Du 7 au 9 septembre, nous nous sommes rendus en reportage aux Universités d’été de la Ligue de l’enseignement. Où il est question de mystérieuses chaussettes, de fruits de mer… et de vivre ensemble.


Une centaine de personnes de la Ligue de l’enseignement s’étaient réunies à Meschers, au bord de l’Atlantique en Charente-Maritime, pour réfléchir au thème « Individualismes, communautés et destins communs : comment faire société ? « . Une plage de temps prise en dehors de l’action, un moment de respiration et d’agitation d’idées pour tous ces responsables de l’éducation populaire qui agissent au quotidien au sein de 35 000 associations locales. Quatre étudiantes d’Animafac s’y sont incrustées . L’allocution introductive d’Eric Favey, Secrétaire national à la culture et initiateur de cette mise en cogitation, fait souffler un vent de liberté et de créativité sur ce qui jusqu’à présent nous semblait annonciateur de conférences pour profs sur la pédagogie au primaire. Commençant par une lecture poétique,  » Et si vous changiez de vie ?  » il cite un texte qui développe l’idée d’une perte du sens de notre existence, pour conclure qu’au final, la qualité de la vie se mesure a l’échelle du foyer, au quotidien.  » On envoie des fusées sur Mars mais on reste toujours aussi consterné devant le mystère des chaussettes qui disparaissent. «  Subjugués nous sommes, jusqu’à ce qu’il cite l’auteur : monsieur  » Ikea «  ! Rattérissage en règle pour rappeler à l’auditoire l’importance de ne pas laisser la réflexion sur notre société captée par quelques-uns.

Les conférences qui se succèdent mènent réellement chacun à s’interroger sur ses pratiques et sur sa place en tant qu’individu sur cette planète, mais aussi en tant que membre d’une société qui évolue. Aborder la question par l’économie, avec Philippe Frémeaux, rédac chef d’Alternatives économiques, par l’anthropologie avec la chercheuse Eugénie Poret, ou questionner nos représentations collectives avec le politologue Dominique Wolton, voilà qui augurait d’échanges riches. François de Singly, sociologue, et Philippe Jeammet, psychiatre, tous deux fort reconnus, se sont livrés avec humour à l’exposé contradictoire de leurs analyses sur les adolescents. L’individualisme de nos sociétés industrialisées mène à la reconnaissance des droits des enfants sur lesquels aucun adulte n’a de prise, raisonne le premier, mais que faire lorsqu’un ado dit  » j’ai le droit d’être anorexique  », nuance le deuxième ?

Les repas aux fruits de mer sont l’occasion d’échanger avec les membres et de revenir sur les origines de la Ligue de l’enseignement, qui dès fin 1800 avait lancé une  » campagne de masse «  pour réfléchir au thème de l’école gratuite et obligatoire pour tous. La pétition pour une  » instruction gratuite, obligatoire et laïque «  qu’elle avait lancée en 1872 avait récolté 1,3 millions de signatures. Un mouvement d’opinion qui a permis plus tard l’arrivée sans encombre des lois de Jules Ferry. Au dessert, on nous raconte même l’anecdote des archives voyageuses de la Ligue. Dissoute par le gouvernement de Vichy pendant la Seconde Guerre Mondiale, elle voit ses archives mêlées à celles de la Gestapo puis embarquées par les Russes à Moscou. Ce n’est qu’après toutes les difficultés du monde qu’elle finit par les récupérer. Un comble pour cette mémoire papier de la société civile républicaine et laïque à la française, qui n’en demandait pas tant.

Les journées furent productives, ça a cogité dans tous les sens et le compte-rendu est à l’image des conférences : originales, abordant des questions classiques par des points de vue qu’on n’attend pas.

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