L’université n’est pas faite d’un espace uniquement académique, monolithique, mais d’espaces multiples qui se recoupent. Y vivre, c’est aussi se rencontrer, monter des projets ensemble, prendre conscience du territoire dans lequel on s’inscrit. Que ceux qui l’habitent n’en frôlent plus les murs mais les imprègnent de vie.

Etudiant tu es, de tes études uniquement l’université se préoccupera… La communauté universitaire se soucie essentiellement d’une partie de la vie étudiante : celle qui se passe sur les bancs des amphis. Les aspects pratiques de la vie étudiante – logement, nourriture, transport – sont largement négligés par rapport à ce que l’on peut observer dans les écoles d’ingénieurs en France, et dans les universités d’autres pays européens. Dans ces conditions, que dire de l’intérêt porté aux aspects sociaux et culturels, aux projets et initiatives des étudiants, à la vie associative… Dans la situation actuelle de sous-financement des universités, la priorité est d’abord de tenter d’apporter des conditions d’études et de vie  » normales « , ce qui n’est pas une mince affaire.

Il faut dire que le corps enseignant ne s’intéresse pas toujours à la vie étudiante : un étudiant n’existe souvent que parce qu’il étudie, alors que les engagements des étudiants jouent un rôle important dans la construction de leurs projets d’études et professionnels, ce qui a priori devrait concerner les enseignants. Il ne s’agit pas de donner un caractère académique à toute activité, mais bien de considérer l’étudiant comme une personne, et non uniquement une machine à étudier.

Par ailleurs, peu d’étudiants sont conscients que leurs projets doivent s’inscrire dans le projet d’établissement pour être reconnus, qu’il ne suffit pas d’attendre que l’université s’occupe d’eux, mais qu’ils doivent être acteurs de la reconnaissance de leurs activités non académiques.

Du mieux

Il convient cependant de ne pas trop noircir le tableau. En effet, de nombreux progrès ont été faits ces dernières années dans la reconnaissance des activités étudiantes non  » académiques  » : vice-président étudiant, réforme du Fonds d’aide à la vie étudiante (Fave) en Fsdie, mise en place de  » maisons des étudiants « , etc. Il faut aujourd’hui les poursuivre, ce qui ne se fera pas sans un soutien financier de l’état et des collectivités territoriales.

Pour les doctorants en particulier, ce manque de reconnaissance des aspects non académiques prend une tournure différente. Alors qu’ils sont des acteurs incontournables de la production scientifique et pédagogique des établissements universitaires, un très grand nombre travaillent pour un salaire dérisoire, ou sans protection sociale, si ce n’est bénévolement. Du moment qu’ils font de la recherche, rien ne parait choquant à certains universitaires, qui profitent allègrement de cette force de travail dans leurs équipes…

On peut même aller plus loin, en s’intéressant au personnel des universités. Les États Généraux de la recherche et de l’enseignement supérieur ont fait ressortir que les universités souffraient d’une absence quasi-totale de gestion de leurs ressources humaines. Pour les enseignants-chercheurs, les activités pédagogiques ne sont pas évaluées et prises en compte dans leur déroulement de carrière. Pire, elles sont souvent considérées comme une entrave à leur activité de recherche, alors même qu’elles constituent la moitié de leur mission. Dans ce contexte, difficile d’inciter les enseignants à s’intéresser aux activités extra-académiques des étudiants, sauf lorsqu’ils ont une inclination naturelle à le faire.

Les universités françaises doivent poursuivre leur mutation pour passer définitivement d’un système de formation principalement destiné à  » produire  » de nouveaux enseignants-chercheurs, à un système de formation à tous les niveaux de qualification et pour tous les secteurs de l’activité socio-économique. La reconnaissance de la vie étudiante dans tous ses aspects constitue l’une des facettes de cette indispensable mutation .

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