Utiliser la création artistique pour diffuser des savoirs

Fiche pratique

A priori considérés comme incompatibles, l’art et les sciences font pourtant bon ménage. Si l’un et l’autre ont leurs spécificités, la réflexion, la créativité, l’exploration et l’interprétation du monde sont des éléments qui permettent à l’art et aux sciences de s’unir à merveille pour explorer de nouveaux horizons. Dans la logique que les boutiques des sciences, la création artistique permet de rapprocher des groupes qui souvent ne se rencontrent pas : les scientifiques, les artistes et la société civile. Il est ainsi possible de proposer une diffusion originale et efficace des savoirs. Voici quelques conseils de Wax Sciences et Animafac pour mener à bien un projet à la croisée des sciences et de l’art.

Instaurer un dialogue entre artistes et scientifiques

Art et sciences ont historiquement toujours été imbriqués. Pensez à Léonard de Vinci, à la fois artiste, scientifique et ingénieur. 

SOLLICITER DES ARTISTES ET DES SCIENTIFIQUES

Si vous n’êtes ni artiste et scientifique et que vous souhaitez retranscrire une expérience, expliquer une théorie, des savoirs d’une scientifique, le premier pas sera d’entrer en contact avec un·e artiste ou un collectif d’artistes ainsi qu’avec une scientifique. 

D’abord, cherchez un·e artiste ainsi qu’une scientifique qui pourrait être intéressée par votre projet. L’idéal est de décider des savoirs et connaissances que vous souhaitez transmettre avant de contacter une artiste, puisque ce sera la personne qui matérialise les savoirs, et non l’inverse. 

SOLLICITER DES SCIENTIFIQUES

Pour les scientifiques, vous pouvez ainsi contacter et rencontrer l’équipe de chercheur·se·s de votre établissement. Vous pouvez également vous renseigner auprès de laboratoires scientifiques, ou encore auprès de personnes expertes en leur domaine qui interviennent déjà pour d’autres associations, ou ayant participé à des projets pédagogiques ou de vulgarisation (BDs, revues de vulgarisation etc.). 

Si vous avez déjà vous-mêmes des connaissances et des savoirs à partager, vous pouvez sauter l’étape précédente pour directement contacter une artiste.

SOLLICITER DES ARTISTES

Pour les artistes, vous pouvez les solliciter soit, en faisant un appel à projets, soit en cherchant autour de vous ou sur internet des artistes qui s’intéressent aux sciences. Vous pouvez par exemple, vous adresser aux Beaux-arts de votre ville ou en cherchant avec des mots-clés sur internet. Les prises de contacts sont multiples et seront à l’origine de tout autant de possibilités de collaboration. 

FAIRE DIALOGUER LES SCIENTIFIQUES ET LES ARTISTES 

Ensuite, il faudra échanger avec chacune des parties et les réunir pour discuter de vos différentes envies et vos objectifs pour trouver un terrain d’entente. L’idée est qu’au terme de vos réunions, vous ayez fixé un projet commun. 

La clé de la réussite d’un projet collectif et pluridisciplinaire est le dialogue. Artistes et scientifiques doivent collaborer en amont d’un projet afin de saisir les concepts, contraintes et spécificités de leurs pratiques respectives, et surtout pour déterminer un objectif commun.

Aujourd’hui, de nombreux projets collaboratifs ont montré l’intérêt des échanges entre ces disciplines et qui, au-delà de la vulgarisation scientifique sont à l’origine d’innovations interdisciplinaires. Par exemple, IGem, une compétition internationale entre école et universités proposent de former des équipes interdisciplinaires (designers, artistes, scientifiques) pour concevoir des projets sur la biologie synthétique. 


Présenter une oeuvre pour diffuser les savoirs

L’art est le domaine de l’imaginaire et de la suggestion par excellence. Toutes vos créations peuvent donc se prêter au jeu de la diffusion des savoirs, car la vulgarisation vise à susciter le désir d’en savoir plus et cela peut être fait de diverses manières. Les modes les plus communs sont :

  • l’exposition : de peintures, de photographies ou autres. Les images ont en effet un pouvoir de susciter l’intérêt assez important, car comme le dit l’adage « une image vaut mille mots ». Par exemple, dans les années 50, Berenice Abbott devient une référence dans le domaine du mélange art et sciences via la photographie pour mettre en valeur certains phénomènes scientifiques. 
  • La projection : de film, de fiction ou documentaire, représente un outil particulièrement adapté à la transmission d’un message. Al Gore a par exemple reçu en 2007 le Prix Nobel de la paix pour son film Une Vérité qui dérange consacré aux changements climatiques. Vous pouvez ensuite penser à organiser un débat à la fin de la diffusion avec les scientifiques et artistes ayant participé au projet. 
  • Le spectacle vivant : théâtre, conte, mime, clown… Rencontrez votre public et embarquez-le vers des imaginaires scientifiques. Par exemple, La pièce de théâtre Je ne pense pas au futur, il vient bien assez tôt  présentée en 2007 par l’association Cortex circus présente le paradoxe des jumeaux de Langevin à travers l’histoire poétique et décalée de Marie-Laure et Simon, le spectateur découvre le paradoxe des jumeaux de Langevin. On peut également citer le travail de la compagnie Les Ateliers du spectacle qui a créé le groupe N+1, composé de personnes issues de milieux et de disciplines différentes pour se réunir autour du théâtre et des sciences. 

Des associations se sont également fondées sur ce lien entre les sciences et l’art, comme Émotions Synesthètes qui propose de nombreux supports artistiques pour diffuser des connaissances sur les neurosciences. 

Ce ne sont que quelques exemples et ce seront votre inspiration et votre talent qui fixeront les limites. N’oubliez pas de rechercher l’équilibre entre l’artistique et l’explicatif : trop de liberté avec la réalité nuira à votre objectif de passation de connaissances, trop d’explications risque de submerger le public et rendre l’expérience moins agréable.

Un des intérêts du recours à la création artistique est de pouvoir entrer en contact avec un public qui n’est pas motivé premièrement par les sciences ou par l’acquisition de nouvelles connaissances. L’art n’est pas un prétexte mais une porte d’entrée : la diffusion culturelle fait ainsi d’une pierre deux coups !


Recourir aux pratiques artistiques

Une autre manière de conjuguer l’art et la science consiste à utiliser la pratique artistique pour initier le public à des thématiques scientifiques. La diffusion des connaissances devient alors le cadre dans lequel la création prend place.

L’association Stimuli propose par exemple à des adolescent·e·s de participer à des ateliers BD-Sciences dans lesquels la découverte des bases de la bande dessinée est appliquée à un sujet scientifique. Encadré·e·s par un·e médiateur·rice scientifique, un·e dessinateur·rice professionnel·le et un·e doctorant·e spécialiste du thème choisi, les adolescent·e·s ont pour objectif de produire une planche de BD (c’est-à-dire une page) en lien avec celui-ci.

La microbiologie ou les neurosciences deviennent ainsi de vastes territoires où les dessinateur·rice·s en herbe déploient leur imagination. Imaginaire cependant soumis aux contraintes de la réalité de leur sujet : la trame narrative ou l’échelle des représentations doivent respecter les règles scientifiques.

Ainsi, alors que la science n’est pas la motivation première du public, les adolescent·e·s vont s’intéresser au thème, chercher des informations pour nourrir leur histoire et, à l’issue de l’atelier, chercherons parfois à continuer de creuser le sujet. Les participant·e·s se transforment également en mini-médiateur·rice·s car leurs productions participent à diffuser des connaissances.

Peinture, sculpture, création vidéo, écriture, peu importe votre discipline de prédilection, vous pouvez reproduire cette démarche afin de diffuser des connaissances tout en promouvant une pratique artistique.

Et pour finir, si vous souhaitez plus d’idées, n’hésitez pas à consulter le guide pratique Animafac « Associations engagées, l’art au service d’une cause ».


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