Les étudiants sont rarement perçus comme des acteurs potentiels dans le domaine du développement local et de la solidarité de proximité : d’une part parce qu’on attribue à la vie associative étudiante une dimension autocentrée, et d’autre part car on pense que seuls des professionnels sont à même d’agir dans ce domaine, notamment au sein des quartiers de politique de la ville. Pourtant, les initiatives en la matière sont nombreuses et variées.

Partant de constat, Animafac a décidé d’approfondir, à l’échelle nationale, son chantier sur le développement local. Dans un premier temps, il s’agit de recenser les projets étudiants ayant trait à l’environnement urbain, et de leur donner davantage de visibilité.

Dans ce cadre, Animafac a organisé une première rencontre nationale sur le développement local, au sein du colloque « le pouvoir d’agir des étudiants » organisé à l’Université de Paris 8. Le séminaire poursuivait dans le champ de la solidarité de proximité l’un des objectifs du colloque : la valorisation l’engagement bénévole étudiant et ses impacts positifs.

Ce séminaire a pris la forme de deux temps de rencontre :
– Une table ronde au sein du colloque sur le thème « Agir en ville »
– Un atelier de travail avec des associations étudiantes actives sur cette question

Table ronde : « agir en ville »

Bachir Boubaker, chargé d’insertion sociale et professionnelle des jeunes de la ville d’Evry
Aissata Ba, étudiante à l’Université de Saint Denis
Nicolas Delesque, secrétaire général de l’AFEV Modérateur : Jean Bourrieau, Délégation Interministérielle à la Ville

Il s’agissait de montrer les différentes modalités d’engagement des étudiants dans le registre solidaire ou de développement local : action culturelle, protection de l’environnement, soutien scolaire, etc.

Animé par Jean Bourrieu, le débat a permis à différents intervenants de présenter des actions auxquelles participent des étudiants dans le domaine du développement local. Bachir Boubaker a évoqué les nombreuses associations créées par de jeunes étudiants issus des quartiers dits difficiles. Certaines réalisent de l’accompagnement scolaire, d’autres organisent des conseils de quartier afin d’impliquer davantage les jeunes dans le processus de démocratie participative.

Aissata Ba a fait part de son engagement au sein d’associations de femmes dans les quartiers, qui visent à favoriser l’engagement citoyen et à faire émerger de nouvelles sociabilités.

Nicolas Delesque a quant à lui présenté son association dont la mission est de faire agir les étudiants dans la ville. Ils sont aujourd’hui 5000 jeunes à s’y impliquer en consacrant 2 heures par semaine à faire du soutien scolaire dans les quartiers défavorisés.

Les différents intervenants ont insisté sur le fait que les universités représentent un immense réservoir, et que les engagements associatifs étudiants doivent être davantage pris en compte dans la politique de la ville. Leurs actions peuvent en effet favoriser les rencontres et les échanges, et permettre de dépasser le socio-centrisme. En s’ouvrant sur les autres, les étudiants sont à même de « casser les murs » qui séparent les quartiers périphériques du reste de la société, et de contribuer au « mieux vivre ensemble ».


Atelier de travail

La deuxième rencontre, complémentaire à celle-ci, s’est basée sur une approche plus pragmatique : il s’agissait ici de partir du vécu, des motivations et de l’expérience des étudiants qui agissent déjà dans le domaine du développement local pour défricher ensemble les différentes possibilités d’action des associations sur cette question et les difficultés rencontrées.

Ce rendez-vous a réuni plusieurs associations étudiantes actrices de ce secteur, mais aux champs d’activité et modalités d’engagement très variés : actions culturelles, lutte contre l’exclusion, soutien scolaire, animation, solidarité de proximité, insertion par l’économie, etc.

Etaient notamment présentes :

L’AETF (Association des Etudiants Tamouls de France) : l’association rassemble des étudiants Tamouls de toutes formations afin de concevoir et réaliser des projets d’ordre social et culturel aidant à l’insertion des Tamouls résidant en France. Les actions de l’AETF passent aussi bien par l’aide aux démarches administratives que l’écoute et l’orientation des jeunes Tamouls dans leur appartenance aux cultures européenne et tamoule.

Pour cela, l’AETF effectue des permanences sociales avec des services bilingues d’orientation, de conseils, d’écrivain public, de suivi familial à l’attention des femmes et des jeunes en grande difficulté, de conseil juridique, etc. L’association organise aussi des émissions radio, des cours et des activités pédagogiques, des manifestations culturelles et publie un magazine bilingue (sujets pratiques et culturels) à l’attention de la communauté tamoule.

ASLIVE (Association Sports et Loisirs des Inadaptés de Versailles et des Environs) : l’association propose des sorties à des adultes handicapés mentaux de la région versaillaise. Les bénévoles encadrent un groupe lors de week-end à la campagne en région parisienne et organise un camp d’été pour ce même public. Sur un public jugé difficile à encadrer, l’association démontre son savoir faire qui trouve son accomplissement dans la richesse des échanges entre participants et étudiants animateurs, ainsi que dans le plaisir d’être ensemble partagé par ces deux publics.

PEJ France (Parlement des Jeunes Européens de France) : cette association s’est donnée pour mission de sensibiliser les jeunes à la citoyenneté européenne. Ils organisent des conférences dans de nombreuses villes, et notamment dans de petites communes, contribuant ainsi à l’animation de la vie locale. Ils désirent en effet avoir un rôle d’impulsion dans les villes mais aussi dans le monde rural, de façon à donner une nouvelle dimension à l’implication des jeunes sur la question européenne.

Rencontres à Petits Pas : Cette association lyonnaise désire constituer un trait d’union entre le milieu étudiant et les quartiers défavorisés proches du campus (Tonkin, Croix-Luizet, Vaulx-en-Velin). Son action se décompose en deux volets : l’accompagnement scolaire et l’animation. L’accompagnement scolaire, en groupe ou personnalisé, se fait en liaison avec différentes structures (centres sociaux, Secours Catholique…) qui accueillent les activités ou mettent relation les enfants et les bénévoles de l’association. Les actions dans le domaine de l’animation se constituent de journées de détente et de découverte au cours desquelles ils accueillent près de 200 enfants. Ils mettent également en place un mini camp qui permet de faire découvrir la campagne le temps d’un week end à des enfants de réfugiés.

Accede ISC : Cette association parisienne à but social a pour mission d’aider des personnes en situation de précarité ou disposant de faibles revenus à créer leur entreprise. Les étudiants de l’association qui est intégrée à une grande école de commerce réalisent des études pour des porteurs de projet en recherche d’emploi et souhaitant créer leur propre entreprise. L’objectif consiste à orienter et informer les demandeurs sur les secteurs d’activité dans lesquels ils souhaitent se lancer en réalisant des études marketing, financières et juridiques. Les étudiants ont un véritable rôle de conseil et pratiquent des tarifs accessibles pour le public visé. Ils participent ainsi au développement économique des territoires en accompagnant la prise d’initiative des publics en difficultés.

Imragen : L’association a présenté un de ses projets intitulé Mobilisation Citoyenne. Celui-ci consistait en l’organisation d’un concert autour duquel plus de 30 intervenants se sont réunis (associatifs, artistes et personnalités) afin d’œuvrer à une meilleure prise en considération de la citoyenneté et des droits de chacun.

Tremplin : L’association crée par des étudiants de l’Ecole Polytechnique bientôt rejoints par des étudiants de l’Ecole Normale, des Ponts et Chaussées, de l’ENSAE et de l’EISEE propose des cours d’approfondissement scolaire à destination de lycéens intéressés par des études longues (classes préparatoires et universités essentiellement). Tremplin intervient dans des lycées dont les résultats sont sensiblement inférieurs à la moyenne nationale, préparant des lycéens qui, en moyenne se destinent moins souvent à des études longues, notamment scientifiques. Aujourd’hui, l’association intervient dans une grosse dizaine de lycées de la région parisienne et ouvre les perspectives d’études de ces jeunes à autre chose que les parcours techniques vers lesquels ils sont traditionnellement orientés, le plus souvent par méconnaissance des possibilités d’étude. L’association lutte ainsi à sa manière contre la désaffection plus générale des cursus scientifiques

Tout Conte Fait : Le projet de l’association consiste à mettre en place une correspondance entre deux classes d’école primaire : une classe de Dijon, appartenant à une école située en ZEP, et une en Côte d’Ivoire, à Abidjan. Ce travail s’appuie sur l’écriture, puis l’illustration d’un conte. Chaque classe fournit à l’autre des éléments sur sa culture, qui vont permettre à l’autre classe d’écrire un conte sur l’environnement du pays de l’autre. Par la suite, les deux contes sont réunis dans un même ouvrage et imprimés afin de garder une trace de cette aventure. Dans un monde dans lequel différentes cultures sont de plus en plus amenées à se côtoyer, ce projet favorise la connaissance de sa culture et la découverte de cultures différentes.

Le but de cette rencontre était tout d’abord de permettre l’échange entre ces associations, dans une optique de mutualisation des compétences et des expériences, pour ensemble gagner en savoir faire et en audience. Cette mise en réseau a par ailleurs permis à chacun de découvrir de nouvelles possibilités d’action.

Les associations présentes ont décidé de réfléchir ensemble au moyen de donner davantage de visibilité à leurs actions, mais aussi d’encourager d’autres bonnes volontés étudiantes à contribuer au développement local. Différents projets ont ainsi été évoqués. Une prochaine rencontre a donc été fixée, afin de poursuivre cette réflexion.

D’autres associations étudiantes ont déjà fait part de leur souhait de rejoindre ce groupe de travail. Si tel est votre cas, n’hésitez pas à contacter Mélanie Gratacos qui anime ce « chantier » du réseau pour davantage de renseignements.

 

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