Tout le monde en parle. Un an après les violences urbaines, six mois après le CPE, le service civil – ou civique, le doute plane – obligatoire apparaît à la majeure partie de l’élite comme la panacée pour répondre aux difficultés posées par les jeunes. Délits, troubles sociaux, individualisme, chômage massif, décrochage scolaire, la trouvaille adoptée par l’UMP, l’UDF et le PS dans leur plate-forme électorale respective est censée tout résoudre.

Quel en est le principe ? L’Etat prévoit d’imposer à l’ensemble des jeunes, âgés de 18 à 25 ans, de consacrer une période de leur vie à une mission d’intérêt général. Une indemnisation minime est prévue.

Au-delà, la confusion règne. S’agit-il, afin de vivifier le lien national, de rétablir sous des formes civiles un service militaire dont certains regrettent la disparition ? De compléter les parcours scolaires par un « encadrement humanitaire », pour rendre employables des jeunes incompétents ? D’éloigner quelques mois les fauteurs de troubles des quartiers qu’ils perturbent, quitte à généraliser les travaux d’intérêt général ?

Rien n’est détaillé non plus des modalités de mises en œuvre. Va-t-on rouvrir les casernes pour accueillir les nouveaux conscrits ? Est-ce d’ailleurs une solution compatible avec l’idée d’un service social, au plus près des besoins des populations ? Attend-on des administrations qu’elles proposent les missions aux jeunes ? Mais alors, ne serait-on pas en train de remplacer les fonctionnaires dont on ne veut plus par des jeunes appelés presque gratuits, ce qui paraît inacceptable ? Les associations représentent-elles les lieux d’accueil privilégiés ? Mais, vu leur diversité, comment s’assurer qu’elles offrent suffisamment de missions vraiment utiles, et que l’objectif – quel qu’il soit – du dispositif soit réellement atteint ? Et ne risque-t-on pas une terrible discrimination sociale, les familles favorisées raflant au profit de leur progéniture les activités les plus épanouissantes ?

On le voit, hors du coût important de la mesure, que tous estiment à 3 sinon 5 ou 6 milliards d’euro par an, l’idée magistrale est encore dans les limbes.

Lorsque Animafac a réuni à Paris douze mille responsables des associations étudiantes qui composent le réseau au printemps dernier, nous avons pourtant bien cerné ce qui apparaît comme l’enjeu premier. Si de très nombreux jeunes espèrent un monde plus juste, plus solidaire, plus durable, et s’engagent massivement dans des projets collectifs, ils se tiennent bien à l’écart d’un système institutionnel qui les néglige. La tradition démocratique s’étiole. Avec l’indifférence croît la distance. Voilà pourquoi l’idée d’un service civique nous séduit sincèrement. Car, aujourd’hui, les meilleurs instruments pour lutter contre le chômage, les incivilités ou les discriminations se heurtent à la défiance qui gangrène notre société.

Mais s’il s’agit de vivre mieux ensemble, mieux vaut certainement convaincre que contraindre. L’obligation seule est une pauvre manière, improductive. Puisque nous déclarons massivement notre désir d’action utile, prenez nous au mot et encouragez notre participation. Favorisez le brassage social, mais pas dans des casernes où, d’ailleurs, les officiers distingués savaient parfaitement s’isoler des fils du peuple 2e classe.

A l’aube de la campagne présidentielle, Animafac se réjouit que, pour une fois, la jeunesse soit un sujet qui compte dans le débat public. Encore faudra-t-il éviter le piège au combien menaçant du paternalisme. L’émancipation comme apprentissage actif des droits et devoirs des citoyens représente un horizon bien plus motivant. Travaillons y ensemble.

 

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