Organiser une université populaire

Fiche pratique

Héritières d’une tradition qui remonte au XIXe siècle,  dont la première a été organisée en 1899 par Georges Deherme, les universités populaires revêtent de multiples formes. Tout d’abord, leur dénomination varie, on peut ainsi entendre parler d’université du temps libre, université pour tou∙te∙s, université inter-âge, etc. Si l’aspect change, leurs projets restent ancrés dans le courant de l’éducation populaire : proposer des espaces de diffusion, voire de production, des connaissances qui dépassent les institutions et les modes classiques d’enseignement, en s’adressant à un public qui n’a pas effectué d’études supérieures et qui parfois ne s’estime pas légitime à « penser ».  Voici ici quelques conseils pour organiser une université populaire, mais il vous reviendra de les adapter à votre situation.


Définir sa programmation

C’est l’inscription dans le temps qui différencie l’université populaire de la simple organisation de conférences ou de débats. En effet, il vous faudra définir une programmation sur un semestre ou sur l’année pour constituer votre « cursus » alors que les conférences ou débats sont ponctuels et se déroulent à un moment T. C’est pourquoi on les appelle « universités ». 

UNE DIVISION PAR MATIÈRE

Vous pouvez calquer le fonctionnement de votre université sur le fonctionnement universitaire traditionnel. Vous proposerez alors différentes matières : économie, histoire, sociologie, etc. organisées en séances généralement hebdomadaires. Le format le plus traditionnel est celui de la conférence-débat de deux heures. Un exposé du sujet d’une heure à une heure et demie, souvent donné par un enseignante-chercheurse, précède généralement un temps de débat avec la salle.

UNE DIVISION PAR CYCLE

Vous pouvez également choisir de construire votre programmation autour de cycles qui dureront quelques mois. L’Université populaire de Bordeaux, seule université populaire étudiante française, a ainsi proposé sur un semestre en 2011, un cycle intitulé « Changement de ville, changement de vie ? ». Sociologie, histoire, architecture et urbanisme se sont mêlés tout au long des séances pour favoriser une compréhension globale de la problématique.

Lorsque vous concevez votre cycle, un fil rouge permettra de suivre la progression pour les personnes désireuses de le suivre en entier. 

Ainsi, en plus du fil rouge, pensez à l’autonomie de chaque séance pour ne pas décourager les nouveauxelles arrivantes séduites par le thème particulier évoqué. 

Enfin, vous pouvez également essayer de surfer sur l’actualité et proposer des clés de compréhension des débats de société actuels.

Privilégier le convivial

Le cadre a une importance capitale dans la réception et l’appropriation qui sera faite des savoirs. Il ne faut donc pas la négliger.

DÉVELOPPER UNE AMBIANCE CONVIVIALE

Un cadre où les participant∙e∙s se sentent à l’aise sera plus propice au partage et à l’échange. Prenez cette dimension en compte dans la construction de votre scénographie : évitez les estrades (cela marque une distance entre l’intervenante et le public) et dans la mesure du possible le recours à des micros. L’idée est de mettre tout le monde dans une situation égale pour que tout le monde soit à l’aise à échanger et à communiquer les unes avec les autres quelle que soit la situation.

Les animateurrices de la séance ont également un rôle important à jouer pour développer une ambiance agréable et ceci dès la présentation de la séance. 

Au lieu de développer une présentation solennelle du titre, des champs de recherche et des spécialités de l’intervenante, une présentation informelle, plus naturelle, sera plus utile. Par exemple : « Pierre Dupont est là pour échanger avec nous sur la crise financière ».

Pensez également aux pauses, importantes pour suivre toute la journée d’activités. De plus, vous pouvez laisser à disposition les boissons pour que chacune puisse boire à sa guise. N’attendez pas forcément la fin de la séance pour les proposer, cela participera à créer l’atmosphère détendue que vous recherchez.

LE LIEU N’EST PAS NEUTRE

Le choix du lieu a un impact sur le processus de diffusion des connaissances. Dans la mesure du possible, investissez la ville et allez à la rencontre de votre public. Théâtres, cafés, bars et centres sociaux (entre autres) sont autant d’opportunités de rencontrer des personnes qui n’auraient peut-être pas eu connaissance de vos initiatives autrement. Pensez également à un horaire qui permette au plus grand nombre d’être disponible : privilégiez ainsi la fin d’après-midi.

Dépasser la conférence-débat

Si vous souhaitez dépasser le cadre de la conférence-débat, vous pouvez vous lancer dans la mise en place d’ateliers. Ils peuvent prendre de multiples formes et ont pour but de contribuer à une co-construction du savoir en sortant du modèle de transmission descendante. 

Ils mettent en confiance les personnes qui peuvent se sentir éloignées de l’enseignement traditionnel en leur permettant d’être pleinement actrices du processus de production de la connaissance.

L’atelier doit alors être adapté à l’objectif que vous recherchez : amener toutes les participantes à prendre la parole, approfondir la connaissance d’un sujet, susciter le débat, etc. 

Les ateliers d’auto-défense médiatique de l’Université populaire de Bordeaux proposent ainsi aux participants de travailler en petits groupes sur un aspect d’une thématique définie. Par exemple, pour une séance sur la sélection de l’information, un groupe s’intéressera au travail des agences de presse, un autre à la propriété des médias, etc. Chaque groupe possède des documents pour servir de base à la discussion : coupures de presse, documents iconographiques, etc., et restitue ensuite ses conclusions à l’ensemble des participantes.

Pour conclure, il n’existe pas de formes meilleures que d’autres. Chacune répond à des attentes de publics différents. À vous d’être au clair sur vos objectifs et vos envies pour construire les outils les plus adaptés.


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