* Compte rendu de l’atelier qui s’est tenu à l’université d’été d’Animafac, le 18/09/09 de 13h30 à 15h30

 

Intervenants
Camille Galap : président de l’université du Havre et président de la commission de la vie de l’étudiant à la Conférence des présidents d’université (CPU)
Lucille Thiébot : élève de l’INT et administratrice d’Animafac

Animatrice

Mélanie Gratacos : déléguée générale d’Animafac

Introduction, par Mélanie Gratacos

Si l’on admet que la question de la démocratie et de la citoyenneté ne se résume pas à glisser un bulletin dans l’urne chaque fois que l’on y est invité, cette question doit pouvoir également se poser, quand on est étudiant, à propos de l’enseignement supérieur. Les campus des universités et des grandes écoles permettent-ils de former de véritables communautés de citoyens ? Ces établissements considèrent-ils que l’encouragement de la citoyenneté étudiante fait partie de leur mission ? Quels moyens et aides sont apportés aux différentes formes de participation et d’engagement des étudiants ?


Intervention de Lucile Thiébot

La citoyenneté dans les grandes écoles se décline sous deux aspects :

  • les élections au conseil d’administration où sont abordées les questions relatives à la formation et les problèmes disciplinaires
  • la vie associative.

À l’INT, lors des élections au conseil d’administration, la participation est très faible. À l’inverse, pour les élections du BDE, la participation est importante, ce qui signifie que pour les étudiants, leurs représentants se trouvent au BDE plutôt qu’au CA. On peut donc affirmer que c’est le BDE qui porte la citoyenneté étudiante des grandes écoles. À l’INT, il a une place importante : il gère l’intégration et coordonne l’activité des 50 associations présentes sur le campus.

Le soutien à la vie associative est très important dans les grandes écoles. Les associations étudiantes y sont pleinement intégrées et peuvent être amenées à travailler de concert avec l’administration. Par exemple, l’accueil des étudiants internationaux ou encore l’attribution des locaux pour chaque association sont assurés par des associations.

Au niveau du soutien apporté, il y a à l’INT un responsable délégué à la vie associative, qui organise des commissions ainsi qu’une réunion mensuelle où chaque président d’association a sa place et participe à la vie politique de l’établissement avec les responsables de l’école. Sur le plan financier, le BDE centralise le budget et répartit ensuite, lors de commissions, l’aide apportée par l’établissement entre les différentes associations.

Ce soutien humain, administratif et financier se double d’un volet de reconnaissance pédagogique. Dans les écoles, on considère que l’engagement associatif est professionnalisant. Un travail est donc fait pour valoriser l’engagement et l’intégrer dans le cursus. À l’INT un bilan de compétences est fait par le délégué à la vie associative après que l’étudiant lui a présenté son projet.


Intervention de Camille Galap

Les étudiants doivent pouvoir prendre conscience de l’importance de leur participation à la vie de l’établissement, que ce soit au niveau du CA ou du BDE, missions qui peuvent leur apporter des compétences.  Pour cela, un travail de valorisation doit être fait, qui donne la mesure du plus que l’engagement apporte par rapport au parcours académique, en communiquant et en accomplissant un travail de lisibilité des compétences.

Au niveau de la prise en compte des étudiants et des associations dans les espaces de dialogue, si des choses se construisent, tout est encore insuffisant. Les pistes d’amélioration pourraient être de confier à des étudiants la mission de fédérer les organisations présentes sur le campus ou encore de travailler pour mieux faire comprendre le rôle d’un CEVU ou d’un CA. En effet, les élus étudiants n’utilisent pas assez ces lieux pour porter leurs demandes et par contrecoup les étudiants ne voient pas ce que leurs élus peuvent leur apporter.

Pour favoriser la dynamique des élections de représentants étudiants, il faudrait pouvoir créer un véritable sentiment d’appartenance à son établissement – ce à quoi une vie associative forte peut contribuer – et que ceux qui se présentent le fassent sur la base de projets que les étudiants peuvent porter plutôt que sur la base de revendications nationales.

Au niveau du soutien à la vie associative étudiante, la signature de la charte de la vie étudiante, discutée ces derniers mois à la CPU, par la ministre est prévue à la rentrée. Elle incite les universités à trouver des moyens de reconnaissance de l’engagement et de dynamisation de la vie associative, via une meilleure coordination avec l’administration ou la possibilité d’attribuer des locaux.

La principale source de soutien aux initiatives à l’université aujourd’hui est le FSDIE, qui est alimenté par les étudiants à l’inscription (14 € par étudiant). Cette aide ne doit pas dépasser 30 % du projet total de l’association, pour inciter celle-ci à aller chercher des financements ailleurs.

Concernant la reconnaissance pédagogique, à l’université du Havre il existe des UE libres d’engagement. L’évaluation se fait alors par les enseignants, devant un jury et porte sur le projet et les compétences qu’il a permis de développer. Il faut cependant avoir conscience que l’étudiant n’est pas toujours demandeur d’une évaluation : l’université ne doit donc pas rendre celle-ci obligatoire mais mettre en œuvre des moyens pour les étudiants qui le souhaitent. D’où l’intérêt de proposer quelque chose sur le modèle d’une certification.  

Discussion générale

Les échanges avec la salle ont porté très largement sur la question de la démocratie dans les établissements d’enseignement supérieur et sur l’association des étudiants aux décisions qui y sont prises.

Au niveau des universités, Camille Galap a indiqué que, autonomie oblige, tout dépendait des universités et de la volonté du président d’établissement. Pour développer une citoyenneté étudiante, il faut une politique volontariste et savoir créer des échanges avec les étudiants. À l’université du Havre, dans le cadre du contrat quadriennal d’établissement, le volet de la vie étudiante a été construit avec les étudiants. Le vice-président étudiant a réuni tous les délégués d’amphi pour recueillir des idées sur l’aménagement du campus. Il faut en avoir la volonté, mais celle-ci n’est cependant pas toujours facile à déployer sur un gros établissement. Par ailleurs, les étudiants ne savent pas toujours se saisir des opportunités d’intervenir qui leur sont données : au Havre, alors que les ordres du jour des réunions avaient été diffusées afin que les étudiants saisissent les élus sur les sujets discutés, il y avait eu peu de réactions.
L’Université n’a pas assez conscience de l’importance du sujet de la vie étudiante, et la commission de la CPU qui lui est dédiée est menacée. L’attractivité d’un établissement passe pourtant par une vie étudiante attractive, qui ne peut qu’être bénéfique au développement de la recherche.

Lucille Thiébot explique qu’à l’INT les espaces de dialogue sont assez nombreux. Des débats sont régulièrement organisés où toutes les instances sont conviées et les responsables d’associations disposent de véritables espaces et temps d’échanges. Mais il est beaucoup plus simple d’organiser des consultations régulières dans des écoles où il y a moins de monde que dans les universités.
Un responsable de la CNJE tient cependant à nuancer le propos en précisant que dans certaines grandes écoles le dialogue n’est pas toujours présent et le soutien n’est pas toujours apportée aux associations. Du travail reste donc encore à accomplir, notamment auprès de la CGE, pour une meilleure reconnaissance généralisée des associations.

Soyons sociaux
Réagir c'est agir