Reportage au Ricordeau à Nantes, le resto U qui s’est transformé en un vrai lieu culturel. Une foison d’activités, un tremplin pour les initiatives des étudiants qui à côté des coups de fourchette peuvent vivre au diapason d’autres mondes.

12h15, 2 500 élèves vont se nourrir au Ricordeau. Le concert peut commencer. Place ce midi à Lénaïc, un artiste qui commence à bien tourner dans la région. « C’est pas d’ma faute les femmes en blannnnnnc, elles m’ont toujours attiré, et j’me d’mande dès en sortant comment je pourrais y r’tourner  » : pas encore la trentaine, il chantonne une vie faite de déboires avec l’institution hospitalière, mais qu’il aime, décidément. Chanson à propos, puisque 60 % de la  » clientèle  » du Ricordeau est composée d’étudiants métiers de la santé. Et autobiographique : au départ étudiant en psycho, il devient intervenant musicien à l’hôpital le jour et brancardier la nuit, avant de se consacrer pleinement à la musique. Selon les dires mêmes d’Arnaud Vinet, le directeur du RU qui n’hésite pas à se glisser dans le public pour encourager l’artiste, les conditions du concert son plutôt  » bouche de métro  ». Les étudiants vont et viennent, et  » le public étudiant en soi est des plus difficiles à capter.  » Soudain, une multitude compacte ponctue le refrain au rythme de  » hey  », sous la houlette du chanteur en délire. Mais dès le clap de fin, dispersion de la foule :  » on n’a qu’une heure pour manger.  » Tout est à refaire à chaque morceau.

 » Mettre de la culture instantanée au RU  » est précisément le pari d’Arnaud Vinet. Lorsqu’il arrive à Nantes voici quatre ans, le directeur du CROUS lui dit  » si tu réussis, je suis avec toi.  » Fort du soutien moral d’un directeur qui à défaut

de pouvoir mettre à sa disposition des moyens démesurés, lui donne carte blanche, il met les bouchées doubles. Extraits de culture pour donner envie d’aller voir ailleurs, soirées coupe du monde sur écran géant, théâtre des seventies, danse africaine, expos… Le RU doit selon lui être un lieu de brassage, s’ouvrir sur la Cité. Il multiplie les partenariats avec radios, salles de concert, cinés, qui font bénéficier aux étudiants de places et de bons plans. Développe les échanges en nature, la débrouille. Des subventions sortant un peu de l’ordinaire lui permettent par exemple de mettre en place une borne d’écoute où les étudiants pourront écouter l’album de l’artiste programmé au RU.

Il compte aussi sur des inconditionnels qui le suivent : la chargée de communication du CROUS, convaincue dès le départ, tente de faire connaître au plus grand nombre sa programmation éclectique. Le technicien, ravi, est capable de fabriquer avec des panneaux de bois et du papier spécial l’écran géant qui servira à la retransmission des matches de coupe du monde, ou de lui concocter une paillote grandeur nature. Le chef cuisiner, avec qui le feeling passe bien, offre un solide savoir-faire, gage de crédibilité : lors du concours  » chefs à vos menus  », il est arrivé deuxième au plan national. On peut compter sur lui pour permettre d’autant plus à la dynamique culturelle d’exister que la qualité du restaurant est irréprochable. Arnaud Vinet récapitule : il a un lieu, les étudiants qui y vont tous les jours ne demandent qu’à s’épanouir et à sortir un peu de leurs œillères…  » C’est aussi une mission de service public.  » Après quatre ans d’activisme culturel forcené, la reconnaissance vient couronner l’ardent directeur qui fait désormais partie de jurys de festivals, dont un lié aux prestigieuses Vieilles charrues. Et l’idée de mettre la culture au RU fait des émules à Bordeaux et ailleurs, pour le plus grand bonheur des étudiants.

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