Comment est né cafebabel.com ? Comment en définiriez-vous le projet en quelques mots ?

Cafebabel.com est né de la rencontre d’une poignée d’étudiants Erasmus à Strasbourg, qui ont eu envie de créer un média européen, considérant que le traitement de l’Europe par les grands titres  était trop national. Il s’agissait de créer une plateforme d’expression en ligne de la jeunesse européenne, dans l’idée de contribuer à l’émergence d’une opinion publique en Europe. Le web s’est imposé assez vite comme le support naturel, du fait d’une spécificité très importante de cafebabel.com qui est le multilinguisme. Les premières versions étaient traduites en quatre langues : français, anglais, italien et espagnol.

Le projet se caractérise également par sa dimension de journalisme citoyen, participatif, qui consiste à donner la parole à la jeunesse, sans demander leur carte de presse aux rédacteurs. La dernière spécificité de cafebabel.com est sa perspective européenne, dans une dynamique comparative qui permet de pouvoir dépasser les frontières : un sujet est traité de plusieurs point de vue, ce qui donne naissance à un contenu européen et transnational, s’adressant au public de l’eurogénération, la première génération qui vit l’Europe au quotidien et a besoin de s’identifier avec un média capable d’englober tout le continent européen.

Quelles sont le grandes étapes de l’histoire de cafebabel.com ?

L’association a été créée à Strasbourg en 2001 et s’est étendue dans plusieurs pays l’année suivante, avec la création de rédactions locales à travers l’Europe. Au bout d’un certain temps, le travail à distance s’avérant être un peu compliqué, Adriano Farano, Simon Loubris et moi-même avons décidé de créer la rédaction centrale européenne de cafebabel.com. C’est la première étape de professionnalisation. Après une année consacrée à chercher des subventions, l’association s’est structurée et de nouvelles versions linguistiques ont été lancées : la version allemande en 2005 et la version polonaise en 2006. Récemment nous avons procédé à des évolutions techniques, avec le lancement de la plateforme des blogs et la mise en place d’un nouveau système de gestion des contenus, accessible directement depuis le profil des « babéliens ».

Cafebabel.com, ce sont aujourd’hui dix personnes à plein temps, dont six salariés, deux volontaires en service civique et deux stagiaires. Notre réseau est formé de vingt-quatre rédactions locales constituées en city-blogs à travers l’Europe, et nous comptons 10 000 inscrits à notre communauté pour 370 000 visiteurs et 650 000 pages vues, en six langues.

Comment fonctionne cafebabel.com ?

Le mode de fonctionnement est celui du journalisme participatif. Nous avons cru dès le début à la capacité d’un réseau de bénévoles à produire un contenu de qualité et disposons aujourd’hui d’un réseau d’à peu près 1 500 contributeurs, auteurs et traducteurs, qui sont tous bénévoles. Dans le jargon, nous faisons ce que l’on appelle du journalisme « pro-am ». Cela veut dire que toutes les contributions sont rédigées par des amateurs et éditées par des professionnels.

Nous avons ici à Paris une équipe de journalistes professionnels qui font un travail de sollicitation de contenus, d’édition et de publication des articles. Les éditeurs envoient sur l’interface de publication des appels à articles, auxquels des gens répondent, en prenant contact avec l’éditeur responsable de la version linguistique et en leur envoyant ensuite un synopsis. S’il est validé, ils écrivent et envoient leur article, qui est alors édité. La rédaction fait un travail de vérification, ajoute les photos et envoie l’article à des traducteurs bénévoles, les traductions faisant à leur tour l’objet d’une édition par les responsables linguistiques.

Les contributeurs peuvent aussi proposer spontanément des articles à la publication, qui feront là aussi l’objet d’une validation et d’une édition. Enfin, les éditeurs publient également des articles intéressants trouvés sur les blogs de notre réseau et font parfois appel aux rédactions locales, pour des événements particuliers : par exemple, du fait des crises que traversent en ce moment la Belgique et la Grèce, les contenus des cityblogs de Bruxelles et d’Athènes sont fréquemment repris dans la partie magazine.

Dans quelle mesure cafebabel.com se définit-il comme un webmédia ? Quelles ont été les raisons du choix du support Internet au lancement du projet ?

Le choix est au début guidé par la nécessité : nous n’avions alors pas d’argent et faire un média multilingue print aurait été très coûteux. Mais ce choix est devenu un choix de cœur, le média web correspondant parfaitement à notre idée d’un journalisme fait par une communauté. Internet offre une grande souplesse et permet un réel dialogue avec les utilisateurs. Ces derniers sont placés au centre du processus éditorial de cafebabel.com : il n’y a pas de séparations entre un lecteur lambda et un auteur ou un traducteur.

Nous explorons un nouvel espace d’expression et ne considérons pas qu’une contribution se limite à un article ou une photo : ce peut être aussi un commentaire, un post dans un blog ou un reportage. Nous avons donc étendu la palette des contributions par la constitution d’un média proche de ses lecteurs, à qui il donne la parole. On se retrouve donc pleinement dans ce média web qui offre également la possibilité de faire des liens vers d’autres sites, d’inclure des sons, des vidéos ou d’être consulté sur plusieurs supports.

Le web a-t-il également été pour vous un outil de travail, par exemple pour constituer vos équipes  ?

Le web a été notre premier outil de travail. Si nous n’avions pas eu Internet, nous ne serions pas parvenus à dépasser les frontières. Dès 2001, nous faisions des conférences de rédaction en ligne ; l’élément virtuel a été constitutif de cafebabel.com.

Pour la formation des équipes, il y a eu beaucoup de bouche à oreille. L’humain reste indispensable. Il faut toujours localement une équipe qui anime le projet. Toutes les rédactions locales de cafebabel.com sont des associations membres de l’association Babel International. Mais le recrutement passe aussi beaucoup par le web. Les partenariats médias que l’on fait, les campagnes médias sur Facebook permettent d’attirer de nouveaux membres.

Quels sont les projets de cafebabel.com ?

Tout d’abord de confirmer notre modèle pro-am, avec le défi d’avoir toujours plus de contributions et de babéliens dans notre réseau. On réfléchit également à une meilleure intégration de l’interface communautaire des blogs dans le magazine, ainsi qu’à une nouvelle forme que nous voulons donner au média, avec une sélection visible et éditorialisée en homepage et une long trail formée par la masse des contenus.

Un autre objectif est l’extension et la consolidation de notre réseau de rédacteurs. C’est pourquoi nous continuons de faire des appels à auteurs, en expliquant que cafebabel.com est un média dont on peut s’emparer. Cette forme du média participatif peut représenter une nouvelle forme d’engagement pour la jeunesse européenne et constitue, à mon sens, un beau mode d’expression de la société civile européenne.

 

Cet article fait partie du dossier Les médias étudiants et le web

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