ANIMATEUR
– Emmanuel Frochot :
président d’IASTAR

 

L’IDENTITE D’UN MEDIA ETUDIANT

 

Le débat de cette matinée est axé autour de la question de la légitimité d’une identité étudiante. Avec des médias étudiants qui se professionnalisent et un champ de diffusion dépassant le plus souvent le cadre du campus, comment alors affirmer des valeurs et une identité étudiante à travers ce média ? Qu’est-ce qui définit cette identité étudiante ? Comment la légitimer lors de la recherche de financement ? Comment préserver l’identité d’un média quand l’équipe, mouvante par définition, se renouvelle chaque année ?

Si beaucoup d’intervenants s’accordent à dire que cette identité s’inscrit dans un territoire, comme une alternative à l’existant, elle se définit pour beaucoup par son caractère citoyen, un état d’esprit curieux, un appétit de découverte et une volonté de partage. La vie étudiante se situe à un âge d’apprentissage où le média est avant tout perçu comme un terrain d’expérimentation. Malgré tout, certains préfèrent l’entrée « jeune » pour éviter l’écueil d’être « étudiant contre le reste du monde » ou par peur du communautarisme.

 

Plus encore, beaucoup de participants à l’atelier rattache cette question de l’identité du média spécifiquement étudiant à la notion d’indépendance. A travers ce tour de table et les différentes idées liées à la notion d’indépendance, il est clair que le caractère « étudiant » n’est pas lisse et homogène.

 

En premier lieu, pour exister pleinement, le média étudiant doit s’assurer de son bon fonctionnement et son caractère « étudiant » le rend éligible à certains fonds dédiés (ex : FSDIE). La question du financement dans la définition de l’identité est donc vue comme une porte d’entrée à prendre en compte même si un média ne saurait être restreint à sa seule capacité financière.

 

Beaucoup de médias, notamment les radios campus très représentées lors de ces ateliers, comptent des salariés. Le plus souvent, cette équipe salariée se compose d’étudiants investis de longue date dans le média. Des professionnels, d’abord militants pour l’association, mais parfois également des professionnels issus directement du monde médiatique. Cette question de la professionnalisation des médias étudiants n’excluant en rien le professionnalisme des équipes rédactionnelles proprement étudiantes. Au contraire, il est bien souvent reconnu par les autres médias, même si cette expérience n’est pas toujours facile à valoriser.

 

Ces salariés du média sont ainsi devenus des référents appui/conseil pour les bénévoles actifs et même des initiateurs pour les nouveaux venus qu’ils forment aux techniques radiophoniques. Certains médias pensent même au renouvellement de leur équipe en même temps qu’à la promotion de leur média en faisant des interventions dans les lycées. Une gestion par un noyau dur avec une longue expérience du média à qui il incombe de faire perdurer les valeurs importantes liées à son identité. Aussi, certains s’interrogent sur le bien-fondé de la création de médias de filières (information-communication) intégrés dans les cursus sous forme de travaux pratiques alors même que le média étudiant se caractérise pour beaucoup comme un média ouvert à tous, hors des cloisonnements de cursus. La nécessité de faire perdurer le projet associatif dans le temps a ainsi progressivement fait glisser la conversation sur la question cruciale de la recherche de financements ; entre recherche de pérennité du média, et préservation de son identité propre.

 

Dans cette recherche d’indépendance, tout le monde s’accorde à diversifier les sources de financement pour garantir son autonomie. Mieux vaut alors plusieurs partenariats financiers modestes qu’un seul gros financement institutionnel qui peut fragiliser la structure dans le temps.

 

Avec cette diversité financière recherchée se pose également la question cruciale de l’indépendance rédactionnelle : quelle impact les bailleurs de fonds peuvent-ils avoir sur les choix éditoriaux ? Quelle médiation possible ? Faut-il choisir un moyen terme pour ménager la chèvre et le chou ?

 

A Montpellier, un média étudiant de vulgarisation scientifique pense déjà à l’émergence des pôles de compétitivité, envisagée par le Ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche.. Si ces redéploiements des départements de recherche apparaissent dramatiques dans leurs mises en oeuvre, ils représentent également une véritable opportunité et il faudra savoir tirer son épingle du jeu dans les débouchés financiers qu’ils pourront offrir. Un opportunisme à assumer qui fait planer l’ombre de la censure… Quelle liberté rédactionnelle quand la main-mise financière est trop importante ? Malgré tout, d’autres intervenants ne voient pas gros risque : le public jeune est une cible convoitée par les investisseurs, ce qui donne des arguments de poids aux médias étudiants dans leurs négociations avec des partenaires financiers privés. Si le choix de la publicité est facilement adopté par certains, d’autres s’y refusent pensant y « perdre leur âme » face à des investisseurs privés proposant jusqu’à des émissions dédiées à leur thématique (banques, assurance maladie…) Somme toute, le recours à la publicité reste un choix politique, une option prise par l’association. Ce débat soulevé par l’arrivée de la publicité dans les programmes ou entre les programmes entraîne plusieurs mise au point lexicales et législatives. Ainsi, on différencie le « sponsoring de chronique » du « publi-reportage » qui ne sont pas régis par les mêmes réglementations. De même, il est souligné par certains participants que ne pas faire de publicité ne sous-entend pas forcément être indépendant ! L’argent permet parfois d’assurer l’indépendance du média ; un média étant entendu par tous comme un endroit stratégique de prise de parole. De même, la radio associative ne veut pas forcément dire militantisme, engagement et diversité. Être associatif n’est pas un gage de probité…

 

Pour être en accord avec son projet associatif et son objectif de communication sociale et d’information de proximité, certains compensent ainsi les publicités liées aux partenariats financiers avec de la publicité gratuite pour des événements associatifs. De même, le placement des publicités dans les programmations est choisi avec soin pour privilégier un confort d’écoute.

 

Afin de contourner cette problématique financière, certains n’ont pas tenté l’aventure en FM en créant une webradio qui a le double avantage de limiter les coûts mais également les difficultés techniques liées à l’émission sur la FM. Pour les médias écrits, des partenariats de proximité sont facilités grâce à des partenariats de valeurs : le dynamisme des étudiants se reconnaît dans la créativité et le développement des PME de quartiers populaires. Ces structures visant les jeunes des quartiers, des encarts publicitaires viennent aisément trouver leur place dans le journal étudiant. L’éthique du journal est également respectée, faisant ainsi la promotion d’entreprises de jeunes du quartier qui ont réussi.

 

 

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