Sensibiliser par le théâtre-forum

Fiche pratique

Qu’est-ce que le théâtre-forum ? Le théâtre-forum (ou théâtre de l’opprimé) est un outil d’animation qui permet, grâce à la participation de chacun⋅e de parler et d’imaginer collectivement des solutions alternatives aux problèmes de ce monde. Concrètement, il s’agit, vous l’aurez deviné, d’avoir recours au théâtre pour sensibiliser à des sujets d’actualité ou de société en rendant les participant⋅e⋅s proactif⋅ve⋅s. On vous donne ici quelques idées pour tester cette pratique théâtrale.

Le concept

Un groupe de comédien⋅ne⋅s amateur⋅rice⋅s ou professionnel⋅le⋅s interprète une ou plusieurs saynètes (de 10 à 20 minutes chacune) illustrant des situations d’oppression ou d’inégalités et dont la conclusion est en général catastrophique. 

Elles sont ensuite jouées à nouveau, mais cette fois, les spectateur⋅rices, qui deviennent alors également acteurs, peuvent interrompre le déroulement fatidique des événements. 

Il⋅elle⋅s ont la possibilité de venir sur scène pour remplacer un⋅e personnage ou en ajouter un⋅e, et tenter de briser l’oppression. Si la situation le permet et que le public est réceptif, il se peut même parfois que l’ensemble des comédien⋅ne⋅s soit remplacé et que la scène se joue entièrement avec des personnes du public.

Une personne intermédiaire entre le public et les acteur⋅rice⋅s, le « joker » (sorte de facilitateur⋅rice), anime la séance, explique les règles, et fait en sorte que les interventions se déroulent bien et dans le respect de chacun⋅e. 

Néanmoins, notez qu’il n’existe pas de « règle fixe » du théâtre forum, dans la mesure où il s’adapte au contexte, au public et que chacun⋅e s’en approprie l’utilisation et le jeu. Il vous reviendra alors de décider comment vous souhaitez que se déroule votre théâtre-forum. 

Une séance de théâtre-forum dure en général une ou deux heures, mais peut également s’étendre sur une plus longue durée. Cela dépend du contexte, de vos objectifs, du nombre de scènes jouées. N’oubliez pas que le public, généralement peu habitué à l’exercice, va mettre un certain temps à en intégrer les principes et qu’une fois lancé, il lui faudra également du temps pour s’exprimer librement. Attention, donc, à ne pas trop serrer votre timing !


Définir votre démarche

CHOISIR LE THÈME

Le théâtre-forum a été mis au point dans les années 60 par un homme de théâtre brésilien : Augusto Boal. À l’origine, il a été créé pour résoudre les situations conflictuelles et d’oppression dans les favelas de São Paulo, d’où son appellation de « théâtre de l’opprimé ». Cette forme d’expression a évolué à travers le monde, pour être utilisée dans différents types de contextes. Elle peut aussi bien aider des infirmier⋅ère⋅s en psychiatrie à analyser leur pratique professionnelle que soulever des problèmes de société. 

Le théâtre-forum, par sa nature, ne permet pas de faire passer un « message prémâché ». Il questionne, fait prendre conscience, explore plusieurs solutions à un problème et les confronte, mais il n’impose en aucun cas une vérité ou une solution. 

Le thème que vous voulez aborder doit donc être soigneusement défini au préalable : plus le cadre est restreint, mieux les improvisations et la spontanéité peuvent s’y déployer.

ÉCRIRE LA SCÈNE À JOUER

Une fois votre thème défini, il va falloir le théâtraliser en une courte saynète d’une dizaine de minutes. Elle doit illustrer la thématique à travers une situation exagérée et surtout, se terminer très mal ! En effet, dans un premier temps, plus les situations sont extrêmes, plus il sera facile pour le public, en principe peu habitué à l’exercice, d’intervenir pour inverser le cours des choses. 

Pour l’écriture de la saynète vous pouvez soit faire appel à des amateur⋅e⋅s ou des professionnel⋅le⋅s de théâtre, soit vous pouvez l’écrire vous-même.

SÉLECTIONNER LES ACTEUR⋅RICE⋅S

Dans le théâtre-forum, les acteur⋅rice⋅s n’ont pas besoin d’être professionnel⋅le⋅s. L’idée est que la première scène de « base » soit suffisamment bien jouée pour rendre la situation crédible et susciter de fortes réactions auprès du public. 

Vous pouvez donc solliciter des jeunes comédien⋅ne⋅s en train de se former par exemple.  

LE RÔLE CLÉ DU⋅DE LA  « JOKER »

Si la participation du public découle du caractère « choc » des scènes, il faut aussi, et peut-être avant tout, bien expliquer les règles : si le public ne comprend rien au principe du théâtre-forum (un poil compliqué, ne nous le cachons pas) il ne sera pas enclin à devenir « spect’acteur ».  

Le rôle du⋅de la « joker » est donc déterminant et nécessite d’être très bien préparé⋅e en amont de l’animation. 

En effet, le⋅la joker, ou animateur⋅rice, est la personne experte sur scène, celle qui a tous les éléments pour nourrir et argumenter les questions qui peuvent se poser. Cela suppose non seulement une très bonne connaissance de la thématique abordée, mais aussi une réelle capacité d’animation. 

Concrètement, c’est la personne qui fait le lien entre les spectateur⋅rice⋅s et les acteur⋅rice⋅s et qui doit faire en sorte que le débat se déroule sur scène, et non dans la salle. Pour cela, son seul moyen est de questionner (et non d’affirmer) et son seul pouvoir est d’interrompre l’action en frappant dans ses mains.

À chaque intervention du public, l’animateur⋅rice demande à quel moment de l’action il souhaite intervenir. Il propose ensuite à la ou les personnes qui sont intervenue(s) de venir sur scène pour jouer sa proposition dès que l’animateur⋅rice donne le départ en frappant des mains par exemple. 

L’animateur⋅rice ne doit surtout pas oublier que le public, même si on le dit « acteur », n’est pas habitué au dispositif de la mise en scène et du jeu. Il est donc juge de l’arrêt d’une intervention et arbitre de l’interaction entre public et comédien⋅ne⋅s. 

Il⋅elle peut ainsi parfois simplement donner la parole au public pour qu’il exprime, sans « jouer », ce qu’il a à dire. En fin de scène, c’est de nouveau lui qui synthétise, interroge les ressentis, suggère l’analyse des interventions…


S'organiser

TROUVER LE LIEU

Pas besoin d’avoir un grand théâtre avec rideau et fauteuils rouges. Le théâtre-forum peut prendre place n’importe où : hall d’université, salle, amphi, place, square, etc. En réalité c’est surtout le contexte dans lequel se déroule l’animation et le nombre de personnes attendues qui déterminent vos besoins matériels.

L’essentiel est que l’on puisse matérialiser un espace pour la scène et un espace pour le public, et que les participant⋅e⋅s puissent voir et entendre correctement le déroulé de la saynète. 

En ce qui concerne les attributs d’une pièce de théâtre « classique» (lumières, décor, accessoires, costumes…), ils dépendent de vos envies et de vos moyens. Un conseil utile cependant : vous pouvez attribuer à chaque personnage des sketches un accessoire qui lui est propre. Ainsi, lorsqu’une personne du public intervient, l’accessoire facilite la matérialisation du personnage qu’elle joue, autant qu’elle lui permet de quitter ce rôle lorsqu’elle rend l’objet…

S’ASSURER

Dans la plupart des salles, il est obligatoire de souscrire une assurance « responsabilité civile » couvrant les dégâts matériels occasionnés à la salle et les dommages causés aux personnes. Pensez à faire les démarches nécessaires au plus vite : l’attestation peut en effet être une condition sine qua non pour louer une salle ou du matériel. 

Le délai entre la demande d’affiliation et la réception de l’attestation est d’environ une semaine. Pour en savoir plus sur l’assurance, consultez la fiche suivante

COMMUNIQUER SUR VOTRE ÉVÈNEMENT

Dès que vous connaissez la date et le lieu de votre spectacle communiquez sur votre évènement auprès de votre entourage. 

Pensez à avoir une communication attrayante est très importante, surtout lorsqu’il s’agit d’une manifestation artistique. 

Vous pouvez avoir recours à différents modes de communication : mailings, animations de campus, accrochages d’affiches auprès des associations de votre connaissance, mais aussi auprès des structures travaillant sur votre thématique et auprès des médias locaux. 

OBTENIR DES AVANTAGES EN NATURE

Enfin, même si votre salle est gratuite et que les décors et costumes sortent de votre grenier, un tel événement pourrait néanmoins vous demander quelques dépenses : impression de documents de communication, éventuel buffet, frais de montage ou de matériel, déclaration, assurance… Pour réduire au maximum vos frais, vous pouvez tenter d’essayer d’obtenir des avantages en nature, c’est-à-dire non monétaires.

Si vous êtes accueilli⋅e⋅s au sein d’une structure (un théâtre), demandez-lui si elle accepte de prendre en charge le buffet (solidaire) qui suivra le spectacle, sollicitez également les associations travaillant sur votre thématique de prédilection.


Et après?

5 MINUTES APRÈS

Les personnes spectatrices devenues actrices ne voudront certainement pas partir sitôt le rideau tombé. Un temps informel, autour d’un buffet solidaire par exemple, voire un repas typique d’une région du monde concocté par une association communautaire du quartier, peut être un bon moyen de recueillir leurs impressions, commentaires… Et de vous en inspirer pour organiser de nouvelles séances. Faire d’un tel événement un moment de détente autant que de réflexion pourra, de plus, vous permettre de capter un public qui sera ravi de revenir.

UNE SEMAINE APRÈS

Réaliser un compte-rendu écrit, filmé ou audio peut être un bon moyen de garder une trace de votre événement. Cela vous permettra non seulement de le valoriser dans le prochain dossier de présentation de votre association. Mais aussi de communiquer a posteriori autour du théâtre-forum auprès des médias, des associations partenaires et d’éventuels partenaires financiers qui, si l’événement a eu du succès, pourraient bien être tenté⋅e⋅s de vous donner quelques subventions pour votre prochaine représentation.

QUELQUES MOIS APRÈS

De très nombreuses campagnes d’opinion existent tout au long de l’année : la Journée de l’Europe, la journée internationale des droits des femmes, la journée internationale de la paix, journée mondiale de l’enfance… Ces moments sont de bonnes occasions pour sensibiliser sur ces thématiques, rencontrer de nouveaux publics, améliorer votre jeu et aussi, si vous ne l’avez pas déjà fait, jouer vos propres textes !

ZOOM SUR LA FABRYK
Cette association parisienne a pris le parti des « lectures spectacles ». Sa recette : des paroles de personnes dites en situation d’exclusion mises en scène dans des saynètes, puis une discussion avec une association invitée qui échange avec le public (Restos du coeur, Armée du salut). Sur la base d’un petit bouquin de 2 euros, « Paroles de détenus », ces as de la mise en scène ont par exemple découpé le texte pour le rendre plus attractif, ce dernier étant lu à plusieurs voix. Le même passage est parfois lu en même temps par tous les acteurs. L’un de ses lieux de spectacles de prédilection est La Moquette, en face du jardin du Luxembourg. Un lieu gratuit ouvert à tous : personnes en souffrance sociale, badauds, spécialistes pointus attirés par la programmation de très haut niveau. Chaque manifestation est encadrée par des éducateur.rice.s à même de repérer dans le public les personnes pouvant nécessiter leur intervention. L’association propose aussi des ateliers théâtre aux étudiants et les sensibilise aux sujets abordés lors des lectures. Chacun est libre de venir à une seule répétition et de participer tout de même au spectacle. Le jour J, l’étudiant.e lira uniquement les lignes commençant par la lettre B par exemple. Une répétition pour voir qui parle avant, qui parle après, pour aborder ses mouvements dans l’espace et le tour est joué !


Les ressources pour sensibiliser par le théâtre-forum

ASSOCIATIONS

AMACCA : Association pour le Maintien des Alternatives en matière de Culture et de Création Artistique. Le principe est le même que celui d’une AMAP, hormis le fait qu’au lieu d’un panier de légumes, l’association propose des paniers de théâtre ! 

Genepi : avec son programme « et si on causait ? », l’association met en scène des paroles de détenu·e·s, de SDF ou encore de sans-papiers afin de rendre la parole à ceux qui se la voient confisquée.

TROUPES RESSOURCES

Association Etincelle 

Théâtre de l’Opprimé Paris

Organisation Internationale du Théâtre de l’Opprimé (ITOO)

VIDÉOS

Association « Des mains pour le dire » – association des sourds et malentendants de Lausanne. Thèmes : alcool et sexualité.


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