* Compte rendu de l’atelier qui s’est tenu à l’université d’été d’Animafac, le 18/09/09 de 13h30 à 15h30

 

Intervenants
Samuel Priso-Essawe : vice-président du CEVU de l’université d’Avignon
Vincent Rigaut : délégué à la vie étudiante de Telecom Sud Paris et Telecom Ecole de Management et délégué général de Telecom & Management Alumni

Animateur
Ahmed El-Khadiri : délégué général adjoint d’Animafac

 

Ahmed commence par rappeler le contexte de cet atelier : la démocratie est le fil conducteur des débats de cette université d’été 2009. Par les échanges, il s’agit de proposer des solutions pour réduire l’écart entre idéal démocratique et pratiques, notamment au sein de l’enseignement supérieur. Comment faire progresser la démocratie dans ces institutions ? De quelle manière peut-on renforcer le sentiment d’appartenance à une grande communauté d’acteurs agissant en faveur du développement de l’Université, afin d’en faire évoluer les structures ?

Après une présentation brève de son parcours, chaque intervenant reviendra sur les dispositifs mis en place dans son établissement pour encourager la participation étudiante.

Vincent Rigaut a deux casquettes : il est à la fois délégué à la Vie étudiante au sein de Telecom Sud Paris et Telecom Ecole de Management (ancien groupe INT) et délégué général de l’association des diplômés des deux écoles. Il est d’ailleurs mis à disposition de l’école par l’association des diplômés. Il réalise au quotidien un coaching de la vie étudiante sur le campus de Telecom à Evry. Diplômé en sciences politiques et communication, il a travaillé longtemps pour la coopération franco-canadienne, puis dans le secteur des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication. Il donne actuellement des cours de vente et communication dans les écoles Télécom.


La vie étudiante à Telecom Sud Paris et Telecom Ecole de management

Les deux écoles sont nées en même temps sur le même campus. Elles étaient regroupées jusqu’à cette année sous l’appelation INT, le groupe était une filiale de France Télécom. Telecom Sud Paris est une école d’ingénieur, Telecom Ecole de management est une école de commerce. Ces écoles font partie de l’Institut Telecom, qui regroupe plusieurs établissements d’enseignement supérieur dans toute la France.
Ces écoles encouragent les étudiants à cultiver leurs spécificités, à développer leurs savoirs-faire. La mixité, le brassage sont favorisés.

Il existe 50 associations et clubs au sein de ces écoles, et le BDE est le quatrième de France par son chiffre d’affaire. Le réseau d’anciens compte 9500 diplômés.
Ces associations sont accompagnés au quotidien par le délégué à la vie étudiante et une commission à la vie étudiante, qui regroupe infirmerie, responsable logistique, sécurité, maison des élèves (résidence pour les étudiants).
On recense différents types d’associations, qui peuvent être regroupées en quatre pôles : développement et promotion de l’école (BDE, junior entreprises…) ; médias, culture et société ; sports et enfin citoyenneté et humanitaire.

Une matière est obligatoire pour les étudiants de première année : développement des compétences professionnelles. Dans ce cadre, les étudiants reçoivent une formation à la gestion de projets qu’ils peuvent mettre en application au sein d’associations.

La relation avec les associations repose sur trois piliers :

  • La responsabilisation. Les étudiants ont une autonomie complète dans la gestion, la réalisation de leurs projets. Des rencontres mensuelles sont organisées entre tous les acteurs des deux écoles impliqués dans le soutien à la vie associative étudiante, afin d’apporter un accompagnement si nécessaire.
  • L’implication. L’organisation d’un grand nombre d’événements de socialisation liés aux écoles sont sous-traités aux associations, comme la semaine et le week-end d’intégration.
  • La professionnalisation. L’expérience associative permet aux étudiants de développer des compétences. Les écoles accordent peu de soutien financier aux associations, qui doivent développer de nombreux partenariats privés, et créer ainsi des liens privilégiés avec le monde de l’entreprise.

La vie étudiante est un enjeu stratégique : à la fois facteur d’intégration sur le campus et vecteur d’image pour l’institution, c’est un axe structurant pour les écoles.

Sur la question de la représentation des étudiants dans la gouvernance des écoles, Vincent Rigaut  précise qu’il y a un représentant étudiant au CA de chaque école et un représentant au CA du groupe. Cependant, pour les étudiants, leur véritable représentant est le président du BDE.

Samuel Priso-Essawe est un universitaire, enseignant en droit, spécialisé en droit international public. Il travaille à l’université d’Avignon depuis 2003, et est vice-président du CEVU depuis maintenant deux ans.


La vie étudiante à l’université d’Avignon

L’université d’Avignon compte 7 000 étudiants (15 licences, 23 masters, 2 écoles doctorales, 14 laboratoires). 38 associations étudiantes sont recensées sur le campus, dont 8 ou 9 qui sont en sommeil. Il y a un fort turn-over des équipes associatives, et il est parfois difficile d’identifier les interlocuteurs avec qui dialoguer.
Par ailleurs, la configuration de l’université rend difficile l’animation du campus : en effet, il y a peu de brassage en dehors des temps de cours. La vie associative du campus s’organise pendant ces temps-là mais se déporte généralement sur d’autres lieux.

Samuel Priso-Essawe est vice-président du CEVU en charge de la vie étudiante : au-delà des aspects de gestion de la vie associative, il est également le garant des libertés politiques et syndicales des étudiants.
Il différencie citoyenneté étudiante et engagement étudiant. La citoyenneté étudiante renvoie pour lui à une notion plus large, qui faire référence au positionnement vis-à-vis des études mais aussi à l’insertion dans la cité. L’engagement étudiant est circonscrit à l’environnement universitaire.

Un des enjeux de l’université est de susciter la citoyenneté étudiante et de l’organiser. Il est important, pour répondre à cet objectif, d’informer les étudiants sur le fonctionnement de l’université. A l’université d’Avignon, un agenda est distribué à chaque étudiant à la rentrée : il rappelle le calendrier universitaire et donne des clés de la vie au sein de l’établissement (plan des locaux, liste des associations étudiantes, présentation des différentes composantes, offre de formations, date des élections universitaires, composition du CA, CEVU, Conseil Scientifique…).

Il faut encourager les étudiants à se saisir de cette citoyenneté. Ils sont en effet une force électorale, ils peuvent peser dans la vie de la cité. Il est important de développer chez eux l’envie de participer, de s’engager.

Samuel Priso-Essawe insiste sur la nécessité de différencier les rôles des acteurs de la vie étudiante : associations, syndicats étudiants, élus étudiants. Ces derniers sont les représentants des étudiants, au-delà de leurs appartenances politiques.
Les étudiants engagés dans les associations restent une minorité. Une unité d’enseignement « Engagement associatif » a été mise en place récemment, elle comporte des cours de gestion de projets et la possibilité de travailler concrètement sur un projet. L’université met ainsi les moyens pour accompagner les étudiants qui le souhaitent dans leur engagement.

La commission FSDIE (Fonds de Soutien au Développement des Initiatives Etudiantes) est managée par le vice-président étudiant : il est important pour l’administration de l’Université de mettre en avant les étudiants dans la gestion de leur engagement.
Suite à ces exposés, les participants ont pu poser des questions et exprimer leurs points de vue.

L’appui aux porteurs de projets étudiants et la valeur ajoutée du réseau
Un associatif s’interroge sur les moyens mis en place pour favoriser les initiatives étudiantes, et sur la vision qu’ont les deux intervenants d’un réseau comme Animafac.

Samuel Priso-Essawe répond qu’à l’Université d’Avignon, il existe un service Culture, avec un chargé de mission qui dispense un accompagnement aux associatifs lorsque c’est nécessaire (aide au montage de dossiers de demande de financement). Si le projet est d’intérêt général, l’Université le soutiendra. Concernant la mise en réseau, cela doit être laissé à l’appréciation des associations elles-mêmes. Cependant, pour simplifier les relations avec l’admistration, les associations du campus doivent se regrouper dans une structure de coordination unique.
Il reconnaît l’utilité des réseaux, notamment pour dépasser certains problèmes qui sont rencontrés par de nombreuses associations.

Vincent Rigaut est franc : pour lui, l’impact du réseau Animafac sur le campus d’Evry est nul ou quasi-nul. Il va rendre compte de sa participation à l’université d’été ce week end au président du BDE, et l’encourager à se rapprocher du réseau.
Un accompagnement de projets est réalisé auprès des associations et des clubs (format plus souple qui permet de tester son projet).

Un relais pose la question du soutien aux projets de solidarité internationale : il est souvent difficile pour les universités de s’engager derrière ces projets car elles ne voient pas de retombées pour la communauté étudiante.
Samuel Priso-Essawe explique que cela se fait souvent au cas par cas, en fonction des secteurs que chaque université choisit de mettre en valeur.

La valorisation de l’engagement étudiant
Un associatif se demande comment les étudiants peuvent valoriser leurs engagements, notamment au sein de l’ancien INT.
Vincent Rigaut reconnaît que l’école est un peu en retard sur la question de la valorisation pédagogique de l’engagement. Beaucoup d’écoles de commerce accordent des crédits aux associatifs. Un travail est actuellement mené avec les enseignants  pour voir ce qui peut être validé.

FSDIE
Un associatif remarque que souvent, le FSDIE est considéré comme une vitrine pour l’administration, c’est presque une « extension du budget communication de l’université »… Il faudrait plutôt mettre en avant son utilité sociale.

Samuel Priso Essawe explique que le FSDIE n’a rien à voir avec le budget communication de l’université. Cependant, ce dispositif attire beaucoup d’associations qui ne sont pas vraiment étudiantes, il est nécessaire d’être vigilant. Une charte définit ce qu’est une association étudiante au regard de l’Université d’Avignon. Par ailleurs, il souligne que les étudiants jugent eux-mêmes de l’opportunité de financer tel ou tel projet, car ils sont membres de la commission.

Vincent Rigaut explique qu’à Telecom Sud Paris et Telecom Ecole de Management, le problème se pose de manière différente : la part des subventions en provenance de l’administration des écoles est minime par rapport aux financements privés.

Universités, écoles et culture d’entreprise
Un associatif demande à S. Priso-Essawe s’il envie la situation de Telecom Sud Paris. Il s’interroge sur l’existence de cette « culture d’entreprise » au sein des universités. Par ailleurs, la nouvelle loi sur les pôles d’excellence va-t-elle renforcer les liens entre universités et entreprises?

Pour S. Priso-Essawe, cette loi n’aura aucun impact sur la vie étudiante. Par ailleurs, il est vrai que les niveaux de budget des associations de Telecom sont enviables. Il aimerait évidemment que le budget par étudiant dans les universités se rapproche du budget par étudiant dans les écoles. L’engagement associatif en école n’a pas la même signification qu’à l’université, il y a une dimension plus professionnalisante, les besoins ne sont pas forcément les mêmes. Il y a également une différence de culture étudiante, et par ailleurs, les projets portés par les BDE d’école sont d’une autre ampleur et nécessitent de recourir à du partenariat privé.

Vincent Rigaut rappelent que ce sont les étudiants eux-mêmes qui recherchent les financements, ils ont une grosse pression sur les épaules, et cela les rend plus responsables.

Comment susciter l’engagement chez les étudiants ?

Une administratrice souhaite recadrer le débat par rapport au sujet : elle souligne qu’un bon nombre d’étudiants ne sont pas engagés. Comment les encourager à le faire?

Samuel Priso-Essawe rappelle que l’engagement est une démarche individuelle. Concernant la vie démocratique au sein de l’université, il explique qu’il y a une forte participation aux élections au sein de son université (26% de votants). L’université fait un gros travail pédagogique autour de ces élections, le vote est facilité, les enjeux décryptés…
Les étudiants ne se dirigent pas spontanément vers les associations, mais si certains le font ils sont encouragés. Il y a néanmoins selon lui un fossé important entre l’objectif et ce qui se passe réellement.

Ahmed cite une étude de l’Observatoire de la Vie Etudiante sur les engagements étudiants : 7 étudiants sur 10 se déclarent prêts à rejoindre une association. Or, 1,2 le fait effectivement. Cela pose la question de la visibilité des associations dans l’université.
Pour S. Priso-Essawe, le dynamisme étudiant est également à interroger. Il est difficile d’aller plus loin que la sensibilisation… Le campus reste le lieu des études.

En école, on fait face à des réalités différentes : la délégation aux associations étudiantes est assumée par les administrations. V. Rigaut souligne que les associations sont impliquées dans l’accompagnement au jour le jour des étudiants. La participation aux élections est forte lorsqu’il s’agit du choix du BDE, mais beaucoup moins importante pour les représentants aux conseils d’administration…

Une associative témoigne de son parcours : elle a passé deux ans en université, puis elle a intégré une école de commerce. A l’université, elle n’a jamais trouvé d’association au sein de laquelle s’engager. En école c’était très différent. Certes, il y a un « esprit » qui fait beaucoup, mais n’y a-t-il pas également un problème de valorisation de cette vie associative à l’université?

S. Priso-Essawe rappelle que des mécanismes de reconnaissance et de bonification de l’engagement existent tout de même dans de nombreuses universités.

Les participants soulignent qu’il est important de créer des passerelles entre écoles et universités, pour inciter au partage d’expériences entre deux cultures associatives différentes…

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