Après les assises nationales de la vie associative en 1999 et la célébration du centenaire de la loi de 1901, la politique associative du gouvernement affiche des objectifs ambitieux, comme l’atteste la récente signature d’une charte d’engagements réciproques entre l’État et les associations. Commandé par les Ministres de l’Emploi et de la Solidarité et de l’Education Nationale à Guillaume Houzel, président du conseil de l’Observatoire de la vie étudiante, ce rapport se penche sur le sujet mal connu des engagements étudiants.

La crise du rapport aux institutions et le déficit du lien politique touchent en particulier les jeunes. Plus profondément, c’est le vivre ensemble qui est menacé par la désagrégation des habitudes politiques. Et ce, d’autant plus que l’évolution des temps de vie libère des disponibilités et pose de nouveaux enjeux de socialisation. Or, devant l’urgence des difficultés sociales et du combat contre l’exclusion, les réponses publiques visent principalement des objectifs d’ordre matériel. Pour accroître leur efficacité et nouer de nouveaux liens entre les citoyens, il apparaît pertinent de les impliquer davantage à l’étape de la conception des politiques (démocratie locale) mais aussi au cours de leur mise en œuvre (participation des habitants aux politiques publiques).

Les jeunes et les étudiants sont en particulier tout disposés à agir plus et mieux. Alors qu’on les taxe souvent d’individualisme voire de veulerie, 70 % d’entre eux déclarent leur désir d’engagement associatif. Il apparaît sans conteste qu’ils portent des valeurs solidaires et démontrent une grande sensibilité envers les difficultés qu’ils observent, à l’instar de leurs voisins européens. Tandis que traditionnellement, peu est fait pour favoriser leur engagement, soit par incompréhension de leurs attentes, soit par méfiance devant leurs activités, la vitalité des associations qu’ils fondent ainsi que de récentes expériences sur le terrain de l’intervention sociale bénévole montrent un potentiel extraordinaire. Encore faut-il analyser finement leurs motivations et être déterminé à dépasser les obstacles recensés.

Dans la culture française, le bénévolat reste presque indissociable de l’idée d’association. Ce n’est pas partout le cas. Les anglo-saxons connaissent aussi bien des bénévoles sans association, que des associations sans bénévoles, uniquement constituées d’intervenants professionnels, soutenues par des donateurs.

Il est utile de dresser la liste des différentes fonctions des associations qui tout à la fois opèrent, expertisent et innovent, mais encore vivifient la culture démocratique. En un siècle d’existence officielle, elles sont devenues un pilier essentiel de la République.

Les bouleversements qu’elles ont connus en termes de champs d’action de plus en plus vastes, de moyens toujours croissants et de manière d’opérer jamais stabilisées méritent un examen approfondi. Ainsi, ces vingt dernières années, la professionnalisation de beaucoup d’entre elles transforme fondamentalement la place et la nature du bénévolat en leur sein. À vrai dire, trop nombreuses sont celles qui se sont accoutumées à être presque désertées par des bénévoles, à tout le moins à échouer à séduire de nouveaux militants.

Il est tentant de « persévérer dans l’être » sans se poser de questions dérangeantes mais cruciales, d’autant que la puissance publique se montre bien plus exigeante dans l’évaluation de la gestion administrative et des résultats opératoires qu’en matière de participation démocratique.

Il est vrai qu’il n’est pas aisé de concilier les traditions qui font la richesse culturelle de beaucoup d’associations et l’ouverture nécessaire à de nouvelles pratiques et à de nouveaux bénévoles. Or, ce sont bien de nouveaux comportements d’engagement que l’on peut observer, qui touchent bien au-delà des jeunes l’essentiel de ceux qui s’engagent au 3e millénaire pour la première fois, par exemple parmi les « jeunes retraités ».

Ainsi, d’affiliataire, l’engagement est devenu contractuel. Auparavant collectif, il est désormais davantage individuel. Le bénévole d’aujourd’hui est plus sensible à l’activité qu’il mènera personnellement, conçu à la fois comme travail et comme engagement, qu’à l’objet général de l’association qu’il rejoint.

Dans le même sens, le rapport au politique évolue : l’appétence de valeurs et de principes se conjugue très bien avec le rejet des discours et de la conceptualisation, au bénéfice d’une conception de l’action concrète. Les étudiants sont particulièrement porteurs de ces comportements très loin des habitudes associatives. Leur altruisme se nourrit d’une volonté de se tester et de s’exprimer eux-mêmes alors qu’ils se méfient des identités collectives et s’inquiètent de tout système délégataire et représentatif.

Bien sûr, les engagements étudiants eux-mêmes n’ont pas toujours ressemblé à ce nouveau modèle. Dans un monde universitaire dominé par les mandarins, seuls l’esprit corporatiste et les mouvements syndicaux et politiques avaient traditionnellement droit de cité.

Les transformations de l’enseignement supérieur ont été formidables : explosion des effectifs, dispersion des sites d’enseignement et nouveau rapport au territoire, nouvelle mission pédagogique, diversification des parcours et des identités étudiantes. Pour les universités, la vie étudiante n’est apparue que tout récemment comme un sujet digne d’intérêt.

En particulier, des politiques d’encouragement des engagements étudiants prennent actuellement leur essor, en dialogue notamment avec le jeune réseau Animafac comme incarnation du mouvement associatif étudiant.

Aujourd’hui, trois types d’engagés étudiants peuvent être distingués. Le représentant a le goût classique de la discussion et de l’administration. L’entreprenant préfère avec une équipe souvent restreinte fonder une association et conduire un projet. L’intervenant rejoint quant à lui un dispositif établi pour s’épanouir dans un bénévolat à vocation fréquemment sociale.

Cette mission à permis d’identifier les initiatives les plus probantes, comme celles du Génépi ou du dispositif Acte qui montrent qu’il est possible de développer utilement et rapidement le bénévolat étudiant. Un modèle de développement peut être imaginé à partir de ces expériences de référence, qui passe par une communication efficace auprès des étudiants, la définition claire des programmes d’action, la mise en œuvre de formation et d’un encadrement à la hauteur, l’organisation de l’articulation entre les bénévoles et les professionnels agissant dans le même domaine.

En outre et même si cette tâche est plus difficile, il s’agira systématiquement de lier encouragement au bénévolat et effort de socialisation politique. Le processus délibératif, la volonté d’analyser et de convaincre doivent regagner du terrain.

Une logique de développement local est possible, autour de la fondation de centres locaux du bénévolat étudiant ; des ambitions sectorielles le sont tout autant : plus d’une vingtaine de programmes intéressants a été recensée parmi lesquels l’accompagnement scolaire, la prévention sanitaire, l’appui aux projets des habitants… Il importe enfin d’encourager dans le même temps l’esprit d’initiative parmi les étudiants, qui s’avère porteur de créativité et d’innovation et permet l’acquisition de compétences sociales et professionnelles très utiles à l’insertion de jeunes citoyens dynamiques dans notre société.

L’intégralité du rapport est disponible à la documentation française.

 

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