Nos propositions

Nos propositions

La crise sanitaire que nous traversons (encore) bouleverse indéniablement la vie universitaire. Entre distanciation sociale et cours en ligne, le temps passé par les étudiants et les étudiantes sur les campus est de fait moins important. Comment repenser la vie étudiante dans un établissement où l’on se voit moins régulièrement ? Comment faire en sorte que la vie étudiante ne redevienne pas le parent pauvre de l’université ? Comment garantir le lien social quand les temps de vie étudiante et de rencontres collectives sont plus rares et quel rôle les associations étudiantes peuvent jouer ? 

Dans le cadre du projet « La Rentrée d’après » mené par AnimafacE&DESN FranceJets d’encre, les Jeunes Européens FranceNightline, le Parlement Européen des Jeunes et le RESES, 34 propositions à retrouver sur cette page, ont été élaborées afin d’apporter des réponses à ces questions.

Si le temps des études est une période spécifique au cours d’une vie, les jeunes concerné·e·s ne se résument pas à leur seule condition d’étudiant·e : ils·elles sont avant tout des citoyen·ne·s comme les autres. Ainsi, leurs actions ne se limitent pas au seul espace de l’enseignement supérieur ; ils·elles sont les jeunesses actrices à de multiples échelles (locales, régionales, nationales et internationales) et mobilisé·e·s sur les enjeux mondiaux qui traversent nos sociétés : solidarité, urgence climatique, démocratie, lutte contre le racisme.

Malgré un fort intérêt pour les questions d’actualité et le fait de se tenir régulièrement informé·e·s, on constate que les jeunes font peu confiance aux médias traditionnels et aux pouvoirs publics. L’émergence du covid-19 n’a pas arrangé la situation : ainsi, ce sont 49 % des répondant·e·s à l’enquête « La Rentrée d’Après » qui déclarent avoir moins confiance dans le système démocratique depuis la crise sanitaire. Pour les chercheur·se·s, cette défiance des jeunes vis-à-vis du système démocratique ne peut être associée à une forme de repli de leur part ; elle est plutôt le marqueur d’attentes nouvelles. Leur vision de la démocratie est plus exigeante, avec une attention particulière accordée à la question des inégalités. Cette dimension peut expliquer que leur confiance dans le système s’affaisse lorsque des crises surviennent.

Ainsi, les jeunes ne sont pas moins engagé·e·s qu’auparavant, simplement, leur répertoire de participation évolue en s’inscrivant désormais davantage hors des institutions politiques traditionnelles : le fait associatif étudiant connaît un fort développement là où l’engagement syndical et dans les partis politiques des étudiant·e·s progresse peu. Ce qu’il faut retenir, en définitive, c’est que les étudiant·e·s partagent leur envie de s’engager — c’est le cas de plus d’un·e jeune non-engagé·e sur deux — , lorsqu’ils·elles ne le font pas déjà.

Cet engagement a un impact positif sur leur parcours de vie. Le temps des études est une période d’apprentissage et de construction de soi dans laquelle l’expérimentation a toute sa place : elle doit être encouragée et accompagnée par les acteurs·rices de la vie étudiante mais aussi par les pouvoirs publics. Néanmoins, il convient de rappeler qu’afin de pouvoir s’engager, les étudiant·e·s doivent disposer de conditions de vie dignes leur permettant de réussir leurs études. S’engager implique en effet un certain nombre de ressources à mobiliser : du temps, dont on dispose difficilement si l’on doit travailler en parallèle de ses études par exemple, une certaine stabilité financière, ou bien encore un accès aux possibilités d’engagement disponibles.

Un certain nombre de problématiques, bien que préexistantes à la crise sanitaire, ont été mises sur le devant de la scène pendant celle-ci : l’augmentation de la précarité étudiante ou les difficultés sur le plan de la santé mentale notamment. Des associations étudiantes se sont organisées pour mettre en place des collectes et distributions alimentaires, qui ont permis de répondre aux besoins de leurs pairs tout en maintenant un lien social nécessaire. Ces actions sont emblématiques du rôle positif joué par les associations jeunes et étudiantes notamment, au sein de notre société. Cependant, si ces réponses ponctuelles ont été salutaires, les conséquences de la crise sanitaire sur les jeunes et les étudiant·e·s s’inscrivent dans la durée et appellent une réponse de long terme de la part des pouvoirs publics.

Réformer l’enseignement moral et civique (EMC) tout au long du parcours scolaire des élèves

L’enjeu de la réforme de l’EMC est essentiel pour renforcer l’engagement des jeunes à travers l’enseignement scolaire. Cela implique une meilleure formation des professeur·e·s dispensant ce cours mais également de considérer le cours d’EMC comme un cours d’éducation à la citoyenneté progressif et interactif tout au long du parcours éducatif des élèves, de la maternelle au baccalauréat.

L’objectif est qu’ils·elles puissent disposer des outils nécessaires pour mieux comprendre les enjeux de société et les différents processus de décision, tout en apprenant à construire leur avis par l’échange et le débat, et ce, dans l’optique de développer leur esprit critique. Cet enseignement a le potentiel de réduire les inégalités préexistantes entre les élèves en matière de familiarisation avec les questions politiques, sociales et environnementales. Il est donc crucial de le renforcer pour rendre l’exercice de la citoyenneté le plus naturel et accessible à toutes et tous.

 

Intégrer dans les programmes scolaires de 4ème et 3ème des temps de sensibilisation à la mobilité internationale

Selon l’enquête « Mobilitez-vous ! » menée par ESN France en 2017, 80 % des jeunes français·e·s ne se sentent pas suffisamment informé·e·s des opportunités de mobilité internationale et la mobilité des étudiant·e·s se résume encore trop souvent au seul programme Erasmus+ alors que les possibilités sont multiples.

L’objectif de cette proposition est de toucher l’ensemble d’une classe d’âge scolarisée avant les orientations diverses dans différents cursus, de former les enseignant·e·s sur les divers programmes de mobilité pour qu’ils·elles puissent en faire la promotion, et enfin d’inclure dans les manuels scolaires de langue, d’enseignement civique et morale ou d’histoire/géographie, des informations complètes sur les mobilités internationales.

 

Généraliser l’éducation socioculturelle dans tous les lycées

L’éducation socioculturelle est présente dans l’enseignement agricole à tous les niveaux et s’inscrit dans trois grands domaines éducatifs : l’éducation à l’environnement social et culturel, l’éducation artistique et l’éducation à la communication humaine, à l’autonomie et à la coopération.

L’objectif de cette matière est de former des citoyen·ne·s qui comprennent leur environnement et le monde dans lequel ils·elles vivent. Dans celle-ci, deux tiers du temps sont consacrés à de l’enseignement, le tiers restant à la mise en œuvre d’actions concrètes. L’éducation aux médias est, par exemple, l’un des thèmes abordés dans ce module. Nous proposons donc de généraliser l’éducation socioculturelle au sein de l’ensemble des établissements relevant du ministère de l’Éducation nationale.

 

Faire de la vie étudiante une mission fondamentale des établissements d’enseignement supérieur

La vie étudiante revêt une dimension stratégique, à la fois pour la réussite académique des étudiant·e·s mais également pour l’attractivité des établissements. Dans cette optique, il serait pertinent que la vie étudiante devienne une mission fondamentale des établissements, lesquels devraient pouvoir assurer un pilotage territorial des politiques de vie étudiante, dans une démarche d’organisation cohérente des différents dispositifs.

Ce sujet de la vie étudiante pourrait également devenir l’un des éléments de classement des établissements d’enseignement supérieur français, afin de renforcer son caractère central. Le sentiment d’intégration des étudiant·e·s, de bien être, mais aussi les équipements mis à disposition et événements proposés, ou encore le soutien aux associations étudiantes et les modalités de reconnaissance de l’engagement, pourraient être des indicateurs d’une vie de campus dynamique.

 

Déployer des investissements permettant de renforcer l’offre de soins dans les services de santé universitaire

La qualité de la santé mentale des jeunes est alarmante, et ce constat date de bien avant l’émergence du covid-19. Néanmoins, la crise sanitaire a mis un coup de projecteur sur le sujet. Si les jeunes restent une population plus fragile et plus vulnérable en raison des transitions qui s’opèrent à cet âge — 75 % des premiers épisodes psychiatriques commencent avant l’âge de 24 ans — la situation des étudiant·e·s est particulièrement préoccupante. Ainsi, l’INSERM et l’Université de Bordeaux ont publié en 2021 une étude révélant que, pendant les deux premiers confinements, les étudiant·e·s étaient plus vulnérables que les non-étudiant·e·s. Dans le détail, les étudiant·e·s sont plus dépressif·ives, ont plus de symptômes d’anxiété et ont, enfin, exprimé ressentir plus de pensées suicidaires que la population non-étudiante.

Notre proposition est donc de pouvoir déployer des investissements permettant de renforcer l’offre de soins à destination des étudiant·e·s et d’atteindre l’objectif d’un équivalent temps plein (ETP) pour 4 000 étudiant·e·s (le ratio étant actuellement d’un ETP pour 15 000 étudiant·e·s).

 

Mettre en place une option végétarienne quotidienne, de qualité et abordable dans l’ensemble de la restauration collective universitaire

Les études ont montré qu’une alimentation non-carnée était nettement moins émettrice de gaz à effet de serre : de l’ordre de 80 %. La Consultation Nationale Étudiante (CNE) de 2020 du RESES montre que 51 % des étudiant·e·s souhaitent adopter une alimentation plus durable, pour des raisons écologiques notamment. Cette option végétarienne doit aussi être abordable puisque, toujours selon la CNE, le premier obstacle au changement des habitudes de consommation des étudiant·e·s est le prix. Près de la moitié des étudiant·e·s (46 %) seraient même amené·e·s à sauter des repas selon une étude réalisée par l’association Linkee.

La mise en place de cette option végétarienne quotidienne nécessitera de former les chef·fe·s au sein de la restauration collective universitaire, mais également de sensibiliser les étudiant·e·s à l’impact environnemental d’une alimentation végétale et de qualité, car manger de manière durable ne doit pas être synonyme de plats moins équilibrés.

 

Créer un statut européen de l’étudiant·e

Malgré la création en 2010 de l’espace européen de l’enseignement supérieur, il n’existe pas de statut de l’étudiant·e qui soit commun aux 49 pays compris dans cet espace. Ce statut garantirait aux étudiant·e·s concerné·e·s un socle minimum de droits et de services (accès à des cours de langues intensifs, droit à la mobilité tout au long du cursus, traitement équitable à tou·te·s les étudiant·e·s notamment en terme de frais de scolarités, facilitation d’obtention de bourses d’études, reconnaissance des équivalences, etc.), tout en favorisant le sentiment de citoyenneté européenne.

Ce statut pourra se matérialiser sous la forme d’une carte étudiante européenne, initiative déjà expérimentée dans le cadre du programme Erasmus+ et de ses 33 pays membres. Cependant, elle reste à ce jour au rang de projet et non d’obligation pour les établissements d’enseignement supérieur. Cette carte devrait être institutionnalisée et étendue pour tous les étudiant·e·s inscrit·e·s dans l’espace européen de l’enseignement supérieur.

 

Garantir l’équité d’accès aux étudiant·e·s et jeunes à des actions de solidarité de qualité, à différentes échelles

Les enjeux autour de cette question sont nombreux : il s’agit notamment de favoriser l’engagement de l’ensemble des citoyen·ne·s en faveur d’un monde plus juste, solidaire et durable. C’est aussi une manière de prendre conscience de l’interconnexion du monde, au vu de nos actions et décisions, qu’elles soient individuelles ou collectives et pouvant générer des changements systémiques.

La solidarité, en France et à l’international, revêt plusieurs dimensions et peut s’exercer à différents niveaux : localement (maraude, accompagnement quotidien, collecte alimentaire etc), dans des chantiers nationaux, dans des engagements européens via le Corps européen de solidarité ou des projets à l’international de rencontre humaine et projet co-construit avec des partenaires locaux. Il s’agit ici de permettre à toutes et tous de s’engager localement pour agir internationalement et d’inscrire cela dans un parcours d’engagement plus global qui garantit une formation pratique par l’exercice d’une citoyenneté active. Pour garantir la qualité de ces projets de solidarité, il est indispensable de proposer des échelons d’accompagnement et des interlocuteur·trices compétent·e·s tout au long de leur construction.

 

Contacts :

Sarah Bilot,
Déléguée Générale
sbilot@animafac.net
07 61 66 88 70

Audrey Renaudin,
Responsable du plaidoyer et de la territorialisation
arenaudin@animafac.net
06 82 12 98 76

Direction artistique : bleriotte.com
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