Le réseau Animafac s’exprime

Mélanie Gratacos, déléguée générale d’Animafac : « Animafac étant un mouvement associatif dirigé par des jeunes, nous sommes naturellement très investis sur toutes les questions ayant trait à la participation des jeunes. Nous menons d’ailleurs très régulièrement des campagnes dont l’objectif est d’encourager leur engagement. Nous nous sommes donc vraiment réjouis de la mise en place du service civil volontaire, car il nous apparait comme un vrai  » déclencheur d’engagement « . De nombreux jeunes qui n’étaient pas engagés auparavant explorent via ce dispositif l’action associative et y prennent goût. L’indemnité permet à tous de vivre cette expérience, quelle que soit leur origine sociale et l’aide que peut leur apporter leur famille.

Avec le service civil volontaire, les jeunes s’investissent 6 , 9 ou 12 mois dans un projet associatif : ils se sentent utiles, acteurs de la société. Et surtout, cette expérience a un impact durable sur ceux qui en ont bénéficié. Il n’est pas anodin que lors de leur mobilisation pour défendre le dispositif mardi 26 février à Paris, les volontaires ont écrit sur une banderole « Volontaire un jour, citoyen toujours« . »

« Nous souhaitons qu’il y ait une politique de jeunesse ambitieuse en France« , explique la déléguée générale d’Animafac.  » Dans notre pays, les clichés associés à la jeunesse sont en général peu flatteurs. Nous sommes perçus tantôt comme une menace, tantôt comme un public qu’il faut occuper par le biais d’une offre de loisir. Le service civil volontaire est l’occasion, pour une fois, de parier sur les jeunes, et de les considérer comme une véritable ressource. C’est un signe positif envoyé aux jeunes et c’est pourquoi nous nous mobilisons pour qu’il perdure au-delà du 31 mars. Qu’il perdure et qu’il monte en puissance, voire devienne un service civil volontaire universel.

Lorsqu’il a reçu les syndicats étudiants le 16 janvier 2008, le président de la République Nicolas Sarkozy a annoncé qu’une « politique de jeunesse » serait prochainement initiée, et qu’elle toucherait notamment aux questions de l’emploi et de l’engagement des jeunes. Nous ne comprendrions donc pas que le service civil volontaire, qui favorise cet engagement, soit remis en cause. »

Outre l’utilité civique, Mélanie Gratacos voit également une utilité sociale au dispositif : « C’est la possiblité pour les associations étudiantes de mobiliser de nouvelles énergies, et donc d’investir de nouveaux champs d’action, grâce à des individus qui se consacrent de façon stable au projet« .

 

A Nice, l’association étudiante Kulth mène des actions culturelles et événementielles, elle édite également le magazine culturel l’Inkulth. Le service civil volontaire a été un véritable coup de fouet pour ses actions. »Dès qu’on a entendu parler de la possibilité d’accueillir un volontaire, on a sauté sur l’occasion » explique Julie, rédactrice en chef du magazine. « La production du journal nous demandait un suivi régulier, et nos bénévoles galéraient, nous manquions de coordination. Sophie, membre actif de Kulth, était disponible à la rentrée parce qu’elle rentrait de voyage. Elle est devenue la première volontaire de notre association. En vrai chef d’orchestre du magazine, contenu, délais de fabrication et support étaient sous sa responsabilité : elle a nous a donné à tous du boulot et a bien motivé toute l’équipe. Résultat de ces six mois : une visibilité accrue sur Internet et notre régie publicitaire gérée par la Strada, LE mag culturel gratuit en région PACA ! On n’aurait jamais eu le temps de réussir cela sans un volontaire dédié précisément à ce projet« . Depuis septembre 2007, l’association s’est lancée dans le volontariat pour 9 mois avec Samuel.

Aujourd’hui, tous les membres de l’association sont très inquiets. « L’apport du service civil volontaire à la vie culturelle et associative est d’autant plus fort à Nice, que la ville compte peu d’acteurs culturels locaux. Sur le campus de lettres, une seule association culturelle existe : un labo photo ! Rien n’est prévu pour soutenir l’engagement des jeunes localement. Ce dispositif national permet de maintenir à flot quelques initiatives et constitue un soutien vital au fonctionnement de notre association : s’il disparaît, l’avenir de Kulth est menacé » .

 

A Lille, le CENA, Collectif des étudiants pour une nouvelle Afrique, a vu ses actions d’accueil des étudiants étrangers dynamisées par le service civil volontaire. « Nous avions besoin de travailler l’été sur le projet de « semaine d’accueil des étudiants étrangers » qu’on avait prévu pour la rentrée« , explique Amadou, coordonnateur du collectif. « Je me suis donc proposé pour faire un volontariat à partir de juin, ce qui a permis à l’association de m’impliquer à temps plein sur l’organisation de l’événement : plaquette, recherche de partenaires, flys… Avec Camélie, ma tutrice, nous faisions des points hebdomadaires pour nous motiver. L’événement a été un succès : 300 étudiants ont participé à la semaine du 24 au 30 septembre sur le campus. Le service civil volontaire a été un vrai tremplin : en un an, le CENA est devenu l’interlocuteur incontournable de l’université et des partenaires de la vie étudiante. » Cette année, deux nouveaux volontaires mettent sur pied un projet d’animation au quotidien des cités universitaires de Lille et élargissent l’activité de l’association à la prévention SIDA et MST. Des nouveaux projets porteurs que la menace de supression du service civil vient mettre à mal.

 

Pour la Croix-Rouge, un outil civique et citoyen précieux

La Croix-Rouge française accueille également des volontaires. « Nous sommes rentrés dans le dispositif du service civil volontaire pour continuer d’affirmer notre vocation civique et citoyenne, pour offrir une expérience de vie à des jeunes de tous horizons, et pour promouvoir l’échange intergénérationnel« , explique Caroline Soubie, responsable du service jeunesse au sein de la Croix-Rouge. Par le biais du tutorat notamment, une relation particulière s’installe entre un jeune ayant un projet à porter et un aîné pouvant l’encourager et le conseiller. L’association compte sept missions phares, parmi lesquelles l’accompagnement individuel des personnes âgées, ou l’animation auprès des jeunes d’actions d’éducation à la santé. Elle propose un parcours pédagogique au jeune qui s’engage, autour de quatre fondamentaux : une formation technique liée au contenu concret de sa mission, une formation autour des valeurs civiques, une formation avec des tuteurs, et la réalisation d’un projet individuel. « L’association a pris le temps de réfléchir à ce parcours pédagogique avant de se lancer dans l’accueil de volontaires« .

Depuis mai 2007, la Croix Rouge a accueilli une quarantaine de volontaires au sein des délégations et de ses différents établissements. »Ces premières expériences ont permis de créer une réelle dynamique au sein du réseau. Le dispositif répond visiblement au besoin de nombreux jeunes de se sentir utiles, et au besoin des associations d’initier de nouveaux projets. Dans une délégation par exemple, un jeune est arrivé en disant : « je veux travailler sur la diffusion du droit international humanitaire ». La délégation lui a donné carte blanche pour développer son projet. »

 

Pour la Ligue de l’Enseignement, un engagement fort

« Nous nous sommes engagés dans le service civil volontaire parce que c’est une excellente manière pour les jeunes de découvrir l’engagement associatif et d’apprendre. C’est également quelque chose d’enrichissant pour nous » explique Nadia Bellaoui, secrétaire nationale de la Ligue de l’enseignement déléguée à la jeunesse. A ce jour, 250 volontaires s’engagent pour des missions de 9 mois au sein de la Ligue de l’enseignement, sur l’ensemble du territoire. Comme le détaille le site de l’organisation d’éducation populaire spécifiquement consacré au volontariat www.volontairealaligue.org/, les champs d’intervention sont très divers : 24 missions différentes sont possibles au sein de 5 grandes catégories : éducation, citoyenneté, sport, environnement, santé. « Cela va de la démocratie lycéenne avec la formation de délégués de classe en « citoyenneté » à l’accompagnement de structures pour la mise en place de leur agenda 21 en « environnement », en passant par l’accompagnement scolaire, ou l’organisation de rencontres sportives« , énumère Nadia Bellaoui.

 

Nadia Bellaoui exprime ses craintes quant à l’avenir du service civil volontaire. « Il y a de quoi s’inquiéter. Le fait que l’on pose la question d’un service civique universel ne doit pas casser la dynamique d’expérimentation qui s’opère aujourd’hui. L’articulation entre volontariat, salariat et bénévolat est fine et il serait nécessaire de changer les mentalités pour que la particularité du volontariat soit assise dans notre société. En attendant de trouver une solution à grande échelle, il ne faut pas supprimer les petits soubresauts, la culture de volontariat qui est entrain de se créer avec le travail qu’a mené l’association Unis-cités et la dynamique qu’entraînent les 3000 volontaires actuels.

Le financement des indemnités pose un problème budgétaire : parmi les options évoquées, le gouvernement a proposé de garder le côté service civique et de limiter la durée de la mission à 100 heures. Mais 100 heures ne permettent de faire que des tâches répétitives, des travaux d’intérêt général : il faut une vraie expérience de vie pour que cela change quelqu’un, que ça laisse des traces.

Ce qui est sûr, c’est qu’aujourd’hui il n’y a plus de moyens pour un service civil volontaire qui existe, et qui commence à porter ses fruits. »

 


 

LE POINT DE VUE DE JACQUES HENRARD, PRÉSIDENT DE LA CONFÉRENCE PERMANENTE DES COORDINATIONS ASSOCIATIVES

 

Jacques Henrard, président de la Conférence permanente des coordinations associatives (CPCA) : « Le service civil volontaire émane d’une véritable demande du monde associatif. Ce dispositif permet à des jeunes de prendre part de façon indépendante, voulue, à un projet d’intérêt général pendant une partie de leur vie. C’est une bonne chose, cette expérience constitue une forme d’apprentissage de la citoyenneté qu’il faudrait d’ailleurs mieux reconnaître. Non pas avec des mesures peu adaptées, l’idée de proposer des facilités fiscales alors que cette mesure ne concernerait pas les revenus non imposables me semble par exemple contre-productive, mais plutôt dans le cadre d’une reconnaissance pédagogique des engagements associatifs dans le cursus universitaire ou dans le parcours de formation. »

 


 

EN SAVOIR PLUS :

– L’association étudiante Kulth :

www.kulth.org/kulth/kulth.php

– L’association étudiante Cena :

www.cena-asso.info/

– Le service civil volontaire à la Ligue de l’enseignement :

www.volontairealaligue.org/

– Le service civl volontaire à la Croix-Rouge :

www.croix-rouge.fr/goto/aide…

– La Conférence permanente des coodinations associatives :

http://cpca.asso.fr/

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