Agir pour l’orientation des lycéens

Fiche pratique

Essentielle pour les étudiants, une action de tutorat ne peut qu’être bénéfique pour votre association, car elle sera une occasion sans pareil de la présenter à ceux qui vous succéderont. Elle trouve son terrain d’élection naturel au sein même des lycées, mais doit se prolonger dans la fac tout au long de l’année. Avec quelques idées simples, et un nombre réduit de principes de base, vous pouvez faire en sorte à peu de frais que l’action soit efficace et qu’elle débouche sur une pratique régulière.

Arrêtez vous un instant. Avant de lire cette fiche pratique, délaissez votre carapace d’apparatchik de l’action étudiante. Oubliez les vigiles qui vous appellent par votre prénom, le Président de l’université qui vous salue au passage car il vous a déjà vu quelque part – mais où ? -, l’amphi qui  » serait-pas-mal-pour-la-prochaine-conf « , le chemin du local, si banal que vous le referiez le yeux fermés. Est-ce qu’il n’arrive jamais, d’ailleurs, et tout particulièrement les lourds matins d’hiver, que vous le fassiez effectivement les yeux fermés ?

Fermez donc les yeux. Zappez un instant sur ces murs si connus que vous ne les regardez même plus, sur ces étudiants qui vous sont si familiers qu’ils vous disent  » bonjour  » sans vous connaître. Votre fac prend alors une silhouette toute nouvelle, celle des premiers jours ; ses murs ne vous laissent plus indifférent ; les chemins menant aux amphis deviennent problématiques ; tout s’agrandit et s’éloigne peu à peu. Vous cherchez à comprendre où se trouve l’amphi, la salle de cours, vous prenez appui sur la cafet’, si par chance il n’y en a qu’une.

Lorsque vous glisserez mécaniquement la main dans votre poche pour empoigner votre certificat de bachot tout frais, et qu’un  » où suis-je ?  » en forme de  » qu’ai-je donc fait ?  » pathétique vous sortira de la bouche, alors vous serez tout à fait dans l’ambiance de ces premiers jours à la fois incertains et décisifs.

Reprenez alors votre peau de responsable associatif, et décidez vous vite à organiser une aide à l’orientation des lycéens, afin de leur épargner les doutes qui vous ont sans doute vous-même assailli lorsque vous avez décidé ( ?) de vous inscrire.


1. Une aide essentielle

L’aide en matière d’orientation des lycéens est essentielle. Près des trois quarts des étudiants perdent au moins une année lors de leur premier cycle. Les études montrent que le taux de réussite en premier cycle ne progresse que faiblement, qu’il est d’un niveau largement intolérable, ce qui a pour effet de faire perdre de précieuses années aux étudiants (avec stress, déception, sentiment de perdition à la clé) et des moyens conséquents à l’Université. Or la raison de cet échec peut être imputée pour une partie non négligeable au défaut de prise en charge de l’orientation, avant et après l’entrée en fac.

Avant, c’est l’information sur les filières et les possibilités offertes, ou sur les impasses et les ” mirages ” des formations archi-séduisantes mais très peu diplômantes. Mais c’est aussi ce qu’on pourrait appeler la ” prévention ” sur la fac : le côté ” attention, changement d’ambiance “. Mis à part ceux qui ont la chance d’avoir un aîné qui est passé par là (et qui leur fait partager son expérience), très peu d’étudiants connaissent les exigences en matière de responsabilité personnelle (pendant de la liberté nouvelle), de quantité de travail, d’assiduité. Et le temps perdu à saisir le système est souvent la cause des désistements en cours d’année, des coups de blues de février et des échecs aux partiels. Quant à la réorientation, elle n’est guère facilitée par un système encore dominé par les cloisonnements entre filières et la difficulté de se recycler… Pour ceux qui en ont les moyens.

Venant de la part d’une association étudiante, l’aide à l’orientation peut prendre une grande importance aux yeux des lycéens. Compte tenu des pratiques qui ont cours dans la majorité des facs, elle sera certainement plus complémentaire que concurrente avec l’action administrative. Un CIO, pour ceux qui pensent à s’y rendre (combien sont-ils ?), c’est souvent le dernier recours. On s’y déplace, on se résout à y aller sans savoir bien au juste ce qu’on va y trouver, on fait la queue, on prend rendez-vous, et quand enfin on y est, on trouve une masse d’information souvent très impersonnelle et lointaine. Les journées portes ouvertes aux lycéens qui sont maintenant prévues dans presque toutes les universités sont très utiles, surtout quand elles se déroulent sur le lieu même du campus, mais il est difficile de condenser en une ou deux journées l’ensemble des informations utiles, et la parole étudiante est souvent sacrifiée au profit des informations administratives. La valeur ajoutée étudiante, c’est alors la proximité d’une expérience récente, des préoccupations souvent semblables, un savoir faire de l’université, un langage, une disponibilité… Toutes choses dont il serait dommage de ne pas faire bénéficier les futurs étudiants.

D’autant que nombreux sont sans doute les anciens qui accepteraient de se prêter au jeu. À ce titre, l’action de tutorat devra vous permettre de démarcher assez largement dans les filières pour recruter vos animateurs. Rien de tel que ce petit recensement des ressources existantes, d’autant que plus vous serez nombreux à livrer vos explications, plus représentatifs des différents points de vue étudiants vous serez, et meilleur sera le résultat de l’action pour les lycéens. Vous ouvrirez et populariserez votre association, et peut-être même susciterez de nouvelles vocations.


2. Dans les lycées

Première chose à faire : savoir qui est concerné. Il faut se renseigner auprès des services administratifs pour connaître la liste des lycées sectorisés sur votre fac. Ensuite, on peut se fendre d’une lettre aux proviseurs expliquant assez simplement qui vous êtes, et présentant les thèmes développés ci-dessus. Les arguments ne manquent pas qui rendent votre action absolument indispensable et l’appui de l’administration de l’établissement évident.

Débrouillez vous ensuite pour obtenir les renseignements de base sur les modalités d’inscription. Si votre fac n’édite pas de brochure, c’est l’affaire d’un coup de fil. Si ça coince encore, le rectorat se fera souvent un plaisir de vous instruire de manière exhaustive.

Sélectionnez ensuite une série de thèmes à aborder. Ici, pas de recette générale : un ” brainstorming ” avec vos petits camarades mettra au jour l’essentiel des interrogations sur votre fac. Quelques incontournables néanmoins, dans le désordre : les filières et les enseignements ; les possibilités de parcours scolaires et les débouchés professionnels ; la vie à la fac et dans son quartier (où manger, où boire – avec modération s’entend -) ; ce qui va changer par rapport au lycée ; les modalités d’examen et de passage en année supérieure ; le rythme de travail ; les renseignements pratiques, logement, accès, bourses, etc. ; les modalités d’inscription et les difficultés particulières.

Agrémentez votre discours d’anecdotes et de détails plus personnalisés, enrichissez-le de quelques chiffres sur les étudiants de votre fac et leur devenir, voire sur les salaires et les conditions d’exercice de telle ou telle profession : il y a de quoi créer un mini-salon de l’étudiant d’une journée dans un lycée. Au besoin, pourquoi ne pas composer une plaquette rassemblant tous ces éléments ? Il va sans dire que la fac ne devrait pas rechigner au financement, si la dite plaquette est pertinente et ajoute à ce qui existe déjà. Si elle tique, tâchez de trouver un sponsor : nombreuses sont les entreprises qui s’intéressent à la chair fraîche des jeunes lycéens bientôt étudiants… et votre document sera sans doute largement lu, et avec beaucoup d’attention. N’oubliez pas d’y mettre ce qui concerne la vie étudiante !


3. Premières réunions

Vient ensuite l’organisation de la réunion proprement dite. Si le proviseur ne répond pas, tâchez d’élaborer la réunion à l’aide d’un professeur, a fortiori si sa matière est concernée au premier chef par votre réunion (français, maths, physique, histoire, etc.). Un bref sondage dans le hall ou la cafet’ devrait vous renseigner sur la proportion d’élèves du lycée présents dans la fac. Cela peut être un argument supplémentaire. Si ça ne fonctionne toujours pas, il faut prendre contact avec les deux acteurs qui attendent le plus de ce genre de réunion : les élèves (par délégués interposés) et les parents d’élèves, joignables facilement par leur fédération. Dans tous les cas, un partenariat au sein même du lycée représente un gain de temps et d’énergie assez substantiel pour qu’on s’y attache en priorité.

Planifiez ensuite assez rigoureusement le déroulement de la journée, de façon à ce que les lycéens sachent à quel moment aura lieu la présentation qui les intéresse. Ajoutez y une plage plus générale concernant la fac. Il est d’usage de diviser ce genre d’intervention entre une partie ” présentation ” et une partie ” questions “. Une heure et demie devrait suffire pour l’ensemble.

Dernier détail : n’oubliez pas de prévoir votre réunion en fonction des dates d’inscription à la fac. Pas trop tôt, pour laisser le temps aux lycéens de penser à leur projet personnel. Mais au moins un mois à l’avance, pour laisser une marge satisfaisante : attention à ne pas tomber en plein dans les révisions !

Si vous êtes plus ambitieux – et si vous sentez qu’il y a une réelle demande en ce sens -, prenez contact avec le Président de la fac pour organiser directement votre journée portes ouvertes. Ici, le travail consiste surtout dans l’information préparatoire dans les lycées. Les mêmes conférences auront alors lieu à la fac, ce qui permettra de centraliser les interventions. Au programme, assistance à des morceaux de cours, visite accompagnée des locaux, pot inter associatif… les idées ne vous manqueront sans doute pas.


4. Quelques pistes pour aller au-delà

Une ou même quelques réunions ne peuvent pas suffire à rassurer entièrement nos cadets. Il est tout à fait possible de mettre sur pied un dispositif de consultation régulière, dans le lycée, sur un campus, voire n’importe où dans la ville, pour permettre aux lycéens angoissés de vous presser de questions.

Vous pouvez également faire le tour des terminales d’un lycée en négociant de banaliser des heures de cours et de les transformer en préparation à la vie étudiante. Et si les enseignants du lycée veulent voir plus loin, pourquoi ne pas leur proposer une table ronde pour leur expliquer votre point de vue sur les meilleurs moyens pour un prof de terminale de préparer sa classe à l’enseignement supérieur. Votre expérience peut leur apporter beaucoup, ils savent souvent que l’université en particulier n’a pas grand chose à voir avec celle de leur jeunesse et qu’un peu de neuf sur leur regard est essentiel à leurs élèves.

Et puis pensez aussi à inciter les lycéens à se mettre en situation réelle. Ce que vous pourrez raconter de plus précis, de plus vivant quant à la prise de notes dans un amphithéâtre – ou sur la confrontation avec un secrétariat où il est nécessaire de récupérer le formulaire JB007 – ne vaudra jamais une expérience concrète. Alors prévoyez des visites guidées des lieux étudiants (et pas seulement les lieux d’études : vous n’êtes pas les premiers à impulser une conception ” intégrée ” de la vie étudiante qui n’oublie pas la vie étudiante extra-scolaire), ou simplement l’encouragement à fréquenter une bibliothèque, des conférences, des administrations pour progressivement sortir du cocon lycéen et apprendre à être autonome.


5. A la rentrée

Bien entendu, les réunions des lycées ne sont pas exclusives d’une bonne manifestation de prérentrée. Les thèmes qui y seront développés ne sont pas les mêmes. Les nouveaux étudiants qui y assistent ont bien sûr un regard absolument différent quand l’orientation est essentiellement effectuée, même si, rappelez-vous, ce n’est pas pour autant qu’ils sont rassurés et que c’est gagné pour bien commencer l’année.

Plus précis sur la fac, et concernant au premier chef le parcours des inscriptions, vos actions seront aussi plus développées sur la vie associative ou étudiante en général. À la clé, une visite en règle des lieux d’études (cette fois), et un mode d’emploi des instruments disponibles.