Organiser un événement autour de la récup’ alimentaire : la distribution des invendus de boulangerie

Fiche pratique

Restes de repas, fruits et légumes abîmés, pain… Les Français⋅e⋅s jettent 30 kg de déchets alimentaires par an et par habitant⋅e dont 7 kg encore emballés. Des chiffres qui incitent à l’action. C’est pourquoi, la junior association Pain Perdu, basée à Paris, récupère les invendus de boulangeries (pain et viennoiseries) pour les redistribuer à des organismes d’aides aux personnes en difficulté et ainsi lutter contre le gaspillage alimentaire. Si cette initiative vous intéresse et que vous souhaitez la décliner près de chez vous, on vous donne ici quelques conseils pour la réaliser. 


Trouver une boulangerie partenaire

Pour pouvoir vous lancer dans la redistribution d’invendus de boulangeries, vous devez chercher une ou plusieurs boulangeries partenaires prêtes à vous offrir leurs invendus.

CHOISIR SA BOULANGERIE

En ville, les boulangeries sont nombreuses pour vous lancer vous pouvez aller vers des établissements proches de chez vous ou du lieu de distribution que vous visez (par exemple votre campus). En effet, en termes de logistiques, la proximité de la boulangerie avec le lieu visé vous évitera de transporter toutes ces denrées sur de très longs trajets. Vous pouvez aussi décider de vous rapprocher de boulangeries assez grandes pour qu’elles puissent vous donner suffisamment de nourriture pour une distribution. Enfin, il peut être plus simple de travailler avec une seule boulangerie pour débuter. 

Si vous avez des connaissances dans le coin, demandez-leur si elles ont entendu parler d’une boulangerie accueillante et bienveillante, afin de les convaincre plus facilement de collaborer avec vous. Et si vous êtes situé⋅e⋅s à Paris, vous pouvez également vous appuyer des boulangeries partenaires de l’association Pain Perdu.

CONVAINCRE LA BOULANGERIE

D’abord, pas de panique : vous avez peu de chances de vous retrouver devant un⋅e interlocuteur⋅rice qui sera surpris⋅e par votre démarche. En effet, de très nombreux établissements ont l’habitude d’offrir leurs invendus une fois leurs portes closes.

Quelques conseils néanmoins pour vous aider à entrer en contact avec la boulangerie de votre choix : 

  • choisissez une heure creuse pour venir vous présenter, afin de déranger le moins possible ;
  • présentez succinctement votre association et votre projet. Si le⋅la boulanger⋅ère n’a pas le temps de discuter tout de suite, laissez-lui vos coordonnées ou proposez-lui de repasser à l’heure qui l’arrange ; 
  • distribuez un prospectus résumant le principe, l’action et l’organisation de la structure, comme le fait l’association Pain Perdu. 

Ensuite, si le⋅la boulanger⋅ère semble intéressé⋅e, votre message doit être clair : si il⋅elle accepte de vous rendre service, vous ferez en sorte que ce bon geste ne vienne pas perturber l’exercice normal de son activité. En revanche, si vous sentez que vous êtes face à mur, laissez tomber : inutile de tenter de convaincre les réfractaires. 

Enfin, si vous sentez votre interlocuteur⋅rice séduit⋅e par le projet mais tout de même hésitant⋅e pour des raisons logistiques, voici quelques arguments pour le⋅la rassurer :

  • la récupération des invendus peut avoir lieu seulement une fois par semaine, à jour fixe, de préférence celui précédant leur fermeture hebdomadaire ; 
  • un⋅e interlocuteur⋅rice unique s’occupera des relations avec son établissement et  préviendra à l’avance si la distribution n’a pas lieu ;
  • vous vous engagez à distribuer toutes les denrées dans la soirée afin de ne risquer aucun problème sanitaire.

ENTRETENIR DE BONS RAPPORTS

Toute relation fondée sur le don est fragile, dans la mesure où elle ne tient qu’à la bonne volonté de celui⋅celle qui offre. À vous maintenant de maintenir de bonnes relations avec votre interlocuteur⋅rice, en veillant à ne jamais donner l’impression d’abuser de la situation. Ainsi, ne réclamez pas trop et gardez en tête qu’il s’agit d’un don et non pas d’un dû.


Sélectionner les invendus

Selon la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes), responsable des questions d’hygiène dans la restauration, il n’existe aucune objection à la distribution d’invendus des boulangeries à la seule condition que les denrées soient comestibles. L’organisme met en effet en garde contre les commerçant⋅e⋅s qui, sous couvert d’une bonne action, voudraient se débarrasser de denrées avariées.  Ainsi, bien que cela soit extrêmement rare, veillez quand même à la qualité des produits. Si les viennoiseries et gâteaux secs ne présentent aucun danger, tout ce qui contient de la crème ou de la mayonnaise peut vite tourner. N’hésitez donc pas à jeter tout ce qui vous paraît suspect. Et si le problème se reproduit un peu trop souvent, ne vous sentez pas obligé⋅e⋅s de maintenir le partenariat avec la boulangerie. 

Enfin sachez que le pain est ce qui s’écoule le plus difficilement si vous le distribuez seul. Pas la peine, donc, d’en récolter des brassés. S’il vous en reste sur les bras, sachez cependant que les soupes populaires manquent souvent de pains à donner avec leurs repas chauds et seront donc ravies de récolter ce qu’il vous reste.


Trouver des bénévoles

L’idée des créateur⋅rice⋅s du Pain perdu était de faire de l’association une structure aussi souple que possible pour les bénévoles : pas de jours fixes, pas d’obligation de s’engager sur le long terme et pas de formation pointue. Un système qui séduit nombre d’étudiant⋅e⋅s curieux⋅ses aux emplois du temps peu fixes, mais a les défauts de ses qualités : il faudra probablement renouveler vos bénévoles et donc en recruter régulièrement. 

TROUVER LES BÉNÉVOLES

Si vous souhaitez avoir le même fonctionnement, vous pouvez recruter de nouveaux⋅elles bénévoles régulièrement en tenant des permanences sur les forums associatifs ou sur votre campus. Cela vous permettra de rencontrer directement les étudiant⋅e⋅s et de leur expliquer votre projet. 

Autre moyen de recrutement efficace : le bouche-à-oreille. Ainsi, le⋅la bénévole qui aura tenté l’expérience une fois et qui sera satisfait⋅e de son expérience pourra en parler autour de lui⋅d’elle et ainsi de suite. 

Pour encourager ce processus, rien de tel que d’organiser des évènements festifs. En décembre, par exemple, l’association Pain perdu organise ainsi un dîner dans un restaurant associatif prêté aux associations qui souhaitent y organiser des évènements. Ancien⋅ne⋅s et futur⋅e⋅s bénévoles, connaissances proches et lointaines, ou⋅te⋅s se retrouvent autour d’un repas pour se rencontrer, découvrir (ou présenter) le projet, se motiver mutuellement. 

ORGANISER LE ROULEMENT DES BÉNÉVOLES

Parmi vos bénévoles, pensez à désigner une ou plusieurs personnes qui seront en charge de la coordination des bénévoles et de l’organisation des plannings de récupération des invendus et des distributions. Cette(ces) personne(s) devra(ont) être une(des) personne(s) qui accepte(nt) de s’engager sur un moyen terme pour permettre le bon fonctionnement des activités de redistribution. Leur rôle sera entre autres : s’assurer qu’un nombre suffisant de bénévoles seront présent⋅e⋅s pour recueillir la marchandise, prévenir le⋅la boulanger⋅ère en cas de désistement, etc.

Pour faciliter le contact avec les bénévoles, vous pouvez par exemple créer un groupe Facebook sur lequel ceux⋅celles qui veulent participer pourront être informé⋅e⋅s des jours et lieux des distributions, et des coordonnées de la personne à contacter pour « s’inscrire ».


Organiser la distribution

Pour la distribution des invendus des boulangeries plusieurs possibilités s’offrent à vous : vous pouvez décider d’organiser la distribution sur votre campus pour les étudiant⋅e⋅s en situation de précarité, redistribuer les invendus à des associations d’aide aux personnes sans-abris, ou organiser vous mêmes les distributions auprès de ces dernières. Si vous optez pour cette solution, voici quelques conseils. 

CONSTITUER LES ÉQUIPES BÉNÉVOLES

Essayez de constituer une équipe d’au moins deux personnes pour former des équipes qui pourront se soutenir et rendre le moment plus convivial. En revanche, évitez les groupes de plus de trois personnes : le nombre peut potentiellement effrayer les personnes sans-abris et empêcher une discussion de se nouer. Enfin, dans la mesure du possible, constituez des équipes avec au moins une personne qui a déjà réalisé des distributions et qui a donc un peu d’expérience pour éviter aux nouveaux⋅elles bénévoles de se sentir démunies. Il⋅elle⋅s pourront ainsi observer et apprendre comment interagir avec les personnes sans-abris (par exemple le fait d’éviter les discours paternalistes ou condescendants) et l’importance de les considérer comme leurs égales. 

Cette posture n’exclue cependant pas le fait que les bénévoles puissent répondre à des demandes matérielles concrètes : où dormir quand il fait froid, est-ce qu’il existe des endroits où laver son linge gratuitement… Pour permettre à vos bénévoles de pouvoir répondre à ces quelques questions de base, renseignez-vous en amont sur les centres et numéros d’urgence de votre région et communiquez les informations nécessaires aux différentes équipes.

TROUVER LES PERSONNES SANS-ABRIS

Les personnes sans abris sont souvent plus difficiles à rencontrer qu’on ne le pense, d’autant qu’elles ne se retrouvent pas aux mêmes endroits selon les saisons.

Quelques petites astuces ne pas passer votre soirée à errer sans succès :

  • les églises sont souvent fréquentées par ceux⋅celles qui demandent l’aumône ;
  • en hiver, cherchez les endroits où il fait chaud (métro, bouches d’aération…) ; 
  • en été, les endroits frais (galeries marchandes, coins ombragés des jardins…).

Enfin, une fois que vous pensez les avoir repérées, essayez de de trouver un moyen de leur proposer à manger sans les vexer. La plupart du temps, la meilleure solution est encore la simplicité « Bonjour, nous distribuons des sandwichs, êtes-vous intéressé⋅e⋅s ? ». Durant la même, saison, vous risquez de les trouver aux mêmes endroits, vous saurez ainsi où intervenir les prochaines fois. 

DISCUTER SANS DÉRANGER

Dans la majorité des cas, ce sera à vous d’entamer le dialogue, de montrer que vous n’êtes pas là uniquement pour distribuer à manger. Pour le reste, pas de règle : à chacun⋅e son caractère et sa manière d’envisager les rapports humains. 

Ne vous forcez pas à tenir une conversation dans laquelle vous ne vous sentez pas à l’aise et de même, n’insistez pas pour parler avec ceux⋅celles qui n’en ont manifestement pas envie. Même si la conversation semble bien lancée, attention à ne pas gêner votre interlocuteur⋅rice : si vous vous trouvez à un endroit où il mendie, votre présence peut le déranger. Sachez vous retirer au bon moment.

Vous savez maintenant tout pour récupérer des invendus de boulangerie et les redistribuer. Il ne vous reste plus qu’à vous lancer. 


ut elementum commodo amet, Praesent sit leo ut eleifend Donec tristique