Faire de l’éducation aux médias en milieu scolaire

Fiche pratique

Inscrite dans la loi de refondation de l’École en 2013, l’éducation aux médias et à l’information (EMI) contribue à préparer les élèves d’aujourd’hui à devenir les citoyen∙ne∙s de demain. L’éducation aux médias et à l’information est une composante du parcours citoyen mis en place à l’École à la rentrée 2015, parcours qui favorise la conscience citoyenne et la culture de l’engagement des élèves. Dès l’école élémentaire et jusqu’à la terminale, le parcours citoyen est construit autour de l’enseignement moral et civique et de l’éducation aux médias et à l’information. Pourtant, certain∙e∙s enseignant∙e∙s peinent parfois à intégrer l’EMI dans leurs programmes. Si vous organisez déjà des ateliers pour décrypter les médias numériques et que vous souhaitez élargir votre public au scolaire, ou commencer par çà, voici quelques petits conseils.

Préparer la rentrée des classes

Comme tout∙e bonne enseignant∙e, il vous faudra définir le contenu de votre intervention : qu’est-ce qu’on souhaite enseigner aux élèves ? Avec quels objectifs ? Comment ? 

Pour vous aider sur le contenu des ateliers d’éducation aux médias, voici ce qui est privilégié dans la loi de refondation de l’École prévoyant l’EMI. 

ÉVEILLER L’ESPRIT CRITIQUE

La première vocation de l’EMI est d’éveiller l’esprit critique quant à la production et aux usages des médias. Les digital natives, sont constamment immergé∙e∙s des médias et des réseaux sociaux, c’est pourquoi l’EMI a pour but de faire comprendre aux jeunes comment fonctionnent ces canaux d’information et savoir analyser les messages qu’ils leurs envoient. Les diverses lois portant sur l’éducation aux médias insistent sur la nécessité d’initier les élèves à une lecture critique des médias d’information et à une prise de conscience de leur influence dans la société.

S’ADAPTER AU RYTHME SCOLAIRE 

L’EMI en tant que discipline transversale n’a pas de plages horaires spécifiquement destinées à cette matière. Il revient aux enseignantes d’intégrer des modules d’éducation aux médias dans leurs plannings et éventuellement en partenariat avec des collègues.

Ainsi, prévoir une intervention qui réponde à ces critères vous permettra d’être mieux accueilli∙e∙s dans les écoles, d’obtenir plus facilement des agréments du ministère.   


Fixer le contenu

Le champ de l’éducation aux médias étant large, vous pouvez proposer plusieurs types de contenus à vos ateliers.

ACQUÉRIR DES COMPÉTENCES DE BASE 

L’EMI consiste également à acquérir des compétences : s’approprier un environnement informatique de travail (utiliser les logiciels et les services à disposition) ; adopter une attitude responsable (protéger sa personne et ses données, faire preuve d’esprit critique) ; créer, produire, traiter et exploiter des données (saisir et mettre en page un texte) ; s’informer, se documenter (identifier, trier et évaluer des ressources); communiquer et échanger (écrire, envoyer, diffuser, publier). 

SENSIBILISER AUX MÉDIAS 

Pour vous aider à définir un contenu pour aller plus loin que l’acquisition des compétences de base, vous pouvez organiser des sessions portant sur : 

  • la vérification des informations et leurs sources ;
  • les fake news
  • l’usage des réseaux sociaux

Des idées d'actions

Après avoir fixé le contenu de vos interventions et/ou de vos ateliers, il faut désormais réfléchir aux modalités pratiques. 

Puisque vous n’intervenez pas en tant qu’enseignantes au sens traditionnel, vous pouvez envisager des ateliers plus ludiques et interactifs. 

Votre démarche peut, par exemple, être de partir de supports concrets voire connus par les jeunes publics, pour ensuite leur expliquer des concepts plus abstraits, ou des notions techniques. 

PROPOSER DES ATELIERS DE CRÉATION DE MÉDIAS

Un atelier de création de média (journal scolaire, simulation de JT, reportages, court-métrage, émission radio, site Internet, projet photo, etc.) constitue souvent un bon fil rouge pour mêler pratique et théorique. En se frottant aux contraintes techniques du métier, les élèves seront incité∙e∙s à se poser les questions inhérentes à n’importe quel média : quel message ai-je envie de faire passer ? À quel public ? Par quel biais ?

En s’apercevant que l’on peut produire des images qui ne correspondent pas forcément à la réalité, qu’en coupant une interview on peut faire dire tout et son contraire, qu’une scène de cinéma s’obtient à partir de savants montages, ilelles pourront s’interroger sur ce que leur montrent les médias : cette publicité a-t-elle utilisé un trucage ? Pourquoi ce reportage du JT a-t-il été conçu ainsi ?

Seul bémol à ce type de formations : elles demandent beaucoup de temps et de disponibilité de la part de votre association, ainsi qu’une grande implication des établissements. 

PROPOSER DES ATELIERS DE DÉCRYPTAGE DE MÉDIAS

Vous pouvez alors opter pour un programme moins ambitieux consistant à décrypter et analyser des médias : comprendre le langage, y compris visuel, utilisé par les différents canaux d’information est primordial dans l’éducation aux médias.

Vous pouvez pour cela vous appuyez de supports, des outils et conseils sur le portail Educnet, et des ressources sur le site du Centre pour l’Éducation aux Médias et à l’Information (CLEMI).

ADAPTER LES ATELIERS À VOTRE PUBLIC

Les publics scolaires ayant entre 6 et 17 ans, les contenus ne peuvent pas être les mêmes ou du moins les formats. Ainsi, pour vous faciliter le travail, vous pouvez réfléchir à la tranche d’âge et surtout du niveau auprès duquel vous souhaitez intervenir afin d’éviter de vous surcharger puisqu’il faudrait adapter à chaque fois vos ateliers.

Enfin, notez que l’éducation aux médias, c’est aussi l’occasion de montrer aux élèves comment ilelles peuvent mettre en relation études et monde extérieur, et de leur enseigner de nouveaux modes d’expression.


Entrer à l'école

DÉMARCHER ÉCOLES ET SERVICES JEUNESSES

  • INTERVENIR DANS LE CURSUS SCOLAIRE

Pour vous faire une place dans les emplois du temps et les finances des établissements scolaires, démarchez-les très en amont. Collèges et lycées bouclent leurs budgets pour l’année suivante autour des mois d’avril-mai. Pour qu’ils prennent en compte votre intervention, il faut donc les contacter dès mars. Passé ce délai, rien n’est évidemment perdu, mais l’exercice s’avèrera plus compliqué et les subventions moins simples à obtenir. 

Connaître ou démarcher personnellement les enseignantes peut être un bon moyen de faire valoir votre projet : en réussissant à les convaincre de l’intérêt de votre atelier, vous pouvez faire en sorte qu’il∙elle∙s vous soutiennent auprès de l’administration.

  • LE DISPOSITIF « ÉCOLE OUVERTE »

Certains établissements ouvrent leurs portes durant les vacances pour proposer des activités ludiques et pédagogiques aux élèves. Les enseignant∙e∙s étant rarement disponibles, il∙elles∙s manquent souvent cruellement de personnes pour animer ces différentes journées, vous pouvez ainsi tenter d’intervenir sur ces temps-là. 

Enfin, vous pouvez également tenter de contacter les délégué∙e∙s académiques au numérique qui « contribuent à mettre en place des partenariats permettant à l’académie d’être acteur dans la production d’outils, de ressources ou services numériques en lien avec l’université et les entreprises de la filière du numérique éducatif ». Vous pouvez trouver leurs coordonnées ici.  

  • LES CLASSES RELAIS

Depuis 1998, ces classes destinées aux élèves en difficulté scolaire proposent des programmes originaux afin de les réconcilier avec l’école. Les activités acceptées mettent l’accent sur des ateliers pratiques promouvant des modes d’expression novateurs, vous pouvez ainsi intervenir dans ce cadre-là. 

  • LES SERVICES DE JEUNESSE ET FOYERS DE QUARTIERS

Hors temps scolaire, ils proposent de nombreuses activités aux jeunes et, comme l’école ouverte, sont souvent à la recherche d’animateur∙rice∙s. Avantage non négligeable : ils disposent parfois de matériels qu’ils pourront mettre à votre disposition (labos photo, caméras, parc informatique, etc.).


Régler les derniers détails logistiques

Vous n’avez pas forcément besoin de papiers en bonne et due forme pour faire des interventions en milieu scolaire. Cela peut néanmoins être un atout non seulement pour garantir la pérennité de votre action, mais aussi pour obtenir des financements du ministère de l’éducation nationale qui distribue plus facilement ses deniers aux associations déclarées, ayant la personne juridique. 

Pour adresser une demande d’agrément comme « association éducative complémentaire de l’enseignement public », votre structure doit être nationale ou couvrir au moins le périmètre de trois ou quatre régions et justifier de rapports d’activités et de budgets sur les deux dernières années. Autant dire que cet agrément sera, dans bien des cas, difficile à obtenir.

Si vous ne réussissez pas à obtenir ce sésame, ne vous découragez pas pour autant. Vous pouvez aussi passer par des voies moins académiques en négociant, par exemple, des conventions avec des foyers socio-éducatifs ou des comités d’éducation santé et citoyenneté qui sont, eux, habilités à intervenir. 

Certains établissements pourront même vous ouvrir leurs portes s’ils sont simplement séduits par votre projet et convaincus de votre sérieux.

Enfin, sachez que pour encadrer des jeunes, il faut, au minimum être détenteur du BAFA. Sans cette qualification en poche, votre intervention devra forcément se faire en présence d’une personne référente, enseignante, animatrice ou autre.


Obtenir des financements

Pas d’action pérenne sans des financements pour faire vivre le projet. 

Lorsque vous intervenez en milieu scolaire, deux solutions s’offrent à vous : 

  • faire payer votre prestation par la structure d’accueil
  • proposer vos services gratuitement. Dans ce dernier cas, cela implique de rechercher vos deniers ailleurs. Il s’agit d’ailleurs de la situation la plus répandue car les écoles ont peu de budget.

Vous pourrez soit soutien financier du côté des collectivités territoriales et locales, surtout si votre projet permet, en plus d’éduquer aux médias, d’ouvrir les élèves sur la vie locale. Notez que les écoles primaires dépendent des municipalités, les collèges des conseils généraux et les lycées des conseils régionaux.


Nouer des partenariats

Afin de forcer les portes des écoles et de mieux vous intégrer dans les dispositifs pédagogiques d’éducation aux médias, il peut être intéressant de vous rapprocher d’administrations ou associations instituées. Deux d’entre elles sont particulièrement actives dans ce champ.

LE CLEMI

Créé en 1982, le Centre pour l’Éducation aux Médias et à l’Information (CLEMI) est chargé de promouvoir l’éducation aux médias en milieu scolaire, notamment en formant les professeures à cette discipline. Il publie également de nombreux outils pédagogiques et coordonne la « Semaine de la presse à l’école » qui, chaque année en mars, donne lieu à de nombreux événements dans les établissements. 

LA LIGUE DE L’ENSEIGNEMENT

Association d’éducation populaire, la Ligue de l’enseignement est l’une des premières structures à avoir proposé des interventions d’éducation aux médias en milieu scolaire. Elle est encore aujourd’hui très présente sur ce terrain et dispose de nombreux relais locaux qui pourront vous aider à mieux comprendre les enjeux de cette discipline et à contacter les établissements scolaires. 


Faire vos classes

LES RELATIONS AVEC LA STRUCTURE D’ACCUEIL

Tout d’abord, il est important de délimiter dès le départ votre champ d’intervention et votre disponibilité afin de ne pas vous laisser déborder par les demandes de l’établissement.

Définissez également clairement les plages horaires dont vous avez besoin. Faire rentrer votre atelier dans l’emploi du temps surchargé des élèves tient souvent de la négociation. Si des modules théoriques peuvent se faire sur des temps courts, un tournage ou un atelier de développement photo vous demanderont au minimum une demi-journée continue de travail. Exprimez ce souhait dès le départ afin que l’on ne vous reproche pas, ensuite, d’avoir mal répondu à vos objectifs ou d’avoir trop empiété sur le planning.

Pour le reste, à vous de vous adapter aux différentes règles de l’établissement avec lequel vous travaillerez. 

LES RELATIONS AVEC LES ÉQUIPES PÉDAGOGIQUES

Pour établir de bonnes relations avec les équipes pédagogiques, prévoyez toujours un temps de discussion avec les professeures référentes afin qu’il∙elle∙s vous briefent sur les règles de tutoiement, leur manière de gérer l’autorité… Profitez-en également pour vous renseigner sur l’ambiance générale dans la classe. 

Discutez également du contenu de votre intervention avec les équipes pédagogiques. Elles pourront vous dire si un travail d’éducation aux médias a déjà été mené dans leurs classes, vous renseigner sur le niveau général des élèves, etc. 

Si votre intervention s’insère dans un projet initié par elles (écriture de scénario que vous allez mettre en image, initiation à la rédaction d’articles, reportages sur des sujets historiques…) prévoyez des échanges en amont pour articuler les choses de façon complémentaire.

Enfin, à l’issue de votre atelier, pensez à relayer les questionnements des élèves afin que les enseignant∙e∙s puissent poursuivre avec eux∙elles la réflexion.

LES RELATIONS AVEC LES ÉLÈVES

  • DE LA DISCIPLINE…

Bien que vous ne soyez pas des enseignantes, un minimum de discipline sera à assurer afin de mener votre atelier dans les meilleures conditions. Avoir de l’autorité et imposer une certaine discipline ne nécessite pas d’être sévère ou autoritaire, mais simplement à veiller au bon déroulement d’exercices qui demandent concentration et prise de responsabilité.

D’ailleurs, si votre intervention implique de manipuler un matériel délicat, vous devrez les responsabiliser car vous pourrez leur tenir rigueur des dégâts occasionnés.

Si vous rencontrez des grosses difficultés, parlez-en au plus vite aux référent∙e∙s de l’établissement, et si cela ne s’améliore pas, rien ne vous oblige à travailler dans des conditions qui vous dépassent 

  • … ET DE LA PÉDAGOGIE

Commencez toujours par expliquer le planning : il est important pour les élèves de connaître les objectifs et le temps qui leur est imparti pour les réaliser. 

Tout au long de l’atelier, prévoyez des points périodiques sur l’avancée du travail et les tâches qui restent à accomplir.

Pour montrer aux élèves l’ampleur du travail accompli, il est toujours bien de valoriser leurs réalisations au travers d’une projection, d’une distribution de journal, d’une exposition… Si vos partenariats vous le permettent, il peut être très intéressant de montrer ce travail en dehors du champ scolaire : festivals, galeries municipales, site Internet, etc. Mais ne négligez pas pour autant un temps de rendu au sein de l’établissement : cela permettra d’impliquer l’administration et de l’inciter à recommencer l’expérience l’année d’après. 

Après vous avoir présenter divers éléments auxquels penser pour vos ateliers, il n’y a plus qu’à vous lancer !


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