Créer un jardin partagé

Fiche pratique

L’université n’est pas seulement un lieu où l’on dispense des cours. C’est aussi un espace où se développent des initiatives variées, créant du lien pour l’animal social que nous sommes. Et si, en plus des rapprochements humains, ces initiatives pouvaient nous faire manger ?

Les jardins partagés répondent à ces besoins primaires auxquels s’ajoute la dimension environnementale. Pour un retour à la terre tout en douceur, voici quelques conseils pratiques. Jardin communautaire, collectif, citoyen, ouvert, pédagogique, etc. Les qualificatifs sont nombreux pour parler de ces nouveaux potagers, créés et entretenus par les habitants d’un même quartier, qui émergent depuis quelques décennies en France. Le jardin partagé est un lieu d’expérimentations où l’on apprend à développer ses réflexes écologiques (compost, paillage, semis…) et à faire vivre un projet collectif.

À vous de créer le jardin qui vous ressemble !


BALISER LE TERRAIN

Avant d’aller croquer la première tomate chaude et juteuse de votre jardin collectif, il vous faudra franchir différentes étapes. Commencez par dessiner votre projet : quel public voulez-vous accueillir dans votre jardin : étudiants, personnels de l’université, riverains…?

Quelles structures / services peuvent vous aider dans votre démarche (CROUS, services universitaires, associations…) ? Un jardin pour quoi faire?… Autant de questions qui vous permettront d’affiner votre projet. 

TROUVER LA PARCELLE

Pas de radis sans terrain. Vous aurez davantage de chances de le trouver avec l’aide des services techniques de votre université qu’au détour d’un chemin. Sans soutien de votre établissement, votre projet risque rapidement de tomber à l’eau. Commencez donc par identifier des interlocuteurs motivés (services techniques, CROUS, direction) pour faire avancer votre projet. N’hésitez pas à contacter l’animateur de réseau Animafac de votre ville qui peut avoir des contacts utiles au sein des Universités. Enfin, gardez en tête que le processus administratif est — souvent — long, sachez donc être patient. En cas de refus, n’hésitez pas à vous tourner vers des structures hors de votre campus (mairie, propriétaires privés, bailleurs publics). Une fois le terrain trouvé, prenez le temps d’observer votre parcelle (point d’eau, ensoleillement, état du terrain, qualité de la terre..). Quelles sont les possibilités qu’offre le terrain? Et quelles sont ses limites ? Cet état des lieux vous sera très utile pour aménager et dessiner votre jardin. Imaginez l’ambiance que vous souhaitez lui donner, les différents espaces et les équipements fixes (abri, entrée, circulation…). Des outils existent pour réaliser cette étape. N’hésitez pas à consulter les nombreuses ressources sur le réseau des Jardins partagés.

TROUVER DES SOUS

Pour fonctionner, votre jardin aura besoin d’argent. L’entretien du terrain, les travaux de construction éventuels ou encore le matériel de jardinage sont autant de dépenses à prévoir. L’expérience a montré que l’autofinancement ne suffit pas, mieux vaut donc partir avec des bases solides. Le guide › Créer et développer son projet‹ d’Animafac vous livrera de précieux conseils pour créer votre association et pour monter un dossier de subvention.

2. DONNER VIE AU JARDIN

AMÉNAGER VOTRE JARDIN

› S’ÉQUIPER DE BONS OUTILS

Pas de carottes sans outils. Sarcloir, croc, serfouette ou encore fourche sont vos futurs amis. Allez fouiner dans la cabane du jardin de votre grand-mère, demandez aux jardiniers d’aller fouiner dans l’abri de jardin de leur grand-père, promenez-vous sur les sites de dons d’objets (www.donnons.org) et constituez-vous une collection d’outils durables.

› PAILLER LE JARDIN

Votre jardin s’aménagera naturellement en fonction des techniques de jardinage ou expérimentations que vous aurez choisies collectivement (rotation des cultures, culture bio, permaculture…). L’important est de jardiner avec beaucoup de bon sens et un peu de méthode.

Pour bannir les pesticides et rendre votre jardin respectueux de l’environnement, tapissez les espaces que vous souhaitez préserver avec un paillage organique (à base de pailles, de branches ou d’écorces broyées). Il limite l’évaporation de l’eau et protège vos zones de plantations du froid et de la chaleur. Le tapis organique se transforme en engrais lorsqu’il se décompose.

Enfin, plutôt que de vous acharner à détruire ces sales mauvaises herbes et ces vilains insectes qui veulent forcément du mal aux gentils légumes que vous cultivez, apprenez à les connaître. Vous découvrirez peut-être même qu’ils ne sont ni nuisibles, ni dangereux, et qu’ils peuvent même vous rendre service (les coccinelles par exemple se feront une joie de vous débarrasser de vos pucerons).

La Scop Terre vivante fournit plein de conseils pratiques sur le jardinage écologique et des forums actifs pour échanger sur des sujets divers. 

À BOIRE ET À MANGER

Pour cultiver votre jardin partagé, vous aurez besoin d’eau, d’énergie et de différentes matières premières. La gestion de ces ressources et déchets a une incidence importante sur l’environnement, que vous pouvez maîtriser.

› GÉRER VOTRE ACCÈS À L’EAU

L’accès à l’eau sera vital pour votre jardin. Plus écologique, plus économique, vous pouvez aussi récupérer l’eau de pluie pour arroser vos légumes. Si vous habitez une région où il n’y a ni pluie, ni puits, ni récupération possible, des solutions alternatives existent pour limiter votre consommation en eau comme l’arrosage au goutte à goutte par exemple.

› FAIRE VOUS-MÊME VOTRE COMPOST

Au jardin, rien ne se perd, tout se transforme. Plutôt que les fertilisants minéraux achetés, privilégiez le compost, capital pour la fertilité du sol. Ce procédé 100 % naturel qui transforme la matière organique en un produit comparable à l’humus permet de nourrir les plantes en leur apportant les nutriments dont elles ont besoin, au moment où elles en ont besoin.

Prévoyez deux bacs aérés au fond du jardin, l’un pour stocker les déchets organiques végétaux, l’autre pour les composter (en alternant des couches de déchets végétaux, animaux et de terre). Mélangez et aérez régulièrement. Quantité de ressources existent sur le compost, vous ne devriez pas peiner pour trouver. Mais voici une fiche simple et claire sur Terre Vivante.

Enfin, si la qualité de votre terrain laisse à désirer, suivez l’exemple du jardin partagé Appellation Origine Campus à Bordeaux en plantant moutarde, consoude et sarrasin pour permettre à vos buttes de bien passer l’hiver : http://aoc.asso.fr/ blog/1121/du-bon-usage-des-engraisverts/

Gestion de la flore sauvage et des cultures, protection naturelle des ravageurs et maladies, retrouvez plein de repères écologiques dans le guide méthodologique Le jardin des possibles.

SEMER ET RÉCOLTER

Ça y est, votre jardin est maintenant prêt à accueillir vos semis. Pour savoir quand semer et quand planter au printemps, la carte climatique et surtout le calendrier des travaux du jardin sur Terre vivante seront des outils précieux.

En attendant la deuxième année avant de récupérer vos propres graines, n’hésitez pas à faire appel aux services techniques de la mairie ou à d’autres jardins partagés pour troquer des graines en échange d’un coup de main. Rendez-vous sur le site de Kokopelli ou Graines de troc qui militent pour des semences libres et reproductibles. Si vous voulez que des légumes se retrouvent dans votre assiette, une présence régulière au jardin sera nécessaire. Pour permettre à chacun de s’y retrouver, mettez en place un calendrier pour l’arrosage et autres menus travaux. Pour communiquer au quotidien et ne pas refaire les mêmes choses, une ardoise laissée dans le jardin peut aussi être un bon moyen d’échange.

3. JARDINER VOTRE RÉSEAU

Trop souvent négligées, les actions de communication et de sensibilisation sont fondamentales pour que votre projet vive, mûrisse, s’enrichisse. Profitez de l’hiver et de ses activités intérieures pour préparer de telles initiatives.

COMMUNIQUER

Pour attirer du monde, placardez votre université d’affiches, parlez de votre initiative aux habitants du quartier, aux commerçants, aux écoles. Invitez-les pour une visite… ou une Disco soupe.

Pensez à placer une pancarte à l’entrée. Il est important que votre jardin soit visible et identifiable. Vous pouvez aussi créer un blog illustré de quelques photos et précisant l’adresse, les heures d’ouverture, les activités proposées… Bref, faites connaître votre jardin! N’hésitez pas à cultiver le partage. Il est intéressant de créer des partenariats entre jardins sur la base d’échanges de bonnes pratiques et de récolter en faisant du troc de graines ou autres.

SENSIBILISER

Un jardin partagé est un lieu d’échanges. Sachez le rendre ouvert au plus grand nombre. S’il n’est pas toujours facile d’attirer des personnes individuelles, vous pouvez intégrer votre jardin dans un projet plus spécifique, en créant par exemple un partenariat avec d’autres associations étudiantes qui sensibilisent à l’environnement.

Le jardin peut en effet être un bon terrain de jeu pour l’animation. Participation à des programmes de sciences participatives comme l’Observatoire de la biodiversité des jardins, jeux pédagogiques, approche culinaire, il y a plein de façons de faire vivre son jardin pour les enfants et les adultes. Le réseau École&Nature fait référence dans ce domaine..