Sensibiliser aux handicaps

Fiche pratique

Vous souhaitez agir pour sensibiliser aux handicaps ? L’originalité de votre action n’aura pour limite que votre imagination tant les moyens de sensibiliser un public donné sont divers : organiser des rencontres entre personne valides et non-valides ; sensibiliser par le jeu, par une projection-débat, une conférence ou par les arts vivants à différents types de handicap. Vous pouvez aussi vouloir alerter les pouvoirs publics sur une situation particulière pour les inciter à agir ; encourager les innovations qui amélioreront le bien-être de toutes… Ici, on tentera de vous guider pour vous aider à vous lancer. 


Se renseigner et s'inspirer

Lorsqu’on essaie de sensibiliser aux handicaps « L’un des obstacles les plus importants qui se dresse sur la route d’une personne en situation de handicap, ce n’est justement pas son handicap, mais la perception que cette personne et celles qui l’entourent peuvent en avoir », expliquait Lionel Hoffmann alors qu’il était vice-président d’Handisup Nantes. Parce que les préjugés ont la vie dure, parce que changer les mentalités se fait par petites touches, rien de tel qu’un événement permettant la rencontre et la remise en cause de ces stéréotypes. 

SE RENSEIGNER

Au préalable, il est essentiel de vous-mêmes être renseignées sur les différents types de handicap.

Il s’agit au préalable de se renseigner sur le vocabulaire à employer et sur tous les types de handicaps. Il n’existe pas un handicap et parmi les types de handicaps, il peut y avoir des similitudes comme des différences. Par exemple, une des choses dont il faut prendre conscience c’est qu’il existe de nombreux handicaps invisibles, il est donc important de se renseigner sur ceux-ci. 

Sollicitez les personnes concernées par les différentes questions pour en savoir plus sur leurs situations, leurs expériences, leurs conditions à l’université. 

De plus, il est important d’éviter de parler à la place des personnes concernées. C’est pourquoi, avant d’agir pour elles, consultez-les, demandez-leur leur avis et surtout impliquez-les ! En effet, cette tendance peut souvent donner sur l’écueil du misérabilisme et du paternalisme. Or, cela peut paraître évident mais évitez ces comportements, car  les personnes en situation de handicap sont des personnes comme les autres. 

S’INSPIRER

Par ailleurs, s’il existe déjà une ou plusieurs structures ou associations agissant sur ce thème, rapprochez-vous d’elles et essayer d’organiser et de sensibiliser aux handicaps ensemble. 

Enfin, pour savoir comment agir sur ces questions lorsqu’il ne s’agit pas de votre activité principale (ou pas encore), vous pouvez vous inspirer et solliciter des associations qui agissent déjà depuis un moment sur cette question, comme l’association Starting-Block qui propose des activités favorisant la mixité et suscite l’engagement des jeunes autour du handicap auprès de publics scolaires ou encore Handisup Nantes


Agir sur votre campus pour sensibiliser aux handicaps

Maintenant que vous vous êtes renseigné∙e∙s, vous pouvez envisager d’agir. Un des premiers objectifs est  de rendre visibles les enjeux liés au handicap. Ici plusieurs possibilités sont possible en fonction de vos envies et compétences. Pensez également à organiser l’évènement avec des personnes concernées et globalement vérifier que chaque évènement est accessible, parce que sinon quel intérêt ?

PRÉVOIR UN TEMPS ASSEZ LONG DE PRÉPARATION

Un tel événement demande un travail de préparation, peut-être plus important que d’autres, surtout si ce n’est pas votre activité principale. 

En effet, vous devrez penser à rendre vos évènements attractifs et intéressants pour les personnes qui ne sont pas directement touchées par un handicap. 

Mais il faudra aussi rendre vos évènements accessibles aux personnes en situation de handicap. Peut-on y accéder en fauteuil roulant ? Y-a-t-il des dispositifs de traduction en langue des signes (LSF) pour les personnes sourdes ou malentendantes ? Des sous-titres en cas de projection ? etc. Il serait mal vu d’organiser des évènements pour sensibiliser aux handicaps, ouverts et accessibles qu’aux personnes valides. 

C’est pourquoi, il est vraiment important de travailler et préparer en amont vos évènements avec beaucoup de soin. Plus tôt vous commencez et plus de monde vous pourrez mobiliser du monde qui pourra vous aider à vous réfléchir à toutes ces questions. 

ORGANISER UN ÉVÉNEMENT SUR LE CAMPUS

Avant même d’organiser un évènement sur le campus, la première question à laquelle il faudra répondre est : à quel handicap souhaitez-vous sensibiliser ? En effet, tous les handicaps ayant des conséquences différentes, il pourra être compliqué de parler de tous les sujets en même temps. Si vous pensez qu’il peut être pertinent de sensibiliser à plusieurs, réfléchissez bien à comment les associer.

  • Organiser des animations 

Vous pouvez penser à organiser des animations sur votre campus. Par exemple organiser une journée entière de sensibilisation, avec par exemple au programme : débats sur la loi du 11 février 2005 sur le handicap, des visites de votre établissement comme si vous étiez à la place d’une personne non-voyante ou en fauteuil roulant. 

  • Faire intervenir des associations ou des personnes concernées 

Vous pouvez faire intervenir des associations qui agissent pour la reconnaissance et le droit des personnes handicapées, ou des personnes concernées de votre établissement qui aimeraient témoigner ou partager leurs expériences. Une fois que vous aurez trouvé ensemble une date, définissez le thème de leur intervention. Si vous choisissez d’inviter des associations à tenir des stands d’information dans le hall de votre établissement, il est important de réfléchir à des techniques d’animations pour rendre les stands attractifs pour que les étudiantes s’y arrêtent. 

  • Trouver du soutien auprès de votre université

De plus, si vous parvenez à obtenir des soutiens de votre université cela peut être un plus pour la visibilité et l’organisation de votre évènement.. Des enseignements sur les handicaps sont dispensés dans votre fac ? Mobilisez professeures et étudiantes et tentez de programmer ensemble la journée ou certains ateliers ou évènements pour que le public soit au rendez-vous.

Vous pouvez également vous orienter vers les bureaux de la vie étudiante ou le service associatif de votre établissement ainsi que la médecine préventive ou encore les missions handicaps. L’établissement peut quant à lui vous assister techniquement : offrir les repas aux invités à midi, mettre à votre disposition des salles, du matériel (micros, vidéoprojecteurs, sono, chaises…)…

ORGANISER UNE PROJECTION 

En complément de votre journée ou en tant qu’événement à part entière, projeter des films racontant et expliquant les difficultés et défis relevés par les étudiantes en situation de handicap peut s’avérer un puissant moyen de bousculer les mentalités et de mettre fin à certains préjugés. 

Pour vos projections, vérifiez bien que le film possède des sous-titres pour les personnes sourdes ou malentendantes. Plusieurs solutions : soit il s’agit du court-métrage ou d’un film sur YouTube, dans ce cas vous pouvez vous-mêmes faire les sous-titres. Soit, il s’agit d’un long-métrage français qui est sorti en D.V.D, et donc a normalement déjà une version sous-titrée. Dans ce cas-là, vous pouvez directement contacter la boîte de production afin d’obtenir cette version et payer les droits de diffusion. Parallèlement vous pourrez contacter lela réalisatrice afin d’organiser une rencontre et un échange en fin de diffusion. 

ORGANISER UN PARCOURS LUDIQUE

La diversité du public étant un défi récurrent dans une action de sensibilisation aux handicaps, choisir une approche ludique peut être un premier moyen d’accroche facile. Qu’il s’agisse de traverser un parcours d’obstacles en fauteuil roulant, de découvrir l’université les yeux bandés, de s’initier au braille lors d’un jeu de piste ou de demander son chemin en langue des signes, les parcours ludiques sont toujours une réussite. 

Prenez le temps de tester votre parcours et de le modifier le cas échéant avant de le proposer au public. Une exposition sensorielle (peintures en relief, installations sonores dans une salle obscure) peut également être une bonne idée à mettre en place dans votre université. À la Cité des Sciences et de l’Industrie à la Villette, le parcours ludique d’Andreas Heinecke invitait ainsi les spectateurrices, munies de casques isolants, à faire l’expérience d’un monde sans bruit.

SENSIBILISER PAR LE SPECTACLE VIVANT

De nombreux musées, mais aussi des théâtres et salles de concert adaptent leur offre aux publics en situation de handicap : vous pouvez organiser une sortie ou un événement en partenariat avec eux. L’association Accès culture, basée au théâtre national de Chaillot, équipe les théâtres pour les spectateurrices sourdes, malentendantes, aveugles et mal-voyantes. 

Dans le domaine du théâtre vivant vous pouvez penser aux contes en langue des signes ou encore au « théâtre aveugle » est également une expérience très enrichissante à vivre.

La pièce « La Isla Desierta » de Roberto Arlt jouée pendant des années au centre culturel Konex à Buenos Aires en Argentine est travaillée à partir de l’absence totale de lumière, et jouée par un groupe d’acteurrices incluant des personnes non-voyantes. L’expérience transmet des sensations olfactives, tactiles (une bruine de pluie fine, la mer, le vent) et auditives où l’absence totale d’images impose au spectateurce un exercice des autres sens. On entre à la queue leu leu en se tenant à ses voisines. L’action a lieu dans un bureau d’expertes-comptables, au dixième étage d’un immeuble dont les fenêtres donnent sur le port. Un bruit de fond de machines à écrire, de calculettes, de téléphones et de départs de bateaux complète le tableau. Pourquoi ne pas vous lancer à votre tour et proposer à une association de théâtre de monter avec vous une pièce de théâtre aveugle ?

SENSIBILISER PAR LE SPORT

Le sport est un autre bon moyen de faire rencontrer des personnes valides et des personnes en situation de handicap. Les disciplines sportives sont propices à la sensibilisation: le céci-foot par exemple, se pratique entre personnes non-voyantes et voyantes, ces dernières ayant les yeux bandés. Vous pouvez imaginer encore pleins d’autres sportives allant dans ce sens. 

ORGANISER DES SORTIES EN EXTÉRIEUR

Toute occasion est bonne pour rompre les barrières entre personnes valides et les personnes en situation de handicap. L’association Starting-block organise par exemple des balades handivalides. En mettant à disposition un matériel simple à utiliser, l’association banalise le fait de sortir : elle organise grâce à la joëlette, le monopousseur et le tandem, des promenades en espace vert. La joëlette, tout terrain, est un fauteuil sur une roue fonctionnant sur le principe de la chaise à porteur. Des brancards à l’avant et à l’arrière permettent aux accompagnateurrices de faire rouler l’engin et de le porter le cas échéant. Le monopousseur, quant à lui, est une sorte de demi – vélo qui s’articule à l’arrière du fauteuil d’une personne en situation de handicap dont les poignées font office, pour l’accompagnateurrice, de guidon. Notoirement plus connu, le tandem est un vélo à deux places, et fait le délice des personnes déficientes visuelles qui se laissent ainsi guider.

Autre sortie à tenter : le café en langue des signes, à Paris, il existe le Café Signes, premier café parisien tenu conjointement par des personnes sourdes et entendantes. Vous pouvez aussi le « créer » vous-mêmes dans un café ou un bar assez calme, ou en tout cas à un moment creux. 

Vous pouvez organiser un rendez-vous au cours duquel les personnes sont invitées à partager un moment d’échanges régulièrement. Ce moment est devenu incontournable pour ceuxcelles qui souhaitent s’initier à la langue des signes, la mettre en pratique.

ORGANISER DES RENCONTRES AVEC DES PERSONNES EN SITUATION DE HANDICAP

Enfin, si le format vous convient davantage, vous pouvez aussi organiser des rencontres avec des personnes en situation de handicap pour témoigner de leurs expériences. Dans ce cas-là, essayez de trouver une personne à l’aise pour parler de son vécu et capable éventuellement de proposer et diffuser des solutions afin d’obtenir du soutien à sa cause. Tentez d’intéresser aussi le public en leur offrant une approche nouvelle pour aborder la question d’un handicap. Vous pouvez aussi vous tourner vers des collectifs ou associations spécialisées pour intervenir et expliquer leurs démarches et leurs actions. 


Faire du lobbying

Une fois que vous aurez séduit et informé votre public, vous pouvez aller plus loin si l’envie vous en dit. Avec cette communauté mobilisée vous pouvez vous lancer dans une campagne de fond visant à favoriser la prise de conscience des institutions et du grand public.

TRAVAILLER VOTRE ARGUMENTAIRE

Mais pour obtenir une reconnaissance des besoins et des adaptations nécessaires, il faudra convaincre. Parmi les arguments forts à mettre en valeur, vous pouvez par exemple insister sur le fait que votre association a pour but de faciliter l’intégration des étudiantes en situation de handicap. Si ilelles se sentent mieux dans leurs études, les résultats se répercuteront sur la vie étudiante en général. Vous pouvez aussi rappeler les établissement à leur obligation d’accompagner les étudiantes en situation de handicap. 

AGIR AU SEIN DE VOTRE ÉTABLISSEMENT

Vous pouvez agir au sein de votre établissement en coopération avec les étudiant∙e∙s en situations de handicap afin de sensibiliser, faciliter la mobilité, les démarches administratives, les études et l’insertion professionnelle. En effet, ce n’est qu’en concertation avec les personnes concernées que vous saurez quoi demander. Elles vous indiqueront leurs difficultés, leurs besoins et leurs attentes. Ce sont elles qui seront le plus à même de mener la prise de conscience des institutions et du grand public de leurs vécus. 

Une association de dimension nationale comme le GIHP (Groupement pour l’insertion des personnes handicapées physique), fédérant aujourd’hui une trentaine d’antennes locales ou régionales, en charge d’autant de services de transport adapté aux personnes ayant un handicap physique, n’était, à l’origine, constituée que d’une poignée d’étudiantes en fauteuil qui, empêchés de se rendre jusqu’à la fac, s’étaient bricolés une vieille fourgonnette!

La tâche ne vous sera pas facile car il vous faudra convaincre au moins trois types d’acteurs : les étudiantes en situation de handicap ; les étudiantes valides, qui se sentent a priori peu concernées ; l’université, dont les services administratifs sont à amadouer. C’est pourquoi réussir des événements fédérateurs, comme évoqués précédemment, peut contribuer à dénouer un certain nombre de craintes.

AGIR POUR AMÉLIORER LES CONDITIONS D’ÉTUDES

Votre association peut aussi contribuer à améliorer les conditions d’études. Par exemple, vous pouvez agir pour la création d’espaces pour les étudiantes en situation de handicap de votre établissement, ainsi que des prêts de matériel adaptés ou encore des aménagements mieux adaptés à leurs besoins.

Faites cependant attention à désamorcer les réticences et les rivalités qui pourraient naître avec le service handicap de votre établissement. Sensibilisez-les à un partenariat constructif, votre expérience associative et votre connaissance du terrain pouvant compléter leur rigueur et leur professionnalisme.

Votre association pourra par exemple contribuer à mobiliser des bénévoles tuteurrices pour un accompagnement ; créer un site web ou un blog permettant aux étudiantes en situation de handicap d’avoir accès à des ressources qui peuvent leur être utiles. 

FAIRE CAMPAGNE HORS CAMPUS

La loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées comporte de nombreuses avancées par rapport à celle de 1975. Mais peu d’entreprises respectent l’obligation d’emploi d’au moins 6% de travailleurses en situation de handicap pour les entreprises de plus de 20 salariés. De même, les moyens déployés par les établissements universitaires pour accompagner au mieux les étudiantes ne suivent pas toujours non plus. 

Il peut donc vous sembler utile d’alerter les pouvoirs publics et la population sur cette situation. Voici quelques conseils pour mener campagne de façon efficace : l’union faisant la force, vous gagnerez à unir le maximum d’acteurrices et à trouver des appuis à la fois auprès des personnes qui luttent pour les droits des personnes en situation de handicap mais aussi auprès d’autres structures. 

Le mouvement interassociatif « Ni pauvre ni soumis » (www.nipauvrenisoumis.org), créé en novembre 2008, se mobilise pour les personnes en situation de handicap vivant sous le seuil de pauvreté, autour du slogan « Handicap, maladie invalidante : l’urgence d’un revenu d’existence ». Pour la cause, le mouvement a ratissé large : outre le fait d’avoir réussi à rassembler de nombreuses associations, toutes catégories de handicap confondues, il compte également des associations comme Act up ou France Terre d’Asile parmi ses partenaires.

Autre exemple de sensibilisation réussie dans la ville : le street marketing. Le fait d’utiliser les marches de lieux publics (métro, gare, centre commercial…) comme support publicitaire n’est pas nouveau mais si le dispositif plaçait directement ces escaliers au coeur du message, le résultat est autrement plus efficace ! Des étudiantes de la School of Visual Arts de New York ont ainsi appliqué un visuel représentant l’Everest sur des marches afin de témoigner de la difficulté rencontrée par les personnes en situation de handicap pour faire face à ce type d’obstacle urbain. On pouvait y lire le message suivant : « For some, It’s Mt. Everest. Help build more handicap facilities », ce qui signifie en français : « Pour certaines, c’est l’Everest. Aidez-nous à améliorer les conditions d’accessibilité ».

Voilà, nous vous avons donnons plusieurs pistes pour agir pour sensibiliser aux handicaps à vous de décider de vos moyens d’actions et de vous lancer !


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