Nous contribuons souvent à un projet sans nous soucier réellement de ses résultats à long terme. Nous continuons malgré tout, rêvant d’être acclamés par des populations dont nous aurions, en trois semaines, bouleversé l’existence. Mais soyons lucides : ne serions-nous pas plus utiles ici que là-bas ?

 

Venir en aide à des populations qui souffrent ? Très bien. Former une équipe, monter un projet, trouver quelques sponsors, partir en voyage un mois. Et puis… Et puis rien.

 

Malheureux à dire mais plus de la moitié (ne soyons pas cruels) des projets étudiants de solidarité internationale sont réalisés précipitamment, sans partenaire, ni réflexion. Pourtant les motivations sont réelles. Animés d’un désir – ou d’un sentiment de devoir peut-être – de donner à ceux qui n’ont pas eu les mêmes chances qu’eux, les jeunes hésitent rarement à se lancer dans la conduite de projets de développement.

 

Dès lors, pourquoi leur est-il si difficile de s’interroger sur la légitimité et l’efficacité de “ l’aide ” qu’ils apportent ? Les problèmes sont complexes et la réflexion demande un réel effort. Difficile de maîtriser tous les enjeux, difficile d’admettre que la portée d’une action se révèle limitée.

 

Ne dissimulons pas. Même si les projets ne sont pas viables, partir se révèle gratifiant. Les amis admiratifs et parfois envieux, les parents fiers de leur progéniture, les journaux locaux qui relaient l’information, les amis que l’on se fait sur place et qui remercient… Partir est une expérience fabuleuse. Mais une expérience d’échange, de découverte de l’autre et non pas une contribution au développement du village X.

 

Un projet de développement exige le plus souvent une longue maturation, la construction de partenariats (…) solides, un questionnement sur la durabilité des actions, une réalisation sur plusieurs années. Un cyber café ? Parfait. Mais a-t-on pensé aux coupures d’électricité régulières, à la maintenance, aux pièces de rechange, à l’achat des logiciels, à un gérant pour s’occuper de la structure, aux assurances en cas de vol, à ce qui sera fait des fonds récoltés… Combien d’équipes assurent un véritable suivi de leurs projets ? On le promet à ses sponsors et puis on quitte l’association, laissant à d’autres le soin de remplir les compte- rendus.

 

Pourquoi ne pas se pencher davantage sur ce que qui peut être fait ici ?

 

Les collectes. La phrase est répétée, entendue mais rarement écoutée : il faut apprendre à écouter ceux que l’on veut aider. Si organiser des collectes de dons est honorable, répondre à une demande et pallier un manque ne pouvant pas être comblé sur le terrain est encore plus respectable. Dons de sang, dons de matériel : même combat. La collecte n’est jamais facile et une erreur de groupe sanguin, tout comme une erreur de livre scolaire, peut se révéler désastreuse. Les effets néfastes en sont simplement moins visibles à court terme. Une collecte pour offrir les moyens d’imprimer des ouvrages conçus sur place semble une meilleure alternative.

 

Le commerce équitable. En réduisant le nombre d’intermédiaires entre producteur et consommateur final, cette forme de partenariat commercial garantit un revenu acceptable à de petits producteurs des pays en voie de développement. Si le commerce équitable n’a pas vocation à devenir la forme commerciale prédominante dans les échanges mondiaux, il est néanmoins encore sous-développé en France. C’est au quotidien que chacun peut décider de consommer des produits labellisés commerce équitable. A supposer que le label soit fiable, les résultats de cette consommation sont sans aucun doute positifs dans les pays du Sud.

 

Les campagnes d’opinion. Non, les campagnes ne sont pas inutiles. On aura beau construire des écoles privées, l’accès à l’enseignement ne se développera que lorsque les politiques auront décidé que l’éducation est cruciale pour le développement. Le temps qu’ils se décident… Le lobbying dans ce cas devient un outil essentiel d’action. Réagissons. D’abord ici.

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