Comme il est d’usage de considérer le système scolaire selon sa propre expérience d’élève, nombre de nos concitoyens placent encore au centre des enseignements universitaires les fameux cours magistraux, animés par des mandarins à distance respectable d’un auditoire subjugué. La massification des effectifs étudiants a bouleversé ce schéma.

Avec l’arrivée de  » nouveaux publics « , moins encadrés par leurs parents, moins prêts méthodologiquement, le taux d’échec, notamment en DEUG a atteint au début des années 90 des records. D’aucuns ont d’ailleurs considéré que l’université opérait ainsi la sélection que lui refusait le retrait du projet de loi d’Alain Devaquet en 1986.

La puissance publique a pu pendant un temps préféré inscrire les jeunes à l’université, même avec des chances faibles de réussite, plutôt qu’à l’ANPE, où ils auraient gonflé les chiffres désastreux du chômage. Mais ce gâchis ne pouvait durer. Progressivement, à la fois globalement (modifications des arrêtés des DEUG, instauration du tutorat…) et localement, un certain nombre de mesures ont été prises pour réduire la proportion de jeunes sortant sans diplôme de l’enseignement supérieur.

Les deux principales réponses tiennent dans la facilité de réorientation d’une part, dans l’amélioration de l’encadrement d’autre part.

En multipliant les travaux dirigés et pratiques, en développant le contrôle continu, l’Université s’est ouverte à des pratiques propres au secondaire. Cet encadrement plus fort a porté la réussite des étudiants, mais en négligeant de questionner l’apprentissage de l’autonomie.

Le risque est là : que les succès emportés ne soient valables que dans une course aux diplômes peu profitable à la formation fondamentale des individus.

N’est-ce pas une singularité déterminante de l’université française ? Plus elle va, plus elle note, quantifie, classe, valide… Au contraire d’autres modèles, dans les pays anglo-saxons ou en Scandinavie, où les étudiants, incités à multiplier les expériences en terme de formation, d’engagement, de découverte d’autres cultures nationales, se contentent d’un examen de fin d’études, en France chaque étape est sanctionnée par un diplôme monnayable sans autre considération sur le marché du travail.

La volonté d’harmonisation européenne favorisera peut-être l’évolution des mentalités. Malgré les remous provoqués par la parution du rapport Attali, bientôt suivi de travaux coordonnés par le recteur Monteil, le système 3-5-8 recueille aujourd’hui un large assentiment : un premier niveau diplômant à hauteur de la licence, un second avec le Diplôme d’Études Supérieures Spécialisées (DESS), un dernier avec la thèse. Mais cela donnera-t-il lieu à une simplification ou au contraire nouvelle juxtaposition ?

La France universitaire se retrouve aujourd’hui devant une alternative délicate. La poursuite de l’amélioration de l’encadrement a démontré son efficacité contre les échecs scolaires. Elle est en outre revendiquée par une majorité d’élus étudiants. Elle peut aller de pair avec une professionnalisation des études appelée par la plupart des étudiants. Mais elle peut aisément se confondre avec une secondarisation des études et entraîner l’affaiblissement du lien entre la recherche et l’enseignement.

Un autre pari est envisageable, prenant à rebours les tenants de la professionnalisation des études dès l’après-bac. Pourquoi ne pas miser sur l’apprentissage des  » humanités  » et chercher à dépasser les contraintes scolaires du classement semestriel des élèves ? Il semble en effet que, malgré nombre de bonnes volontés, le système éducatif n’ait pas d’abord vocation à apprendre un métier, mais plutôt à permettre de gagner en autonomie, de progresser par soi même, de s’approprier son histoire et définir son avenir, d’évoluer en société et éprouver une majorité citoyenne récemment acquise à travers une participation active, éventuellement dans le cadre des corps intermédiaires (syndicats, associations, etc.). Ce sont en tout cas les finalités du système universitaire qu’il conviendrait de questionner pour motiver ces choix politiques lorsque la plupart des débats semblent trop souvent se cantonner dans une approche de courte vue.

 

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