Organiser un événement autour de la récup’ alimentaire

Fiche pratique

Reste de repas, fruits et légumes abîmés, pain… Les français jettent 20kg de déchets alimentaires par an donc 7kg encore non consommés. Des chiffres qui incitent à l’action. Pour sensibiliser sans culpabiliser, les étudiants se mobilisent à travers des mouvements citoyens mondiaux comme Disco soupe et Food not bomb, des initiatives indépendantes comme Caravan’olla à Montpellier, La tente des glaneurs à Paris, La chouette cantine à Rennes, et des associations instituées comme les Restos du coeurs ou la Banque alimentaire pour créer et innover autour du gaspillage alimentaire. Voici quelques pistes d’actions pour accommoder ses épluchures dans la bonne humeur.

1. Faire son marché de rebuts

Quel que soit l’événement que vous allez mettre en place, l’approvisionnement en matières premières constitue une étape essentielle. quels produits (alimentaires ou non-alimentaires) allez-vous récupérer et comment ?

  • ces aliments dont personne ne veut

Rassemblez vos forces pour trouver des rebuts et invendus qui peuvent être : des pommes tâchées, des pêches abîmées dans les transports, des concombres non récoltés, des carottes difformes ou des radis trop petits. Sont bien sûr à éviter les produits rendus impropres à la consommation, comme les produits recouverts de moisissure par exemple.

 

  • où les trouver ?

En France, le gâchis alimentaire est estimé entre 10 et 15 millions de tonnes par an. Autant dire que les rebuts se trouvent partout. Dans votre frigo, chez votre primeur en fin de journée, dans les rayons des hypermarchés, dans les camions frigorifiques, à la fin des  marchés… mais surtout dans les marchés d’intérêt national / régional (un marché de gros, comme Rungis) ou chez les producteurs eux-mêmes. Carvan’olla, association de Recup’ de Goûts et d’Idées à Montpellier, privilégie le marché de gros et la Biocoop pour avoir des quantités suffisantes et ne pas empiéter sur les autres initiatives, collectives ou individuelles, qui récoltent également de la nourriture, sur les marchés le plus souvent. tout dépendra donc de la quantité dont vous aurez besoin. Le mouvement Disco Soupe conseille de prévoir environ 200g de légumes par personne. L’association Re Bon, présentée dans cet article de Say Yess glane tous les fruits et légumes possibles, ils ont sauvé 17 tonnes de nourritures en 3 ans.

  • des épices, des épices…

Pour donner encore plus de saveur à vos futures « recettes récup’ », la recherche d’épices et aromates peut être un formidable terrain de jeux. Certaines Disco Soupe ont créés des partenariats avec des Biocoop ou des entreprises de commerce équitable pour parfumer leurs recettes écologiques en huiles de noix de macadamia, vinaigre et épices exotiques.

Autre idée d’assaisonnement : aller glaner dans la nature quelques pourpier, origan ou thym sauvage à glisser dans votre soupe. Pour ne pas refaire Into the Wild, le Guide des plantes sauvages  comestibles 5 et toxiques, ouvrage de référence, pourra vous aider dans la  cueillette…!

2. Préparer son plan de travail

  • récupérer du matériel de cuisine

Un frigidaire, une armoire à cuillères, un évier en fer, et un poêle à mazout… Bon, d’accord, vous n’aurez peut-être pas comme Boris Vian besoin de tous ces engins de progrès, mais quelques ustensiles seront néanmoins à prévoir pour faire votre popote ! Si votre événement est organisé en partenariat avec votre mairie par exemple, vous avez de grandes chances que l’on vous prête le matériel. Sinon, il va falloir utiliser le système D et faire appel à vos amis, votre famille, votre resto u, etc.

 

Si vous organisez une Disco Soupe et cuisinez collectivement, vous pouvez demander aux participants de ramener des ustensiles. À noter qu’une Disco salade sera bien moins contraignante en terme de matériel. De simples saladiers géants suffisent. en revanche, une Disco Soupe nécessitera de grandes marmites, un moulin à légumes, un réchaud, éventuellement un mixeur, etc. Pensez également à l’installation électrique si besoin.

 

  • gérer les rebuts de rebuts

Difficile de promouvoir un événement anti-gaspillage si votre  association n’adopte pas elle-même un comportement exemplaire. Le compost de vos futures épluchures de fruits et légumes s’impose naturellement. Avant la manifestation, assurez-vous de trouver un endroit, idéalement proche du lieu de l’événement, qui pourra accueillir votre compost et être utile à d’autres  (jardins  partagés, jardins  municipaux, jardins  d’insertion…).

 

  • donner du piment à l’évènement

Pour donner saveur et sens à votre action, sachez varier les plaisirs et prévoyez des animations adaptées à votre démarche. Les Disco Soupe fondent leur recette sur un concept festif et musical : « La  convivialité contre le gâchis, la gratuité du recyclage et le plaisir du disco », mais en fonction de vos objectifs, d’autres initiatives peuvent être privilégiées. Un Ciné Soupe, un quiz pour réfléchir sur nos manières de consommer ou encore une conférence sur le thème du gaspillage alimentaire.

 

  • financer avec le prix libre

La récup’ pour un autre rapport à l’alimentation, le prix libre pour un autre rapport à l’argent. Pratique de solidarité puisque chacun paye comme il veut et comme il peut, le prix libre est largement pratiqué lors d’événements « récup’ ». Disposez une ou plusieurs petites boîtes à contribution sur votre lieu (près de la consigne, de la marmite…) et restez attentifs aux besoins  d’information et de sensibilisation des participants sur ce type de fonctionnement, sur les raisons de ce choix et sur l’utilisation de la recette récoltée.

 

  • communiquer

Qu’il s’agisse de mobiliser le public pour votre manifestation, de communiquer sur les actions de votre nouvelle association ou  d’alerter sur le gaspillage alimentaire qui s’opère dans votre ville, vous devrez rendre votre action visible. Dossier de presse, flyers, affiches, réseaux sociaux… la fiche pratique ›  Rendre son association attractive pour les journalistes et les médias ‹ fait le point sur les différents supports et médias que vous pouvez utiliser.

 

3. Gérer la cuisine

Vous avez trouvé les ingrédients, préparé votre plan de travail et assuré votre communication en amont. Les participants seront bientôt là ! quelques derniers conseils pour profiter pleinement du moment dans la bonne humeur.

 

  • qu’est-ce qu’on mange ?

Dans un groupe, il y a toujours celui qui rêve de devenir cuisinier… Vous l’avez repéré depuis longtemps, c’est donc le moment de le mettre à l’épreuve et de le nommer grand chef opérateur des recettes, responsable d’une  brigade de  récupérateurs !

 

Les recettes seront fonction des aliments que vous aurez réussi à récupérer et de votre imagination… et des idées recettes que vous aurez glanées avant le début  des festivités. Des sites (http://england.lovefoodhatewaste.com, en anglais) pourront vous aider sur les bonnes quantités et sur les idées recettes en fonction des  ingrédients  récupérés, tout comme les conseils avisés de Disco soupeurs ou autres cuisiniers de la récup’.

 

  • cuisiner collectivement, tout un art

Que vous soyez quatre ou cinquante, la cuisine collaborative, ça s’organise. Les espaces devront être bien définis et visibles : zone « découpe et épluchage », zone  » cuisine et assaisonnement », zone « distribution », zone « consigne », zone « compostage et tri »… en fonction du nombre de personnes à cuisiner, pensez à identifier un responsable pour chaque espace qui facilitera l’échange entre les membres de chaque équipe.

 

Si vous organisez un événement de type Disco Soupe, où un grand nombre de volontaires éplucheurs est attendu, le tool-kit Disco Soupe partage plein de conseils pour organiser la logistique le jour J.

 

Enfin, veillez à ce que chacun respecte les règles élémentaires d’hygiène et de sécurité durant l’événement : ne pas poser les cageots de fruits et légumes par terre, prévoir des gants pour chaque personne qui manipule les aliments, disposer d’une solution hydro-alcoolique, respecter le  principe de la « marche en avant » (les fruits et légumes ne doivent jamais revenir en arrière dans la chaîne) et prévoir désinfectant et bandages en cas de coupures.

 

  • sensibiliser à la lutte contre le gaspillage alimentaire

Au-delà de votre action héroïque de sauvetage de fruits et légumes de la poubelle, votre initiative donne aussi à réfléchir sur nos manières de consommer. entre deux échanges de recettes anti-gaspi, ne perdez pas une o ccasion de sensibiliser votre public aux problématiques liées au  gaspillage alimentaire, ses  origines, ses conséquences sociales et  environnementales…

 

Pensez en amont à concevoir des outils pédagogiques et de sensibilisation que vous aurez disséminés sur place : pyramide alimentaire, calendrier des fruits et légumes de saisons, affiches…  Pour vous aider, consultez la boîte à outils de l’ADEME.

 

Vous avez maintenant quelques clés pour partager et transmettre votre expérience. Pourquoi ne pas en profiter pour mettre en place des formations « Pratiquer la récup’ alimentaire » sur votre campus ?