Mener une action de lobbying

Fiche pratique

Faire du lobbying c’est transmettre le bon message au bon moment et à la bonne personne. Mais le lobbying s’entend aussi et surtout comme la planification et la réalisation d’actions qui cherchent à transformer les politiques, les attitudes et les pratiques en faveur d’un groupe donné. Aujourd’hui, 70 % des lobbyistes défendent le secteur capitaliste privé. Leur but est souvent d’ouvrir davantage le marché et de limiter les réglementations susceptibles de contraindre les entreprises dans leur activité. On peut alors citer les grandes multinationales du secteur pétrolier, nucléaire, financier, pharmaceutique d’une part. D’autre part, sous le terme lobbyistes on entend aussi les associations et les ONG. Ces organisations, et donc vous mêmes, pouvez aussi essayer d’interpeller les médias et décideur·se·s politiques. On vous donne ici quelques pistes pour y voir plus clair. 


Le lobbying et les associations

UN PEU D’HISTOIRE

« Lobby » est un mot anglais signifiant « vestibule » ou « couloir ». L’expression prend un sens politique au XIXe siècle. Elle désignait les couloirs de la Chambre des communes britannique où les membres de groupes de pression venaient « discuter » avec les parlementaires. Le mot est aujourd’hui couramment utilisé pour caractériser des groupes d’intérêt, terme également utilisé en France à la place de « lobby ».

Par extension, « faire du lobbying » se définit comme « l’activité qui consiste à procéder à des interventions destinées à influencer directement ou indirectement les processus d’élaboration, d’application ou d’interprétation de mesures législatives et plus généralement, de toute intervention ou décision des pouvoirs publics. » (F.J. Farnel). 

LE LOBBYING EN FRANCE ET DANS LE MONDE

Les lobbies ont une image relativement négative en France où ils sont perçus comme d’obscurs groupes de pression qui agissent dans l’ombre pour servir les intérêts des grandes firmes. Mais il faut savoir que le sens et la place donnés au lobbying varient considérablement entre les pays et les cultures. 

Au niveau de l’Union européenne par exemple, le fait est communément admis : les groupes de lobbying participent aux comités consultatifs de la Commission européenne et le Parlement fait souvent appel à leur expertise. Aux États-Unis ou aux Royaume-Uni, ils ont également leur place acquise dans le débat public et au sein des instances parlementaires. 

En France, la situation est plus nuancée. En effet, historiquement, la France refusait la constitution de groupements d’intérêts (privés) au sein des débats parlementaires car incompatible avec la vision de l’intérêt général que les instances parlementaires poursuivent. 

Or cela change depuis quelques années. Les lobbies sont plus facilement accueillis pour être entendus au sein des débats publics. Toutefois, la législation et la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique veille et réfléchit à des moyens d’éviter les conflits d’intérêts. En effet, elle essaie d’éviter à des élu·e·s censé·e·s œuvrer pour l’intérêt général de défendre des intérêts privés. 

Ainsi, depuis 2016 et la loi sur la transparence, la lutte contre la corruption et la modernisation de la vie économique, dite « Sapin II » a été promulguée. Fruit d’un long processus, elle a pour ambition, outre de favoriser la transparence de la prise de décision publique, de définir un cadre pour le lobbying en France. Elle oblige notamment à s’inscrire dans des registres identifiant les personnes à leurs actions des soutiens à un intérêt privé. 

Le lobbying également prisé par les associations a aussi son rôle à jouer dans le processus de prise de décision.

LES ASSOCIATIF·VE·S ÉTUDIANT·E·S, ACTEUR·RICE·S DU LOBBYING ?

Votre cause à vous, c’est la défense de l’environnement, la démocratisation de la culture, ou toute autre thématique investie par les associations étudiantes. Reste qu’en la matière, il n’est pas rare que d’autres associations, plus installées et plus influentes, aient déjà investi le terrain… En règle générale, elles disposent des moyens, de plusieurs années d’expériences et d’un réseau bien tissé pour se faire entendre et diffuser des messages d’expert·e·s qui feront mouche auprès des élu·e·s. Pas sûr que des associations étudiantes arrivent à trouver leur place là-dedans me direz-vous. Et bien détrompez-vous ! Justement, en tant qu’étudiant·e·s, et plus encore qu’association étudiante, vous cumulez un certain nombre de critères essentiels à l’exercice du lobbying.

Tout d’abord, vous êtes capables de fédérer autour de vous un grand nombre d’étudiant·e·s, pour peu que la cause que vous défendiez trouve un écho favorable auprès d’elles·eux. Ensuite, côté capacité d’innovation, vous avez de l’imagination à revendre : vous ne manquez pas d’idées pour inventer et développer des actions qui font mouche. 

Mais cela ne vous empêche pas, quand il le faut, de faire preuve de sérieux et d’être capables de défendre un discours argumenté. On pourrait éventuellement vous reprocher de manquer d’expertise ou d’expérience, mais tout l’enjeu est bien là : prouver que vous avez tout autant votre place dans le débat public que d’autres acteur·rice·s, plus institué·e·s.


S'organiser autour d'une cause

SE RÉUNIR

Avant de vous lancer dans une campagne de lobbying, il peut être intéressant pour vous de trouver des personnes qui vous soutiendront : associations de campus, locales, voire nationales. Plus vous être nombreuxses à défendre la même cause plus vous avez des chances d’être écouté∙e∙s. Ce n’est bien entendu pas systématique, mais cela vous donne plus de chances d’être pris∙e∙s au sérieux et entendu∙e∙s. 

Un des premiers objectif que vous pouvez vous visez est donc de à former à différents niveaux des réseaux (formels ou non) capables de porter avec force les intérêts que vous avez choisis de défendre. 

Et pour cela, vous n’avez même pas besoin de rentrer dans de la paperasse administrative pour déposer des statuts et créer officiellement une association : un collectif peut aussi bien fonctionner de manière informelle pourvu que les objectifs qui le sous-tendent soient partagés par tou·te·s.

Ainsi, pour commencer, et pour vous aider à identifier les associations pertinentes de votre campus et de votre région, vous pouvez rejoindre Le Quartier, site recensant toutes les associations d’Animafac. Il recense ainsi un très grand nombre de structures sur toute la France. N’hésitez pas à faire appel également aux animateur·rice·s de réseau Animafac de votre ville : en liaison constante avec le monde associatif local et national, il·elle pourra éventuellement vous aider en fonction de vos besoins. 

Vous pouvez également vous tourner vers des collectifs d’associations plus institués si vous souhaitez agir à un niveau plus important. Même si votre singularité étudiante doit s’affirmer, leur appui sera précieux pour être introduit·e·s et reconnu·e·s par certain·e·s acteur·rice·s public·que·s. 

Pour optimiser vos chances de réussite, ayez en tête trois choses : trouver le bon message, le bon moment et la bonne personne. 

REVENDIQUER 

Bien évidemment, se constituer en réseau ne suffit pas : encore faut-il trouver des causes communes que vous pourrez défendre d’une seule voix au moment de partir en campagne. Car si dans un collectif d’associations, chacun·e peut conserver sa liberté de parole et d’opinion, un groupe d’intérêts se doit de défendre ses revendications de manière cohérente et convaincante. Vous aurez peut-être à débattre longuement avant de parvenir à un compromis satisfaisant. Peu importe, l’essentiel est de trouver collectivement un discours commun que tout le monde défendra. 


Techniques de lobbying

Votre but : capter l’attention des élu·e·s et les rallier à votre cause au point qu’il·elle·s iront eux·elles-mêmes défendre vos intérêts au moment de discuter une loi ou de lancer un nouveau projet, qu’il soit d’envergure ou non.

IDENTIFIER SES INTERLOCUTEUR·RICE·S

Avant de vous précipiter devant n’importe quelle élue locale, il est important de bien prendre le temps d’identifier les missions et compétences de vos interlocuteur·rice·s. Quelques pistes ici pour vous aider à vous orienter :

  • AU NIVEAU NATIONAL

le gouvernement et ses différent·e·s ministres sont chargé·e·s d’impulser et de mettre en œuvre les politiques publiques qui vont régir le fonctionnement du pays. Chaque ministère possède ainsi des champs d’action spécifiques, qu’il vous reviendra d’identifier pour être sûr·e·s de ne pas vous tromper. Pour vous faciliter la tâche, vous pouvez vous rendre sur le site internet du ministère que vous pensez avoir identifié et vérifier que celui-ci s’occupe bien de l’affaire qui vous concerne.

  • À L’ECHELLE LOCALE

Les collectivités territoriales (région, département, commune), du fait de la décentralisation, ont récupéré un certain nombre de compétences auparavant gérées par l’État. Cela implique que chaque niveau de collectivité a à sa charge un certain nombre de compétences obligatoires. Par exemple, les communes ont la responsabilité de la gestion des écoles, les départements s’occupent des collèges et les régions des lycées. 

Pour savoir à quel niveau de collectivité vous adresser en fonction du sujet que vous souhaitez défendre, vérifiez qui est chargée de votre sujet. 

Pour vous aider, allez faire un tour du côté du site Vie publique. Il a vocation à renseigner les citoyennes sur divers aspects de la vie publique, et notamment sur le fonctionnement des différentes institutions. Vous y retrouverez tout un dossier consacré à cette question des compétences des collectivités. Dans tous les cas, essayez de rencontrer vos élu·e·s locaux·les. Ces dernier·ère·s consacrent régulièrement un temps pour écouter les citoyennes. Une plateforme en ligne est d’ailleurs en cours d’élaboration à cette fin.

De plus, vous pouvez essayer de solliciter les députées qui agissent à l’échelle nationale. Même si, il est vrai, cela peut être plus difficile, si vous y parvenez, ilelles peuvent constituer un solide soutien.

  • À L’UNIVERSITÉ

Pour terminer, au niveau universitaire, certaines instances ont une influence sur les décisions qui sont prises par un établissement : 

  • Le conseil d’administration : composé dude la présidente de l’université, de représentant·e·s du personnel, de représentant·e·s des enseignant·e·s, d’élu·e·s étudiant·e·s et de personnalités extérieures. Il va déterminer les grandes lignes de la politique générale menée. 
  • Le conseil académique : a pour rôle d’émettre des avis sur les projets relatifs à la vie scientifique et étudiante à destination du Conseil d’administration. Il est principalement composé d’enseignantes. 
  • Le conseil des études et de la vie universitaire (CEVU) : organe consultatif composé de représentantes du personnel, de représentantes des enseignantes, d’élu∙e∙s étudiantes et de personnalités extérieures. Il émet des vœux et fait des propositions au conseil d’administration sur la politique pédagogique, les questions relatives aux formations et les conditions de vie et d’études des étudiants.

Là aussi, veillez à repérer les bonnes personnes, et notamment les bon organes : les décideurses finauxales constituent une cible, certes, mais pas la seule. Vous devrez vous intéresser à toutes les intermédiaires. En effet, le processus de prise de décision est quelque chose de complexe et de multiples acteurs·rices sont en mesure d’influencer le résultat final.

INTERVENIR AU BON MOMENT

Identifier le·la bon·ne interlocuteur·rice ne suffit pas, car il est important de l’approcher au bon moment. 

Si on pourrait croire que discuter avec les parlementaires sera le plus efficace, en réalité étant à la fin de la chaîne parlementaire, le plus stratégique est d’agir en amont. Concrètement, cela signifie être auprès des personnes qui proposent des projets de lois et qui parviennent à introduire leur sujet dans le débat public. On pense notamment au gouvernement, qui, aujourd’hui propose encore plus de loi que les instances législatives. 

Pensez également à vous approcher et à faire remonter des sujets auprès des différents conseils et commissions qui ont un pouvoir d’étude et de consultation. Ils peuvent ainsi influencer les décideur·se·s politiques. On peut citer le Défenseur des droits, le Conseil économique, social et environnemental, le Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche etc. En bref, l’idée est d’être initiateurrices de réforme. 

MENER DES ACTIONS MÉDIATIQUES

Toujours prompts à relayer des opérations originales, les médias constitueront l’un de vos meilleurs atouts pour sortir de l’ombre et faire entendre votre voix au grand public : un préalable pour forcer les portes des mairies et ministères.

Pour plus de conseils sur la façon dont vous pouvez communiquer avec les médias, consultez la fiche pratique « Communiquer sur son événement auprès des médias et du public ».

PROPOSER UNE EXPERTISE

En matière d’environnement par exemple, l’une des forces des ONG européennes a été de proposer à la commission européenne, des publications précises, chiffrées et fiables lui permettant d’obtenir des informations conséquentes sur des sujets donnés : OGM, perte de biodiversité en Europe, risques sanitaires de la pollution chimique, etc. Elles ont su s’imposer par ce biais comme des interlocutrices indispensables, invitées aux comités consultatifs précédant la rédaction des propositions de directives.

Votre expérience de terrain sur les campus, votre connaissance du milieu étudiant et des attentes de vos pairs peuvent être très utiles à vos interlocuteur·trices locaux·les ou nationaux· les. Eux·elles n’ont en effet pas forcément les moyens de cibler et d’analyser cette micro-société qu’il leur importe pourtant de satisfaire et de comprendre.

NÉGOCIER SES VOIX

Les étudiant·e·s représentent indéniablement une force électorale. Bien sûr, vous ne maîtrisez pas leurs votes, mais vous connaissez leurs revendications. En les collectant et en les mettant noir sur blanc et en faisant pression pour que les élu·e·s les intègrent dans leurs programmes, cela leur donnera plus de chances pour que potentiellement les étudiant·e·s votent pour elleseux.

C’est bien là la base du lobbying : vous revendiquer comme une force, dont les opinions doivent être prises en compte dans le débat public.

À vous maintenant de vous lancer !


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