Plus qu’une percée électorale, c’est un véritable succès que l’on peut mettre au crédit des électeurs du Hamas. Mais qu’en est-il de ses dirigeants, surpris eux-mêmes par l’ampleur de leur victoire ? Ces derniers ont semblé dans un premier temps plus embarrassés que triomphants suite à leur accession au pouvoir. Les nombreuses inquiétudes exprimées face à la victoire électorale de l’organisation islamiste, réelles et légitimes, sont pourtant peut-être à nuancer.

 

Un changement de tactique pour un même objectif ?

 

Trois éléments incitent à l’optimisme, au moins à court terme et d’un point de vue strictement sécuritaire : les pressions internationales qui s’exercent sur l’organisation d’une part, les motivations de ce vote d’autre part, et enfin la possible réorientation tactique du Hamas.

 

Au sujet des pressions sur le mouvement islamiste tout d’abord, il n’est pas vain de constater que moins d’une semaine après le scrutin, elles sont déjà d’actualité et émanent tant des Etats-Unis que de l’Union européenne et de l’Organisation des nations unies, nouveauté notable. Il n’a donc pas fallu attendre longtemps pour que les réactions incitant à la modération se multiplient, injonctions intelligemment assorties d’annonces d’une observation minutieuse : le Hamas sera d’abord jugé sur ses actes. A charge pour lui de démontrer sa volonté ou non de stopper les violences. Ainsi l’Union européenne, par le biais de son représentant Javier Solana, affirmait que « la violence et la terreur sont incompatibles avec les processus démocratiques ». Une attitude résumée dans la dernière prise de position du Quartet ( Etats Unis, Europe, ONU et Russie), qui conditionne désormais les nombreuses aides financières à la satisfaction de conditions telles que la reconnaissance d’Israël, ou encore l’arrêt des violences.
Ces propos à l’égard des islamistes palestiniens ont la double particularité d’être clairs et nouveaux, on aurait donc tort d’en minimiser la portée.

 

Autre élément à prendre en considération : les motivations, essentiellement d’ordre intérieur, des électeurs palestiniens. Pour s’en convaincre il suffit de se référer au principal thème de la campagne électorale : la corruption. En témoignent également les affrontements violents internes au Fatah suite au résultat du scrutin : la « jeune garde » s’opposait à la « vieille », réclamant son départ afin d’assainir la vie politique palestinienne. Le principal enjeu résidait donc là : une forte corruption dans un contexte économique désastreux. Il ne s’agit pas ici de nier ni minimiser les autres motifs ayant profité au Hamas : l’application de la charia, ainsi que la poursuite de la campagne de terreur lancée en 2000. Mais beaucoup d’observateurs avaient annoncé, depuis longtemps déjà, la lassitude de la population palestinienne face à la guerre. Rappelons que l’Intifada d’Al Aqsa lancée il y maintenant cinq ans ne fait plus l’objet d’une célébration tous les 28 septembre, comme ce fut le cas les premières années…

 

Enfin dernier point : à très court terme, le Hamas ne sera probablement pas à l’origine d’une nouvelle série d’attentats. Et ce, en raison du choix tactique auquel l’organisation terroriste est confrontée du fait de sa soudaine et inattendue prise de pouvoir. Mis face aux réalités, notamment celle du financement international, le Hamas va devoir hiérarchiser ses objectifs. La disparition d’Israël et l’application de la charia ont toujours été au centre des actes et discours du mouvement. « Dieu est son but (…), le Coran sa constitution, le djihad sa méthode » : la Charte du Hamas ne peut être plus explicite. La nouveauté réside dans le choix qui s’offre à lui. Se maintenir dans ces positions et en subir les conséquences face au Quartet, dont on a vu les conditions du soutien financier. Le Hamas devra alors se tourner vers d’autres sources de financement. Ou bien faire de l’emprise sur la société palestinienne son principal objectif : mouvement islamiste plus que nationaliste, le Hamas aura peut être désormais plus à cœur d’influer sur la vie quotidienne des Palestiniens que d’envoyer des kamikazes en Israël. Notons à ce titre que le Hamas, avant d’être la branche armée Al Quassam, est aussi et déjà une longue ramification d’organisations sociales, de réseaux caritatifs et éducatifs, dans le seul but est d’assurer une emprise forte sur la société palestinienne.

 

Les facteurs d’instabilité

 

Néanmoins, l’avenir reste extrêmement incertain : tous les esprits sont bien sûr tournés vers la date du 28 mars, journée au cours de laquelle se dérouleront les élections israéliennes. De quel poids pèseront les élections palestiniennes ? Aux lourdes incertitudes consécutives à l’hospitalisation de Sharon s’ajouteront celles liées au scrutin palestinien, et surtout à sa récupération par les différents courants et formations politiques israéliens. Et au premier rang desquels, le Likoud. Déjà Netannyahou affirmait que la victoire du Hamas était liée à l’évacuation unilatérale de Gaza : selon lui, partir sans contrepartie ne fait que renforcer les intentions belliqueuses des terroristes.

 

De même, un enjeu important est celui de la relation que vont désormais entretenir le Hamas et le Djihad Islamique, autre mouvement terroriste. Jusque maintenant, ils apparaissaient tous deux sur le même pied d’égalité dans la lutte armée contre Israël. Mais désormais le Hamas au pouvoir sera comptable de l’évolution de la situation tant politique que sécuritaire. Fort (ou embarrassé !) de ces nouvelles responsabilités, le Hamas aura-t-il le pouvoir, ou la volonté de contrôler le Djihad Islamique ? Qu’attendre de cette nouvelle relation hiérarchique ?

 

Enfin dernière question, relative au Hezbollah : plusieurs fois accusé par Israël de vouloir perturber le processus de paix entre Israéliens et Palestiniens, le mouvement Chiite pourrait chercher à s’inviter dans la campagne électorale israélienne. Crainte d’autant plus justifiée que cette milice est appuyé par l’Iran, qui ne fait pas de mystères sur ses intentions de délocalisation en Europe de l’Etat d’Israël…

 

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