Organiser une soirée sans alcool

Fiche pratique

On vous l’accorde, le titre de cette fiche pratique n’incite pas le.a fêtard.e qui sommeille en vous à poursuivre la lecture. Mais ne passez pas trop vite votre chemin. Nous vous avons concocté cette fiche pratique qui est véritable concentré d’astuces pour préserver le foie et autres fonctions vitales de vos camarades sans pour autant leur gâcher la fête.


1. QUELQUES (BONNES) RAISONS POUR ORGANISER DES SOIRÉES SANS ALCOOL

La fête avec alcool, une tradition

L’étudiant.e aime boire de l’alcool en groupe. Une enquête de La Mutuelle des étudiants (LMDE) révèle ainsi que 75 % d’entre eux associent alcool et fête, 58 % alcool et convivialité, 37 % alcool et plaisir, 34 % alcool et détente. Une vision très positive, donc, qui se répercute sur la consommation quotidienne puisque 10 % avouent boire trois à quatre fois par semaine, contre seulement 6 % en moyenne dans la population globale.

Et cette consommation ne se limite pas à une mousse bien fraîche le samedi à l’heure de l’apéro. Si l’on parle aujourd’hui d’un problème de santé public, c’est principalement à cause de la consommation excessive des étudiant.e.s lors des soirées de promo et autres galas festifs organisés sur et hors des campus. Toujours selon la LMDE, 37 % des femmes et 47 % des hommes, interrogés lors d’une enquête sur la santé des étudiants, révèlent avoir été malades au moins une fois après avoir ingurgité de l’alcool l’année passée. 17 % des hommes et 7 % des femmes ne se souviendraient même de rien à l’heure ou le soleil se lève (ou un peu plus tard, vraisemblablement).

Certes, les récits de ces cuites homériques permettent de consolider l’esprit de promo et d’alimenter, longtemps après, ce lien invisible qui nous soude « à la vie à la mort » à nos compagnons de vomi. Malheureusement, ils alimentent également des dépendances à l’âge adulte, des problèmes de santé et une sérieuse prise de risque sur le moment.

La fête sans alcool, c’est possible

Limiter, la consommation d’alcool en soirée répond donc à un triple enjeu. En prouvant aux étudiant.e.s qu’il est possible de faire la fête et de s’amuser sans doubler le volume de liquide qui coule dans leurs veines, on contribue à casser l’image sociale associée à l’alcool : boire n’est pas une nécessité, on peut s’intégrer et créer des liens sans.

Cela permet également d’éviter directement un certain nombre de risques liés à l’absorption excessive d’alcool. Premier d’entre eux, sans doute le plus connu et reconnu de la gent étudiante : les accidents de la route au retour de soirée. Un tiers des 15-24 ans tué.e.s sur les routes décèdent dans les nuits de vendredi à dimanche, réputées les plus festives de la semaine. Mais la liste des dérives éthyliques ne s’arrête pas là : bien que plus rarement évoqués, les violences, viols, rapports sexuels non protégés, malaises et comas dus à une consommation excessive constituent des risques réels.

Enfin, éviter que les jeunes ne s’habituent à ces consommations hors normes permet d’éviter des soucis de santé futurs : en matière d’absorption d’alcool, le corps fonctionne comme une caisse enregistreuse, n’oubliant aucun affront. Cela contribue également à fermer la porte à des addictions potentielles.

Maintenant que vous voilà pleinement convaincu de l’opportunité d’organiser des soirées limitant la consommation d’alcool, il est enfin temps de passer aux réjouissances : la constitution du programme que vous allez proposer à vos hôtes afin de les appâter.


2. QUELQUES ASTUCES POUR NE PAS FAIRE FUIR LES NOCTAMBULES

Ne nous leurrons pas : alors que galas et soirées étudiantes rivalisent de surenchères de consommation gratuite, open bars et champagne à volonté, trouver un concept qui permette d’attirer les foules, malgré l’absence d’alcool, ne sera pas une mince affaire. Commençons par le commencement :

Interdire ou limiter ?

Faire comprendre aux étudiant.e.s que l’on peut faire la fête sans finir la tête coincée dans la cuvette des WC représente aujourd’hui un vrai défi pour les écoles, universités et associations de prévention. Pour y parvenir, deux concepts.

Les soirées respectant les critères de l’OMS

Pas de doute, les Grandes écoles sont, et de loin, les plus touchées par ces orgies alcoolières. Ce sont elles qui organisent près d’un tiers des soirées étudiantes de l’hexagone. Des soirées bien souvent sponsorisées par des grandes marques d’alcool, tout à fait disposées à se fendre de quelques « cadeaux » pour voir leurs logos habiter les déboires de la future élite. Ce sont elles également qui détiennent le triste record des plus gros buveurs : 45,5 % des étudiants de Grandes écoles déclarent picoler au moins une fois par semaine. Deuxièmes sur la liste, les apprentis médecins arrivent loin derrière avec seulement 23 % de buveurs réguliers.

Pour combattre ce mal, la Conférence des Grandes écoles (CGE) avec, à sa tête, le président de l’école Centrale, Hervé Biausser, ont décidé de réagir. Persuadé qu’il ne sert à rien d’interdire totalement la boisson, puisque les étudiant.e.ss s’empresseraient d’aller s’enfiler quelques verres au bar du coin avant de filer doux sur le dancefloor du campus, Hervé Biausser propose d’en limiter la consommation aux critères fixés par l’OMS, soit quatre verre pour les hommes et deux pour les femmes. Des quantités qui représentent, pour l’instant, à peine l’apéritif.

Sur place, les barmans seraient formés par des associations afin de ne pas servir des doses excessives. Les étudiants se verraient remettre une petite carte, poinçonnée pour chaque boisson commandée. Une fois le quota dépassé, plus moyen de commander autre chose que du soft. Enfin, les industries de l’alcool ne pourront plus pointer le bout de leurs commerciaux dans les galas étudiants. En passe d’être mises en place à Centrale, ces soirées « alcool controlé » devraient normalement voir le jour dans la plupart des campus d’écoles puisque les 230 membres de la CGE sont cordialement invités à signer une charte les engageant sur ce point.

Les soirées 100 % sans alcool

Depuis quelques années, fleurissent d’autres « soirées 100% sans alcool » qui, comme vous l’aurez compris, ne proposent pas la plus petite goutte de vin cuit au bar. Lancées par l’association Voiture&Co, ces soirées baptisées « Night&Co » ont fait des émules dans plusieurs pays d’Europe ou elles sont devenues des « Cleans Parties ».

Le présupposé de ces fêtes saines ? Pas forcément bannir définitivement l’alcool des bars, mais au moins montrer que s’amuser sans boire est possible… de temps en temps. Pour parvenir à ce challenge, Voiture&Co propose un programme capable de séduire même les plus fêtards : 0 % alcool d’accord, mais 100 % activités.

Le secret de la fête : les animations

Pourquoi les étudiants boivent en soirée ? Pour se sentir désinhiber, à l’aise avec leur corps, prêts à rencontrer d’autres personnes, pour s’amuser en groupe. L’idée de Voiture&Co ? Proposer des activités qui permettent de procurer toutes ses sensations aux participants, sans passer par la boisson.

Au programme donc, du speed dating, moyen ludique de rencontrer sa potentielle âme sœur, des cours de salsa afin d’apprendre à bouger… et à séduire sa potentielle âme sœur. De nombreuses activités permettant de rehausser son estime de soi sont également prévues : coiffure, maquillage, massage, etc. Côté adrénaline et sensations fortes, on propose aux étudiants des combats de sumo (en costume, pas besoin de prendre 100 kilos pour participer), des rodéos sur une vachette montée sur roue façon bar texan, etc. Pour animer la fête, des DJ et concerts live sont prévus. Et comme 0% alcool ne signifie pas forcément mourir de soif, le bar est reconvertit en presse agrume, distributeur de smoothies… le tout à base de produits frais et bio, histoire d’insister sur les vertus saines de la soirée.

Toutes ces animations ne sont bien sûr qu’un exemple de ce qui peut être proposé pour égayer la soirée. De nombreux concepts de fêtes peuvent être imaginés pour distraire les étudiants : dégustation, soirée plage avec cocktails exotiques (sans alcool, cela va de soi), concours de danse ou karaoké, etc. Votre but : réussir à créer de l’ambiance sans avoir recours au classique subterfuge de la boisson.

Faire de la prévention, d’accord, mais avec un esprit ludique

Vous organisez déjà une soirée sans alcool, pas besoin d’en rajouter avec d’interminables discours de prévention. Misez plutôt sur des stands de jeux permettant de montrer les dangers de l’alcool sans pour autant agacer les jeunes venus faire la fête. Proposez par exemple une voiture carton, simulant les accidents de voiture, ou des parcours sur un tapis mouvant qui permettent de se rendre compte, à jeun, des effets de l’alcool. Il existe également des karts, truqués afin de rendre leur contrôle plus difficile : comme conduire une voiture avec trois verres dans le nez, en somme…

Toutes ces activités montreront aux étudiants l’état dans lequel ils se seraient trouvés si le bar servait autre chose que des jus de fruits. De quoi les alerter sur les dangers de l’alcool, sans pour autant tomber dans un discours moralisateur qu’ils redoutaient peut-être en se rendant à une soirée de ce type.

Proposer un lieu attractif

Outre les animations et la qualité des softs proposés au bar, trouver un lieu original et attrayant peut constituer une troisième voie pour inciter les étudiants à se rendre à votre soirée. Si celle-ci se tient dans l’un des locaux de votre fac ou école, misez sur une déco hors norme : lumières et néon, décors soignés, tables et chaises disposés de manière à proposer des espaces chaleureux… L’atmosphère que vous parviendrez à créer sera un atout majeur pour persuader les étudiants de rester à votre fête.

Si vous choisissez de louer ou de vous faire prêter, pour l’occasion, une salle en ville (discothèque, théâtre, bar, etc.) choisissez un lieu original ou dont la réputation suffira à motiver les troupes. Mais attention, persuader le propriétaire des lieux que votre petite sauterie peut s’avérer rentable risque de s’avérer difficile. Lui montrer une liste solide de partenaires peut déjà vous permettre de gagner du terrain en faisant valoir que d’autres vous font confiance. Proposez ensuite une estimation de fréquentation, que vous pourrez établir en fonction de votre public cible, du nombre de personnes touchées par votre communication et des exemples de soirées réussies comme celles de Voiture&Co.


3. QUELQUES PISTES POUR RENTRER DANS VOS FRAIS

C’est bien joli les activités, la salle hype, les jus de fruits de frais, mais comment on finance tout ça ? Un sujet d’autant plus brûlant que le public sera plus difficile que de coutume à motiver. Quelques idées pour communiquer autour de votre projet et le financer.

À la recherche de financeurs

Rassurez-vous, en dehors des marques d’alcool, votre projet a de quoi séduire plus d’un financeur. Du côté de l’université d’abord : nombreuses à saisir le problème de consommation excessive de leurs étudiants, elles seront sans doute ravies de pouvoir prêter leurs logos et deniers à une association souhaitant promouvoir des soirées sobres. Idem du côté de la Ville et de la Région qui voudraient voir chuter le nombre d’accidents de la route au sortir des fêtes estudiantines.

Ce concept de la soirée peut également trouver un certain succès auprès des financeurs de projets liés à la sécurité routière et à la prévention alcool (LMDE, Missions départementales sur la lutte contre les drogues et toxicomanies, etc.). Souvent figées, les campagnes de prévention alcool souffrent en effet d’un sérieux déficit de popularité auprès des jeunes. Une action positive, interactive et ludique telle que la votre a donc de quoi stimuler leur imagination et encourager les dons. L’association avenir santé remet chaque année le prix Monte ta soirée à une structure organisatrice de soirées responsables, plus d’infos ici.

Ne négligez pas les dons en nature. Pour subventionner ses « Night&Co », Voiture&Co avait ainsi négocié avec différents prestataires, de la société louant les costumes de Sumo, aux entreprises commercialisant les boissons softs distribuées gratuitement aux invités : attirés par le concept et ravis de pouvoir associer leur logo à des soirées comme celle-là, ces prestataires ont accepté de revoir leurs tarifs (très) à la baisse, voire de devenir des partenaires à part entière du projet.

Communiquer massivement

Ne soyez pas étonné si, en regardant un flyer annonçant votre soirée « zéro alcool », l’étudiant.e lambda ne se sent pas pris d’une furieuse envie de venir traîner ses savates à votre surprise party. Il va donc vous falloir imaginer une communication un peu plus originale pour le convaincre. Première mise au point : inutile de passer sous silence l’aspect sobre de votre soirée ou de reléguer cette mention en caractère 8 en bas de l’affiche, les participants finiront bien par s’en rendre compte et vous perdrez alors toute crédibilité. Vous pouvez en revanche concevoir vos documents de manière à mettre d’autres aspects plus attractifs en valeur : les activités proposées, le lieu, etc.

S’il s’agit d’une soirée de promo ou que vous vous adressez à un public ciblé, n’hésitez pas à mobiliser quelques bénévoles pour distribuer les flyers : ce sera l’occasion de discuter un moment avec les étudiants, de leur expliquer votre idée et de les convaincre de vive voix de l’intérêt de venir.

Si vous visez un public plus large, prévoyez un budget « com’ » conséquent afin de toucher un maximum de gens. Là encore, vous pouvez obtenir des tarifs préférentiels pour un affichage en ville ou dans les réseaux de transport en commun en démarchant les acteurs responsables de ces emplacements et en leur expliquant votre concept.

Encore plus de conseils sur la communication vous attendent dans le guide « Booster la communication de son association », à découvrir, consulter et télécharger juste ici.