fr
Contact : Mathieu Degas

 

L’INTERVIEW


Vous avez participé à la première conférence européenne sur le racisme anti-Noir qui s’est déroulée à Genève, organisée par le (CRAN). Pendant cette conférence l’accent a été mis sur la spécificité de cette forme de discrimination…

Je pense qu’on englobe trop souvent tous les racismes. Pour lutter efficacement contre ce fléau, il faut l’analyser et essayer de le détailler. Si on détaille le racisme anti-Noir, on se rend compte que tout commence au niveau historique. Et, en étudiant les origines de cette forme de racisme, on voit que tout commence par l’esclavage. Dès les origines, on a enfermé l’identité noire dans une équation qui dit que Noir égal esclave, donc Noir égal sous-homme. Et jusqu’à aujourd’hui, on n’a malheureusement jamais cassé ce mythe. C’est pour cette raison que, au lieu de parler de simple discrimination, il est plus exact d’évoquer la spécificité du racisme anti-Noir.

 

Quelles sont, selon vous, les actions à mener pour combattre cette forme de racisme ?

Comme les intervenants de la conférence nous l’ont montré, le racisme anti-Noir est donc d’abord lié à l’esclavage, et ensuite, au colonialisme. Je crois que pour combattre ce fléau, il faut savoir d’où il vient, analyser le sujet pour trouver la réponse. Je pense que la bonne réponse est dans la connaissance de l’Histoire, sans laquelle on ne peut pas progresser. Cette connaissance est fondamentale pour tous les Hommes et surtout pour la population noire qui est victime de cette image négative dans laquelle on l’a enfermée. étant donné le caractère intellectuel du racisme, intellectuel parce que construit par des penseurs et des hommes de lettres, j’ai la conviction que l’éducation scolaire est cruciale pour pouvoir mener une reflexion profonde sur la réalité du racisme anti-Noir. ce qu’il nous faut, c’est déconstruire cette image négative qui est encore fort présente dans l’inconscient occidental.


Que pensez-vous de la loi de février 2005 sur le rôle positif du colonialisme ?

Cette loi prouve qu’il y a beaucoup de travail à faire. Les gens ne font pas exprès, c’est un manque d’éducation, de connaissance. Parce que si vous essayez, en 2005, d’établir par une loi le rôle positif de la colonisation, c’est parce que vous prenez les gens pour des naïfs, pour ne pas dire autre chose, ou alors c’est bien plus grave. Le plus malheureux, c’est que dans les débats, les partisans de cette vision du colonialisme utilisaient toujours les mêmes arguments : les infrastructures, c’est-à-dire les routes, les hôpitaux, les ponts, et même les écoles. L’apport bénéfique d’une soi-disant civilisation. Alors que la colonisation a été d’une violence inouïe, indécente. Elle a acculturé les peuples. En réalité, les biens matériels étaient construits pour les colonisateurs : les hôpitaux pour les soigner, etc. L’école et la langue ont toujours représenté le meilleur moyen de contrôler un peuple de lui apprendre à se dénigrer, à s’oublier, voire à mépriser sa culture et sa mémoire. Ce débat a fait bondir toute la France, cela prouve qu’il y a des gens qui ne veulent pas revenir en arrière.

 

Que pouvez vous nous dire de cette accusation qui porte sur l’antisémitisme de Dieudonné. Existe-t-il un conflit entre mémoire juive et mémoire noire ?

Dieudonné, en voulant soulever la problématique de l’oubli de l’esclavage dans la mémoire collective en France a fait une bonne chose, mais il s’est trompé complètement en voulant mélanger ou opposer les deux mémoires. Je crois qu’on peut parler tranquillement de l’esclavage sans parler de la mémoire des juifs, même si historiquement la Shoah a été une sorte de réplique de l’esclavage, du moins dans sa justification. En effet, l’esclavage s’est basé sur la supériorité des Blancs sur les Noirs. On a voulu faire passer les Noirs pour des sauvages afin qu’il devienne normal qu’ils soient esclaves, qu’on les exploite. Et de même, dans l’idéologie d‘Hitler, les Juifs sont des sous-hommes. Donc quelque part, il y a un lien. Mais seulement à ce niveau là. Ensuite, les paroles de Dieudonné ont débouché sur des malentendus comme l’antisémitisme des Noirs. Quand vous étudiez l’Histoire, vous constatez que les Noirs n’ont jamais voulu exterminer les Juifs. Le système politique allemand n’était pas dirigé par des Noirs, l’inquisition en Espagne n’était pas non plus commanditée par des Noirs. Il est donc stupide de penser que les Noirs sont antisémites en se basant sur le discours de Dieudonné.

 

Aujourd’hui, une question se pose en France avec les incendies d’hôtels à Paris et les émeutes de novembre. On a vu que la population noire était toujours au cœur de ces problèmes. Est-ce qu’il y a un problème d’intégration en France ?

Je pense que le problème noir n’est pas qu’un problème français, c’est un problème global. L’identité noire se ressemble un peu partout dans le monde. En France, il ya eu des incendies et pas mal de Noirs, jeunes ou moins jeunes, sont morts. C’est vrai aussi que l’émotion suscitée n’a pas été à la hauteur de la gravité des faits. Les gens ne saisissent pas ce décalage. Le vrai problème en France, c’est que la population noire n’a jamais revendiqué les choses, et en ce moment justement, les gens revendiquent parce qu’il y a une génération de Noirs conscients de ce décalage, qu’il y a un problème lié à l’Histoire. C’est quelque chose de nouveau et les gens ne comprennent pas, il faut leur expliquer, car, quelque part, c’est normal qu’il ne le comprennent pas. Cette génération de jeunes noirs, c’est son boulot d’éduquer les autres, de les sensibiliser sur ce sujet, de leur faire comprendre que quelque chose ne va pas. Je suis persuadé que la majorité des gens ne sait pas ce que vivent les Noirs. Si on ne leur explique pas, les choses ne changeront pas. Depuis que le débat s’est enclenché, les gens commencent à comprendre et les choses bougent.

 

Que pensez-vous du projet de loi sur l’immigration de Sarkozy, qui prévoit un durcissement pour l’entrée et le séjour des immigrés ? Il y en a qui parlent de  » migration jetable « .

Quand on s’intéresse aux propositions de Monsieur Sarkozy, on constate qu’elles se raprochent beaucoup de celles du FN. Il veut faire croire que les problèmes en France, ce sont les étrangers qui les créent. Il est important de bien comprendre l’Histoire car elle est, selon la formule consacrée, un éternel recommencement. De tout temps, quand il y a eu des difficultés économique, on a ressorti la problématique de l’étranger et, comme les gens méconnaissent l’Histoire, ils se font prendre au piège. Si on regarde la réalité, les étrangers ne créent pas de problèmes, au contraire, sans eux, la France ne pourrait pas aller de l’avant. Certaines personnes ne sont pas conscientes de ça, pour eux, immigration égal seulement danger. Si chaque français connaissait sa propre histoire, il saurait que si la France a gagné la Première guerre mondiale, c’est aussi grâce aux armées coloniales. Durant la Seconde guerre mondiale, si le général De Gaulle a pu organiser la France libre, c’est en partant de l’Afrique. économiquement aussi, l’immigration a eu un rôle positif : il suffit de voir qui a reconstruit la France après la guerre. Comme toujours, c’est en jouant sur l’ignorance des populations qu’on les manipule.

 

Est-ce que vous pensez qu’il est possible qu’au deuxième tour des prochaines élections présidentielles, il y ait un candidat du FN comme en 2002 ?

Cela ne m’étonnerait pas, car depuis 2002, les choses se sont aggravées au sujet du racisme. Il suffit de regarder l’état actuel de la politique mondiale, avec ces conflits que l’on veut faire passer pour des guerres de religion. On mélange un peu tout, et on est tenté de se replier sur soi et de ne pas admettre que les Français ont des origines diverses. Quand on parle de certains d’entre eux, on oublie même parfois qu’ils sont Français. Les gens en arrivent à penser que ces personnes-là ne peuvent pas être positives pour leur culture. Alors, il est possible que le FN arrive au second tour. Surtout quand on voit que quelqu’un comme Nicolas Sarkozy essaye justement de récupérer les voix du FN et que ça ne semble pas faire peur aux gens. Si on accepte son discours, quelque part on devient moins tolérant, plus xénophobe, plus raciste. Cela signifie aussi qu’on est prêt à voir celui qui semble étranger comme vraiement différent.

 

Dans le domaine sportif, on voit qu’il y a le même genre de problèmes, notamment, les footballeurs noirs sont victimes d’insultes racistes dans certains stades européens…

Ce qui est très grave, et dont les sportifs noirs ne se rendent pas forcément compte, c’est que la majorité des problèmes du racisme qu’il y a dans le sport touche les Noirs. Je crois qu’on n’en est pas assez conscient. ça veut dire qu’il ya une montée du racisme anti-Noirs. En Espagne, en Italie, en France, – parce que ça se passe aussi à Bastia -ou dans les pays de l’Est, c’est toujours les Noirs qui en sont victimes.


Comment expliquez-vous le fait que les Noirs soient plus touchés par le racisme alors qu’ils sont une minorité, dans le sport comme dans la société ?

Justement, pour les Noirs, ce n’est pas une question de nombre, mais plutôt de visibilité. Dans une foule, s’il y a un Noir, c’est lui qu’on remarque. Pour les gens, les Noirs forment une population homogène, on dit :  » les Noirs sont comme ça, les Noirs font comme ça, les Noirs savent ou ne savent pas faire ça !  » C’est intéressant d’observer ce qui se passe quand ces gens veulent vexer les Noirs, ce qu’ils font comme gestes, comme bruits, et à quelle période de l’Histoire ils se réfèrent. Et bien, vous verrez, c’est toujours la même chose, c’est-à-dire l’utilisation de vieux clichés coloniaux et du temps de l’esclavage. Par exemple, pour quelle raison imitent-ils les singes ? Ils pourraient faire autre chose n’est-ce pas ? Ce n’est pas par hasard qu’ils agissent ainsi, cela fait partie du folklore esclavagiste et colonial.


À la fin de la conférence de Genève, les participants ont adopté la Déclaration dite de Genève, avec plusieurs revendications, notamment la demande de réparation aux pays responsables de l’esclavage et de la colonisation. Que pensez-vous de ce principe de réparation ?

C’est difficile, les réparations. Moi, je dis réparation pour le mal que l’on a fait à l’identité noire. Cela passe par l’obligation de déconstruire tout ce qui a été construit autour des Noirs, déconstruire pour reconstruire. Il est aberrant que, pour la majorité des gens, l’histoire des Noirs en Afrique commence avec l’esclavage et aboutisse à la colonisation. C’est grave que de jeunes noirs éduqués en Europe ne connaissent même pas leur histoire originelle. Le jeune européen apprend que les Noirs ont été esclaves, il est obligé d’avoir cette vision, pas systématiquement négative, mais inscrite en lui. Cela me fait penser à la phrase de Victor Hugo qui disait  » grâce à l’homme blanc, l’homme noir est devenu un homme.  » Dernièrement en France, pour les 150 ans de l’abolition de l’esclavage, ils ont voulu inscrire sur les banderoles :  » 1848, nous sommes devenus des Hommes « . Vous voyez, les gens ne comprennent pas ! Pour que ça avance, il faut que des personnes concernées, qui savent ce que c’est qu’être noir, puissent dire aux autres :  » Regardez, cela ne va pas ! « 


En ce qui concerne l’histoire des Noirs avant l’esclavage, un de vos fils s’appelle Chefren, expliquez-nous.

Chefren était un pharaon noir. Tout le monde dit,  » C’est extraordinaire ce qu’on fait les Egyptiens !  » Mais combien de gens savent qu’à la base, l’Egypte antique, ce sont des Noirs ? Combien de personnes savent qu’au Soudan, il y a de nombreuses pyramides ? L’idée, c’est que si on apprenait, avant de parler de l’esclavage, l’histoire de l’Afrique, et que les Noirs ont été à la base de la civilisation égyptienne, laquelle a déteint sur la grecque, berceau de la notre, cela aiderait les enfants noirs à se faire une idée plus valorisante de leurs origines. D’autre part cela montre bien que l’on apprend toujours des autres.


Cette année en Italie, il y a eu la publication du rapport d’un organisme gouvernemental qui lutte contre les discriminations, qui a fait le portrait type de la victime du racisme en Italie en 2005 : c’est un homme, âgé de 40 ans, qui habite en Italie depuis au moins dix ans, qui travaille… et qui est Noir.

Cela ne me surprend pas. Aucun travail n’a été entrepris pour mettre fin à cela. Ce phénomène se retrouve dans n’importe quel pays. Ce qui est plus grave, c’est qu’il y a des Noirs persuadés que le racisme anti-Noir n’existe pas ou très peu. Que ceux qui ne sont pas noirs disent  » Vous exagérez ! « , ça se comprend, car ils ne le vivent pas, mais il est plus inquiétant que des Noirs pensent que c’est de l’histoire ancienne. Pour que cet état de fait change, il faut y refléchir. Nous sommes en 2006 et c’est la première fois qu’il y a une reflexion autour du racisme anti-Noir. Cela prouve qu’il y a beaucoup de travail à faire. Moi, je compare un peu l’histoire avec celle de la communauté juive, comme elle a toujours été traumatisée et souffre-douleur en Europe, elle s’est organisée un peu partout pour combattre ça. Ils ont raison, car il faut le combattre, sinon ça ne disparaîtra jamais. Il faut toujours lutter contre le racisme de façon positive afin de faire avancer les hommes, tous les hommes. Quand, aux Etats-Unis, il y a eu le boycott des bus avec Rosa Parks qui a refusé de laisser sa place à un Blanc, quand les étudiants ont fait des sittings dans les restaurants parce qu’ils leurs étaient interdits, c’est l’humanité qui en est ressortie grandie, tous les hommes, noirs commes blancs.

 

LES AUTEURS

 

JÉRÉMIE ALMOSNI est étudiant à l’INSA. Il est président de Rapp.

« Ce projet m’a tout particulièrement intéressé et j’ai choisi la problématique de la discrimination à l’accés aux grandes écoles car je suis membre, depuis deux ans, du comité de pilotage de l’ouverture sociale de mon école. Je participe aux débats et polémiques qui entourent le sujet.De plus, venant d’un collège ZEP, ce rapport m’a permis d’expliquer la non réussite de mes anciens camarades de classe et donc, de mieux comprendre et agir sur le terrain en conséquences. »

SAMY LABEYRIE a 21 ans, il est étudiant à l’INSa et vice-président de Rapp.
« L’idée du rapport m’a plu car il s’insrivait dans le cadre d’un réseau étudiant : tous les auteurs de cette étude ont certainement tiré des enseignements de leurs enquêtes respectives. C’est, en tout cas, largement mon cas. Il est intéressant que tout cela soit mis en commun. Par ailleurs, j’espère que notre propre rapport est pertinent, et qu’il aura un impact, une utilité, auprès des destinataires attitrés. »

 

EDITO

 

Sous la tutelle du réseau associatif étudiant Animafac, nous avons décidé de participer au projet lancé, de participer à la rédaction d’un rapport national sur l’état des lieux des différentes formes de discriminations qui existent en France.
L’association Rencontre à Petit Pas, RAPP, est une association étudiante située sur le campus de la Doua, à Lyon. Elle est rattachée à l’Institut national des sciences appliquées (INSA) et compte plus de 50 membres. Notre activité est tournée vers l’enfance et l’adolescence par différents moyens d’actions.
Notre participation à ce projet devient dès lors un moyen de transcrire, le plus exactement possible, les enjeux encourus et les situations rencontrées. Notre intervention est à la fois éducative et militante. Elle s’inscrit dans l’envie de participer aux nouveaux souffles des banlieues, au renouveau, à l’envie de faire bouger les choses, à la solidarité qui marche… Et à grands pas.
Nous sommes essentiellement actifs au niveau du soutien scolaire et de la promotion de l’enseignement supérieur dans les lycées. De ce fait, il nous a semblé intéressant de nous pencher sur la question des discriminations à l’accès à l’enseignement supérieur et donc, aux diffèrents moyens mis en œuvre pour y remédier. Loin d’être exhaustive, notre étude dresse un bilan de ces actions et de leur pertinence vis-à-vis de la population étudiante.
Ce rapport nous a apporté beaucoup d’enseignements quant aux mesures engagées et proposées. Elle a conforté ou révolutionné nos sentiments sur la question. Parés pour mieux agir, dorénavant, sur cette question dans la banlieue lyonnaise, nous espérons relater au mieux la vérité du terrain, celle qui glace parfois le dos mais qui encourage aussi à poursuivre encore et encore le combat. Ce rapport n’aurait pu se faire sans la participation des différents acteurs rencontrés ou interrogés. Alors un grand merci à toutes ces personnes, quelles qu’elles soient, qui tentent de trouver des solutions à ce problème et se rallient à l’initiative étudiante soucieuses d’un problème majeur : celui des discriminations.
Bonne lecture

 

INTRODUCTION

 

Si les universités acceptent tous les bacheliers, les grandes écoles pratiquent un recrutement sélectif et limité. Ce recrutement se fait soit par concours, soit sur dossier complet. Cette sélection peut en laisser plus d’un perplexe : la mixité sociale observée dans le secondaire laisse place à une homogénéité sociale dans les grandes écoles. Les chiffres parlent d’eux mêmes…
Les employés et ouvriers constituent 60 % de la population alors que leurs enfants ne représentent que 3,4 % des étudiants en écoles de commerce et 6,1 % dans les écoles d’ingénieur. à l’inverse, 85 % des élèves de ces deux filières sont fils de cadres et professions intellectuelles supérieures. Ces mêmes enfants représentent 62 % des élèves de grandes écoles en général. Ces chiffres, issus des travaux de l’Institut Montaigne, illustrent bien la reproduction sociale des élites, conséquence inéluctable du mode de recrutement des grandes écoles. Accéder à une grande école relève de l’exploit pour un enfant de banlieue. La sélection des élites devient un véritable problème que l’état essaie de prendre en considération. à titre d’exemple, les paroles du Président de la République à l’occasion de la création de la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité des chances (HALDE) :  » Ce phénomène ne touche pas seulement les lycées classés en Zone d’éducation prioritaire : il entretient un processus de reproduction des élites dont un nombre croissant d’élèves se sent de plus en plus exclu. « 
D’une manière générale, il convient d’essayer de comprendre et d’expliquer cette homogénéité sociale des élites dans les grandes écoles. Si on se réfère aux propos tenus par le Haut conseil de l’évaluation de l’école,  » le système scolaire français non seulement ne corrige pas l’effet des inégalités sociales entre élèves, mais l’amplifie.  » Cette remarque appuie le rôle important que joue l’école dans la lutte contre les discriminations.
Déterminisme géographique.
Outre le déterminisme social, il existe bel et bien un déterminisme géographique. Il a pour principale conséquence de figer les étudiants dans un parcours type, empêchant la diversité. Les directeurs d’établissements sont aujourd’hui plus conscients de ces enjeux. Plusieurs écoles se sont donc lancées dans la lutte contre les discriminations. Nous souhaitons nous intéresser, grâce à divers témoignages, à ce phénomène et aux mesures prises dans la région lyonnaise.


SOMMAIRE


Première partie

– Expériences et luttes des établissements du Supérieur : l’exemple de l’INSA à Lyon
– Expériences et luttes des établissements du Supérieur : l’exemple de l’école de management de Lyon

 

Deuxième partie

– Accès à l’enseignement supérieur, les attentes du Secondaire : l’exemple du collège Lamartine
– Accès à l’enseignement supérieur, les attentes du Secondaire : l’exemple du lycée Doisneau

 

Troisème partie

– Parcours particuliers contre la discrimination : Khaled
– Parcours particuliers contre la discrimination : Abdel Khaled Souifi

Conclusion

 

Cet article fait partie du dossier « Regards des jeunes sur les discriminations : Strasbourg »

Privilégiée l’Alsace ? Si l’on se fie aux chiffres, oui. Portée par la vitalité de ses entreprises et sa position frontalière, la région affiche en effet un taux de chômage spectaculairement… bas : 5,1 %, soit presque moitié moins que celui enregistré au niveau national. Côté pauvreté non plus, les Alsaciens n’ont pas à se plaindre. Même si le nombre de RMIstes a grimpé ses dernières années (+10 % en 2003), le nombre de bénéficiaires d’allocation reste parmi les plus bas de France avec seule 2,2% de la population concernée.

 

Cette situation cache néanmoins de fortes disparités. Géographiques d’abord : si la précarité ne touche que 7 % des Alsaciens, ceux qui en sont victimes se concentrent sur trois zones d’habitation. Sur dix personnes vivant au-dessous du seuil de pauvreté, sept résident dans les agglomérations de Strasbourg, Mulhouse et Colmar. Les jeunes ont été fortement touchés par ce mauvais climat. Leur part dans la population demandant le RMI n’a cessé de croître ces dernières années atteignant un taux de 23 % contre 22 % sur l’ensemble de la France.

 

La population immigrée a également fait les frais de cette situation. Contrairement à la situation prévalant sur le territoire l’immigration Alsacienne est plutôt récente et donc relativement jeune. La structure de la population immigrée est sensiblement différente du reste du pays : on trouve 50 % d’Européens, mais ceux-ci viennent plus volontiers d’Allemagne que d’Espagne ou du Portugal. Les Maghrébins y sont sous-représentés alors que les Turcs sont beaucoup plus nombreux : 15 % contre environ 4 % dans le reste de la France.

 

Les immigrés connaissent un taux de chômage important avec un taux d’activité féminine parfois très bas et des emplois souvent à temps partiel et précaire. Les postes occupés sont, enfin, moins qualifiés. Cette situation s’explique en grande partie par le niveau d’études plus bas de cette population, mais pas seulement. La déclassification est ainsi plus marquée pour les immigrés que pour l’ensemble des Alsaciens. Niveau scolaire bas et discrimination à l’embauche ou sur le lieu de travail : l’association Et les gosses, basée à Strasbourg, a étudié ces deux facteurs de moindre intégration de la population immigrée. Ils proposent à la clé de solutions ambitieuses, comme l’aide scolaire pour permettre aux enfants défavorisés d’intégrer des grandes écoles, ou plus radicales comme la discrimination positive.

 

Cet article fait partie du dossier « Regards des jeunes sur les discriminations : Strasbourg »

Et les Gosses
Cette association, née en 1992 et composée de 30 membres, a pour objectif de proposer une aide scolaire à domicile aux enfants des quartiers défavorisés de Strasbourg. Au-delà de les aider à faire leurs devoirs, les bénévoles vont dans les familles pour aider les enfants à se réconcilier avec l’école, à acquérir des méthodes. Et les gosses c’est aussi l’ organisation de sorties culturelles pour les enfants : théâtre, sortie nature, après midi récréatives… Le projet de l’année est la lecture (accès aux bibliothèques, prêt d’ouvrages de la bibliothèque de l’association basée à Sciences po, contes de Noël…).
Chez Adrien Degeorges, 4 rue du Noyer. 67000 Strasbourg etlesgosses@hotmail.fr
Site : http://www-iep.u-strasbg.fr/assoc/e…
Contact : Adrien Degeorges, président de l’association. adriendegeorges@hotmail.com

 

Union Des Etudiants Etrangers de Strasbourg
L’UDEES a été créée en 2000. C’est une association d’accueil des étudiants étrangers (aide pour les démarches administratives, recherche de logement…). Elle a aussi un rôle de coordination des projets communs aux associations d’étudiants étrangers de Strasbourg. Ne voulant pas être une association communautariste, l’UDEES fait en sorte que les étudiants étrangers rencontrent les étudiants français et leur civilisation. UMB. 22 rue René Descartes. 67 000 Strasbourg.
Site : www.udees.org
Contact : Vanessa Vieira, présidente de l’association. Tél : 06 64 64 98 30. eudees@yahoo.fr

 

Association des étudiants Guinéens à Strasbourg
L’AGES est une association d’etudiant(e)s et ami(e)s guinéens de Strasbourg. Elle a pour but de promouvoir des activités sociales et culturelles, d’améliorer les conditions de vie des étudiants et d’établir des relations avec les autres associations.
Chez Monsieur DIALLO. 20 rue westhoffen. 67200 Strasbourg
Site internet : http://www.agess.org
Contact : Fode Nabe. agestrasbourg@yahoo.fr ou nabefode@yahoo.fr

 

Union des étudiants juifs de France
1944. Un groupe d’étudiants juifs issus de la Résistance, dirigé par Dely Tecuciano, crée l’Union des Etudiants Juifs de France. Sa première vocation est sociale : l’UEJF aide les jeunes Juifs revenus de l’enfer concentrationnaire à se réintégrer dans la vie sociale, en recouvrant notamment leurs droits d’étudiants. 58 années plus tard, l’UEJF continue de s’inscrire dans la droite ligne de cet héritage et n’a eu de cesse de soutenir et de représenter les jeunes Juifs à la fois en tant qu’étudiants, citoyens, dépositaires de la Mémoire de la Shoah et engagés pour la paix aux côtés d’Israël. Cette association est nationale avec des antennes locales telles que Strasbourg.
1 A rue du grand Rabbin Hirschler. 67 000 Strasbourg
Site : www.uejf.org
Contact : yehiam22@club-internet.fr

 

Cet article fait partie du dossier « Regards des jeunes sur les discriminations : Strasbourg »

 

Adrien Degeorges et Jihen Chandoul
Association Et les Gosses
23 et 22 ans, étudiants à l’IEP de Strasbourg

 

Et les gosses existe maintenant depuis 14 ans et intervient directement dans les quartiers périphériques de Strasbourg par du soutien scolaire à domicile et l’organisation d’activités et de sorties culturelles.
Depuis 2005 notre association a pris l’initiative de lancer un cycle de conférences comme signe d’une réflexion sur notre propre action (nos objectifs, le cadre de notre intervention, nos liens avec les institutions). Cette réflexion s’adresse d’abord à nos bénévoles (une quarantaine en 2005/2006), aux autres étudiants qui ont vocation à nous rejoindre à l’Institut d’Etudes Politiques de Strasbourg, au corps enseignant, curieux du développement d’une telle association et enfin à notre direction, fière de nos activités : l’IEP Paris n’est pas le seul à l’initiative d’actions dans les ZEP.

 

Ainsi le projet d’état des lieux des discriminations a retenu notre attention et nous a amenés à diviser notre travail en deux parties. D’abord un modeste micro-trottoir – sans prétention sociologique, scientifique ni représentative – auprès de la population étudiante de Strasbourg. Puis nous avons voulu écrire un entretien plus en profondeur avec Jihen, afin de montrer le parcours d’une étudiante française issue de l’immigration à Sciences-Po Strasbourg. Le micro-trottoir vise d’abord à rendre compte de la perception des discriminations dans la formation initiale, dans l’emploi, dans nos institutions, et enfin à voir les réactions quant aux probables solutions.
L’entretien cherche à montrer le regard d’une étudiante française d’origine tunisienne : sa perception identitaire, son sentiment d’appartenance et l’influence que ce sentiment a pu exercer sur son parcours.

 

Enfin, en nous interrogeant sur la diversité à l’écran, nous avons voulu creuser du côté de la charte de la diversité signée par les chaînes télévisées France 3 régionales. Notre tentative de rencontrer les responsables de la rédaction et de la communication au sein de France 3 Alsace a pour le coup beaucoup moins abouti.

 

Cet article fait partie du dossier « Regards des jeunes sur les discriminations : Strasbourg »

 

Comment expliquer la faible part d’étudiants français issus de l’immigration dans le 3e cycle ou les grandes écoles ?
Hakima :
Ils sont plus tentés par la vie professionnelle, cherchent à entrer rapidement sur le marché du travail à cause de leur éducation. Pour eux l’école a moins d’importance que pour les Français de souche.
Wissal : Je ne suis pas d’accord. Ils ont autant d’ambition que les autres mais il y a un problème d’égalité des chances. Ils n’ont pas assez de possibilités d’accès. En plus ils finissent par accepter cela et se mettent leurs propres barrières, s’auto-censurent.

 

Que pensez vous des dispositifs de discrimination positive qui favorisent l’entrée d’élèves de ZEP dans les grandes écoles ?
Wissal et Hakima :
C’est une solution mais pas sur critères ethniques. Ce serait mieux selon leur niveau de scolarité.

 

Comment expliquez-vous les plus forts taux d’échec scolaire dans les écoles des ZEP ?
Wissal :
Dans les ZEP, il existe une concentration trop importante de personnes issues de l’immigration et de banlieue, donc pas assez de mixité culturelle et sociale. En plus l’école est dans la banlieue, ils n’en sortent pas.
Hakima : Et puis les profs délaissent les jeunes donc ils n’ont plus d’espoir.
Wissal : Il y a aussi un gros problème d’orientation : les Arabes et Noirs ont tendance à être orientés vers des BEP ou filières techniques et on les écarte des filières générales.

 

NDLR : Wissal raconte qu’en Seconde, elle avait 11,5 de moyenne générale mais 5 en physique chimie. Elle voulait suivre une terminale ES où il n’y a plus de physique chimie. Ses professeurs l’ont soutenue mais le proviseur, qui a refusé de la laisser passer en Première ES, lui a proposé une Première STT… En fin de Troisième, Hakima avait 11,5 de moyenne générale et voulait faire un bac SMS. Or un BEP carrières sanitaires et sociales venait d’ouvrir, qu’il fallait donc  » remplir « . Suite à la pression du proviseur, elle finit par accepter ce qu’il lui répétait, à savoir qu’elle n’y arriverait pas en Seconde générale. Aujourd’hui, elles regrettent toutes les deux amèrement. Selon elles, les conseillers d’orientation ont une attitude différente envers les Français de souche et ceux issus de l’immigration africaine.


Quelle image avez-vous des banlieues en France ? Pensez-vous que les médias en donnent une juste représentation ?
Wissal et Hakima :
On en a une mauvaise image à cause des medias qui en véhiculent une représentation péjorative. Notre sentiment est plus mitigé. On sait très bien que les jeunes de banlieue ne sont pas tous des délinquants ou des vendeurs de drogue. Certains réussissent très bien, on en connaît beaucoup.

 

Qu’avez-vous pensé de la crise des banlieues et sur la situation de beaucoup de jeunes Français vivant dans des quartiers difficiles ?
Wissal :
Les medias ont focalisé sur les voitures brûlées et pas assez sur les causes de cette révolte. Ils ont très peu parlé des deux jeunes électrocutés, comme si leur mort n’avait pas d’importance. Cette situation dans les banlieues est la faute de l’Etat français et elle est due à un manque de communication entre jeunes et responsables politiques. Les banlieues sont complètement délaissées.
Hakima : C’était un cri d’alarme parmi tant d’autres qui ne sont pas entendus.

 

Comment expliquez-vous que les chances d’accès à un emploi sont cinq fois inférieures pour un Français issu de l’immigration, à compétence égale ?
Wissal :
La banlieue inspire la peur. Les employeurs font trop facilement l’amalgame entre Français diplômés issus de l’immigration et jeunes de banlieue. De plus, le recruteur fait face aux exigences des clients, il craint de ternir l’image de l’entreprise. Mais je ne parlerais pas de racisme, plutôt de peur fondée sur des préjugés, sur des idées reçues véhiculées par des medias qui vendent de la peur.

 

Avez-vous déjà ressenti une impression de discrimination quant à un stage, emploi…. ?
Wissal :
Ma sœur ou mon frère ont plusieurs fois postulé pour un job de caissier au Cora mais contrairement à mes copines françaises de souche pour qui cela marchait sans problème, eux n’ont jamais été embauchés.
Hakima : J’avais été embauchée pour un job d’été dans un supermarché. J’étais la seule d’origine maghrébine. Au bout de trois jours, j’ai été virée sous prétexte que je n’y arriverais pas, que ça allait être trop dur pour moi.

 

Que pensez-vous des différentes solutions proposées pour lutter contre cette tendance ? Que pensez-vous du CV anonyme ?
Hakima :
Le CV anonyme donnerait des chances d’accéder à l’entretien, comme ça la sélection ne se ferait que sur les compétences.
Wissal : Ce ne serait pas une très bonne solution mais ce serait déjà pas mal : de cette manière l’entretien serait possible.

 

Que pensez-vous du recensement des salariés sur critères ethniques ou territoriaux ?
Hakima :
Ce serait un bon instrument pour savoir quelles entreprises discriminent, donc un bon moyen de lutte contre les discriminations à l’embauche. (NDLR : Elle donne l’exemple des handicapés dans l’entreprise : vérification et enquêtes pour voir si les 6% sont respectés)
Wissal : C’est mauvais de différencier sur la base de critères ethniques et cela n’est pas forcément de la discrimination si une entreprise n’a que des blancs au sein de son entreprise.

 

Que pensez-vous des quotas ?
Wissal et Hakima :
On est bien obligés d’en arriver là.

 

Quel serait l’apport d’une meilleure représentation des Français issus de l’immigration dans les institutions et les médias ?
Wissal et Hakima :
C’est très important. Cela donnerait une bonne image des Français issus de l’immigration.

 

Et dans les institutions ?
Wissal et Hakima :
On se sentirait mieux représentés. Ils ne nous comprennent plus : les politiques ont conscience des problèmes mais n’ont pas de volonté.

 

Comment définiriez vous votre sentiment d’appartenance à la société française ?
Hakima :
Je me sens pleinement citoyenne française mais à des moments je doute suite à certaines remarques et attitudes à mon égard. Je me sentirai totalement française lorsque j’aurai ma place dans le monde du travail.
Wissal : Je me sens autant française que les autres mais avec un plus : ma culture marocaine qui est une réelle richesse.

 

NDLR : Elles précisent toutes les deux que l’université est un environnement plus favorable car il y a une vraie mixité culturelle et sociale, et pas de remarques désobligeantes des professeurs.

 

Cet article fait partie du dossier « Regards des jeunes sur les discriminations : Strasbourg »


Comment expliquer la faible part d’étudiants français issus de l’immigration dans le 3e cycle ou les grandes écoles ?
Il faut être courageux pour faire des études et je trouve qu’il n’y a pas beaucoup d’aides financières alors que les études coûtent cher. Et cela dépend de la situation sociale des parents, il est clair que si certains sont médecins tandis que d’autres sont ouvriers, leurs enfants respectifs ne bénéficient pas les mêmes informations. Les premiers savent déjà comment cela fonctionne.

 

Que pensez vous des dispositifs de discrimination positive qui favorisent l’entrée d’élèves de ZEP dans les grandes écoles ?
Je suis contre. Tout le monde est pareil donc pas de traitement différent : ce qu’il faut c’est de la motivation.

 

NDLR : Il est à préciser la contradiction entre les deux réponses aux deux questions. Elle admet d’abord que la population des banlieues est défavorisée et vit dans une situation différente, plus handicapante pour la poursuite d’études longues, puis elle dit que tout le monde est pareil.

 

Comment expliquez-vous les plus forts taux d’échec scolaire dans les écoles des ZEP ?
Je ne sais pas trop… Ils n’ont peut-être pas les mêmes chances qu’une autre personne ne vivant pas dans les banlieues, ils ont peut-être plus de problèmes familiaux, plus de problèmes d’intégration, dus à leur culture et leur langue différente. Je pense aussi qu’il ne doit pas y avoir assez d’aides.

 

Quelle image avez-vous des banlieues en France ? Pensez-vous que les médias en donnent une juste représentation ?
Les medias en donnent une mauvaise représentation. Ils les critiquent beaucoup et véhiculent donc une image négative.

 

Qu’avez-vous pensé de la crise des banlieues et de la situation de beaucoup de jeunes Français vivant dans des quartiers difficiles ?
Cela montre qu’il y a de graves problèmes sociaux. Beaucoup sont dans le besoin mais ils ne sont pas entendus. De cette manière ils semblent être mieux écoutés par les politiques.

 

Comment expliquez-vous que les chances d’accès à un emploi sont cinq fois inférieures pour un Français issu de l’immigration, à compétence égale ?
Ça m’énerve, c’est du racisme et je ne vois pas d’autres raisons. Ce sont des préjuges racistes qui se fondent sur ce qu’on voit dans les médias.

 

Que pensez-vous des différentes solutions proposées pour lutter contre cette tendance ? Que pensez-vous CV anonyme ?
Pourquoi pas. C’est stupide mais s’il faut en arriver là…

 

Que pensez-vous du recensement des salariés sur critères ethniques ou territoriaux ?
C’est une bonne solution pour avoir une idée d’où se trouvent les personnes issues de l’immigration, leur place dans l’entreprise et aussi pour savoir s’il y a de la diversité dans la boîte.

 

Que pensez-vous des quotas ?
Ça n’est pas une mauvaise idée mais le problème c’est de calculer pour avoir une proportionnalité de la représentation par rapport a la population, tout en ne négligeant pas le critère de la compétence.

 

Quel serait selon vous l’apport d’une meilleure représentation des Français issus de l’immigration dans les institutions et les médias ?
C’est important, tout le monde a son mot à dire.


Et dans les institutions ?
Oui aussi, pour mieux agir.

 

Cet article fait partie du dossier « Regards des jeunes sur les discriminations : Strasbourg »

 

Comment expliquer la faible part d’étudiants français issus de l’immigration dans le 3e cycle ou les grandes écoles ?
Je ne suis déjà pas d’accord avec la question : il y en a un nombre assez convaincant à l’université et dans les grandes écoles, et il y en a de plus en plus. Mais c’est vrai qu’ils sont minoritaires et cela s’explique par différents facteurs. Le premier c’est la conseillère d’orientation qui dé-soriente plus qu’elle n’oriente : elle a tendance à pousser les élèves d’origine africaine vers les filières techniques. Même moi qui avais 17 de moyenne en Seconde générale, elle a réussi à me parler d’un truc technique, et a tenté de me convaincre d’y aller, mais elle a vite vu que ça ne pouvait pas marcher avec moi !
Autre facteur : la précarité et le manque d’éducation des parents c’est-à-dire de certains acquis comme la connaissance du fonctionnement du système scolaire, bénéficier d’un certain niveau de scolarité et maîtriser la langue française qui est un autre handicap.
Troisième facteur, le phénomène de bandes : la banlieue est un cercle vicieux.

 

Que pensez vous des dispositifs de discrimination positive qui favorisent l’entrée d’élèves de ZEP dans les grandes écoles ?
Dans l’expression  » discrimination positive  » il y a déjà une contradiction, une discrimination ne peut pas être positive. Par exemple dans la classe prépa qui a été récemment crée pour les jeunes de banlieue, ils ne restent encore qu’entre eux, donc c’est encore négatif. En fait je suis plutôt contre. Certes les élèves de ZEP partent avec des handicaps, mais là on risque de tomber dans un cercle vicieux : par ce biais, on continue à creuser des écarts. Certes le coup de pouce est nécessaire, mais tout dépend de la nature du dispositif, les élèves risquent sinon de mal le vivre avec des remarques du genre  » vous êtes entrés de manière plus facile » ou  » parce que vous êtes de la banlieue.  » Si des dispositifs d’action positive sont mis en place, il faut que cela soit bien réfléchi et bien fait. Selon moi la seule solution c’est de fermer les ZEP et de mélanger tout le monde dans les classes. Et donc de les envoyer dans les écoles du centre ville et dans les bons lycées.

 

Comment expliquez-vous les plus forts taux d’échec scolaire dans les écoles des ZEP ?
Dès l’enfance, ils accumulent les handicaps. Ils n’ont pas une culture française. J’entends par là une certaine éducation, la chance de profiter d’un système scolaire que les parents connaissent bien et dans lequel ils pourront guider leurs enfants. Aujourd’hui, le système scolaire n’aide pas quand l’enfant est en difficulté dans les ZEP. Et puis qui dit ZEP dit banlieue, dit jeune issu de l’immigration, et donc parents qui, pour une grande partie, n’ont pas fait d’études et maîtrisent mal le français. L’enfant part avec un handicap s’il a des problèmes d’expression que ses parents ne peuvent corriger. Certes il n’est pas besoin de langue spécifique pour bien éduquer, mais c’est un facteur qui peut jouer. De plus les élèves sont trop nombreux dans les classes, ça n’est pas gérable. Et quand ils ont des lacunes, ils les traînent avec eux jusqu’au lycée parce que l’encadrement est mauvais et l’aide insuffisante. Ensuite, au collège, jouent les effets de groupe, les mauvaises influences, sans compter les profs sans expérience et pas très pédagogues. Les ZEP sont des zones qui ne sont pas assez armées, elles n’ont pas assez de moyens. Elles sont laissées pour compte. On peut dire qu’elles portent très mal leur nom.


Quelle image avez-vous des banlieues en France ? Pensez-vous que les médias en donnent une juste représentation ?
Je pense en avoir une image plus réaliste que celle qu’en donnent les medias. J’ai vécu dans un quartier périphérique qui était loin d’être une banlieue tout de même et j’ai grandi avec une éducation… Comment dire… Oui une éducation de type méditerranéenne c’est-à-dire avec le sens de la famille, une ouverture d’esprit, le sens du partage et de l’empathie. Bref une très bonne éducation dont je suis fière. J’ai une image réaliste, avec de bons et de mauvais côtés mais cette vie en communauté, cet esprit familial je suis très heureuse de l’avoir vécu. Cela a vraiment été un environnement très enrichissant, mais qui comporte aussi des effets négatifs et qui n’apporte pas forcément les bonnes bases pour la scolarité. Les médias se moquent du monde, même les chaînes publiques, que je respectais autrefois. Ils n’en donnent qu’une image négative et rentrent ainsi dans une homogénisation de l’information. Pendant une semaine ils ne nous montrent que des points négatifs amplifiés et par miracle on a un reportage dans le mois qui montre un jeune de banlieue qui a réussi et qui est victime de discrimination. Mais ce sont eux qui sont responsables de cette discrimination, puisqu’ils ont véhiculé une image négative et font que les gens généralisent. Ils vendent de la peur et les gens aiment ça, les montées d’adrénaline ! (rire)


Qu’avez-vous pensé de la crise des banlieues et de la situation de beaucoup de jeunes Français vivant dans des quartiers difficiles ?
Ils auraient pu se révolter de façon plus intelligente au lieu de brûler des voitures. Il faut avouer qu’il y a eu une certaine connerie dans cette crise, un effet de compétition entre les quartiers… Mais ça il ne faut pas le dire. C’est clairement du à un ras-le-bol même s’il ne faut pas les victimiser car cela serait trop facile et ne ferait qu’accroître la fainéantise de certains.

 

Comment expliquer que les chances d’accès à un emploi sont 5 fois inférieures pour un Français issu de l’immigration, à compétence égale ?
Différents facteurs peuvent expliquer ces chiffres. Tout d’abord la surmédiatisation des évènements négatifs et tragiques dans les banlieues qui facilitent le développement et la propagation de préjugés sur l’immigré du Sud et donc sur ses enfants. Les personnes issues de l’immigration africaine ont une mauvaise image qui est peut être due à la colonisation ? Les gens ont peur, et le recruteur qui répond à la demande de l’employeur discrimine. La montée de l’islamisme na fait qu’accroître cette peur et cet amalgame  » un Arabe est forcément musulman donc intégriste  » fait que les personnes issues de l’immigration maghrébine sont victimes non seulement de leur identité culturelle mais aussi religieuse.

 

Que pensez- vous des différentes solutions proposées pour lutter contre cette tendance ? Que pensez- vous du CV anonyme ?
Je suis contre. De toute façon, durant l’entretien, le recruteur va bien voir le nom et la tête du candidat : c’est de l’hypocrisie ! Bientôt, faudra-t-il se cacher le visage pour l’entretien ?

 

Que pensez- vous du recensement des salariés sur critères ethniques ou territoriaux ?
Ça peut être une bonne solution pour lutter contre les discriminations. Peut être faut-il en passer par une phase choc où il est nécessaire d’imposer, même si au fond de moi je suis contre ces procédés.

 

Que pensez- vous des quotas ?
C’est triste d’en arriver là mais comme je viens de le dire peut être faut-il passer par une phase où l’on impose. Je pense que c’est nécessaire pour montrer que les personnes issues de l’immigration sont comme tout le monde, qu’elles sont capables d’assumer des postes à responsabilités.

 

Quel serait selon vous l’apport d’une meilleure représentation des Français issus de l’immigration dans les institutions et les médias ?
C’est important d’habituer les gens à voir la France telle qu’elle est. Idem pour les institutions où l’on est susceptible de nous voir de façon positive. Tout est une question d’image.

 

Comment définiriez- vous votre sentiment d’appartenance à la société française ?
J’ai une culture marocaine, mais j’ai grandi dans la société française et je suis intéressée par la société dans laquelle je vis. Je me sens Française dans le sens où je suis consciente de vivre dans une société dont je respecte et partage les valeurs et dans laquelle je suis parfaitement intégrée. En réalité je me sens les deux à la fois, Française et Marocaine. J’ai le cœur marocain et le corps français. Moi-même je n’ai pas encore bien défini mon identité, qui est évidemment plurielle. Je suis une Française musulmane qui a baigné dans une culture marocaine. Je suis une métisse de la société française et le résultat d’un mélange de la culture française et marocaine, ce qui est une grande richesse.

 

Est-ce que vous vous êtes déjà sentie discriminée ?
Non pas encore…

 

Est-ce que votre entourage a influé sur votre parcours scolaire ?
Mon frère est dans une grande école de commerce. ça a influencé mon parcours : voir des gens réussir ça motive.

 

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Elle avoue ne pas trop s’intéresser à la question des discriminations quelles qu’elles soient. Elle souligne le manque de moyens pour certains enfants mais ajoute que les bourses existent et qu’il appartient à chacun de créer son destin.  » La volonté individuelle est le seul moteur de la réussite.  » En outre elle approuve le CV anonyme mais pas pour elle-même :  » je préfère marquer mon nom et mon prénom et mettre ma photo, c’est important pour l’employeur. «  Sur la représentation des minorités dans les institutions et à la télévision, elle estime que cela est important pour représenter la diversité. Enfin sur la crise des banlieues :  » je ne me suis pas sentie concernée, et puis j’étais en période d’examens donc je n’ai pas trop suivi. « 

 

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Comment expliquer qu’en France, les chances d’accès à un emploi sont cinq fois inférieures pour un Français issu de l’immigration, à compétence égale ?
Salima :
Avec des parents immigrés et ouvriers, les chances de départ ne sont clairement pas en faveur des enfants. Les parents pourront toujours les pousser à faire des études, ils ne connaitront pas les bonnes filières, ne rencontreront pas les bonnes personnes ; sans compter la faiblesse des moyens financiers parfois.
Zohra : Oui, on doit souvent cumuler un job pendant nos études et c’est la galère. Franchement, je pense que les jeunes Français issus de l’immigration sont parfois découragés, s’auto-découragent et n’ont plus les moyens de réussir. Il n’y a pas toujours suffisamment d’intérêt et de connaissances sur les formations : certaines sont carrément inconnues ! Entre le manque de moyens, le manque d’information et l’auto-censure, l’issue est claire : échec plus important, peu d’intérêt pour les études longues et un sentiment d’exclusion plus important.

 

Que pensez-vous des dispositifs de discrimination positive qui favorisent l’entrée d’élèves de ZEP dans les grandes écoles ?
Zohra :
Je pense que c’est nécessaire pour rééquilibrer les chances.
Salima : Oui, mais bon, dans le quartier où j’habitais, il y avait du soutien scolaire gratuit pour ceux qui voulaient. Parfois il y a assez de moyens, et pas assez d’efforts !
Zohra : Je ne suis pas d’accord : lorsqu’on est issu d’une ZEP, les performances ne sont pas maximales, on se pose des barrières…
Salima : Justement, ça donne encore plus envie de s’en sortir !
Zohra : Oui, mais regarde, pour les handicapés par exemple, on demande bien de créer des quotas dans les entreprises, si c’est le seul moyen pour faciliter l’accès aux emplois…
Salima : Ce n’est pas la même chose, le jeune des quartiers n’est pas aussi handicapé…
Zohra : Si, ce sont d’autres formes de handicap qu’on doit traiter !
Salima : Oui, enfin, moi je venais de la campagne à l’origine. J’ai atterri dans une ZEP, c’était un collège pourri : si tu savais les réponses on se moquait de toi, plus t’était nulle, mieux c’était (rire). Les filles faisaient du dessin en maths. Elles disaient :  » C’est pas grave, on touchera le RMI « . Moi je voulais m’en sortir, même si j’avais fait un BEP, j’ai fait une Première d’adaptation et j’ai eu mon bac.
Zohra : Mais ce serait pas la première fois qu’on verrait des jeunes au parcours irréprochable se faire ensuite discriminer !


Et le CV anonyme qu’en dites-vous ?
Salima et Zhora :
S’il est nécessaire de cacher son identité, c’est que l’image de la personne candidate et ses origines sont importantes pour l’employeur. L’entretien recréera la discrimination. Ce qu’il faut changer, c’est les mentalités.

 

Qu’apporterait une juste représentation des minorités visibles dans les institutions et les médias ?
Salima :
Ce serait plus représentatif, les gens se diraient que leur gouvernement ou leur télé leur ressemblent. Et puis ça motiverait d’avoir des exemples de réussite !

 

Faites-vous le lien entre les inégalités des chances, certaines discriminations et le développement du sentiment d’appartenance chez certains Français issus de l’immigration ?
Zohra :
Je sais pas, j’ai des amies qui, quand elles sont en France, disent qu’elles sont Marocaines, alors qu’au bled, elles se disent Françaises et en sont fières. Pour moi, mes origines sont une richesse. Le fait de connaître une autre langue, une autre culture, ça peut permettre d’être plus ouvert d’esprit.
Salima : Et il faut dire qu’à la base on se sent Françaises : on vit à l’européenne ! Mais à la maison, la culture est différente.
Zohra : Je pense qu’on peut s’adapter au monde et créer son identité française sans renier ses origines.
Salima : Et ceux qui n’y arrivent pas sont ceux qui ne sont jamais sortis du quartiers, à fréquenter toujours les mêmes gens. En étant étudiantes, nous, on a eu la chance de s’ouvrir de nouvelles relations. Les autres ne bougent pas !


Quel a été votre sentiment sur la crise des banlieues ?
Zohra :
C’était clairement un moyen de dénoncer des exclusions.
Salima : Mais ceux qui brûlaient les voitures n’avaient pas fait d’études !
Zohra : Et puis surtout on n’a interviewé que les lascars.
Salima : Ben oui, de toute façon, j’en connais parmi mes camarades de classe au collège qui disaient : « l’école c’est pour les bouffons « . Ils auraient dû manifester pacifiquement au lieu de s’en prendre à la propriété des autres.
Zohra : Moi je pense qu’il faut améliorer la situation dans les quartiers. Il ne faut plus de banlieues ! Leurs habitants doivent se sentir comme les autres. Pour ça il faut travailler sur le logement et éviter que se concentrent des personnes des mêmes origines ethniques et sociales. Cela permettrait d’accepter l’autre.

 

Cet article fait partie du dossier « Regards des jeunes sur les discriminations : Strasbourg »


Sofia* a 20 ans. Fille d’immigrés Tunisiens, ella a aujourd’hui intégré l’Institut d’Etudes Politiques de Strasbourg. Récit d’un parcours exemplaire.

 

Avais-tu déjà des proches (famille, amis…) qui étaient entrés dans une grande école ou avait atteint un 3e cycle de l’enseignement supérieur ?
Oui. Une de mes sœurs est devenue professeur de Français : c’est elle qui nous a ouvert la voie vers les prépas. Mon frère lui a fait une prépa scientifique, puis a intégré une école d’ingénieur : de la même façon, ma sœur a fait une prépa bio. En fait c’est mon frère qui m’a donné envie de préparer les concours de Sciences Po. Il m’a donné de la documentation et j’ai fait une prépa littéraire puis je suis entrée à l’IEP. Ca prouve que l’accès à l’information est primordial.


Quelle préparation avais-tu suivie et estimes-tu avoir rencontré les bonnes personnes ?
J’ai suivi une classe préparatoire littéraire option Sciences po. Comme je l’ai dit, c’était surtout grâce à mes frères et soeurs. J’avais également une voisine qui était au même lycée que moi en prépa ; elle a ensuite réussi le concours de l’IEP Lyon.

 

Quelle est la position de tes parents concernant tes études : t’ont-ils toujours encouragée, comprennent-ils et acceptent-ils toujours tes choix ?
Mes parents m’ont toujours motivée et considèrent que les études sont primordiales. Ils n’ont pas eu la chance d’aller très loin dans leur scolarité et ils le regrettent beaucoup. Ils comptent beaucoup sur nous et veulent qu’on fasse de grandes études. Mais je pense que le parcours de ma sœur a beaucoup influé sur nous : quand le premier réussit bien en général les autres suivent. C’est la position de toute ma famille qui importe ici. Mes parents nous ont toujours suivis pendant notre scolarité (notes, devoirs), et, surtout, ils nous répétaient qu’ils étaient prêts à tout financer, peu importe le coût.


Qu’est-ce qui t’a frappée en arrivant à l’IEP quant à la représentation des étudiants français issus de l’immigration maghrébine ou noire africaine ?
La première fois que je suis rentrée dans l’amphi, j’ai cherché des étudiants d’origine maghrébine. J’étais assez surprise, puis déçue de voir que j’étais ultra minoritaire : deux sur une promo de 150. En prépa, on était quand même plus nombreux.


As-tu le souvenir de commentaires, de questionnements quant à tes origines de la part d’autres étudiants ? Si oui, de quels ordres étaient ces commentaires ?
Au début on m’a prise pour une étudiante étrangère. Certains, par ces remarques, considéraient que c’était anormal qu’une Française d’origine maghrébine puisse être dans une grande école. On m’a aussi fait des réflexions sur ma religion, surtout qu’au début de l’année pour les semaines d’intégration, c’était le Ramadan : les regards étaient teintés d’incompréhension, d’ignorance et d’intolérance parfois.

 

Comment a évolué ton sentiment d’appartenance nationale au regard de tes origines au long de tes études ?
Mon collège était en ZEP. La plupart de mes camarades étaient d’origine arabe ou noire ; je ne me sentais absolument pas Française, mais Tunisienne. Quand mon frère, qui était plus grand, me disait que j’étais Française, je n’aimais pas ça : dire qu’on était Français, pour moi, c’était renier nos origines. Au lycée, j’ai commencé à me poser des questions : je ne savais pas comment définir mon identité surtout lorsque je rentrais en Tunisie. Là-bas, tout le monde me considérait comme une Française, et j’aimais le revendiquer. D’ailleurs au bout d’un mois, j’avais envie de revenir en France. Mais à peine de retour, je me voyais à nouveau comme Tunisienne. Après ma prépa et surtout après mon entrée à Sciences Po, j’ai compris ce que voulait dire être Française et que cela ne signifiait pas nécessairement renier ses origines. Je suis fière de ma culture tunisienne, de l’éducation de mes parents. C’est une originalité et un héritage qui m’a appris à rester humble et tolérante.
Je me sens citoyenne française à part entière. Je me sentirais capable de représenter la France à l’étranger pour n’importe quelle mission. Tout en sachant qu’au fond de moi je suis différente des Français « de souche ». Pas dans un sens négatif, mais dans l’idée que j’ai quelque chose en plus. Mes origines, j’en ai fait une richesse et non un handicap.

 

Dans quelle mesure penses-tu que ton parcours scolaire a influé sur ce sentiment d’appartenance par rapport à d’autres jeunes au parcours plus difficile ?
Le fait de faire des études et de m’engager politiquement a complètement formé mon identité citoyenne. Du coup je n’ai pas eu de problème quant à mon sentiment d’appartenance. Je pense même avoir un atout par rapport à d’autres.


Penses-tu qu’une définition pluriculturelle de l’identité française est une bonne chose pour le Vivre ensemble ?
C’est clair. Sans définition pluriculturelle on ignore toute une partie de la France, des citoyens français. Or, cette société est de plus en plus métissée. Etre citoyen français n’empêche pas d’être fier de sa culture maghrébine, asiatique, africaine. Etre citoyen, c’est partager certaines valeurs universelles qui ne sont pas incompatibles avec des origines diverses, ni avec le fait de respecter la société, l’histoire du pays dans lequel on vit et de s’y sentir bien. Si on ne parvient pas à cela, si des erreurs d’appréciation sont commises, on risque de diviser la société française.

 

Dans quelle mesure les attitudes que tu as noté de tes camarades peuvent-elles mener selon toi à des comportements discriminatoires ?
Leur intolérance, moi, je l’explique par l’ignorance. Une ignorance qui est fondée sur un sentiment global véhiculé par les médias : les idées reçues sur mes origines, sur ma religion. Et tout est une question d’images aujourd’hui. Les médias ont un réel pouvoir à ce niveau et ils ont une part de responsabilité. Forcément ces préjugés mènent à des comportements discriminatoires. L’inconscient suffira à créer une discrimination. Et une des manières de casser cela, c’est de montrer les réussites plutôt que les échecs. Il est nécessaire de changer les mentalités.


Comment faire pour changer cela ? Par quoi passe le changement de mentalité ?
Au lycée j’étais à côté d’un garçon ouvertement raciste. Je lui ai fait comprendre que ses généralisations ne m’étaient pas applicables, et j’ai réussi à le faire changer d’avis. C’est donc avec la mixité qu’on corrige cela. On ne peut pas mettre que des enfants de mêmes origines dans une classe. Pour la tolérance, il est indispensable de mélanger, à l’image de la France. Dès le primaire, le collège il faut corriger ce sentiment. La plupart des étudiants de Sciences po étaient dans des lycées de « blancs » renommés.
L’année dernière je voulais faire une observation sociologique avec un camarade parisien sur la différence d’enseignement de l’éducation civique entre un collège du centre ville et de ZEP : il m’a dit qu’il ne voulait pas y aller pour ne pas être racketté. Et lorsque j’ai eu l’idée d’aller dans une classe de l’UOIF, il m’a dit : « tu vas voir tes potes ». Et là j’ai dû lui expliquer et corriger ses a priori. Pour eux c’était : « tous dans le même sac ».
Mon professeur de droit constitutionnel, lui, avait eu des propos graves sur l’Islam : en parlant de la laïcité dans son cours, il faisait l’amalgame entre excision, mariage forcé, port du voile et Islam. A la fin du cours des étudiants étaient venus me voir en me demandant de manière grave si c’était vrai que dans le Coran on devait exciser les femmes. Je me suis expliquée avec le professeur, il s’est excusé devant tout l’amphi et m’a autorisée à faire une présentation objective pour informer : les origines du voile et une explication sociologique du port du voile en France. Là un étudiant me dit : « t’es contente, t’as fait ta propagande ». C’est stupide, j’expliquais des choses qu’une personne non musulmane aurait pu faire. Et surtout qu’un étudiant de Sciences po est censé savoir !
C’est pareil à la télé : dès qu’il y a un reportage sur l’Islam on parle de la montée de l’extrémisme, des banlieues, du traitement des filles dans les banlieues, du mariage forcé. Mais jamais une émission éducative sur l’Islam ou sur comment la plupart des musulmans pratiquent sereinement leur foi. Il faut informer. Même à Sciences po c’est affolant de voir autant d’ignorance.

 

Que penses-tu des dispositifs de discrimination positive pour l’accès aux grandes écoles comme à Sciences Po Paris ou à l’EM Lyon ?
Ça dépend de quels dispositifs. Le principe d’une discrimination positive est tout à fait justifié pour moi. D’abord pour corriger un phénomène avéré : l’égalité républicaine marche au ralenti. Mais pour moi, il faut différencier les procédures qui agissent en profondeur et dans le long terme. Agir en profondeur c’est agir sur la formation initiale pour mettre les élèves sur un pied d’égalité, donner plus à ceux qui partent avec moins de chances de réussite. C’est aussi correctement les orienter. Pour moi, c’est le plus important. Mais ensuite à la marge, des dispositifs de discrimination sur critère territorial sont justifiés. Une voie détournée me dit-on ? Et alors ! Ceux qui se paient des prépas privées ont eu leur coup de pouce ! Les autres non. Ce n’est pas un traitement de faveur que de permettre à des élèves de ZEP méritants et brillants d’entrer dans les grandes écoles : c’est rétablir l’égalité réelle. Surtout qu’à Sciences po Paris on prend les élèves des ZEP qui ont les meilleurs dossiers et on leur fait passer un oral.
Cela ne règle cependant pas la question de ceux qui échouent toujours dans les ZEP, qui ne pourront même pas bénéficier de cette discrimination positive pour l’accès aux grandes écoles. C’est donc bien avant qu’il faut agir, à la racine. Les ZEP en France ont des moyens ridicules, 6 % de fonds en plus. On peut aussi penser à complètement les supprimer et envoyer les élèves des quartiers dits sensibles dans les centres villes. Trop de mauvaises influences dans les banlieues. C’est dur pour les parents. Même avec une éducation sévère, les enfants seront plus difficiles.

 

Considères-tu alors que les instruments de lutte contre les discriminations, contre l’inégalité des chances, doivent se fonder sur un critère ethnique ou plutôt géographique et social ?
Un critère ethnique ne ferait que diviser la société française et opposer des soi-disant « communautés ». En ZEP, il n’y a pas que des Français issus de l’immigration africaine. Les autres aussi sont touchés par les discriminations. Et s’il y a très peu d’élèves de ZEP dans les grandes écoles et en 3e cycle, c’est plus à cause de raisons sociales et financières. On ne va pas inventer des raisons fondées sur des origines ethniques. Je différencie là bien les discriminations à l’embauche et les discriminations sociales à l’école et dans la formation.

 

Quand tu entends un ministre dire que « La France tu l’aimes ou tu la quittes » qu’est-ce que cela t’inspire ?
Mais pour aimer la France, il faut se sentir Français. C’est facile de dire cela quand on est Français depuis des générations. C’est moins évident pour un enfant de 13 ans, à cheval sur deux cultures et né de parents étrangers dans une situation modeste, de définir son identité. Encore aujourd’hui je me pose des questions. Et c’est primordial pour évoluer sereinement dans sa vie de trouver son identité et de combiner ses origines. Et je dirais plutôt « la France même si tu l’aimes tu la quittes » : c’est ce qu’on observe de plus en plus, une fuite de cerveaux à cause de la discrimination à l’embauche. Ces propos sont certes indignes d’un représentant de l’Etat, mais ils sont révélateurs d’un sentiment devenu majoritaire en France, et c’est cela qui fait peur. Plus que les banlieues !

 

* Le prénom a été changé.

Cet article fait partie du dossier « Regards des jeunes sur les discriminations : Strasbourg »

 

Le contact avec la rédaction de France 3 ne s’est pas fait exactement avec les journalistes mais avec les responsables de communication de l’antenne régionale. La charte a été signée par la direction nationale et nous nous sommes demandés quelles informations, quelles instructions avaient pu être transmises aux régions quant à la signature de cette charte et surtout l’attitude de la rédaction à ce sujet, la manière dont la communication de France 3 Alsace s’est saisie de la question.

 

La réponse est rapide : nous n’avons eu que des avis personnels des seuls et uniques contacts reçus de l’antenne régionale : c’est-à-dire des responsables communication. Les personnes avec lesquelles nous avons parlé au téléphone avaient des avis contradictoires. L’une d’elles critiquait ouvertement la signature de telles chartes et invitait les Français issus de l’immigration à sortir de leur auto flagellation par la volonté de s’en sortir. Selon notre interlocuteur, il ne fallait pas chercher des excuses là où il n’y en avait pas : la raison pour laquelle les minorités étaient peu représentées à la télé était que celles-ci ne se dirigeaient pas vers ces métiers.

 

Face à cela, la communication de France 3 Alsace a tout d’abord accepté de nous rencontrer… Avant d’annuler le rendez-vous, le matin même, pour  » manque de temps « . Sans faire de conclusion hâtive, on peut simplement s’étonner que France 3 Alsace n’ait comme seul message au sujet de la représentation des minorités visibles à la télé, que les avis personnels des responsables communication, enclins à estimer le travail associatif utile mais inefficace et source d’assistanat.

 

Etonnant alors que certains de nos contacts à la Communication étaient eux-mêmes issus de minorités visibles. On retrouve là un discours régulier : la réussite individuelle de quelques-uns les amène à croire qu’ils ont réussi seuls à surmonter les obstacles d’une société qui discrimine (ethniquement, socialement) et qu’il appartient à chacun, seul, de faire ce chemin également.

 

Cet article fait partie du dossier « Regards des sur les discriminations : Strasbourg »

 

Nos interviews ont révélé plusieurs choses. Il était important qu’elles soient assez nombreuses et touchent des étudiants d’horizons et d’origines différents pour comprendre les raisons de certaines réponses. Il est clair que l’état des lieux des discriminations reste à faire et surtout à diffuser. Il faut expliquer ; entendons-nous sur le diagnostic pour promouvoir des réponses justes à la crise sociale, morale qui touche le pays aujourd’hui, une crise qui traverserait déjà les jeunes.

 

Nous avons fait le choix de l’engagement étudiant et essayons d’affronter certaines injustices là où nous nous estimons privilégiés puisque nous avons pu avoir accès à l’enseignement supérieur. Pour ces raisons, nous tentons de comprendre et de donner quelques pistes à nos politiques d’après notre modeste expérience.

 

Sur la perception des discriminations, le trait ne semble pas grossi par les Français issus de l’immigration et parfois leurs origines et leur situation empêche qu’eux-mêmes puissent reconnaître certaines barrières qui leur sont toujours posées. Parce qu’ils ne le réalisent pas, ne le voient pas ou ont du mal à l’admettre. Car l’accès à l’université est une chose, la transformation de l’essai en est une autre : c’est-à-dire l’accès à un emploi stable, durable. Et là les obstacles foisonnent. Il y a les concours : gages d’égalité, en fait seuls les meilleurs savent s’y préparer. Il y a la discrimination à l’embauche : le lieu d’habitation, les origines ethniques peuvent être un frein supplémentaire. Et puis il y a l’image qu’on nous renvoie de nous-mêmes. Comment la jeunesse peut-elle croire en l’avenir si on renvoie d’elle une image mauvaise ? Jeunesse dépolitisée, démotivée, désespérée ? Désinformée, oui !

 

In fine, le malaise profond qui sous-tend la problématique des discriminations (ethniques, sociales) et plus globalement les frustrations dans l’accomplissement de nos choix tout au long de notre vie, quelles qu’en soient les raisons, est certainement profondément perçu par les jeunes aujourd’hui, qui en sont les premières victimes. Les solutions à apporter pour une meilleure égalité des chances, pour de meilleures chances de départ sont multiples et la tentation d’essayer de nouveaux dispositifs immédiatement s’explique par la gravité de la situation. La raison de l’élaboration d’un état des lieux est une première étape pour un diagnostic juste, pour élaborer des politiques adaptées sans conséquences néfastes et acceptées de tous (sauf de ceux qui ne reconnaissent pas les inégalités ou les estiment naturelles…). L’état des lieux  » tout le monde le connaît  » entend-on parfois. Certes. Les dispositifs à mettre en place pour corriger les inégalités ethniques et/ou sociales sont eux moins évidents. Il faudra d’abord se pencher sur ce qui a déjà été fait, améliorer et ensuite voir les nouvelles mesures indispensables à mettre en oeuvre.

 

Parmi elles, la discrimination positive fait état de paradoxes. On souhaite empêcher les distinctions sur critères ethniques, mais on veut corriger les inégalités sur cette base. Ce paradoxe doit se régler en voyant concrètement la réalité et en s’inspirant des expériences étrangères. Sachant que la crise sociale tient essentiellement, pour nous, aux obstacles dans la réalisation des désirs de chacun ; obstacles à l’émancipation de l’individu, à son épanouissement, au vivre ensemble. La France a toujours été vectrice d’un modèle républicain qui lui est propre. Elle doit réinventer ce modèle : il n’est pas à jeter, mais sérieusement à réformer.

 

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