C’est sous ce slogan résolument optimiste que les étudiants envoyés par Solar Generation ont abordé les délégations nationales présentes à la conférence des Nations Unies sur le changement climatique qui s’est déroulée à Nairobi du 6 au 17 novembre. Laura, étudiante à Marseille membre de l’asso Unis-Terre, était la représentante française de Solar Generation. Elle nous raconte son expérience. Nous reviendrons aussi sur les conclusions de cette 12e conférence.

 

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Militante de Solar Generation, Laura a gagné son passeport pour assister à la conférence des partis sur le changement climatique à Nairobi, Kenya. Bref résumé de ses aventures.

Généralement, les conférences des Nations Unies sur le changement climatique c’est plutôt délégués très officiels, tempes grisonnantes et costumes trois pièces assortis. Il arrive cependant que se glissent quelques intervenants moins conventionnels. Parmi eux, Laura, étudiante marseillaise membre de l’association environnementale Unis-Terre et de Solar Generation, la « section étudiante » de Greenpeace. Pour la grand messe de Nairobi, l’ONG avait délégué une dizaine de ses jeunes représentants internationaux. « Nous sommes venus présenter nos actions sur le terrain, leur montrer que nous agissons concrètement pour changer la donne et que c’est maintenant à eux de prendre des engagements forts car c’est notre futur qui est en jeu. »

C’est armée de cette légitimité d’actrice de terrain que Laura a troqué sa peau d’étudiante pour celle de militante lobbyiste aux côtés des ONG venues serrer la vis aux délégations nationales. Devant le stand de Greenpeace, elle et les dix représentants Solar Generation, tentent de convaincre les délégués officiels de troquer leur lanières de l’ONU contre une écharpe arborant un slogan beaucoup plus revendicatif :  » Mission possible : save the climate « . « Beaucoup ont accepté de la porter à l’intérieur de la salle de réunion. C’était assez impressionnant car quand ils intervenaient, debout et retransmis sur grand écran, on ne voyait que ça ! »

Rencontre avec la ministre de l’Environnement.

Avantage non négligeable : les jeunes de Solar obtiennent également le privilège de s’exprimer devant les délégués, les ONG et la presse durant une session officielle pour détailler leurs actions. « Ces présentations sont retransmises en direct sur le site Internet de la COP/MOP et y sont archivées. Il y a 1000 visites par mois (pendant 6 mois) sur cette page !! Pas du tout de pression pour parler en anglais devant tous ces gens… » écrit Laura sur le blog qu’elle alimente quotidiennement.

Gros stress aussi lors de la rencontre avec Nelly Olin, ministre de l’Environnement et du Développement durable. « On attendait sagement dans une salle qu’elle arrive et ses assistants ne cessaient de nous répéter « La ministre va arriver. » Le fait de l’appeler par sa fonction rendait le climat encore plus stressant. » Finalement, l’entrevue lui apportera encore plus de satisfaction que prévu. Au nom de Solar Generation, Laura lui offre un poster rassemblant 2 000 photos de jeunes s’engageant pour l’environnement prises sur les campus français. De son côté, Nelly Olin lui remet une « médaille de l’Environnement au nom de l’engagement des étudiants français ». « C’était un geste fort, cela montrait qu’elle nous avait compris et qu’elle appuyait notre démarche. »

Dans les rues de Nairobi.

Mais la COP se déroule aussi loin du centre de conférence, dans les rues de Nairobi. Le 11 novembre, Laura défile coiffée à l’Africaine, lors de la Marche pour le climat. Petite chorégraphie à l’appui elle et ses compères entament l’hymne de la « Génération Kyoto » : « Oooh, it’s hot in here, Too much carbon in the atmosphere ! Take action, take action and get some satisfaction ! »

C’est aussi dans les rues de Nairobi, et plus particulièrement du côté de ses bidonvilles que Laura découvre les combats environnementaux des jeunes kenyans. Là, inutile d’inciter les habitants à réduire leur facture énergétique : ils n’ont ni eau, ni électricité. « Leur but est d’aider les populations qui y vivent à trouver des sources d’énergies.Ils construisent, par exemple des petits panneaux solaires. Ce n’est pas grand chose, mais c’est incroyable de voir l’énergie et le temps qu’ils investissent pour les construire avec trois fois rien. Et dans les bidonvilles, tous le monde les connaît… »
Si tous les jeunes environnementalistes partagent les mêmes objectifs, les mêmes craintes pour l’avenir de la planète, Laura se rend vite compte qu’ils ne disposent pas tous des mêmes moyens. « Quand les représentants indiens ou chinois ont commencé à nous raconter les obstacles qu’ils devaient surmonter pour mener leurs projets, j’ai mesuré la chance que j’avais. En France, même si ce n’est pas toujours évident, notre action est reconnue, les administrations des facs nous écoutent et, souvent, nous laissent carte blanche. » C’est avec une motivation double qu’elle a quitté Nairobi. « Quand on a les moyens, on n’a pas le droit de ne pas en profiter pour agir. »

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Un an après la grande conférence de Montréal, véritable relance du protocole de Kyoto, la rencontre de Nairobi se voulait plus une réunion étape qu’un véritable moteur dans les négociations. Pas de décisions majeures, donc, mais des avancées, notamment sur les moyens, pour les pays en développement, de s’adapter aux changements climatiques.


« Petites ambitions, grandes réussites. » C’est ainsi qu’un négociateur occidental cité par l’AFP résume ironiquement la conférence des Nations Unies sur le changement climatique (COP) qui s’est déroulée du 6 au 17 novembre 2006 dans la capitale kenyane de Nairobi. Petites ambitions car cette 12e conférence se voulait plus une rencontre étape n’appelant pas de conclusions majeures de la part des pays participants. Grandes réussites toutes de même car, à défaut de s’engager sur des éléments concrets, les négociateurs ont néanmoins pris des décisions de principe ambitieuses.

Pour la première fois dans les négociations internationales sur les changements climatiques, les gouvernements ont ainsi reconnu qu’il leur faudrait diviser par deux les émissions globales de gaz à effet de serre d’ici 2050 s’ils voulaient contenir la hausse des températures en deçà de 2°. Une promesse qui a ravi les ONG a deux titres : l’importance du chiffre d’abord, la volonté affichée de ne pas laisser le soufflé retomber après 2012, date de fin du protocole de Kyoto, ensuite.

Car c’était bien là l’un des grands enjeux de Nairobi : faire que les États s’engagent à poursuivre leurs efforts au-delà des promesses faites à Kyoto. Et sur ce sujet, les résultats sont quelques peu mitigés. Certes, les parties signataires ont réaffirmé leur souhait de continuer le combat dans la durée, se sont entendues sur un plan de travail et ont promis d’entamer l’examen du futur protocole en 2008. Mais aucune modalité de prolongation de Kyoto n’a été mise en place et aucune date butoir de ratification proposée. Or, les ONG estiment que pour que le protocole succédant à Kyoto soit effectivement opérationnel dès 2012, il devrait avoir abouti au plus tard en 2009. Un début de négociation en 2008 leur semble donc pour le moins inquiétant, d’autant plus que, comme le souligne l’association Les Amis de la terre dans un article d’Actu-environnement : « le report en 2008 des discussions concernant l’intégration de la Chine, de l’Inde et du Brésil dans le protocole de Kyoto risque de retarder dangereusement la deuxième phase du protocole. »

Aider les pays en développement à s’adapter au réchauffement.

Première conférence à se tenir dans un pays d’Afrique sub-saharienne, cette 12e rencontre des parties a, par ailleurs, été l’occasion de se pencher sur le Fond d’adaptation. Destiné à aider les pays en développement les plus touchés par le changement climatique à faire face aux difficultés majeures qu’ils vont rencontrer dans les années à venir, ce Fond serait alimenté par une taxe sur les crédits générés par les mécanismes de développement propre (MDP) qui devrait rapporter 300 millions d’euros chaque année. Complainte des ONG : la cassette est ridiculement petite comparée à l’ampleur du désastre qui mériterait qu’on y consacre plusieurs dizaine de milliards. Selon elles, de nouvelles taxes devraient être ajoutées à celle des MDP pour pouvoir relever le défi de l’adaptation.

Les négociations officielles, elles, se sont plutôt tournées vers une question tout aussi épineuse : qui va gérer ce Fond d’adaptation ? Le Fonds pour l’environnement mondial (FEM) a bien proposé ses services, mais a rencontré plus de réticence que d’encouragement. Trusté essentiellement par des pays développés, le FEM ne laisse en effet aucun pouvoir décisionnel aux pays en développement, pourtant les premiers concernés. Les Etats-Unis et l’Australie y joueraient de plus un rôle un peu trop prégnant… pour des pays qui n’ont même pas signé le protocole de Kyoto. A Nairobi, les négociateurs ont donc fixé les principes de gouvernance que devra respecter l’organisme chargé de gérer le Fond d’adaptation : s’ils n’excluent pas totalement la candidature du FEM, ils exigeraient néanmoins que ce dernier revoit quelque peu son mode de fonctionnement.

La conférence a de plus été l’occasion de revenir sur les MDP. Ce mécanisme de flexibilité prévu par le protocole de Kyoto permet aux pays qui ne parviennent pas à respecter leurs engagements, de racheter des « crédits d’émissions » en finançant des technologies propres dans des pays du Sud. Or, pour l’heure, l’Asie, l’Inde et le Brésil sont presque les seuls à en bénéficier, au détriment de l’Afrique. Kofi Annan, pour qui Nairobi était l’une des dernières conférences internationales en tant que secrétaire général des Nations Unis, a présenté un plan visant à améliorer les infrastructures du continent afin qu’il puisse accéder aux MDP. De son côté, la France, représentée par la ministre de l’Écologie et du développement durable, a annoncé l’allocation de 2 millions d’euros au programme  » Africa Assist  » de la Banque mondiale, qui devrait permettre de lancer une trentaine de projet MDP dans la région.

Enfin, comme toute conférence internationale, Nairobi a permis de mesurer l’évolution des positions de chacun. Côté pays en développement, on refuse toujours de prendre des engagements contraignants arguant de la « responsabilité historique » des pays occidentaux dans la crise climatique. Les Européens, eux, ont joué le rôle des chantres du combat, insistant pour que la révision du protocole de Kyoto se fasse dès 2007, rappelant la création d’un fond capital-risque pour encourager l’investissement privé dans les projets de promotion de l’efficacité énergétique, critiquant le recul du Canada. La surprise est venue des Etats-Unis qui, une fois n’est pas coutume, ont montré une certaine ouverture. Conséquence des engagements pro-environnement de la Californie ou de la victoire électorale des Démocrates ? La chef de la délégation, Paula Dobriansky, a en tout cas laissé entendre que son pays pourrait bien lever son opposition à des plafonds d’émissions de gaz à effet de serre. Suite du feuilleton en novembre 2007 à Bali.

 

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