Récupérer, réparer, louer des vélos

Fiche pratique

Depuis longtemps embarrassé par l’usage de la voiture en ville, que vous jugez polluant et stressant, votre cœur balance entre transports en commun et vélo pour vos déplacements urbains. Les bus bondés matin et soir commencent à vous taper sur le système, vous rêvez donc d’avoir votre petite reine à vous, de gagner votre indépendance tout en restant responsable pour l’environnement et votre ville. Le hic, c’est que vous ne possédez pas de vélo. Voici donc une excellente occasion de passer à l’action : monter un atelier de réparation et de location de vélo sur votre campus. Suivez les conseils de l’association Vélocampus Nantes.


1. Définir le projet

Objectifs

Si l’objet général de ce projet de location s’inscrit bien dans une démarche de protection de l’environnement par la promotion d’un mode de transport doux, des objectifs plus pragmatiques sont à définir.
La location vise donc à :

  • permettre aux étudiants présents de courtes périodes (stages, …), de circuler librement et à moindre coût ;
  • être un facteur déclencheur de (re)découverte de la circulation à vélo. Pour cela, les tarifs réduits sont essentiels afin que l’étudiant soit incité à utiliser le vélo ponctuellement ou au quotidien. Il pourra par la suite acheter son propre vélo sur la base de cette expérience qui lui permet de faire un choix adapté à ses besoins et d’être véritablement indépendant (il saura notamment entretenir son vélo et le protéger du vol). Ce passage à l’achat doit être encouragé pour faire tourner le parc de location et toucher de ” futurs découvreurs “.

Quelle structure choisir ?

Bien qu’il existe différentes structures pour porter ce type de projet, le statut associatif sera pour vous le plus approprié car il permet une meilleure réactivité à moindre coût. À terme, la collectivité locale peut reprendre en charge le système de location, en accord avec l’association.

Financer son activité

Les sources de financement potentielles sont multiples : vous convaincrez sûrement la mairie, la communauté urbaine, l’université, le CROUS ou l’agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME). D’autres financements peuvent être recherchés auprès des établissements de Jeunesse et Sports, de l’Europe, du Conseil Général ou Régional, du Ministère de l’Environnement, etc.

En dehors de l’investissement de départ dont l’achat de vélos constituera une grosse partie, et des salariés, l’association peut s’autofinancer avec les adhésions et ses activités. Un parc conséquent bien organisé et des tarifs assez élevés doivent permettre d’atteindre l’autofinancement.

Mais la nature du projet se rapproche d’une mission de service public du même ordre que les transports en commun. Elle doit vous permettre d’obtenir aisément des subventions, au moins de la collectivité locale compétente (mairie, communauté d’agglomération). Voyez si la location de vélos est mentionnée dans le Plan de Déplacements Urbains – PDU, obligatoire pour les grandes villes – de votre agglomération.

Vous pouvez faire valoir le fait que le système a connu des retours positifs des utilisateurs, des partenaires, de la presse et du public dans toutes les villes où il a été mis en place.

2. Récupérer et réparer des vélos

Avant de vous lancer dans un projet de location, la mise en place d’un atelier de réparation peut vous permettre de démarrer plus en douceur. Elle vous permettra de vous familiariser avec votre environnement (associations existantes, partenaires techniques, financiers…) et de repérer les écueils à éviter.

 

OÙ ET COMMENT LES RÉCUPÈRE-T-ON?

Les vélos sont partout. Il faut savoir les chercher. Le CROUS est un bon interlocuteur pour récupérer des vieux vélos qui trainent dans les cités U. L’association Eturécup’ quant à elle traque les vélos abandonnés sur le campus. Restez néanmoins vigilant : ce n’est pas parce qu’un étudiant n’a toujours pas remplacé la roue de son vélo après plusieurs mois qu’il veut forcément s’en débarrasser… Un message accroché au vélo, informant son propriétaire de sa récupération prochaine après X mois peut être une bonne option.

 

DE QUOI A-T-ON BESOIN?

 

› UN LOCAL

Identifiez vos besoins quant à votre futur atelier de réparation. La taille du local, l’équipement à disposition et son accessibilité sont autant de paramètres à prendre en compte. Un atelier en plein milieu du campus aura plus de chance d’attirer les étudiants. N’hésitez pas à insistez auprès des services techniques pour mettre en place une signalétique adaptée. En bref, soyez visibles !

› DU MATÉRIEL

Si votre objectif est de mettre à disposition des étudiants des outils pour réparer leur vélo, vous vous devrez d’être un minimum équipé. Jeu de clés, pinces, pompes… La liste peut vite s’allonger. Si vous n’arrivez pas à récupérer tous les outils dont vous avez besoin, n’hésitez pas à investir. Un atelier de réparation sans outils, c’est un peu comme une tarte aux groseilles sans sucre. On goûte une fois et on n’y revient pas. L’atelier de réparation du campus de Rennes, géré par l’association Ar Vuhez, met à disposition des étudiants des outils, des vieilles carcasses de vélo, et quelques pièces utiles comme la rustine à prix coûtant. L’adhésion est sur le principe du prix libre.

 

› DES COMPÉTENCES

Il faut certes quelques bricoleurs dans votre équipe, mais la volonté reste le moteur principal dans la réussite d’un projet. Au-delà de promouvoir l’usage du vélo, ces ateliers d’autoréparation servent aussi à créer du lien social, à apprendre par soi-même et à échanger. Ne freinez pas la motivation d’un bénévole qui souhaite rejoindre l’équipe sans connaissances techniques particulières. D’abord parce qu’un groupe n’a pas seulement besoin de ces seuls savoirs, ensuite parce que l’apprentissage s’acquiert justement par l’expérience. Si un besoin technique se fait toutefois sentir, L’Heureux Cyclage, réseau des Ateliers vélo participatifs et solidaires (www.heureux-cyclage. org), propose des formations techniques adaptées… Et toute la force d’un réseau.

 

COMMENT S’Y PRENDRE?

Un atelier d’auto-réparation est un lieu ouvert qui doit servir au plus grand nombre. Si les étudiants trouvent un lieu fermé à chaque fois qu’ils veulent venir réparer leur vélo, ils finiront par ne plus 55 venir du tout. La mise en place d’une permanence s’impose donc et demande de la régularité. Posez-vous les bonnes questions avant de vous lancer : par qui la permanence sera-t-elle gérée ? Quels seront les horaires d’ouverture ? Une adhésion à l’association se révélera également nécessaire. L’association Ar Vuez a opté pour la culture libre et gratuite en proposant une adhésion à prix libre, Eturécup’ a choisi une adhésion à 2 euros. Pour ne pas freiner la coopération, une adhésion symbolique est à privilégier. Elle est néanmoins importante car elle fédère votre groupe autour du projet et des valeurs que vous portez. Communiquez largement sur le fonctionnement de l’atelier.

Que vous décidiez de l’autogestion du lieu ou que vous mettiez en place un règlement intérieur, indiquez clairement vos objectifs. Dans l’atelier, sur le campus, sur votre site Internet… Informez sur les horaires d’ouverture, sur le mode de fonctionnement du lieu, sur les différentes manières de s’impliquer dans le projet, sur les événements à venir. On a davantage envie de rejoindre un groupe quand on connaît ses valeurs et ses règles du jeu. Votre atelier sera participatif ou ne sera pas. Au-delà de la mise à disposition d’un lieu et d’outils pour réparer soi-même son vélo, cet espace doit être un lieu favorisant l’échange, la créativité et la coopération entre étudiants. Des projets collectifs sont à imaginer : réaliser un triporteur pour la ressourcerie du campus, construire une carriole qui sera ensuite mise au service des assos du campus, recycler de vieux vélos destinés à votre futur projet de location.

3. Louer des vélos ?

Votre atelier d’auto-réparation tourne bien, une équipe de bénévoles motivés est réunie, des initiatives collectives se créent et l’envie d’offrir un service de location de vélos sur votre campus commence à émerger. Quelques pistes pour vous aider dans ce nouveau défi, qui peut s’avérer lourd à réaliser si vous n’êtes pas un minimum organisé.

QUELS VÉLOS CHOISIR ?

› VÉLOS NEUFS OU RESTAURÉS ?

La restauration de vélos a l’avantage d’être plus économique et plus écologique puisqu’il s’agit de recyclage. Elle est cependant gourmande en temps et demande d’avoir un local équipé. Vous risquez d’avoir des pannes plus fréquentes qui impliquent un coût et du temps supplémentaire pour chaque réparation. Mais surtout, les pannes à répétition seront pour les nouveaux cyclistes autant d’arguments qui risquent de leur faire abandonner le vélo. Les vélos neufs sont évidemment plus chers mais ils arrivent clé en main et parfaitement réglés. Ils demandent en outre peu d’entretien. Or, le gain de temps sera un atout essentiel quand vous lancerez votre atelier. L’idéal peut donc être de louer des vélos neufs et de revendre à bas prix des vélos retapés.

› QUELS MODÈLES CHOISIR ?

Loin d’être anodin, le modèle de vélo joue énormément sur l’image de votre système de location et plus généralement de la pratique du vélo. Il faut des appareils simples et robustes, personnalisés et équipés, qui vous éviteront au maximum de perdre votre temps en réparation et réglages. Le prix varie entre 200 et 300 euros selon les équipements. Pour le projet de Nantes, c’est la marque Intercycles qui a été choisie. La personnalisation des vélos (couleurs, logos, forme du cadre, etc) permet de limiter les vols, de bien identifier l’association et d’avoir une communication ambulante 57

 

QUELQUES CONSEILS DE BASE POUR BIEN CHOISIR ÉQUIPEMENTS ET ACCESSOIRES :

• Le bas de gamme est à proscrire : à l’utilisation, il revient beaucoup plus cher (remplacement régulier, temps de réparation, pannes, prix de revente).

• Le cadre femme est polyvalent et convient parfaitement pour les hommes, notamment pour les personnes peu à l’aise sur un vélo.

• 5 à 6 vitesses sont en général suffisantes, sauf dans les villes escarpées. Pour une utilisation urbaine, l’idéal sont les vitesses dans le moyeu (3 vitesses équivalent à 6 vitesses normales) qui éliminent les déraillements et sont d’une utilisation et d’un entretien simplifiés. • Des roues de très bonne qualité (modèles 26 pouces double paroi) évitent bien des soucis et réduisent beaucoup l’entretien.

• De même, choisir des pneus larges, renforcés contre les crevaisons. La marque « dutch perfect » offre une garantie de 2 ans contre les crevaisons. Veiller à bien gonfler les pneus au maximum indiqué par le constructeur.

• Porte-bagages, tendeur, sacoches, panier, casque, béquille, protège-chaîne, chaîne anticorrosion, etc. rendront vos vélos attractifs.

• Les garde-boue en résine (plastique) sont quasiment indestructibles et ne rouillent pas. • N’oubliez pas l’éclairage, surtout avec les nouvelles dynamos dans le moyeu qui fonctionnent avec peu de frottement ;

• Les freins à tambour ou V-brake ne demandent aucun entretien.

• Pour les antivols, seuls les U sont efficaces. On peut avoir un antivol de qualité à partir de 15 euros, avec un système de fixation pratique.

• Pour éviter le vol de la selle ou des roues, choisir un blocage à boulon. Le blocage rapide facilite les réglages mais ne se justifie que pour des locations à court terme. permanente. Un look jeune permet en outre de revaloriser l’image du vélo. Vous pouvez aussi fixer de la publicité sur les vélos pour aider au financement (drapeaux, plaque vissée sur le cadre ou sur les roues…).

LA LOCATION AU QUOTIDIEN

› LOCATION OU PRÊT ?

Les vélos peuvent être prêtés, moyennant une adhésion à l’association, ou loués à tarifs bas — de 5 à 15 euros par mois — pour inciter à la pratique du vélo. Le prêt est plus fidèle à l’esprit associatif. La location pourra être perçue comme un simple service et non comme une démarche associative. Ce sont vos possibilités de financements qui détermineront votre choix.

› LOCATION À COURT OU À LONG TERME

La location à l’année permet à l’étudiant de disposer à tout moment d’un vélo et de s’habituer à ce mode de transport. Pour l’association, la location à long terme limite le stockage et l’entretien qui sont tous deux « extériorisés ». Par ailleurs, la location à court terme se situe davantage dans une optique de loisirs que de déplacements urbains, mais elle peut être un premier pas vers une utilisation plus régulière. Le court terme permet en outre d’avoir des vélos à proposer toute l’année, d’augmenter les rentrées d’argent avec le même nombre de vélos et de toucher un plus grand nombre d’étudiants. Sachez que la demande de location à court terme est logiquement forte pendant les beaux jours et que les demandes se font autant à la semaine, qu’au mois.

> LES MOYENS

Si ce projet peut fonctionner un temps sans salarié avec un roulement efficace des permanences, vous rêverez rapidement d’un salarié à temps plein pour gérer la réparation et la location du parc de vélos à l’année. L’ouverture aux horaires indiqués peut en effet 58 59 s’avérer problématique quand elle est gérée par des bénévoles. Les locations de courte durée demandent quant à elles davantage de travail, qu’un deuxième salarié pourra assumer avec la possibilité d’ouvrir toute l’année, y compris l’été si c’est pertinent. La période la plus chargée court de début septembre à fin novembre, car les événements de la rentrée pour faire connaitre l’atelier s’ajouteront aux retours et aux prêts des vélos. En pratique, un local comprenant un atelier de réparation, une surface de stockage pour 50 vélos et un bureau pour accueillir les étudiants devra faire au minimum 50m2 et être équipé d’un point d’eau, d’éclairage, de chauffage et de prises électriques. À raison de 300 euros par vélo, il faudra donc compter 90 000 euros pour un parc de 300 vélos. Ce parc sera entretenu grâce aux recettes de la location et aura une durée de vie de 4 ans si les vélos sont de bonne qualité et bien entretenus. Les vélos pourront ensuite être revendus pour renouveler le parc.

 

4. Promouvoir l'éco-mobilité

La réparation et la location de vélos ne constituent que le point de départ du projet vers d’autres activités de promotion de la pratique du vélo : aspects techniques, convivialité et animation, sensibilisation du grand public… Vous pouvez :

• Faciliter l’accession à la propriété en organisant des ventes de matériel, des bourses aux vélos et en conseillant à l’achat.

• Faciliter la pratique du vélo : réparation et gardiennage des vélos personnels, contrôles techniques, entretien d’un vélo.

• Utiliser le vélo comme moyen de socialisation, d’animation du campus et de votre ville : organisation de balades et découverte de la ville à vélo, une vélorution (www.velorution.org)…

• Sensibiliser le grand public : expositions autour des problématiques des transports urbains et de la pollution, initiation au vélo, course d’orientation, etc.

Pour en savoir plus

Découvrez l’exemple de l’asso Dynamo, un atelier de réparation de vélo à Nancy dans cet article de Say Yess.

Association Vélocampus
3, boulevard Guy Mollet (SUAPS)
44300 Nantes
tél : 02 40 16 26 45
fax : 02 40 16 26 45
mél : velocampus@free.fr
http://velocampus.net

 

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